‹ Traité de physiologie comparée des animaux; considérée dans ses rapports avec les sciences naturelles, la médecine, la zootechnie, et l'économie rurale (volume 4)Chapitre 153 sur 191 · VOMISSEMENT DES SOLIPÈDES · texte numérisé non relu

VOMISSEMENT DES SOLIPÈDES

missement, leqael ne peut avoir lieu que lorsque cette membrane est rendue impuissante. » >

Les expériences que j*ai eu l'occasion de faire pour M. Flourens, et les miennes propres, m'ayant donné des résultats en désaccord avec ceux qui précèdent, je dois les rappeler^ afin qu'on puisse juger ma manière de voir en ce qui concerne les conditions desquelles résuite la possibilité du vomissement chez les solipèdes.

Dans une première série d'expériences au nombre de quarante, j'ai administré l'émétique, l'ipécacuanha en infusion, le chromate de potasse, le sublimé corrosif, le suliate de zinc, et d'autres substances encore^ depuis les doses qui ne produisent pas d'effets sensibles, jusqu'à celles qui tuent. Aucun des chevaux n'a vomi ni avant ni après l'incision des parois abdominales ; c'est tout au plus, comme je l'ai dit ailleurs, si une partie d'entre eux but fait quelques efforts de vomissement.

Dans une deuxième série de tentatives analogues, j'ai cherché à sentir et à voir les contractions de l'estomac, et à constater sa distension graduellement croissante lorsque Tabdomen est ouvert. D'une part, en engageant la main dans une ouverture pratiquée aux parois abdomina(ps, j'ai palpé tour à tour l'estomac sur ses deux faces, à ses deux courbures, au cardia et au pylore, et jamais je n'ai senti de contractions distinctes, soit que le viscère fût très -distendu, soit qu'il fût à demi rempli ou tout à fait vide, avant ou après l'injection de l'émétique. Seulement, je l'ai senti balancé par le diaphragme, c'est-à-dire alternativement attiré et repoussé. D'autre part, en agrandissant l'ouverture et en déplaçant l'intestin de manière à mettre Je réservoir gastrique à découvert, car je n'ai jamais pu lui faire faire hernie à travers la plaie abdominale, je n'ai vu dans aucune circonstance de contractions énergiques du viscère, quel que fût son état. L'action prolongée de l'air, le pincement, l'irritation produite par la pointe du scalpel, par les acides, etc., m'ont fait voir, et quelquefois seulement, des contractions lentes et très-faibles« Enfln, dans toutes ces circonstances, l'estomac, mis à découvert, ne m'a point paru changer de volume ; il était au bout de cinq, dix, quinze minutes, ce qu'il était à l'instant de l'incision des parois de l'abdomen. Dans aucun cas, je n'ai vu s'opérer une déglutition d'air.

Dans une troisième série, j'ai cherché à paralyser l'estomac, afin de voir si, une fois ce résultat obtenu, le vomissement pourrait s'effectuer.

A un cheval, je fis manger du foin, de la betterave, de la farine et de l'avoine donnés successivement. Quand il parut rassasié^ je lui fis boire un seau d'eau, et immédiatement après, je lui injectai 6 grammes d'émétique dans la jugulaire. Dès que le vomitif commença à exciter des battements de flanc, je fis coucher l'animal et lui ouvris l'abdomen. L'estomac était passablement distendu, mais il n'augmentait pas de volume, ni ne se contractait sensiblement. Pour remplacer les efforts de vomissement qui ne s'opéraient point, et pour tenir Heu de la pression que le dia^ phragme et les muscles abdominaux ne pouvaient plus exercer sur le viscère, je le comprimai avec les deux mains. Insensiblement, il se désemplit, mais ce fut dans Tintestin qu'une partie de son contenu passa. Rien ne sortit par l'orifice supérieur. Désespérant d'obtenir, par ce procédé, une distension qui entraînât la paralysie, je dus recourir à d'autres moyens.

