I. --Changements que l'air éprouve dans la respiration
Avant que l'on connût les résultats e3sentiels des rapports établis entre l'air et le sang dans le poumon, on se faisait de singulières idées sur la nature intime et le but de la respiration. Les anciens croyaient que celte fonction, si importante et si immédiatement nécessaire à la vie, rafraîchissait le sang, dont la chaleur avait sa source ou son foyer dans le cœur, et cette opinion eut cours jusqu'aux temps modernes, où elle fut encore défendue par Descartes et par Helvétios. Après la découverte de la circulation, on prétendit que l'air amené dans les oi^anes respiratoires servait à déplisser les vaisseaux du poumon et à faciliter ainsi le passage du sang des cavités droites dans les cavités gauches du cœur. Mayow, en 167/i, reconnut dans l'air un principe auquel il donna le nom de nitro-aérim, qui rougit le sang, entretient la respiration et la chaleur animale, principe qui rouille le fer et sert à la combustion; Blacke vit que l'air s'épuise par la respiration et se charge d'acide carbonique ; enfin Lavoisier eut la gloire de démontrer que l'air, mis eu contact avec le fluide nutritif, lui cède un de ses éléments, qu'il appela Voxygène^ lequel se combine avec le carbone et l'hydrogène du sang pour former de l'eau et de Tacide carbonique. La respiration devint alors, aux yeux de l'illustre chimiste, une véritable combustion, point de départ de la chaleur animale. A dater de cette découverte, la respiration a été analysée dans la plupart de ses détails, et son histoire s'est enrichie d'une foule de faits précieux, dont Tappréciation et l'enchaînement doivent prendre la place trop longtemps réservée à de stériles théories. L'air atmosphérique qui s'introduit dans les cavités du poumon, où il se met en rapport avec le sang, en est éliminé après avoir subi une élévation de température, une ra* réfoction plus ou moins considérable, perdu de l'oxygène et reçu en compensation de l'acide carbonique, quelque peu d'azote, de la vapeur d'eau et, éventuellement, certains produits volatils exhalés par la muqueuse pulmonaire.
L'élévation de température dérive du contact de l'air avec les parties qu'il traverse, de son mélange avec celui qui se trouvait déjà dans le poumon, et des combinaisons effectuées au sein de cet organe. J^ dilatation ou la raréfaction de ce fluide est le résultat immédiat de l'élévation de température. Il est inutile d'insister sur ces deux premières modifications, purement physiques, imprimées à l'air qui sert à rbématose.
L'air qui pénètre dans le poumcHi contient près de 21 parties d'oxygène, un peu plus de 79 parties d'azote» avec 6 à 5 dix-millièmes d'acide carbonique, et une proportion variable de vapeur d'eau. Lorsqu'il est rejeté des cavités respiratoires, il n'a plus que 1^ à 15 parties d'oxygène, mais il est chargé d'une forte proportion d'acide carbonique et de vapeur d'eau ; il a acquis un léger excédant d'azote et perdu de son volume, car au bout d'une heure, sa masse, respirée par un seul
29/t DE LA RESPIRATION.
OU par plusieurs animaux, diminue d'un centième, d'après les expériences de Despretz.
Pour apprécier les altérations éprouvées par Tair, dans la respiration, on a employé divers procédés. Lavoisier et Séguin se servaient d'une simple cloche de capacité connue, pleine d'air, où un petit animal était maintenu pendant un temps déterminé, cloche dans laquelle un alcali absorbait l'acide carbonique à mesure qu'il était exhalé. Allen et Peyps expérimentaientsur l'homme, il y a un demi-siècle, à l'aide de deux gazomètres : le premier, à eau, fournissant l'air des inspirations, et le second, à mercure^ recevant l'air des .expirations. Dulong mettait en usage un appareil renfermant les animaux, et où l'on pouvait mesurer exactement les volumes d'oxygène absorbé et d'acide carbonique exhalé. MM. Regnault et Reisel (1) ont fait leni-s belles expériences au moyen d'un appareil fort compliqué, formé : V d'une cloche qui loge l'animal ; 2"* d'un condensateur d'acide carbonique ; 3^ d'une série de ballons fournissant l'oxygène. Pettenkofer a employé une chambre de 12 mètres cubes 1/2, où l'air arrive et d'où il sort mesuré au moyen de compteurs à gaz. Tous ces appareils, plus ou moins parfaits, ont l'inconvénient de ne pas isoler les altérations de l'air dues à la respiration de celles qui résultent des fonctions de la peau et du tube digestif.
