ABSORPTION PAR LES PLAIES ET LES AUTRES SOLUTIONS DE CONTINUITÉ
Il est facile de comprendre que les surfaces tégumentaires dépouillées de leur revêtement épithélial, le tissu cellulaire, les muscles dénudés, les surfaces accidentelles produites par les piqûres ou par les incisions, absorbent avec énergie. Ces nouvelles surfaces absorbent doublement par les parois intactes des cellules et des vaisseaux, que la substance vient directement toucher, ensuite par les blessures nombreuses faites aux vaisseaux sanguins ou lymphatiques. Elles fonctionnent donc en partie comme les surfaces ordinaires qui n*ont ni épiderme ni mucus, et en partie, comme des surfaces criblées d'ouvertures. Aussi les plaies absorbent-elles avec une très-grande activité, non-seulement les gaz, les liquides, les substances solubles, mais aussi les substances insolubles suffisamment divisées.
Toutes les surfaces accidentelles n'absorbent pas au même degré. Il faut distinguer les surfaces dénudées des plaies proprement dites, et les plaies saignantes da$ plaies sèches, contuses, anciennes et suppurantes.
hes stn faces dénudées par l'enlèvenient de ré|)iderme, tel que le provoque Teau bomllaote, le fer chaud ou le vésicatoire, se trouvent à peu près dans les conditions des nmqueuses «t épithélium mince, car ces surfaces conservent encore une faible couche de cellules épithéliales en voie de formation, ce qu'on appelait autrefois le corps muqueux de I^alpighi. Elles prennent toutes les substances solubles, U strychnine, l'atropine, le cyano-ferrure de |x)tassium, Tiodure de potassium, les principes . actifs du vésicatoire : les faits de la pratique en ont donné mille preuves.
Las dénudations qui résultent du frottement rude^ d'une usure de Tépiderme, du grattage ou de Texcision des parties superficielles du derme, absorbent beaucoup mieux encore. Ce sont des surfaces où les sommets des papilles blessées ont des vaisseaux ouverts qui suintent un peu de plasma rosé. Si elles servent à des inoculations, celles-ci réussissent mieux que par tous les autres procédés d'insertjop de la matière virulente. C'est ce que j'ai constaté maintes fois pour le charbon, le cowpox et quelques autres virus.
Les incisions superficielles et obliques, telles que celles produites par la pointe de la lancette, se prêtent d'autant mieux à l'absorption qu'elles sont plus superficielles et que, par conséquent, Tinstrument s'engage mieux entre l'épiderme et la couche papillaire du derme. C'est surtout lorsqu'elles ne* saignent pas sensiblement qu'elles permettent l'absorption intégrale et rapide du virus inséré, virus retenu et en quelque sorte protégé jusqu'à son absorption complète par l'écaillé ou l'opercule épidermique que l'instrument a soulevé.
Les incisions profondes, celles qui traversent le derme ou qui arrivent dans les tissus sous-jacents, donnent lieu à une eiïusion de sang qui entraine la matière vi- . ruiente ou qui l'englobe et la soustrait en grande partie à l'absorption.
Les plaies contuses, irrégulières, avec écrasement, dilacération des bords, comme celles que produit la morsure d'un carnassier, ne favorisent point l'absorption rapide de la matière déposée, mais elles la retiennent longtemps cl lui permettent de
ABSORPTION PAR LES SOl.UTION$ DE CONTINUITÉ. %lh
passer peu II peu. Aussi sont-elles dangereuses quand la maiière qu'elles reçaÎTent est Yirulente.
Les grandes plaies produites par Tinstrument tranchant, pour rexcision d*uiM tuDcieur, pour une amputation, les plaies qui résultent de rarrachement d'une partic de Tongle, absorbent plus ou moins suivant leur âge et Téiat de leur surface.
Leur pouvoir absorbant, faible dans les moments où elles saignent, arrive à soo maximum une fois que rbéinorrbagio e^^t arrêtée ; il diminue un peu dès que Texaudat plaçmaiique s'épaissit et tend ^ se convertir en une crqûte, peu favorable ii la diffusion des substances dissoutes; il s'affaiblit davantai;esi celte plaie suppure, et plus encore si les produits de sécrétion s'y dessèchent en la couvrant d'une couche protectrice.
Bonnet, en se servant de la strychnine, n'a pu découvrir de différences entre ces divers états des plaies, quant à leur activité d'absorption : elles sont pourtant réelles et se prononcent si on se sert de substances moins actives que ce| alcaluide.
Enfin les piqûres plus ou moins i^rofondes, bien qu'elles n'offrent ^ l'absorption que des surfaces d'une faible étendue, l'assurent en retenant la luatiôre introduite et en ne l'associant qu'à une petite quantité de saug ou de lympha. I^'instrun^^u) s'essuie sur les parois du trajet et y laisse Iq matière qui ne peut être entraînée par suite du retrait des bords du trajet creusé. Celte particularité rend dangereuses lei piqûres avec insertion de matières putrides ou virulentes. On sait que celles que peuvent faire des parties microscopiques, comme les poils d'urticéc3, laissent cependant dans les tissus des quantités assez furtes de matières pour causer une vive irritation.