S'il faut, me dis-je alors, que l'estomac soit impuissant pour que le vomissement

ait lieu» je vais le paialyser par la section des nerfs vagues. Je conpai donc ces dans ia cavité abdominale, à leur sortie de Touverlure du pilier droit du diaphragme. Je fermai la plaie de Tabdomcn par une suture de ruban très-solide, et l'aaimal relevé, j'injectai 6 grammes d'éniétique dans les veines. A partir de ce moment, je suivis ce cheval attentivement, et je n'observai ni vomiturition, ni vomissement ; je ne remarquai non plus ni nausées, ni efforts caractérisés. Il ne suflSt donc pas qw l'estomac soit paralysé et que Témétique soit injecté dans les veines pour que le vomissement s'opère.

Réfléchissant que si Tauiinal ne vomissait pas alors, c'était parce qu*il rie faisait point d'efforts, je voulus voir ce qui arriverait, dès qu'une pression factice viendrait se substituer k la pression du diaphragme et des muscles abdominaux. Dans ce but, j'enlevai la suture de la ligne blanche ; je comprimai fortement, et à plusieurs reprises, l'estomac, en donnant, autant que possible, à Faction des mains le caractère convulsif et saccadé de ia contraction des puissances auxiliaires. 11 ne sortit rien ni parla bouche, ni parles narines; en un mot, il n'y eut ni vomitnrition, ni vomissement. Cependant se trouvaient réunies dans ce cas les deux conditioas qui auraient dû, dans l'opinion de M. Renault, entraîner la réjection, savoir : la paralysie de l'estomac et l'intervention d'une pression extérieure.

Il est vrai que si, dans cette expérience, l'estomac était paralysé, quelques filets des nerfs vagues, ramifiés dans la tunique de l'œsophage, pouvaient encore animer le sphincter, et entretenir, du moins en partie, sa contractilité ; de plus, l'oesophage et son renflement n'avaient rien perdu de leur force, à la suite de ia section faîte près de la petite courbure. Je résolus donc de paralyser tout à la fois Testomac et l'extrémité inférieure du conduit oesophagien.

En conséquence, les nerfs pneumogastriques furent coupés à l'extrémité inférieure de l'encolure, et la trachée ouverte pour éviter la gêne de la respiration. J'attendis trois heures que l'influence nerveuse s'éteignît entièrement, et j'injectai 7 grammes d'émétique en dissolution dans la jugulaire. Bientôt l'animal eut le flanc agité, la respiration précipitée, etc. ; mais il ne vomit point ; il fit tout au plos quelques efforts mal caractérisés. Lorsque les effets de Témétique se furent disâpés, on coucha le cheval^ et je lui ouvris l'abdomen. L'estomac était passabienient rempli de matières alimentaires délayées. Pour remplacer les efforts, je comprimai le viscère ; la compression ne put déterminer le vomissement. Pour détruire ia prétendue constriction opérée sur l'œsophage par les lèvres du pilier droit du diaphragme, je coupai l'une d'elles en évitant de blesser la plèvre. Alors je soumis Testomac à une nouvelle compression ; rien ne sortit par la bouche ni par les naseaux.

Ainsi, dans ces expériences, la paralysie de la tunique musculeuse de Testomac n'est suivie ni de vomissement spontané, ni de vomissement provoqué par l'émétique. Celte paralysie n'est donc pas la condition qui rend le vomissement possible. Il fadi, pour que cet acte puisse s'effectuer, que tout à la fois le cardia et l'extrémité inférieure de l'oesophage soient relâchés, forcés, agrandis, maintenus momentanément béants, comme ils le sont souvent sous l'influence des efforts réitérés qui se produisent sur les animaux affectés de violentes coliques. £n effet, l'expérimentation démontre que le vomissement devient possible dans certaines limites, dès qu on par-

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