La détermination des altérations de l'air dans la respiration a été faite, en ce qui concerne l'homme, divers animaux domestiques, les oiseaux, les reptiles et quelques invertébrés. Pour rendre les comparaisons plus faciles entre les divers animaux, quant aux quantités d'oxygène absorbé, d'acide carbonique et d'azote exhalés, on a rapporté ces quantités à 1 kilogramme du poids vif des animaux tais en expérience.
L'air perd de l'oxygène. — Lavoisier et Séguin, en 1789, avaient estimé qu'un homme à jeun et en repos consomme par heure de 2^ à 26 litres d'oxygène, pesant 3(i>',5 à 38'%3, et que dans d'autres conditions il peut en absorber jusqu'à 91*'^',2 ; mais leurs évaluations étaient entachées d'erreur, et l'on peut réduire au chiffre de 20 à 23 litres par heure la consommation moyenne d'un homme de taille ordinaire.
En ce qui concerne les mammifères^ on n'a expérimenté jusqu'ici que sur un petit nombre d'espèces. £n prenant une moyenne d'après les données foomies par les divers expérimentateurs, on peut évaluer aux chiffres suivants la consommation d'oxygène en vingt-quatre heures pour :
Le chevaljà 4250 litres.
Le bœuf, à 3800
L'homme, à 600
Le mouton (50 kilogrammes), à 600
Le chien (20 kilogrammes), à 386
Le chat, à 90
Le lapin, à 70
Le cochon d*lnde, à 20
D'après cela, on voit que le cheval consomme une masse d'oxygène équivalente à celle que contiennent 21,250 litres ou 21 mètres cubes 1/4 d*air; le bœuf, une
(1) Regnault et Reiset, Annales de chimie et de physique, t. XXVI,
PBÊNOMÈNES GHOUQUES DE LA BESPIBAnON. %9^
-masse de ce g»z cooteDa dans 19 mètres; le mouton, dans 3 mètres; le clûeu, dans ,|)rès de 2 mètres» etc. Gomme Fair sortant des poumons ne se dépouille que de 4 à 5 cenlièmes de cet oxygène, soit en moyenne 4 centièmes 1/2, il en résulte que le cheval vide, au titre de Tair expiré, 95,600 litres de ce fluide; le bœuf, 85,500; le mouton, 12,000, etc.
Mais l'air devenant déjà malsain lorsqu'il est privé d'un centième d'oxygène remplacé par un volume d'adde carbonique, ce fluide est altéré à ce degré en quantité •quatre fois et demie plus grande que ne l'indiquent les derniers chiffres qui précèdent. Le cheval en vicie ainsi 430 000 litres ou 430 mètres cubes; le bceuf, 3ê4 000 litres ou 384 mètres^ etc.
Les quantités d'oxygène consommées par heure et par kilogramme de substance vivante sont, pour :
grammes.
Le cheval 0,553 (d*après M. Boussiofaull).
Le bœuf 0,460 Id.
Le mouton 0,77d (d*aprèft M. Barrai).
Le porc » ( — BouMÎngauU).
Lelapin 0,883 ( Hegnault et Reiset).
Le chien 1,183 Id.
La poule 1,035 Id.
Le eanard 1,850 Id.
Le moineau 9^595 Id.
Le bec- croisé 10,975 Id.
Le Terdier 11,371 Id.
La grenouille 0,090 Id.
Le hanneton. 1,019 Id.
La quantité d'oxygène enlevée à l'air varie énormément de classe à classe et ^'espèce à espèce. Pour les animaux sur lesquels on a expérimenté jusqu'ici, les oscillations de cette quantité sont comprises entre 1 décigramme et 10 grammes {Kir kilogramme et par heure, ou entre 1 et 100. Tontes choses égales, les oiseaux sont ceux qui en consomment le plus ; les mammifères et les insectes viennent ensuite, puis, et à une grande distance, les reptiles et les mollusques.
