DÉVERSEMENT DU CHYLE ET DE LA LYMPHE DANS LE SYSTÈME VEINEUX
Nous connaissons les voies que parcourent les fluides blancs, les forces qui les meuvent et la vitesse de leurs courants. Il faut voir suivant quel mode se fait le déversement de ces liquides dans le système sanguin, avant de rechercher suivant qu^les proportions ils sont apportés à la masse du sang.
Si, après avoir mis à découvert le canal thoracique en avant de la première côte, on l'examine attentivement, on constate que, tout en restant plein, il se dilate et s'affaisse alternativement A travers ses parois minces et presque transparentes, si elles sont bien dénudées, on croit reconnaître que le liquide se meut par saccades. Le doigt appliqué sur le conduit y perçoit une suite de légères secousses qui rappellent la diastole et la systole des artères.
Dès qu'une toute petite ouverture est faite au canal, le liquide s'en échappe sous la forme d'un jet continu» tour à tour ralenti et accéléré. L'écoulement semble, par moments, se suspendre, puis il reprend avec une extrême rapidité.
Si l'on vient à adapter un tube métallique à ce vaisseau avec un prolongement de caoutchouc, on remarque que l'appareil éprouve une légère agitation : le toucher y reconnaît un frémissement dû au cours du liquide ; la partie flexible du tube, de même qu'une artère^ éprouve une dilatation et un resserrement successifs toujours très-prononcés sur les espèces de grande taille.
Ce simple examen montre donc que les liquides sont apportés vers l'insertion du canal thoracique par un courant continu et saccadé. Le courant est continu pendant l'abstinence, les intervalles de la digestion, comme au moment de la plus grande activité digestive. Jl éprouve des saccades régulières subordonnées non à l'action propre du canal, mais aux mouvements respiratoires; il se ralentit et s'aflaiblit dans l'inspiration, s'accélère et se renforce dans l'expiration. Ces alternatives s'affaiblissent ou s'exagèrent proportionnellement à l'étendue des mouvements du thorax.
222 DK l'absorption.
Les mouTemenls respiratoires exercent donc sur les courants du canal thoracique une influence diamétralement opposée, par leurs résultats, à celle qu'ils produisent sur le sang veineux. En effet, c'est au moment oà l'inspiration appelle le sang veineux vers le cœur que, par une singulière opposition, le courant des liquide» du canal thoracique se ralentit; c'est, d'autre part, lors de l'expiration que le sang est refoulé loin du cœur par ce qu'on appelle le pouls veineux, et que, par contre, le contenu du canal, chassé vers les veines, précipite sa marche et s'échappe avec force.
Ce singulier contraste, que j'ai noté dès mes premières expériences, me paraît s'expliquer de la manière suivante : Pendant l'inspiration, la tendance au vide aspire le sang qui. se trouve hors du thorax et le fait affluer vers le cœur ; elle agit aussi sur le canal, le dilate et y appelle le contenu des vaisseaux extra-thoraciques; elle s'achève avant que le canal soit très-rempli. Lors de l'expiration, la compression exercée sur les gros troncs veineux du thorax imprime un temps d'arrêt au sang et le fait même refluer vers les parties périphériques ; cette compression, s'exerçant sur le canal rempli dans le temps précédent, pousse vers le cœur la lymphe que les valvules empêchent de refluer dans la partie abdominale ; lymphe qui s'échappe du côté central, où elle rencontre le moins de résistance.
Cet antagonisme s'observe d'autant mieux que la respiration est plus laborieuse, et on le constate sur les branches non ouvertes, comme sur celle où le tube est inséré, sur le canal portant une très-petite piqûre, ainsi que sur le canal intact.
L'apport continu et saccadé des liquides à l'insertion du canal thoracique résulte du concours des forces impulsives que nous avons indiquées plus haut, page 203^ savoir : la poussée a tergo, l|i réaction élastique des parois, leur contractilité, aidées des autres forces accessoires.
La résultante de toutes ces forces n'aboutit à faire pénétrer les fluides blancs dans le système veineux qu'autant qu'elle exerce sur eux une pression supérieure à la tension du sang au point d'abouchement. Alors elle pousse les deux bords libres des valvules vers la veine, les écarte^ et la lymphe tombe dans le sang. Nous avons vu que celte pression peut s'élever jusqu'à la moitié de celle dn sang artériel.
Quoique ces forces essentielles et accessoires, développées dans l'ensemble du système et additionnées à celles du canal, aient une résultante d'nne grande intensité, elles ne sufiBsent pas toujours à mettre obstacle au reflux du sang dans les parties centrales du système lymphatique. Ce reflux, plus ou moins étendu suivant les animaux et le caractère des mouvements respiratoires, est-il empêché ou restreint par d'autres artifices que celui de la disposition des valvules terminales?
flaller et Cruikshank ont prétendu que l'insertion du canal à gauche avait pour but de le rendre plus difficile. D'après ces deux célèbres observateurs, la tendance au reflux serait moins prononcée, chez l'homme, à gauche qu'à droite, en raison d'une différence dans le degré d'ouverture des angles formés par les jugulaires, les sous-davières et la veine cave supérieure. Cette différence, suivant Haller, aurait une telle importance, que dans le cas de transposition des viscères, celle-ci s'étendrait au canal thoracique. Si Tinsertion à gauche a réellement un tel avantage