V. — Des mouvements intestinaux et de la DÉFÉCATlbN
En traitant dé la digestion intestinale, nous avons fait abstraction des mouvements que l'intestin imprime aux matières qu'il contient ; nous avons vu l'estomac chasser, à travei*s l'orifice pylorique, des ondées de chyme qui, en arrivant dans le duodénum, se mettent en contact avec de nouveaux agents modificateurs. Il faut examiner maintenant les contractions intestinales qui règlent la durée du séjour des aliments, le mode et la vitesse de leur progression, enfin le départ du résidu des actions digestives. Ces simples phénomènes, placés'sous la dépendance du système nerveux, ne nous paraîtront pas moins admirables que le rhythme des mouvements du cœur et des divers organes contractiles.
Les mouvements de l'intestin que Galien a indiqués avec précision, et que les sacrificateurs anciens avaient pu observer dans tous leurs détails, peuvent se voir aussi bien sur l'animal vivant, dont le ventre est largement ouvert, que sur l'animal récemment tué. Ils deviennent même sensibles au toucher, lorsque le bras de l'observateur s'engage dans la cavité abdominale à travers une plaie du flanc. Haller en a donné une description à laquelle il y a peu à ajouter.
Les mouvements intestinaux, exaniinés sur on animal qui vient de mourir ou qu'on a sacrifié depuis peu, paraissent n'avoir aucune régularité, aucun rhythme déterminé. On voit toute la masse intestin^) kV^^^ ^^ contact de l'air, s'agiter
d^abord irès-Ientement et en quelques points, puis avec plus de vivacité et d*nne manière confuse. Les circonvolutions glissent les unes sur les autres; les plus superficielles deviennent profondes; las circonvolutions, d'abord cachées, deviennent apparentes. Dans les points dilatés, il se produit un étranglement de plus en plus marqué. Au delà se forme une bosselure qui s'agrandit progressivement Bientôt le rétrécissement s'efface et se trouve remplacé par une dilatation, puis la dilatation devient un étranglement. Les dépressions et les bosselures naissent à la fois sur plusieui's points et se succèdent avec une certaine rapidité; Tintcstiii en masse décrit des ondulations comme le corps d*un serpent replié et enroulé sur lui-même. Les circonvolutions changent continuellement d'aspect : les plus petites arrivent à décrire des courbes d'un grand diamètre; les plus grandes se tordent, se divisent et se fractionncnL Les parties cylindriques et resserrées se dilatent, puis deviennent noueuses. Les aliments, les fluides et les gaz se déplacent. Oii les voit passer d'une anse déprimée dans une anse dilatée, et leurs mouvements s'accompagnent parfois d'un léger bruit.
Ces contractions, auxquelles l'impression de l'air froid donne une certaine vivacité, sont plus prononcées sur les animaux en pleine digestion que sur ceux dont l'intestin est trèsdislendu par les aliments ou à peu près vide. Après s'être opérées pendant un certain temps, elles se ralentissent et perdent de leur énergie ; les nœuds perdistent plusieurs minutes^ les rétrécisseinents ne disparaissent qu'après de longues périodes. Si alors on déplace un peu la masse, les mouvements se raniment ; les anses demeurées à l'abri du contact de l'air recommencent à s'agiter avec une nouvelle vivacité. Si l'on projette à leur surface quelques gouttes d'eau froide, les points touchés par le liquide deviennent des centres de contraction. Le même effet se produit par suite d'un pincement des tuniques intestinales, par l'action d'un acide, de l'alcool concentré ou d'un caustique. Aux endroits irrités, l'intestin s'étrangle et chasse son contenu au dclci des parties resserrées. Si Ion fait une petite incision aux parois de l'intestin, il s'en échappe d'abord une faible quantité de matières alimentaires, et bientôt les bords de la plaie se renversent et forment, comme le disait Hallcr, deux espèces de lèvres recouvertes par la muqueuse devenue extérieure. Une anse détachée du reste se vide d'une partie de son contenu, prend l'aspect d'une corde noueuse et le conserve après l'extinction de sa contractilité ; ses extrémités se renversent au dehors sous la forme d'un bourrelet saillant tapissé par la membrane interne. Une anse semblable, récemment détachée et liée aux deux extrémités, se meut vivement dans l'eau tiède, où elle a été projetée.