Elle est d'autant plus grande proportionnellement dans les diverses classes et espèces^ que la taille des animaux est plus petite. Ainsi, le chien consomme 2 fois, le cochon d'Inde 3 fois, la souris 22 fois autant d'oxygène que le dieval. Parmi tes oiseaux, la tourterelle en consomme 3 fois 1/2 et le moineau 8 fois autant que la poule, quoiqu'il n'y ait pas entre ces oiseaux de différences de taille énormes. La raison de cette consommation croissante d'oxygène, à mesure que te volume du corps se réduit, tient, suivant M.M. Regnault et Reiset, à la déperdition de chaleur croissante à mesure que la masse du corps diminue, déperdition qui exige une production plus intense de calorique. Mais ce n'est là qu'une des raisons du fiiit^ car, d'une part, l'accroissement de la consommation d'oxygène n'est pas exactement proportionnelle à l'augmentation de la surface du corps, et, d'autre part, celte consommation reste plus active, d'après M. Bert, chez les petits, quoiqu-ils soient maintenus dans une atmosphère à température très*élevée qui exige peu de caloriiîcation animale. La raison majeure de cette consommation si active d'oxygène chez les petites espèces, est que la machine y est montée pour, fonctionner plus •activement et plus vite, se mouvoir, digérer, respirer, se développer (dus vite. Elle
croît è mesure qne rindividn approche de l'âge adulte, puis diminue 2i un âge avancé, surtout chez Thomme où la réduction de la capacité respiratoire est très* considérable dans la vieillesse. Dans l'espèce humaine, elle est pins active chezl'homme que chez la femme, chez les garçons que chez les jeunes filles. Scbarling, ' MM. Andral et Gavarret l'ont constaté, et la différence s'explique par celle du développement des organes respiratoires.
Cette consommation s'accroît sous l'influence d'une foule de causes et dans de nombreuses conditions, proportionnellement à l'activité fonctionnelle de l'animal.
L'exercice musculaire est une des conditions qui influencent le plus la consommation d'oxygène. Déjà Lavoisier et Séguin avaient cru trouver qne l'homme qui s'exerce à élever un poids à une certaine hauteur use presque trois fois autant d'oxygène que le même individu dans l'inaction. Prout, Vierordt, Liebig ont constaté aussi une plus grande consommation d*oxygène dans ces conditions. M. Lassaigne Ta vue sur le cheval presque doublée après une course rapide. D'antres expérimentateurs ont obtenu des résultats analogues sur de petits animaux; Newport a viêmc reconnu que le bourdon peut user vingt-sept fois plus d'oxygène pendant le vol que dans Tétat de repos.
La très-grande activité musculaire des petites espèces est frès-{)robablement l'une des causes principales qui font que les petits animaux absorbent 8, 10 et même 20 fois plus d'oxygène que les grands. Cet accroissement dans la consommation d'oxygène par le fait de l'activité musculaire s'expliquera mieux quand nous analyserons les actes de la nutrition dans les organes. Il faft comprendre pourquoi les animaux qui travaillent réclament une nourriture plus abondante pour couvrir leurs pertes, et pourquoi le travail les fait maigrir si vite, alors qu'ils ne sont pas abondamment nourris.
Sous l'influence du travail digestif, la consommation d'oxygène s'accroît d'une manière très-notable. Lavoisier portait pour l'homme l'augmentation de 26 à> 37 pendant l'inaction, et de 65 à 9! pendant le travail musculaire. MM. Regnault et Reiset l'ont vue augmenter dans la proportion de 27 à 35 sur le lapin, de 50^ à 65 sur le chien, de 10 à 15 sur la poule. La différence a été trouvée plus grande encore entre l'animal en digestion et celui qui souffre d'une abstinence prolongée. L'inanition fait descendre davantage celte quantité d'oxygène absorbée, par exemple de 39 à 9 sur les grenouilles, d'après les observations de Marchand.
L'engoui*dissement ou la léthargie des hibernants réduit dans des proportions^ énormes l'absorption de l'oxygène. Saissy a trouvé que le lérot et le hérisson engourdis absorbent, le premier, 36 fois, et le second 60 fois moins de ce gaz qu'au* moment de l'éveil, par les chaleurs de l'été. MM. Regnault et Reiset ont vu laconsommation d'oxygène, par la marmotte, diminuer d'un tiers lorsque l'animal cesse de manger pour se préparer au sommeil, et descendre pendant l'engourdissement complet à un chiffre 29 fois moindre que celui de la veille, de telle sorte* qu'entre l'animal éveillé et le même animal engourdi la différence est plus grande^ qu'entre le chien et la grenouille. La léthargie des animaux à métamorphoses a le même résultat : la chrysalide du ver à soie, suivant MM. Regnault et Reiset, absorbe dix fois moins d'oxygène que la larve.
l On- voit donc, d'après tout ce qui précède, que la consonimation d'oxygène-
PHÉNOMÈNES CHIMIQUES DE lA RESPIRATION. 297 .
