‹ Traité de physiologie comparée des animaux; considérée dans ses rapports avec les sciences naturelles, la médecine, la zootechnie, et l'économie rurale (volume 4)Chapitre 101 sur 191 · CONSIDÉRATIONS SUB L*ÂPPARBIL DIGESTIF · texte numérisé non relu

CONSIDÉRATIONS SUB L*ÂPPARBIL DIGESTIF

subordonnée an înodé d'alimentation des animaux. Les trayânx de GuTÎer ont fait voir que les herbivores ont an intestin dont l'étendue peut s*élever jusqu'à vingtsept à vingt-huit fois la longueur du corps, tandis que celui dés carnassiers est si court, qu'il n'égale souvent que ti^ois à quatre fois la même longueur. Mais, si, en général, le maximum appartient aux herbivores et le minimum aux carnassiers, il y a de nombreuses exceptions à cette règle. Ainsi, près du bélier, dont l'intestin a vingt-huit fois la longueur du corps, se trouve le dromadaire, où ce canal n'a plus que quinze fois cette longueur, puis le cerf commun que douze fols, le chevreuil onze fois, l'hippopotame neuf fois, l'éléphant sept fois, la même mesure prise pour terme de comparaison. £n regard de ces herbivores, on voit des carnassiers dont rintestin est aussi long que celui des premiers : l'hyène, par exemple, Ta huit jfois, et le phoque quinze, vingt, vingt-huit fois égal à la longueur du corps. Il est vrai que ces exceptions sont plus apparentes que réelles, car le diamètre du canal, ses renflements, ses valvules, peuvent établir des compensations, comme on le voit en comparant le bœuf avec le cheval. En effet, si l'intestin du dernier est moitié moins long que celui du ruminant, il est renflé sur plusieurs points, de telle sorte qu'il acquiert une capacité double et quelquefois triple de celle de l'intestin du bœuf.

A part ces irrégularités, on peut, avec les naturalistes, admettre en principe que la longueur de Tintestin est en rapport avec l'alimentation des animaux : toutes les fois que, chez les herbivores, ce canal sera moins étendu que ne le comporte le régime, il se dilatera pour reprendre en capacité et en diamètre ce qu'il aura perdu en longueur ; de même, si dans quelques carnassiers il est plus allongé qu'il ne devrait l'être, il sera plus étroit, plus resserré que chez les autres espèces du même groupe.

En comparant, sous ce rapport, des espèces très- voisines, on peut constater l'influence immense du régime sur les dimensions de l'intestin et concevoir la possi^ bilité de transformer, en quelque sorte, une espèce carnassière en une espèce omnivore et réciproquement. Ainsi, on sait que le sanglier a l'intestin plus court que le cochon domestique, quoique ces deux pachydermes aient, du reste, exactement la même organisation ; on sait également que le chat, le lapin sauvages, le buffle, ont cet organe beaucoup moins long que le chat, le lapin et le bœuf domestiques. Or, ne semble-t-il pas que le régime, en allongeant, en dilatant le tube intestinal du chien et du chat, ait pu affaiblir des appétits sanguinaires et finir par rendre supportable à CCS carnassiers une nourriture quelquefois, exclusivement végétale.

La capacité de l'appareil digestif est soumise, quant à ses variations, à des lois encore plus rigoureuses que celles qui déterminent la longueur de l'intestin. Les herbivores, dont les aliments ont toujours un grand volume, doivent nécessairement avoir un estomac et un intestin énormes, tandis que les carnassiers qui se nourrissent de substances dont la masse est peu considérable, n'ont besoin que d'une cavité gastro-intestinale d'une très-faible capacité. Toutefois, celle de Testomac, au lieu de se proportionner à celle de l'intestin, se montre avec cette dernière dans un rapport inverse fort remarquable^ car on voit dans une série d'espèces, ayant le même régime, l'estomac petit lorsque l'intestin est grand, et réciproquement, particularité surtout frappante.chez les solipèdes comparés aux ruminants,