Les contractions, qui paraissent irrégulières et sans ordre déterminé, s'opèrent cependant, pour la plupart, de l'estomac vers le gros intestin. Les aliments et les liquides oscillent, il est vrai, de l'iléon vers le duodénum, et du duodénum vers l'iléon ; mais enfm la direction péristaltique prédomine, car, au bout d'un certain temps, le tiers supérieur ou la pi*emière moitié de l'intestin grêle est à peu pK*s vide, et toutes les matières sont accumulées dans la dernière jusqu'à l'iléon contracté. C'est ce qu'on voit très-bien chez les animaux solipèdes. Haller a obsené que ces mouvements de l'intestin persistent après la mort plus longtemps que ceux du cœur. Il les a provoqués une heure après la inoit apparente chez le chien et la
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grenouille. Je les ai vus encore très-sensibles cinquante et môme cinquaiUe-cinq minutes sur le cheval, après la mort déterminée par la section de la moelle épinière au niveau de roccipilal.
Les mouvemenis intestinaux, si sensibles lorsque la cavité abdominale est ouverte depuis-quelques instants, sont moins prononcés à Tétat normal. On les voit faibles et lents sur Tanimal vivant, au moment même de Tincision des parois abdominales, comme sur les animaux où ils sont observés à travers le péritoine demeuré intact. Dans ce cas ils sont lents, assez réguliers, suspendus par moments ; leur rbythme parait consister dans une série d'oscillations dues aux contractions péristalliques prédominantes alternant avec les antipéristaltiques. Ils ne prennent de la vivacité que par suite de l'impression de Tair ou du contact d'un stimulant un peu énei*gique. Leurs caractères et leurs effets varient stiivant les régions du tube intestinal. Ils sont trèsénergiques cl trcs-fréquents au duodénum constamment stimulé par le passage des ondées de chyme, ainsi que par TafOux des sucs biliaire et pancréatique; ils le sont encore assez dans le tiers supérieur de l'intestin grêle, puis se ralentissent dans le reste du viscère. Ces mouvements acquièrent une grande activité, lors de l'arrivée d'une grande quantité d'aliments et de liquides dan^ l'intestin. Dans tous les cas, pour s'en faire une idée exacte, il faut éviter l'air. L'air les excite, les exagère, les rend irréguliers et tend à en modiCer le rhythme.
Les mouvements de l'intestin sont évidemment sous la dépendance du système nerveux. Ils peuvent cependant se produire et persister longtemps après la mort quand l'intestin est séparé non-seulement du centre cérébro-spinal, mais encore des ganglions du sympathique. Les Impressions générales, les émotions, la frayeur, l'injection des médicaments dans les veines, l'arrivée de liquides très-froids les activent; la sortie précipilée du chyme de l'estomac leur donne de la vivacité; les purgatifs qui entrent dans l'intestin les provoquent bien au delà des points où ils sont parvenus, et les clystères les excitent aussi au-dessus des régions où ils ont pénétré. Quelques physiologistes veulent, comme M. Schiff, les faire dépendre de la circulation qui les influence manifestement, car on les voit affaiblis sur l'intestin congestionné et très-énergiques sur l'Intestin exsangue. Mais il me semble qu'on a mai interprété les résultats des expériences faites sur ce point. Si, en liant l'aorte, par exemple, on produit des effets analogues à ceux qui résultent de l'irritation des nerfs, on les détermine également en faisant pénétrer l'air dans la cavité péritonéale. Aussi, tant que les expérimentateurs n'isoleront pas ces influences, on pourra rapporter à l'action de l'air la plupart des effets observés à la suite des troubles de la circulation et de stimulations diverses.
1^ locomotion intestinale offre quelques particularités dans les divers animaux.