Quelles sont les substances que les plaies sont susceptibles d'absorber?
Toutes les matières gazeuses, liquides, dissoutes ou solubles, même celles qui ont la propriété de coaguler les éléments albumineux du sang ou des tissus; les gas, les matières miasmatiques putrides de l'atmosphère, entrent par cette voie et contribuent d'abord à donner aux plaies un mauvais aspect, puis k déterminer les accidenu de l'infection purulente. Les solutions salines, surtout si elles ne sont ni astringentes, ni coagulantes, passent promptement, car l'application d'un plumasseau imbibé de solution de ferro-cyanure de potassium sur uqe plaie du garrot ou sur le tissu feuilleté de l'ongle, est suivie du passage prompt de ce sel dans l'urine.
Les corps insolubles réduits en fines particules peuvent être absorbés dans une foule de plaies, ou être plutôt portés directement dans les vaisseaux sainguins on lympliatiques blessés. En effet, à la suite 4ti tatouage on retrouve des particule colorantes dans les ganglions voisins^ des plaies. Après une insertion de matière^ tuberculeuses dans une plaie sous-cutanée, on voit la série des ganglionti oi!^ w rendent les lymphatiques de cette plaie se tuméfier et bientôt s'imprégner d'élét roents tuberculeux.
Les matières animales, les venins, les virus, surtout ceux qui sont pourvue d'éléments figurés, paraissent se comporter, jusqu'à un certain point, comnie iç font les substances simplement divisées. Une partie seulement de ces matières eqtrc dans la circulation, l'autre demeure sur place, ^t détermine des effets iocaun, Cest ce que dénionlrcut irès-nctlement mes expériences sur le charbon. En effet.
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si après avoir inoculé du sang charbonneux en plusieurs points différents, à l*aide de piqûres de lancette, j'excise, au bout de cinq à six minutes, les parties où l'insertion a été faite, le charbon général sans tumeurs se développe. Si, au contraire, sur un autre animal où l'opération a été pratiquée de la même manière, je laisse intactes les piqûres, il se développe, indépendamment des accidents généraux, autant de tumeurs charbonneuses qu'il y a eu de piqûres faites. D'où il suit qu'en
cinq à six minutes, il a été pris aux points de l'inoculation assez de virus pour déterminer des accidents généraux, et que même, après plusieurs jours, il en a été laissé assez dans ces mêmes points pour provoquer le développement des tumeurs. D'ailleurs, à la suite de Tinoculalion du cowpox, de la clavelée, les choses paraissent se passer ainsi. La plus grande partie, peut-être même la totalité du virus demeure à l'endroit de l'inoculation, car c'est à ce lieu même que se développe la pustule. Peut-être y a-t-il eu partage entre les deux sortes d'éléments : les figurés demeurent au lieu de l'inoculation, et la partie entièrement liquide est la seule que l'absorption enlève et dissémine.
A la suite des piqûres d'animaux venimeux, abeilles, guêpes, frelons, moustiques, vipères, il paraît en être encore ainsi : ce qui reste du venin à l'endroit de l'inoculation détermine une tuméfaction plus ou moins considérable. La partie qui passe dans le torrent de la circulation va produire les troubles nerveux, cardiaques, les altérations du sang, qui causent quelquefois la mort dans un court délai.
Les matières absorbées dans les solutions de continuité suivent la double voie vasculaire. Une partie entre sans doute dans les veines, l'autre pénètre manifestement dans les vaisseaux blancs. Aussi, à la suite d'une piqûre anatomique av€;c insertion de matière septiqne, les lymphatiques du bras deviennent douloureux, et les ganglions axiilaires se tuméfient. Après l'inoculation syphilitique survient une tuméfaction des ganglions inguinaux qui est plus ou moins tardive, suivant la lenteur du transport et la durée de la stase momentanée de la matière saisie.
Les surfaces accidentelles, celles des plaies contuses ou exposées à l'air, absorbent, en même temps que les matières étrangères, leurs propres produits de sécrétion. Elles les résorbent tels qu'ils sont ou après une altération putride plus ou moins avancée. £n cela elles se comportent à la manière des surfaces muqueuses. Gomme elles ont des solutions de continuité nombreuses aux vaisseaux, les éléments figurés ou les globules du pus peuvent être résorbés avec les principes solubles; les premiers entrent mécaniquement, les autres d'après les lois ordinaires de la diffusion à travers les membranes. En outre, comme les tissus voisins des surfaces sont, surtout à la suite des contusions, imprégnés de liquides altérés ; comme il y a du pus dans ces petits canaux affectés de lymphangite, de phlébite, les accidents connus sous le nom d'infection purulente^ de septicémie, ont un point de départ plus complexe qu'on ne le pense généralement.
L'absorption des matières putrides se fait assez activement par les plaies, et elle peut introduire par les plus petites une quantité suffisante de ces matières pour produire la septicémie et la mort.
Ainsi, trois ou quatre gouttes de sang putréfié inséré avec une lancette dans la peau d'un lapin, l'ont tué en moins de vingt-quatre heures. Une quantité plus faible du sang du premier lapin tué a déterminé la mort d'un second en dix-neuf heures.