VITESSE DES COUBANTS LYMPHATIQUES
snccesstTes de même longueur, des réseaux vers l'insertion du canal tfaoracique, car ce système représente, comme celai des veines, un cône dont la base est à l'origine et le sommet à l'insertion centrale. Si le rapport entre la somme des aires de tous les canaux d'origine d'une part, et celie^du canal thoraciquc et du tronc lymphatique droit d'autre part était connu, on saurait par là, d'une manière générale, le rapport entre la \itesse initiale et la vitesse lors du déversement.
C'est, sans aucun doute, dans le canal thoracique que la vitesse des liquides arrive à son maiimum. Nous la calculons toujours en déterminant la dépense du conduit dans les cas où son aire transverse nous est connue. Voici quelques mensurations :
Sur un petit taureau de quinze à seize mois, du poids de 250 kilogramnies, le canal thoracique simple offrait, avant d'être ouvert, sous le scalène, 6 millimètres de diamètre, le cours du liquide étant libre. Il a donné après la fixation du tube : 300 grammes par quart d'heure lorsque l'absorption était ralentie; 550 grammes dans les moments d'activité, et en moyenne ^50 grammes ; conséquemment la vitesse du liquide y était par minute au minimum de 71 centimètres, au maximum de 1",30, et en moyenne de 1",0T.
En comparant la progression du chyle dans les lactés, celle de la lymphe dans ses propres vaisseaux, à celle du liquide mixte du canal thoracique, on voit que le fluide de ce dernier se meut 9 fois plus vite que dans les lymphatiques du cou ayant 3 millimètres de diamètre, et environ une fois et demie plus vite que le chyle mésentérique dans un collecteur de même calibre, sur un animal de l'espèce bovine.
Les autres moyens qui peuvent être employés à la détermination de la vitesse des courants lymphatiques me semblent donner des résultats moins exacts que la méthode du débit. Celle dont je me suis aussi servi en 1858 consiste à l'évaluer par le temps qui s'écoule entre le dépôt d'un sel dans un point des plexus lymphatiques superficiels et son arrivée dans un antre, la dislance entre ces deux points étant connue. Ainsi, soit du prussiate de potasse injecté dans une poche sous-cutanée au-dessus de la commissure des lèvres du cheval, les premières portions de ce sel arrivent en trois minutes au minimum à une fistule préalablement établie au milieu du cou, à 60 centimètres du point de départ, distance prise en suivant la direction des vaisseaux. Or, en négligeant le temps nécessaire à l'absorption et la correction imputable à la diffusion du sel, on arrive à voir que la lymphe a seulement une vitesse de 20 centimètres par minute, tant à travers les réseaux d'origine, les ganglions, que dans les collecteurs de 2 à 3 millimètres de diamètre. Les résaltats obtenus par le même moyen pour le chyle des ruminants concordent avec ces derniers; ils donnent le chiffre qui représente la vitesse pour l'ensemble, laquelle est très-faible dans les réseaux, et de plus en plus grande à mesure que le liquide entre dans des vaisseaux d'un calibre plus considérable, soit 20 centimètres par minute on 3 millimètres et 1/3 par seconde. Yeiss (1), quelques années après mes recherches, a trouvé, en se servant de l'hémodromètre de Yolkmann, que la vitesse moyenne était de k millimètres par seconde. Sa détermination est donc fort rap-
(1) Veîss, Àrch. fôr path. anaUAind.physioL, t. XXII, 1862. GiUUon da Bf. Looget.
prochée de la mienne. Je ne parle pas des évaluations fantaisistes données d'un trait de plume par divers auteurs.
Quoiqu'il ne nous soit pas possible d'appliquer à toutes les parties du système lymphatique les modes de mensuration que je viens d'iudiquer, nous pouvons, d'après les lois de l'hydraulique, suppléer aux données de l'expérimentation. La vitesse pour l'ensemble du système étant représentée par 1, celle des liquides dans le canal thoracique le sera par 5. Aux réseaux d'origine^ elle doit l'être par une trèsfaible fraction de l'unité, car ces réseaux n'ont à verser dans les collecteurs, en an temps donné, qu'une quantité égale à celle que les collecteurs eux-mêmes versent dans le canal thoracique et celui-ci dans les veines; en d'autres termes, il faut que les quantités de liquide qui passent d'une section dans l'autre soient égales entre elles, quoique les quantités contenues dans ces sections successives soient très-différentes. Le système lymphatique représente assez exactement un cours d'eau offrant de distance en distance des flaques, et les réseaux d'origine lui servent plutôt de réservoir d'alimentation que de partie de courant. Les liquides de ces réseaux peuvent éprouver des oscillations d'une certaine étendue, mais leur mouvement vers les collecteurs n'y est pas plus prononcé que celui de l'eau dans un vaste réservoir où puise une pompe aspirante : il ne sort de leur totalité en un temps donné pas plus de liquide qu'il ne s'en échappe du canal thoracique.