n*esi pas proportioinielie au poids des animaux, puisque i kilogramme de substance vivante absorbe une quantité de ce gaz variable de 1 âh 10, même de 1 à 20 parmi les animaux à sang chaud, quantité d'autant plus grande que ce kilogramme appartient à on animal plus petit Aussi entre indifidus de diverse stature et dans diverses GCMMlitions, la consommation de l'oxygène est réellement en rapport, non avec le poids de la substance, mais avec son activité fonctionnelle, comme le dit si judicieusement M. Milne Ediiards, et il est probable que si l'on pouvait, <Jans l'animal, isoler le muscle du tendon, de la peau, des glandes, etc. , on trouverait, à égalité de poids» des différences corrélatives à celles de l'activité de chacun de ces éléotients.
L'oxygène absorbé dans la respiration est destiné à la combustion du carbone et à celle de l'hydrogène. Il se retrouve dans l'acide carbonique environ pour les quatre cinquièmes chez les mammifères, les sjx septièmes chez les oiseaux. Le cinquième qui manque à l'acide carbonique chez les premiers^ et le septième chez les seconds, sont employés i la combustion de l'hydrogène ou à la formation de l'eau ; mais le rapport entre l'oxygène consommé et l'acide carbonique produit parait varier d'espèce âi espèce, surtout suivant la nature de l'alimentation et l'état de digestion ou de jeûne. Ainsi, suivant MM. Regnaultet Reiset, si l'on représente par 1000 le poids de l'oxygène soustrait à l'air, on en retrouve 7^5 chez le chien et 919 chez le lapih employés à la formation de l'acide carbonique. La quantité de ce gaz affectée à la combustion du carbone atteint son maximum chez les herbivores et les frugivores ; elle est au minimum chez les carnassiers dont les aliments sont moins carbonés, et chez les individus, quel qu'en soit le régime antérieur, dès qu'ils sont soumis à une abstinence prolongée.
L'air ae charge d*aeide «uirboniqiie. — En même temps que l'air perd de l'oxygène, il reçoit en échange de l'acide carbonique dont on détermine plus facile ment la proportion que celle du premier gaz.
La quantité d'acide carbonique versée dans l'air par les organes respiratoires, représente environ U centièmes et 1/3 de l'air expiré. On la détermine par des procédés divers, soit en prenant pour l'analyser un échantillon d*air dans le milieu confiné où a été tenu le sujet en expérience, soit en faisant arriver les produits de l'expiration dans les ballons disposés de manière à les recueillir intégralement. Elle se trouve toujours dans un certain rapport avec celle de l'oxygène absorbé^ mais dans un rapport variable, car une portion plus ou moins forte de l'oxygène est destinée à la combustion de l'hydrogène et peut-être à des actions chimiques spéciales. D'après les recherches les plus récentes, notamment celles de MM. Regnaok et Reiset, on retrouve dans l'acide carbonique les TU centièmes de l'oxygène absorbé chez le chien et la marmotte, les 79 centièmes chez les moineaux, les 85 centièmes chez l'homme, les 89 centièmes chez le canard, les 91 centièmes chez le lapin, les 97 centièmes chez le cheval et le bœuf, les 98 centièmes chez les poules, et enfin la totalité et même plus chez le mouton, de telle sorte qu'on semble obligé d'admettre, chez cet herbivore, qu'une faible partie de l'oxygène des aliments s'ajoute à l'oxygène de l'air pour concourir à la formation de l'acide carbonique exhalé dans les voies respiratoires.
La production de l'acide carbonique, comme l'absorption de l'oxygène à laquelle elle est subordonnée, n'est pas également active dans toutes les classes animales et
dans toutes les espèces. Elle est aussi plus ou moins abondante suivant la taille des animaux, les conditions physiologiques ou extérieures dans lesquelles ils peuvent se trouver.
£n ce qui concerne les espèces de mammifères qui ont fait Tobjet de recherches un peu étendues, voici à quel chiffre on peut évaluer la production moyenne de l'acide carbonique par heure et par jour :
Par heure. Par 24 heures.
Le cochon d*Inde 1/2 litres. 12 lilres.
