‹ Traité de physiologie comparée des animaux; considérée dans ses rapports avec les sciences naturelles, la médecine, la zootechnie, et l'économie rurale (volume 4)Chapitre 114 sur 191 · SOIF · texte numérisé non relu

SOIF

effective réside alors dans la perte considérable de parties aqueuses que le sang a éprouvée poar fournir la salive nécessaire à la division et à la déglutition des substances alimentaires, car on sait qu'un solipède, en mangeant, par exemple, dans un repas, U kilogrammes de foin, donne, pour humecter ce fourrage, environ 16 kilogrammes d'eau. Or, cette soustraction effrayante doit épaissir considérablement le sang qui reste dans les vaisseaux.

Les déperditions dues à la sécrétion du lait, aux sécrétions morbides, aux épan« chements dans les grandes séreuses, produisent le même effet que la transpiration et la manducation. La vache laitière nourrie au sec boit d'énormes quantités d*eau, le lapin, au même régime, pendant la lactation, absorbe souvent plus de 2 à 3 décilitres de liquide en vingt-quatre heures.

Quant au siège et à la nature de la sensation, l'un et l'autre sont difficiles 2i déterminer.

Dumas considérant que la soif se développe par suite des déperditions que le sang a éprouvées dans sa partie aqueuse, déperditions qui donneraient lieu à un état inflammatoire de ce liquide et à une réaction fébrile, place le siège de la sensation dans le système vasculaire sanguin. Ce physiologiste s'abuse. L'état du sang entraîne effectivement la manifestation de la soif, mais cet état spécial n'exerce point son action sur les vaisseaux, et, à supposer même que cette action portât sur eux, jouissent-ils d'une sensibiUté susceptible de s'exalter au point de produire l'impression pénible qui fait naître la soif?

La sensation qui provoque les animaux à la préhension des liquides dérive d'un état général de l'économie, ou plutôt d'un état du sang qui, lui-même, résulte d'une transpiration abondante, d'une salivation excessive et, en un mot, de toutes les causes qui le rendent trop plastique. Cet état du sang a pour effet de stimuler trop vivement le système nerveux et de diminuer ou de tarir les sécrétions, celle delà muqueuse pharyngienne entre autres. Or, estrîl irrationnel d'admettre que cette membrane, en devenant aride, éprouve des modifications dans sa sensibilité, lesquelles déterminent l'impression pénible qu'on appelle la soif?

Je ne vois pas quelles objections sérieuses on pourrait faire à cette opinion déjà ancienne. Le fait de Fextinction de la soif par suite de l'immersion du corps dans l'eau, de l'application de linges mouillés à la surface de la peau, d'injections aqueuses dans les veines, de l'introduction directe des boissons dans i'estomao, ne prouve rien contre la localisation du siège de la sensation dans la muqueuse de rarrière-bouche. Ce fait tant de fois présenté comme contraire à l'idée d'une localisation quelconque, n'a, en ce sens, aucune valeur, car la pénétration de Tcau dans le sang, en quantité suffisante, rend ce dernier moins stimulant et lui donue les qualités convenables pour rétablir les sécrétions à leur état normal, et, en particulier, celle de la muqueuse phai^ngienne.

Il est, d'ailleurs, un autre fait qui vient à l'appui de la localisation de la soif dans l'arrière-bouche, bien qu'au un certain point de vue il semble pouvoir être interprété autrement. J'ai observé que les chevaux très-altérés, dont l'œsophage était ouvert sur le trajet du cou^ cessaient de boire après avoir aspiré un ou deux seaux d'eau, comme si le liquide fût parvenu à l'estomac. Évidemment, dans cette circonstance, qui paraît un autre supplice de Tantale, les animaux se désaltéraient G. COUH. — Phytiot. comp., 2* édit. i. — 36

momentanément, par suite de Taction locale de l'eau 8ur Tarrière-boucbe et de Vhumectjition de la muqueuse de cette cavité. Mais Teffet ne peut être de longue durée, puisque bientôt la muqueuse pharyngienne redevient sèche, faute d'une sécrétion suffisamment abondante.

Il est à noter que la soif est apaisée par suite de l'injection directe de l'eau dans les comparlimedts gastriques qui, chez les ruminants, n'absorbent point, et dans l'estomac simple des solipèdes, à peu près complètement privé de la faculté absorbante. Ce résultat s'explique parfaitement, pour Ks ruminants, par le passage facile des liquides du rumen dans le dernier estomac, et de là dans l'intestin où l'absorption est si active, et pour le cheval, par le transport immédiat des boissons dans l'intestin grêle et le cœcum.

Dans l'hypothèse de la localisation de la soif au pharynx, il est assez difficile de dire quels sont les nerfs qui transmettent aux centres l'impression développée dans le tissu de la muqueuse de celte cavité. M. Longet semble refuser ce rôle au liugnal et au glosso-pharyngieu, parce qu'il a vu la sensation persister après la section de ces nerfs pratiquée des deux côtés.

De même que la faim, la sensation de la soif éprouve quelques aberrations. Nulle, elle donne lieu à ce qu'on appelle Vadipsie^ et exagérée, an point de devenir inextinguible, elle constitue la polydipsie.

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