‹ Traité de physiologie comparée des animaux; considérée dans ses rapports avec les sciences naturelles, la médecine, la zootechnie, et l'économie rurale (volume 3)Chapitre 38 sur 239 · ABSORPTION PAR L£S SOLUTIONS DE CONTINUITÉ · texte numérisé non relu

ABSORPTION PAR L£S SOLUTIONS DE CONTINUITÉ

Une goutte sealemeat du saagdu second, en quatre piqûres; a tué un troisième lapin en dix-sept heures. Une ou deux gouttelettes très-petites, ont tué des animaux de même espèce en onze à douze heures. Dans tous les cas, le sang putréfié ou la sérosité péritonéale, ou un liquide quelconque en voie d'altération putride, a produit sur les petits animaux une altération spéciale du sang, avec scpilcémie mortelle, qui est devenue inoculable par le sang des animaux maris et non putréfié. J'ai exposé ces résultats^ avec détails, dans ma communication à l'Académie de médecine, sur les effets des matières putrides introduites dans l'organisme.

Quelle est la rapidité de l'absorption à la surface des plaies? Il importe de le savoir avec précision dans les cas où il y a insertion de matière virulente.

Cette rapidité est subordonnée, d'une part, aux qualités de la matière, notamment à sa plus ou moins grande diiïusibilité, d'autre part, à l'état des surfaces auxquelles elle est offerte.

Les poisons végétaux s'absbrbent vite en raison de leur grande diffusibilité. Ou sait, d'après les récits des voyageurs, que les piqûres faites à la peau par les poils des feuilles de VUrtica gigas font tomber immédiatement le cheval, et frappent de paralysie momentanée les membres de l'homme; les sucs des slrychnos, le curare^ déterminent, pour cette raison, leurs effets avec une extrême promptitude.

Les matières virulentes, associées au sérum du sang ou à des produits de sécrétion très- miscibles aux fluides qui baignent les tissus ou qui circulent, s'absorbent très-vite. M. Renault (1), dans des études intéressantes, a fait voir que souvent, cinq minutes après l'inoculation, la cautérisation, l'ablation de la partie où le virus morveux, farcineux, rabique, a été déposé n'empêche pas le développement de la morve, du farcin, de la rage : preuve qu'en ce laps de temps si court l'absorption a déjà enlevé assez de virus pour engendrer la maladie.

J'ai fait aussi à ce sujet des expériences qui, pour d'autres virus, montrent une aussi grande et même quelquefois urie plus grande rapidité d'absorption.

Mais l'absorption ne se fait pas toujours avec cette vitesse, et pour une même matière virulente; car, suivant que la plaie est ou non saignante, suivant que l'exsudat de ses bords demeure liquide ou qu'il se coagule, la matière éprouve plus ou moins de difficulté à entrer.

D'ailleurs, il ne faut pas généraliser. Toutes les matières virulentes n'ont pas les mêmes propriétés osrootiques, le même degré de difiiisibilité : la salive plus ou moins visqueuse du chien enragé ne peut, probablement à cause de sa viscosité, passer aussi vite que les sérums virulents. D'un autre côté, toutes les plaies sont loin de se trouver dans des conditions également favorables à l'absorption. Celles qui sont mâchées, contuses, à bords meurtris, peuvent conserver longtemps la matière contagifère à leur surface; leurs tissus peuvent même en demeurer imprégnés plus longtemps encore sans que leurs vaisseaux froissés^ à contenu coagualé, soient aptes à les prendre. Aussi peut-on, dans beaucoup de cas, cautériser avec succès un quart d'heure, une demi-heure, une heure, et même plusieurs heures après l'inoeulation on la morsure; et il ne faut pas négliger de le faire tardivement quand on ne l'a pu aussitôt après l'accident. Un grand nombre de faits pratiques démontrent

(1) Renaalt, Comptes rendw de r Académie des sciences.

qu*eflectivement la cautérisation très-tardive a prévenu assez souvent la contagion* Toutefois, en les comptant, il faut se rappeler que, pour quelques maladies, la rage par exemple, tous les cas d*inoculalion ne sont pas suivis de transmission raibique.

Pour mesurer la vitesse de l'absorption des virus dans les plaies, je me suis servi du sang charbonneux dont Tinoculaiion donne des résultats à prompte échéance. Le >'irus était inséré sous la peau de Toreille, en une ou plusieurs piqûres obliques, à Taide de la lancette chargée, à chaque piqûre, d'une même quantité de liquide. Au bout d'un certain nombre de secondes ou de minutes, Toreilla était amputée transversalement d'un coup de ciseaux à 1 centimètre au-dessous des piqûres. Il résulte de ces expériences que, dans la plupart des cas, l'absorption n*a pas eu lieu avant la troisième ou la quatrième minute, ou plutôt qu'avant trois à quatre minutes, elle n*a pas pris une quantité sullisante de matière virulente pour repro-« duirela maladie. Néanmoins elle a pu être eiïectuéc dans un cas après deux minute^ trente secondes.

Voici les résultats de vingt et une expériences faites dans les mêmes conditions.

NOMBHE

Page 1