Pendant l'abstinence, l'intestin grêle des carnivores est petit, complètement affaissé sur lui-même ; sa cavité s'est oblitérée, il ressemble à une corde noueuse dont l'aspect est tout à fait caraaéristique. Celui des solipèdes est également affaissé et contracté dans sa partie antérieure, sur un trajet de 3, ^, 5, 6 mètres et plus; sa deuxième moitié, plus ou moins dilatée, renferme ^^^ matières qu'il a conservées Cet état persiste sur le cadavre seulement qu^u..^^ blutes après la mort II disparaît lorsc|u'un commencement de décomp^^^*^ ^ ^ dèlerminè uû dégagement de gaz qui distendent les diverses parties du tuk ^ ai\l*\'^ même pliènomène s'ob*
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serve snr les animaux tués lorsqu'ils digèrent plus ou moins activement Les parties antérieures, ayant continué à se contracter encore après la mort, ont poussé vers riléon ce qu'elles contenaient; et une fois à peu près vides, elles se sont disposées en cordon plus ou moins régulier ou noueux, (^e résultat constant a été considéré par Girard et d'autres auteurs comme un rétrécissement dérivé des privations et de la faim ; mais c'est une erreur. Le rétrécissement d'une partie de l'intestin se dissipe par l'insufflation et par l'accumulation des gaz, dès que la rigidité cadavérique a cessé dans les viscères contractiles de l'abdomen.
Leur énergie n'est pas la même dans tous les animaux : elles ont une grande puissance chez les carnivores, dont la tunique musculeuse de l'intestin est trèsépaisse; aussi peuvent-elles, par moments, resserrer l'intestin, soit par places, soit dans son ensemble, au point de lui donner l'aspect funiculaire. Elles sont faibles chez les herbivores, qui ont^ en général, les parois intestinales minces.
Il est à noter que la dernière partie de l'intestin grêle, chez les solipèdes, longue d'un mètre à un mètre et demi, est constamment contractée après la mort et à peu près vide. Celle-ci joue un rôle important relativement à la progression des aliments et à leur passage dans le gros intestin.
On conçoit, pour peu qu'on y réfléchisse, que le transport des matières alimentaires de l'estomac dans le gros intestin doit être assez ralenti pour que la bile, le suc pancréatique et le suc intestinal, aient le temps d'agir sur elles, et les villosités celui d'absorber les principes assimilables. Le but ne serait pas atteint si les mouvements péristaltiques étaient simplement ralentis; car il est indispensable que les matières soient sans cesse agitées et soumises vingt fois -au contact des surfaces absorbantes ; mais il l'est par le fait du rhythme des contractions intestinales, qui font osciller les aliments du duodénum vers l'iléon, et de l'iléon vers le duodénum ou plutôt d'une anse vers une autre. Les aliments, arrivés vers la dernière portion de l'intestin grêle, ne peuvent aisément passer dans le caecum; car l'iléon, |qui a un faible diamètre, des parois fort épaisses et presque toujonra contractées, leur oppose une barrière puissante. Cet iléon, comparable pour l'épaisseur des parois et les contractions énergiques, à Textrémité inférieure de l'cesopbage des solipèdes, empêche évidemment tout le contenu de l'intestin grêle de passer dans le caecum quand l'animal boit une grande quantité d'eau ; il le pousse lentement dans le gros intestin lorsque le jéjunum est suffisamment distendu. Une particularité si remarquable n'est pourtant pas générale ; elle manque aux ruminants, dont les aliments n'arrivent dans l'intestin grêle qu'en très-petites portions à la fois.
