‹ Traité de physiologie comparée des animaux; considérée dans ses rapports avec les sciences naturelles, la médecine, la zootechnie, et l'économie rurale (volume 4)Chapitre 113 sur 191 · SOIF · texte numérisé non relu

SOIF

vurc ei le canard, constamment nourris de proie inimectéc, ne paraissent pas prendre souvent des liquides sans matières alimenlaires. Les oiseaux de proie ne l)oivent guère, ainsi que l'avait remarqué Arislotc, si ce n'est dans-quelques circonstances: parmi ces derniers, la cresserelle et le milan passaient, chez les anciens, pour s'abreuver quelquefois. Les reptiles terrestres, la couleuvre, la vipère, les lézards, boivent aussi un peu : on sait leur avidité pour le lait.

Il est des animanx qui peuvent se passer de boire pendant fort longtemps. Le dromadaire et le chameau supportent la sqif quatre à cinq jours et plus même dans les saisons chaudes. Le chat de l'abbé de Fontenu vécut dix-neuf mois de viande bouillie sans boire. Le duc qui servit aux expériences de Leuret et Lassaigne passa huit mois entiers sans faire usage de boissons. Cette faculté que possèdent certains animaux de supporter longtemps la soif n*a rien de bien étonnant chez ceux qui vivent de substances suffisamment imprégnées d'eau, mais elle s'explique difficilement chez les herbivores des climats chauds. Quelques auteurs, Bnrdach entre autres, l'ont attribuée, en ce qui concerne le chames^p, à la rareté de la transpiration, à l'abondance de la salive fournie par des glandes volumineuses et à la sécrétion qu'on suppose s'effectuer dans la panse. Or, de ces trois causes, la première seule est acceptable, car rien ne prouve que la salivation du dromadaire soit plus active que celle des autres ruminants, ni qu'il y ait une exhalation aqueuse dans le rumen. D'une part, les glandes salivaires de cet animal ne sont pas même aussi volumineuses que celles du bœuf, car si la parotide de l'un est sensiblement égale à la parotide de l'autre, la maxillaire du premier n'est que le tiers de celle du second. D'antre part, à supposer que la sécrétion de ces glandes soit proportionnellement plus active que dans les autres herbivores, elle ne rend pas compte du fait, puisque la sécrétion de la salive emprunte ses matériaux aux parties aqueuses du sang et ne fait qu'épaissir ce liquide, alors qu'il a besoin d'être délayé. Quant à la sécrétion aqueuse qui aurait lieu dans les cellules de la panse, elle est évidemment imaginaire ; on ne voit dans ces poches ni glandes,' ni rien qui indique là une exhalation quelconque ; le liquide qui les remplit n'est autre chose que l'eau dont l'animal s'est abreuvé, eau qui peut s'y conserver longtemps, grâce à une organisation spéciale de la muqueuse qui s'oppose à l'absorption. Les causes qui peuvent contribuer réellement à rendre la soif supportable aux ruminants dont nous parlons, et même à l'apaiser jusqu'à un certain points me paraissent résider : 1*" dans la présence d'une poche à parois glanduleuses situées en arrière du pharynx et versant des mucosités abondantes sur la muqueuse de l'arrière-bouche ; 2** dans la quantité considérable de glandules qui se trouvent à la partie flottante du voile du palais ; S"" enfin, dans le renvoi à la bouche d'une partie du liquide des cellules du rumen lors de la rumination, renvoi à la suite duquel cette fraction du contenu des poches aquifères peut être amenée dans le dernier estomac, et de là dans l'intestin pour y être absorbée.

Les caractères de la sensation varient avec ses degrés. Lorsqu'elle se développe pendant le repas, la mastication se ralentit et la salivation devient languissante, l'animal cesse bientôt de manger, s'inquiète, s'agite, porte ses regards en différentes directions et fait entendre souvent, comme le bœuf, par exemple, des cris plaintifs. Si on le fait sortir de l^étable, il se clirigc rapidement vers les abreuvoirs où il a

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coutume de se désaltérer, et dès quMI y est arrivé, il plonge les lèvres dans l'eau et l'aspire à grands traits. S'il est an milieu des champs, attelé à la charrue ou à une voiture, il s'arrôtc en traversant un fossé ou nn ruisseau, et se met à boire, malgré les coups qu'on lui donne dans te but de l'obliger à continuer sa marche. Les espèces sauvages sont portées instinctivement à rechercher les endroits où elles trou?eot de quoi satisfaire ce besoin impérieux : une secrète impulsion les guide avec sûreté vers des lieux souvent fort éloignés de ceux oà elles se trouvent. Aussi, n'est-ce pas sans une certaine vraisemblance que Pline nous a dépeint, sous des couleurs poétiques, les animaux qui, venus de divers points des déserts, se rassemblent ou se rencontrent sur les bords des fleuves pour s'y désaltérer.

Lorsque la soif ne peut être apaisée, l'animal manifeste une inquiétude toujoars croissante ; la bouche se dessèche par suite de la diminution de la sécrétion salivaire, la langue devient chaude, le sang s'épaissit, la fièvre s'allume, la digestion languit, les aliments se tassent dans l'estomac, surtout dans le feuillet; les matières slercorales se pelotonnent dans le côlon, s'accumulent en grandes masses dans le rectum où elles font un très-long séjour, la rumination ne s'opère plus qu'à de rares intervalles et à de très-courtes périodes ; bientôt même elle se suspend tout à fait. Sans doute qu'alors l'animal éprouve, comme nous, une ardeur vague de l'arrière-bouche, un sentiment de sécheresse de la muqueuse buccale; mais il est impossible de savoir quel caractère peut revêtir cette sensation portée à son plus haut d^ré, ni de juger de la souffrance qu'elle fait naître dans cette circonstance. S'il en est de, la brute comme de l'homme, on peut concevoir tout ce qu'a de pénible l'état de ces pauvres animaux que la négligence de leurs maîtres laisse souvent des jours entiers en proie à un supplice plus douloureux que celui de la faim.

Les conditions dans lesquelles se développe la sensation de la soif et les causes qui la font naître sont, pour la plupart^ faciles à déterminer.

M. Bérard a fait observer avec justesse que la prédominance des parties solides sur les parties fluides du sang, l'introduction de substances irritantes dans les voies de la circulation, et la diminution absolue du liquide nutritif, sont les trois étals principaux qui se rapportent au développement de la soif.

Eu effet, lorsque le sang a perdu une forte proportion de ses éléments aqueux, par suite d'une transpiration abondante, comme celle qu'éprouvent les animaux soumis à des travaux pénibles pendant les fortes chaleurs de l'été, ou bien lors* qu'il a été privé d'une énorme quantité d'eau, soit par la sécrétion uriuaire surexcitée, soit par la salivation opérée pendant la durée d'un repas composé de substances sèches, la soif se manifeste et acquiert une intensité proportionnelle à la soustraction de l'eau du sang. De même, après l'ingestion de fourrages exci-tants, salés, après des opérations chirurgicales sanglantes, de copieuses saignées, elle naît assez promptement. On voit tous les jours dans nos salles d'opérations de malheureux chevaux éprouver une soif que l'ingestion d'énormes quantités d'eau peut à peine apaiser, et qui après s'être abreuvés retrouvent momentanément assez de force pour se relever. L'état de l'estomac rempli d'aliments imparfaitement humectés ne nous semble pas être, par lui-même, une cause qui fasse naître directement la sensation dont nous parlons. Très-probablement, la cause

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