La lymphe est donc à peu près stagnante dans les réseaux, et elle ne constitue réellementdes courants qu'à compter des points où lescollecteursen émergent. L'accélération graduelle de ces courants résulte tout à la fois du rétrécissement progresr sif des voies et de l'intensité croissante des forces motrices développées par les parois vasculaires. Leur vitesse peu considérable, si on la compareàcelledusang, est nécessairement subordonnée à l'activité de l'absorption, car le système devant demeurer plus ou moins rempli, c'est le trop plein qu'il laisse s'échapper, et en supposant son degré de dilatation constant dans un temps donné, la quantité qui s'échappe âi son extrémité centralisera égale à la quantité admise par l'extrémité radiculaire.
Il ne faudrait pas croire que dans tous les vaisseaux de même calibre, situés à égale distance soit des réseaux, soit du canal thoracique, la vitesse est la même. L'uniformité est possible pour les vaisseaux qui ont un point de départ commun dans les mêmes réseaux, car ils peuvent se mettre en équilibre entre eux comme les vases communicants ; mais elle ne peut exister dès l'instant que les vaisseaux s'alimentent dans des réseaux distincts, isolés, appartenant à des organes différents. Ils sont, dans ce cas, absolument indépendants les uns des autres. La rapidité de leurs courants est alors subordonnée à l'activité de l'absorption et au jeu de la con- Uractilité des parois, deux conditions qui peuvent varier d'un point à un autre. Ce qui le prouve, c'est que ces courants, dans les vaisseaux du mésentère, ont, pendant la digestion, une vitesse huit à neuf fois plus grande que celle des vaisseaux du cou. Et dans les mêmes courants, leur vitesse va du simple au double, suivant que la production de la lymphe est à Tétat normal ou accélérée. C'est faute d'un agent commun d'impulsion et faute d'anastomoses propres à faciliter les communications, que les diverses parties du système ne se mettent point en équilibre de pression et qu'elles conservent^ les unes par rapport aux autres, une certaine indépendance.
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Dans quelques conditions, il est possible de comparer la vitesse des floidôs blancs à celle do sang. En eiaminant an microscope, chez les poissons et les batraciens, les lymphatiques accolés aux capillaires sanguins, on voit, d'après Robin (1), les globules sanguins se mouvoir dix à vingt fois plus vite que les globules lymphatiques. D'ailleurs, dans les mêmes vaisseaux, les deux espèces de globules ne marchent pas également vite : les blancs, en raison de la viscosité de leur surface, progressent avec plus de lenteur et s'attachent souvent aux parois vasculaires.
La vitesse des courants dans l'ensemble du système lymphatique ou dans quelques-unes de ses parties peut éprouver des variations considérables. Les plus communes sont dues à l'abondance ou à la rareté des matériaux offerts à l'absorption, aux mouvements ou à l'inaction des parties, et à certaines modifications dans la circulation sanguine ; dans tous les cas, ces variations se traduisent d'une façon très-saisissable.
Lorsque la vitesse de la progression s'accélère modérément, les vaisseaux conservent un calibre moyen, comme cela arrive aux lymphatiques sous-cutanés dans les cas de frictions à la peau, à ceux de la tête pendant la mastication, à ceux des membres lors des grands efforts musculaires, de la marche ou de la course. Aussi, dans de telles conditions, le prodoit des fistules est-il accru du quart, du tiers et même de moitié. Quand, au contraire, la progression de la lymphe se ralentit, les vaisseaux deviennent très-apparents, se gonflent dans toute leur étendue; leur diamètre double, triple; leurs parois acquièrent une tension extrême; enfin, les ganglions se tuméfient et s'infiltrent et, par contre-coup, l'absorption éprouve un ralentissement [notable. C'est ce qui a lieu par le fait de l'hypertrophie ou de la tuméfaction des ganglions, qui est bientôt suivie de la bouffissure des parties et d'une infiltration plus ou moins marquée, comme on le voit aux membres, au fourreau, à la r^ion testicolaire, dans les affections morveuses et farcioeuses. On peut reproduire à un certain degré un état analogue, en liant sur l'animal vivant le canal thoracique avec le tronc lymphatique droit. En quelques heures, tout le système se trouve admirablement injecté : les réseaux les plus déliés sont devenus apparents, les vaisseaux atteignent des proportions qu'on n'aurait pas soupçonnées «t qui permettent de se foire une idée nette de leur ensemble.
Ces deux modifications opposées peuvent être, dans les conditions ordinaires, -générales ou partielles. Elles sont étendnes à l'ensemble si leurs causes portent sur l'organisme entier ou si elles agissent sur le canal thoracique ; elles peuvent demeurer partielles dans les conditions pathologiques comme à l'état normal, en raison de l'indépendance des diverses parties do système les unes par rapport aux autres.
