VOMISSEMENT DES SOLIPÈDES. M
^ vient à obtenir le relâchement, la dilatation de Textrémité inférieare de l'œsophage
et de son orifice. Le. fait suivant le prouve. .
À un cheval qui venait de raaiiger et de boire abondamment, j'ouvris l'œsophage et je poussai avec force, du côté de l'estomac^ une dizaine de litres d'eau avec de Tair; puis, après l'incision des parois abdominales, je comprimai énergiquement l'estomac pendant qu'un aide exerçait une forte traction sur le conduit œsophagien, au point de déterminer une douleur vive et d'exciter des efforts analogues à ceux du vomissement. Alors l'œsophage, déjà distendu par l'injection et tiraillé, formait à son insertion un évasement qu'on pouvait distinctement sentir avec le doigt. Ce conduit, soumis à celte élongation forcée, et sollicité à se dilater par l'effort expan* sif des matières que contenait l'estomac violemment comprimé, flnit par céder : il laissa sortir, en plusieurs fois, à peu. près un verre de matières délayées. Un tel résultat se reproduira probablement toutes les fois qu'on opérera dans de pareilles circonstances^ c'est-à-dire en tiraillant l'œsophage et en exerçant en même temps une forte compression sur l'estomac très-dilaté. 11 semble, au reste, que cette expérience soit l'image de ce qui se passe lors des efforts du vomissement ; car, d'un côté, les fibres longitudinales de l'œsophage produisent un raccourcissement, et de l'autre le diaphragme et les muscles abdominaux une pression analogue à celle de la main de l'expérimentateur. Il y a cependant encore loin de ce vomissement factice à celui qui s'effectue dans certaines indigestions, ou dans le cas de jabot s'étendant jusqu'au cardia dilaté.
La paralysie de l'ensemble de la tunique musculeuse de l'estomac ne peut jouer aucun rôle important dans le vomissement. Au lieu de favoriser cet acte, elle ne pourrait que Tentraver, et finir par y mettre un obstacle insurmontable. Il est clair que si l'estomac était paralysé, rien ne s'opposerait au passage des matières alimentaires et des liquides dans Tintestin, à travers un pylore large, béant, sans ressort. Lorsque les puissances auxiliaires auraient comprimé quelque peu l'estomac, car elles font longtemps des tentatives infructueuses avant de déterminer la réjectiou, les liquides, et même les matières très-délayées, seraient poussées dans l'intestin ; le viscère, progressivement désempli, deviendrait de moins en moins accessible à cette pression du diaphragme et des muscles abdominaux ; les matières demeurées dans la cavité gastrique seraient insensiblement lassées comme dans un pressoir, et bientôt leur état ne leur permettrait plus de pénétrer dans le cardia ; ce qûï se présenterait à cet orifice, une fois forcé, ne serait qu'un tas d'herbes compacte, un hachis de fourrage qui ne pourrait s'engager dans l'œsophage.
En définitive, on voit d'après ce qui précède, que les données expérimentales concordent avec les observations pathologiques. Le vomisisement, chez les solipèdes, ne se produit pas habituellement faute de nausées, d'efforts d'une certaine violence et à cause de la résistance énorme du cardia et de l'extrémité inférieure de l'œsophage; mais il peut, par exception, s'effectuer dans les indigestions avec surcharge d'aliments, lorsque le cardia se relâche et devient momentanément béant sous l'influence d'efforts violents et répétés, capables de déterminer la rupture du viscère, et, par suite, la mort dans un bref délai. La rupture que l'on a considérée quelquefois comme la cause du vomissement, ne peut en être qu'un phénomène concomitant, conséquence des efforts, et elle doit toujours faire cesser cet acte, dès G. coLiR. — Pbysîol. comp., 2« édiU i. — àà
qu'elle est opérée. Si elle n*a pas lieu, le cheval qui a vomi peut guérir, comme je l'ai vu plusieurs fois, notamment depuis la publication de ce livre.
IIL — TOHISSEMBNT DES RDMINAUTS.
Les ruminants ne vomissent pas habituellement, mais ils vomissent cependant quelquefois. Gomment se fait-il que ce vomissement n'ait point lieu ordinairement, et qu'il se produise dans certains cas exceptionnels?
En considérant la disposition de l'estomac, de l'orifice cardiaque, de l'extrémité inférieure de l'œsophage, bn ne voit rien qui paraisse s'opposer à l'exécution de cet acte. Au contraire, tout ce qui le rend si facile chez les carnassiers se reproduit ici, même avec, une certaine exagération : l'cesophage est large, ses parois sont minces, et son extrémité gastrique s'évase en infundibulum ; l'estomac occupe la plus grande partie de la cavité abdominale, et il peut être facilement comprimé par le diaphragme et les muscles abdominaux. Â quoi peut donc tenir le non-vomissement des animaux ruminants 7
Daubenton, Gilbert, Huzard, ont démontré que l'émétique à haute dose ne fait pas vomir le bœuf et le mouton. M. Flourens (1), dans de nouvelles expériences, a constaté qu'il produit des nausées et des efforts, comme chez les autres animaux, sans cependant amener de vomissement effectif. Ainsi, après l'injection de ce médicament dans les veines, les animaux éprouvent des nausées sans résultat De même, après l'établissement d'une fistule à la caillette, ils sont essoufflés, grinceot les dents, se gonflent, et font des efforts sous l'influence de l'émétique. Ils ne pr^ sentent pas ces symptômes, alors que les fistules existent au premier estomac, et que le dernier est intact ; d'où il suit, d'après M. Flourens, que les causes provocatrices de la réjection agissent sur la caillette. Or, il faudrait, pour que le'vomissement eût lieu, que les matières fussent poussées de la caillette dans le feuillet, de celui-ci dans le réseau, et du réseau dans la panse à travers des ouvertures dont les deux dernières sont fort étroites ; mais comme la contraction du quatrième estomac entraîne celle des autres et, partant, le resserrement de leurs ouvertures de communication, les aliments trouvent par le fait même de cette contraction un obstacle à leur cours rétrograde. On conçoit qu'il était très-important, ajoute le savant physiologiste, que tout fût disposé pour rendre la réjection du contenu de la caillette très-diflBcile, réjection qui eût amené le mélange de celui-ci avec les aliments non ruminés.
Il semble que d'autres conditions encore, en expliquant la difficulté du vomisse^ ment de la caillette, impliquent la possibilité du vomissement de la panse.
La panse est presque toujours remplie d'aliments après le repas, la caillette ne l'est jamais complètement ; il peut y avoir très-fréquemment indigestion de cet estomac, tandis qu'il n'y a presque jamais indigestion de la caillette, attendu qne la rumination amène au dernier estomac les aliments en petite quantité et à mesure qu'ils peuvent être chymifiés. Les matières du premier réservoir, si elles sont délayées, peuvent, de même que les liquides et les gaz, franchir aisément le cardia et
(i) Flourens, Mémoires (fanatomie et de physiologie comparées, Paris, 1844, p. 65.