* Le chat et le lapin 2 48
U chien ,10 240
L'homme 16 384
Le moaton 20 480
Le porc 45 , 1080
Le bœuf 200 4800
Le cheval 200 4800
Les chiffres donnés pour chaque espèce ne peuvent concorder exactement, puisque les expérimentateurs n'opèrent pas sur des individus de même poids, de même âge et dans des conditions identiques. Ainsi, pour Fhomme, Lavoisier, Séguin et M. Dumas estiment la production de Tacide carbonique par heure à 13 litres, Scharling à 17 litres, MLM. Àndral et Gavarret à 20 litres; Oavy l'avait même portée à 28 litres, soit en moyenne 17 litres représentant 9^%^ de carbone brûlé ou 219 grammes pour une période de vingt-quatre heures. Pour le cheval, M. Lassaigne a trouvé sur un individu 172 litres^ sur un autre 219, et M. Boussingauli 187, soit en moyenne 200 litres représentant 111 grammes de carbone, soit pour vingt-quatre heures 4800 litres d'acide carbonique et 266/i grammes de carbone.
Par kilogramme et par heure, les petits mammifères^ tels que la marmotte, le lapin, le chien, donnent en moyenne de 1 gramme à 1k%20 d'acide carbonique ; d'après MiVL Regnault et Reiset, le mouton is',10, l'homme Os',(i3 à O^'.ôO, la vache 0^^,61, le cheval Os%77 à 0B^8. Mais les oiseaux en donnent davantage : la poule 1K%36, le canard 2k',12, les moineaux, les verdiers, le bec croisé de 10 à 11 grammes. Les insectes en produisent autant que .les mammifères; les reptiles, tels que les lézards, grenouilles et salamandres, huit à dix fois moins.
Sa production est d'autant plus active que la taille est plus petite. D'après Letellier, dont les recherches ont été exécutées sous la direction de M. Boussingault, la ^uris, proportionnellement à sa taille, produit huit fois plus d'adde carbonique ^ue le cochon dinde et vingt et une fois plus que le chevaL Le même observateur a vu des oiseaux du poids de 28 grammes produire relativement trois fois plus d*acide carbonique que d'autres du poids de 159 grammes. Voici pour les animaux domestiques les résultais détaillés obtenus, à ce sujets par M. Lassaigne et M. Boussingault.
M. Lassaigne (1), en opérant sur des animaux placés successivement dans une boxe de capacité connue et parfaitement fermée, est arrivé aui; résultats suivants qui peuvent se résumer ainsi :
(1) Lassaigne, Jour.ml de chimie médicale, 1846, t. Il, p. 751, 3® Bérie; 1849, t. V, p. 13 et 253.
Un chenal prodaisil en une heure 219 litres 72 centilitres diacide carbonique, contenant en Tolume 219 litres d'oxygène, et en poids 118 grammes 57 centigrammes de carbone; ce qni donne pour une période de vingt-quatre heures un total de 5273 litres d'acide carbonique produit, et de 28/i5 'grammes de carbone brâlé. Un antre cheval exhala par heure 355 litres d*acide carbonique k la température de+ 15'' et à la pression ordinaire, équivalant à 187'^10de carbone brûlé, soit pour vingt-quatre heures 8521 litres d'acide carbonique produit, et /i&90 gram* mes de carbone brûlé. Un bélier, un taureau, une chèvre, un chevreau et un chien ont donné les quantités d'acide carbonique ci-après : .
ANIMAUX
Volome
de l'acido carbo*
niqae produit
en une heure.
Poids de l'acide
produit
en une heure.
Poids du cariMoe ^ brûlé eo une heure.
Poids dn rai-bonc
brûlé
en 24 heures.
Cheval j
litres.
grammes.
grammes.
Taureau.
Bélier de 8 mots. ........
Chèvre de 8 ans
Chevreau de 5 mois
Ghieo de chasse
M. Boussingault (1) est arrivé à des résultats analogues à ceux qui précèdent, à l'aide d'une méthode indirecte qui consiste à analyser comparativement, d'une part, les aliments consommés, d'autre part, les déjections et les produits de sécrétion éliminés par un animal dont le poids reste sensiblement invariable pendant le cours de l'expérience. De cette manière, on rassemble les données qui permettent de conclure par diiïérence la quantité de carbone rejetée par la respiration et la transpiration. Évidemment le procédé est plus complexe et moins susceptible d'une extrême précision que les autres. Néanmoins il conduit à des déterminations fort rapprochées de la vérité, que le savant chimiste exprime par les chiffres suivants :
ANIMA13X
POIDS
Carbone brûlé
eu
21 heures.
Oxygène consommé.
Oxygène exprimé
en air atmosphérique.