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kinsi, le cheval, qai est peut-être de tous les mammiières herbivores celui dont Testomac offre proportionnellement le moins de volume, possède, en compensation, un intestin énorme; le premier viscère de cet animal ne contient, en moyenne, que de 16 à 18 litres, alors que le second pourrait, étant dilaté, en contenir de 125 à 300^ c'est-à-dire dix à onze fois autauL Le bœuf, au contraire, a un estomac dont la capacité s'élève à plus de 200 litres, tandis que celle de l'intestin n'arrive pas à la moitié; différence capitale dont on trouvera |dus tard la raison dans les caractères particuliers à la digestion de ces deux quadrupèdes. Chez les carnassiers, la capacité de l'estomac l'emporte sur celle de l'intestin et Mi demeure inférieure chez les omnivores (1).

En considérant, dans leur ensemble et d'une manière générale, la longueur, la capacité et la surfoce de l'appareil digestif, on arrive à voir que, de ces trois choses» la dernière est la plus essentielle et celle qui exprime le mieux l'aptitude des ani« maux à telle ou telle espèce d'alimentation. En effet, chez les herbivores, solipèdes ou ruminants, le tube digestif a une énorme capacité pour contenir la masse de substance nécessaire à la réparation des pertes; elle est, terme moyen, pour le cheval, de 200, et pour le bœuf, de 350 litres. Une dilatation si considérable de l'appareil digestif de ces herbivores implique évidemment une surface muqueuse très-étendue, et cependant cette surface serait, en déûnitive, assez minime si la nature n'eût employé divers artifices propres à la multiplier indéfiniment, sans modifier en rien le volume des diverses parties du tube gastro-intestinal.

Or, la nature a évité, dans la confection des réservoirs, deux formes qui, toutes proportions gardées, tendent à réduire, pour une même capacité, l'étendue de la suriace muqueuse, c'est-à-dire celles qui se rapprochent du cube ou de la sphère. Â l'aide de ce moyen, l'étendue de la membrane interne se trouve nécessairement augmentée : un rumen de bœuf contenant 200 litres, a à peine 2 mètres d'étendue superficielle ; tandis qu'un intestin grêle du même animal contenant seulement 70 litres, en a une qui s'élève à plus de 5 mètres et qui arriverait à 1 5 ou 16 mètres, si cet intestin, tout en conservant le même diamètre, se fût suffisamment allongé our égaler la capacité du premier compartiment de l'estomac. Par une simple augmentation de la longueur de ces réservoirs cylindriques, chaque espèce peut déjà obtenir l'étendue de muqueuse nécessaire à son mode d'alimentation.

Mais cet artifice de la forme tubulaire n'aurait pas été suffisant, à lui seul, pour multiplier l'étendue des surfaces ; il en fallait un autre qui, sans modifier la forme des viscères, ni faire varier leur capacité, pût, aussi efficacement que le premier, concourir à cette destination : celui-ci consiste dans la formation de plis plus ou moins étendus, ayant à la fois plusieurs usages divers, plis que l'on trouve dans l'intestin des herbivores, où ce canal est plus court que ne semble le comporter e régime, de même que chez les solipèdes, dont le cylindre intestinal est moins long que celui des ruminants.

Mais ce ne sont plus les mêmes vues qui ont présidé à la disposition de l'appareil digestif des carnassiers. D'abord, chez ces derniers, cet appareil a une capacité infiniment moins considérable que chez les herbivores, puisque les aliments qu'il

(1) G. Colin, Comparaison de V estomac et de t intestin des animaux (Recueil de médecine vétérinaire, 1849, t. VI, p. 476, 765 et 850)«

CONSIDÉRATIONS SUR L'APPAREIL DIGESTIF. SfZi

doit recevoir sont moins volamineux; ensuite l'intestin, tout en conservant la forme de tube qu'il revêt invariablement dans toute la série animale, perd beaucoup de sa longueur et de son diamètre; enfin, comme particularité essentielle à ces animauXy les plis muqueux, si multipliés chez les herbivores, n'existent ici nulle part sur le trajet de l'appareil digestif. Les deux dispositions qui servaient à l'ettension indéfinie de la surface, étant soigneusement évitées, il en résulte peu de capacité des réservoirs, brièveté des tuyaux et absence des plis muqueux, triple caractère du tube digestif des carnassiers.