Maintenant, les ganglions ont-ils quelque influence sur la vitesse des courants lymphatiques? Peuvent-ils l'accélérer ou doivent-ils la ralentir?
Le ganglion, quelle qo'en soit la stroaurc intime, doit ralentir les couranu lymphatiques si la somme des aires de ses passages est plus grande que la somme des aires de ses afférents. La première est évidemment supérieure à la seconde, mais •elle ne Test pas autant qu'elle le semble, en comparant la coope transverse des
(i) Cti, Robin, art. leucocyte^ in Dict» cité*
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afférents injectés à celle du ganglion, car les parois des cellules et des canaux de ce dernier la réduisent (rès-notablement. Si Ton admet qu'elle est à la seconde comme 1 4/2 est à 1, la diminution de vitesse s'exprimera par les mêmes chiffres.
Le ralentissement des courants ganglionnaires est, à certains moments, bien plutôt le fait des obstacles à la marche des liquides que le résultat de l'agrandissement des passages. Lorsque, par exemple, l'absorption intestinale commence à devenir active, les ganglions mésentériques, pendant un certain temps, laissent sortir moins de chyle qu'il n'en reçoivent et arrivent ainsi à un état de tuméfaction considérable. Ce n'est qu'à compter du moment où la turgescence a atteint ses limites que les quantités qui sortent sont équivalentes aux quantités entrantes, et alors les voies sont considérablement agrandies. Si, dans ce cas, l'exportation finît par ne plus pouvoir s'équilibrer avec l'importation, les liquides stagnent dans les afférents, les dilatent outre mesure jusqu'aux réseaux, et entravent ultérieurement l'absorption. Mais une fois que l'apport diminue, le ganglion s'affaisse peu à peu, et il revient bientôt à ses dimensions initiales ou à celles qu'il présente dans les intervalles de la digestion.
Les ganglions, en raison de leurs propriétés de tissu, ne sont pas sans inOuencer, par moments et dans certaines limites, les courants lymphatiques qui les traversent. D'une part leur élasticité, qui est très-prononcée, tendant à les affaisser, exerce sur la lymphe une pression qui s'ajoute à ses autres causes d'impulsion. Si, par exemple, on fait une faible incision à un ganglion gonflé, le liquide s'échappe à travers louverture et l'organe s'exprime, se resserre dans tous les sens. D'autre part, si on ke tous les afférents d'un ganglion gorgé de lymphe de manière à soustraire le contenu de celui-ci à l'impulsion dérivée de l'absorption, de l'élasticité et de la contractilité des parois vasculaires, la lymphe continuera à passer dans les afférents, et le ganglion sera bientôt complètement affaissé. L'écoulement qui a lien dans ce cas et le resserrement des ganglions sont principalement le résultat de l'élasticité, car ils se produisent assez longtemps après la mort.
Les ganglions t>euvent encore agir sur les courants par la contractilité dont jouissent les parois de leurs cellules et de leurs canaux, parois où existent une certaine quantité de fibres musculaires; mais leur action, sous ce rapport, est faible ; elle ne permet pas d'assimiler ces organes à des cœurs lymphatiques plus ou moins analogues à ceux des reptiles.
La vitesse du mouvement des liquides à travers les ganglions n*a d'ailleurs rien d'uniforme, car ces organes peuvent se trouver à trois états différents. Dans l'un, ils reçoivent plus qu'ils ne laissent échapper, et alors ils se tuméfient ; dans le second, il y a équilibre entre l'apport et la dépense, et l'organe demeure stationnaire; dans un dernier, il laisse échapper plus qu'il ne reçoit, c'est la période d'affaissement. Sous ces trois états, leur action fort compliquée sur les courants se traduit par un ralentissement plus ou moins marqué, favorable aux élaborations des. liquides.
Mais quel est le degré de ce ralentissement? L'expérimentation nous montre qu'il ne va pas très-loin, car si on injecte dans Tintesiin une solution d'iodure de potassium, on retrouve l'iode au bout de & à 5 minutes dans le chyle donné
par la fistule an delà des gangtioDs mésentériques, el si Ton porte comparativement la même solution d'un côté vers le pied, et de l'autre à la face, Tiodè se retrouvera presque aussi vite au cou, après avoir traversé deux sériés de ganglions, qu*à la face interne de la jambe, où il sera parvenu sans avoir eu d'oi^nes semblables à traverser.
Il n'en est pas toujours ainsi. Dans quelques circonstances, les ganglions sont toméfiés ou indurés au point de donner lieu à un arrêt à peu près complet des liquides, et cela arrive notamment aux bronchiques, aux médiastinaux des ruminants tuberculeux, aux ganglions pleins de dépôts crétacés ou ayant subi d'autres modes de dégénérescence. Les voies de la lymphe y sont alors obstruées, sauf celles de la surface. Sans l'être tout à fait dans quelques ganglions, sur les chevaux morveux et farcineux, elles le sont assez pour provoquer des inGltrations locales très-caractérisées.