Cbeval
kilo^r.
grammes.
litres.
litres.
Vache laitière
Porc de 5 mois
Pore de 9 mois
Mouton
Aux divers âges cette production n'est point uniforme. On a calculé que dans Tespèce humaine il se produit par heure et par kilogramme du poids du corps
(1) Boussingault, Économie rurale^ t. II, p. 379.
0'^92 d'acide carbonique sur le petit garçon, 0, 58 sur le jeune homme, 0,51 sur l'adulte.
La production d'acide carbonique varie dans des limites très-étendues suivaal que l'animal est régulièrement alimenté, qu'il jeûne ou souiïre d'une abstinence plus ou moins prolongée, qu'il est dans l'inaction ou qu'il travaille. Elle augmente ou diminue suivant l'âge de l'animal, l'état de veille ou de sommeil, de santé ou de maladie, suivant les heures de la journée, la température ambiante, etc.
Déjà Lavoisier avait constaté, sur l'homme, que la digestion active considérablement la consommation d'oxygène, et par conséquent la production d'acide carbonique. Depuis, tous les expérimentateurs ont noté cet accroissement et cherché à le mesurer. Scharling Ta trouvé égal à un quart ou à un tiers de la productioQ normale. Vingt-quatre à trente heures après le repas, E. Smith et Pettenkofer ont reconnu une réduction d'un quart, MM. Regnault et Reiset, d'un tiers sur le lapin, et de près de moitié sur des poules. M, Boussingault a trouvé aussi une réduction de moitié dans les mômes conditions sur la tourterelle, réduction qui s*e3t maintenue au même taux dans les quatre à cinq jours suivants. Bidder el Schmidt ont vu également sur le chat la production de l'acide diminuer de plu» d'un tiers du cinquième au dix-septième, jour de l'abstinence. J'ai constaté indirectement une diminution non moins forte sur le cheval et sur d'autres animaux soumis à l'abstinence prolongée, en évaluant la quantité de carbone contenue dans la masse de substance vivante que le corps perdait par chaque période de vingtquatre heures.
La quantité d'acide carbonique exhalé diminue plus encore sous l'influence de l'abstinence que la quantité d'oxygène absorbé : aussi est-on en droit de conclure qu'alors la proportion d'hydrogène brûlé est plus forte que pendant la digestion.
La nature de l'alimentation influe sur l'abondance de l'exhalation carbonique. Avec l'alimentation végétale, elle est accrue, comme on le voit sur le bœuf et le cheval, où presque tout l'oxygène absorbé est employé à la combustion du carbone; sur le lapin, la poule au régime végétal, la totalité de l'oxygène absorbé a été quelquefois convertie en acide carbonique, et le fait a paru constant sur le mouton, où même l'acide carbonique a représenté une quantité d'oxygène supérieure à celle fournie par l'air, ce qui ferait supposer que les aliments ont dû donner l'appoint de gaz comburant Avec ralimentation animale l'exhalation d'acide carbonique éprouve une réduction moyenne de près d'un quart, de sorte que dans ce cas une quantité considérable de l'oxygène enlevé à l'atmosphère est employée à la combustion de l'hydrogène. Les graisses, les matières amylacées données seules, au lie» d'augmenter la quantité d'acide carbonique, la baissent, d'après £. Smith, au même taux que pendant l'abstinence.
L'exercice musculaire est une des conditions qui ont le plus d'influence sur la production de l'acide carbonique. Déjà Lavoisier et Séguin ont vu qu'elle fait plus que doubler chez l'homme qui se livre à un travail modéré, entraînant une accélération du pouls et des mouvements respiratoires. Un grand nombre d'expérimentateurs ont constaté ce fait sur l'homme. M. Lassaigne (1), dans d'intéressantea
(1) Lassaigne, Journal de chimie médicale^ 1849, p. 253.
^cherches faites avec la collaboration de M. Bouley, a trouvé aussi dans ce cas qu'elle peut doubler sur le cheval. Ncwport a vu sur des insectes qu'elle devient par cette cause de 25 à 27 fois plus grande que dans Tinaction. Toutefois, l'exercice n'a cet effet qu'autant qu'il ne s'approche pas trop de la Jimite où commence la fatigue. Le travail excessif très-pénible fait baisser la production de ce gaz. Il importe de tenir compte de ce résultat intéressant dans l'interprétation de l'usure rapide des produits de la digestion ou des propres matériaux de Forganisnic chez les animaux qui travaillent.