‹ Traité de physiologie comparée des animaux; considérée dans ses rapports avec les sciences naturelles, la médecine, la zootechnie, et l'économie rurale (volume 4)Chapitre 110 sur 191 · FAIM · texte numérisé non relu

FAIM

des linguaux et des glosso^pharyngiens, faîte en même temps que celle des pneuinogasiriques, les animaux mangeaient encore, en assez grande quantité et sans dégoût, des aliments imprégnés d'une décoction de coloquinte. Aussi, a-t-il conclu de ce fait, et contrairement à Tidée émise par Bracbet, que la gustation est étrangère à l'impulsion qui porte les animaux à prendre des aliments, et que cette Impulsion |)ersisle après Tabolilion du sens du goût et rinierruption dans la continuité des nerfs vagues. Mais, en somme, les expériences ne sont pas décisives : elles démontrent qu'après la section des nerfs vagues, les animaux mangent encore quelque peu, sans prouver que ceux-ci ressentent encore une faim bien caractérisée. En eiïet, les chevaux, par exemple, prennent encore des aliments en petite quantité : bientôt les bols alimentaires, n'arrivant plu^ à l'estomac, s'arrêtent dans Tcesophage et s'y aceumuleut depuis le cardia jusqu'au niveau du cou et souvent jusqu'au pharynx : alors l'animal cesse de manger. Si donc la faim a persisté dans cette circonstance, l'impression produite dans l'estomac n'a pu se transmettre aux centres nerveux que ()ar l'intermédiaire du système ganglionnaire. Si, au contraire, elle s'est éteinte .avec la beciion des nerfs vagues, l'animal a mangé par instinct, par habitude, ou pour flatter le sens du goût.

La nature de la faim n'est pas mieux connue que celle de ses causes immédiates; Cetie sensation interne, dont le point de départ est probablement, à la fois, dans l'estomac et dans loin le roste de l'économie, résulte d'une modiGcation nerveuse insaisissable, mais parfaitement caractérisée par son but et par les actes qu'elle provoque.

£lle est susceptible d'éprouver certaines aberrations qui constituent ce qu'on appelle le pica et le malacia dont les animaux, de même que l'homme, nous offrent de nombreux exemples. Ainsi le bœuf mange quelquefois de la terre et du fumier; la vache, du linge; la chèvre et le bœuf, du papier; le chien se repait souvent avec avidité de matières fécales quoiqu'il soit bien nourri, et celle aberration a été mêmq observée sur les ruminants qui éprouvent habituellement une vive répulsion pour les matières animales fétides; le chien . hydropliobe dévore presque toujours de la paille, dos morceaux de cuir, Il en est de même du chien dont la gorge a été irritée par l'ingestion de certains médicaments. Mais il ne faut pas confondre ces aberrations avec les impulsions instinctives qui portent beaucoup d'animaux à prendre des substances salines ou minérales, les gallinacés à avaler du gravier et de petites pierres. Toutefois, lorsque ces impulsions dépassent la mesure, elles deviennent un véritable pica. I/autruche qui se gorge de cailloux, de morceaux de bois ou de fer, en meurt d'indigestion, comme je l'ai vu une fois; le cheval qui avale une tio|) grande quantité de terre ou de gravier, peut s'en obstruer certaines parties du côlon au point d'en éprouver de graves coliques. Il faut bien les distinguer iiussi du goût que certaines espèces manifestent pour des substances qui inspirent de l'aversion {\ d'autres, car il est incontestable que ce qui est naturel à chaque espèce ne saurait être une aberration. Enfin, elle devient parfois insatiable; alors elle constitue ce qu'un appelle la boulimie.

Il est une perversion du sentiment de la faim qui peut être comparée aux précédentes : c'est celle qu'on okserve sur les animaux soumis à une longue abstinence; ils mangent alors des matières qu'ils ne peuvent digérer. Le chat, le hérisson, pren-

besoin général de réparation, d*unr sorte de langueur de tous les organes, ce pins -spécialement de celui qui est chargé de la digestion, lequel souÏÏrant plus que les autres, serait le premier h exprimer la sensation pénible développée dans son sein.

En admettant Thypothèse de la localisation de la faim dans Testomac, peut-on trouver dans cet organe la cause de la sensation dont nous parlons? Est-ce la présence du suc gastrique, la réplétion des petits tubes chargés de sécréter ce liquide, le reflux de la bile, le tiraillement opéré sur le viscère, le frottement de la moqueuse sur elle-même, la compression des divisions nerveuses résultant d'une contraction permanente des fibres de la tunique charnue? De toutes ces causes, loar à tour invoquées pour expliquer le développement de la sensation, il n*cn est pas une qui soit rigoureusement acceptable. La prétendue irritation produite par le suc gastrique sur la muqueuse de l'estomac est une fiction, puisque le déversement de ce fluide dissolvant n*a pas lieu pendant Tabstinence, et que le liquide qui demeure dans le viscère^ lors des intervalles de la digestion, est alcalin. La réplétion des tubes de la membrane reste à démontrer. Le reflux de la bile dans Testomac, reflux possible surtout chez les animaux qui, de même que le porc, le lièvre et le lapin, ont le canal cholédoque inséré très'près du pylore, pourrait bien ne pas être étranger au développement de la sensation : il a lieu chez le porc et souvent cliez le cheval, si Ton en juge par la teinte bilieuse des liquides contenus dans le viscère, pendant l'abstinence. Les tiraillements que Ton suppose opérés par le foie sur le diaphragtne, la compression des nerfs gastriques, sont évidemment des causes illusoires. Le& frottements de la muqueuse sur elle-même ne sauraient non plus être invoqués; car, d'une part, ils ne sont poir\t considérables, puisque l'estomac est en repos, et, d'autre part, ils ne peuvent s'opérer chez les animaux dont l'estomac ne revient pas complètement sur liii-même. Du reste, ce frottement fût-il réel, qu'il resterait à savoir s'il est douloureux. Or, lorsqu'il est à peu près certain que celui que déterminent des fourrages grossiers imparfaitement divisés n'est point pénible, comment concevoir que celui des plis muqueux les uns sur les autres puisse le devenir?

La faim^ si elle a son point de départ dans l'estomac, ne peut constituer une sensation tant qu'elle n'est pas perçue par le cerveau. Quel peut donc être le nerf chargé de transmettre l'impression aux centres sensitife? Est-ce le pneumogastrique? sont-ce les nerfs ganglionnaires?

Dupuy ayant coupé les nerfs vagues à plusieurs chevaus;^ a vu ces animaux manger jusqu'au moment de l'obstruction complète de l'œsophage par les matières alimentaires qui n'avaient pu parvenir à l'estomac, et il a conclu de ce fait, qu'après la section de ces nerfs la sensation de la faim était éteinte , puisqu'elle ne pouvait plus être remplacée par le sentiment de la satiété. Leurei et Lassaigne ont vu aussi le cheval manger de l'avoine dans la même circonstance. M. H. Bouley et moi nous avons noté plusieurs fois la même particularité sur le cheval et la chèvre. Après cette section, les animaux ne rechercheraient plus leur nourriture, d'après Brachet (1), et ils mangeraient uniquement pour satisfaire le sens du goût. Cependant^ M. Longet (2) a constaté qu'après la section

(i) Brachet, Rediercfies sur les fonctions du système ganglionnaire, p. 219. (2) [iOnget^ Anatomie et physiologie du système nerveux, t. II, p. 328.

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