A l'aide de ces moyens d'une extrême simplicité, la main intelligente qui a con« slruit les machines animées a donné aux herbivores une membrane muqueuse di^ geâtive dont l'étendue est au moins double et quelquefois triple de celle de Tenve-* loppe cutanée, et aux carnassiers, une muqueuse extrêmement réduite, dont l'étendue ne vient jamais égaler celle de la peau, et s'en approche d'autant moins que les espèces sont plus carnassières.

Cette admirable organisation de l'appareil digestif est dans un rapport si intime avec le mode d'alimentation que, par elle, on peut déduire le régime, de même que par le régime il est facile de prévoir les principales modifications de l'appareiL La relation qui existe entre ces deux choses a été si bien démontrée par Cuvier, qu'il devient superflu d'en multiplier les preuves.

D'une part, les diverses parties de l'appareil de la digestion sont tellement en har^ inonie les unes avec les autres, que l'une quelconque d'entre elles étant donnée, on peut trouver celles qui restent inconnues : que de là dent, paV exemple, 'on peut déduire la forme de la mâchoire ; de la forme de la mâchoire, c«lle de l'estomac et de l'intestin. D'autre part, les divers appareils de l'économie, préposés aux fonctions de relation, se trouvent dans une dépendance si étroite de celui de la diges-* tion, que leurs dispositions essentielles sont modifiées d'après la structure de ce dernier, car la forme de la dent entraîne celle des grifies, et celle-ci^ la configuration du reste des membres et le caractère de leurs mouvements. Enfin, toutes ces particularités, réunies et combinées suivant des lois d'une rigueur mathématique, nécessitent des mœurs et des instincts déterminés ; car si, avec une incisive trau'chante, une canine aiguë, un intestin court et étroit, le carnassier n'avait pas reçu un odorat exquis ou une ouïe délicate pour découvrir sa proie, une grande agilité et une force suffisante pour la poursuivre et s'en emparer ; si ses mâchoires n'étaient pas mises en jeu par des muscles puissants, ses extrémités divisées et nmnies de griffes, son organisation ne révélerait que contradiction et imprévoyance.

Telles sont les brèves considérations qu'il était indispensabU. de donner avant d'aborder l'étude de la digestion. Je les termine par les^tableô qui indiquent, d'après mes recherches, la capacité, la longueur et l'étendue de surface des diverses parties du tube gastro-intestinal des mammifères domestiques.

Tableau de la longueur des diverses parties de rinieslin et de ses rapports

avec celle du corps.

ANIMAUX

l'ARTlES DE l'iITTESTIN.

RAPPORT

UOYKNNB.

MIMIIIUM.

MAXIM im.

RAPPORT

entre U loogoevr

da corp* et r«U«

de l'inteitia.

Cheval ....-<

Intestin grêle. . . .

Cfecum

Côlon replié

Côlon flottant

Mètres.

Mètres.

Mètres.

Lonprueur totale.

Intestin grêle

:; 1 : il

ÀHE 1

Côlon replié

Côlon flottant

l Longueur totale.

Mulet }

Intestin grêle

Cœcuoi

Côlon replié . '

Côlon flotUnt

V Longueur totale.

Intestin grêle

Caecum

Boeuf

Côlon...

Longueur totale.

Intestin grêle. . . .' .

Cœcum

Dromadaire.

Côlon

f Longueur totale.

Mouton j

Intestin grêle.

Cncum

et

Côlon

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