Les contractions de l'intestin grêle donnent lieu quelquefois à ce qu'on appelle l'invagination : une portion contractée ou très-rétrécie s'engage en dedans de la portion suivante, qui se trouve dilatée. Haller (1) eut l'occasion d'en voir une se produire sur un lapin dont l'abdomen était ouvert. On en trouve assez souvent plusieurs placées à une certaine distance les unes des autres chez les jeunes chiens. J'en ai observé quatre sur le trajet de l'intestin grêle d'un jeune singe. Peut-être ces inv^nations sontelles très-fréquentes et disparaissent-elles souvent sans grandes difficultés. Le vol-
(1) Mémoires sur la nature sensible, et i/Trt. des part, du corps^ e/c, t. I, p. 33&«
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vulus, qai o^est pas rare chez le cheval, paraît se lier à la disposition de l'intestin grêle et au resserrement de la dernière portion. J*en ai vu un, avec M. Bouley, dans lequel les dernières anses de l'intestin grêle s'étaient enroulées plusieurs fois autour de l'iléon contracté^ de même qu'on le fait aisément sur le cadavre. On conçoit lè mécanisme de ce déplacement en se rappelant qu'à la suite de l'ingestion d'une grande quantité d'eau froide, celle-ci arrive bientôt jusqu'à l'iléon qui, par son resserrement, lai ferme l'entrée du caecum. Alors la dernière anse, distendue et redressée par le liquide que chassent les contractions des parties antérieures, se renverse par son propre poids et se tord sur l'iléon, pour peu qu'elle soit sur un plan supérieur à celui-ci.
Les matières alimentaires et les boissons cheminent assez rapidement dans l'intestin grêle, car il suffit de cinq à quinze minutes pour qu'une partie des liquides (jui sortent de Testomac parcourent tout le trajet qui sépare le réservoir gastrique du caecum. Ce trajet a cela de remarquable, chez les solipèdes^ que les deux extrémités de l'intcstîu grêle se trouvent à un niveau plus élevé, que la partie moyenne de cet organe, l'une éiant fixée sous les piliers du diaphragme, et l'autre sous le rein droit, à l'arc du caecum. Aussi les matières alimentaires doivent-elles suivre, dans l'ensemble de leur progression, d'abord une marche descendante, puis une marche ascendante.
Une fois que les matières alimentaires sont arrivées dans le caecum, elles y séjournent plus ou moins, et n'en sortent que difficilement, par petites portions chez certains animaux, tandis qu'elles passent librement de là dans le côlon chez la plupart : mais jamais elles ne refînent dans l'intestin grêle.
Ce caecum, parfaitement circonscrit chez le cheval et les autres solipèdes, y présente un grand nombre de bosselures séparées par des plis transversaux. Sa pointe ou son fond descend vers l'appendice abdominal du sternum, et ses deux orifices, tout à fait supérieurs, se trouvent fort rapprochés de la colonne vertébrale ; aussi les aliments et les liquides qu'il reçoit tombent-ils vers sa partie déclive, puis remontent, contre leur propre poids, lorsqu'ils passent dans le côlon, tandis que les gaz occupent l'arc ou la région la plus élevée. Les matières délayées, qui y sont tenues en dépôt, ne peuvent refluer dans l'intestin grêle, par suite de l'obstacle qu'oppose le prolongement saillant de l'iléon, si développé chez le porc et découpé en deax petites lèvres dans certaines espèces. Elles ne passent qu'avec lenteur et en très-petite quantité dans le côlon replié, en raison de la disposition singulière de l'orifice qui fait communiquer entre elles ces deux sections du gros intestin, orifice étroit, sinueux, courbé sur lui-même et à parois plissées. Dès qu'elles y acquièrent une grande consistance et qu'elles s'y dessèchent, elles ne û*anchissent plus ce détroit. Aussi le caecum ne peut-il se désobstruer dans certaines indigestions, surtout lorsqu'il contient 30 à kO kilogrammes d'aliments tassés et moulés dans ses cellules, comme M. Bouley me l'a fait voir il y a longtemps, sûr deux chevaux morts à la suite de violentes coliques.
Le contenu du caecum passe dans le côlon, soit lorsque le premier réservoir est trop plein, soit lorsque les parois de celui-ci se contractent de la pointe vers l'arc, c'est-à-dire de la partie déclive vers la plus élevée. Ces contractions, qui paraissent faibles sur ranimai dont l'abdomen est ouvert doivent cependant jouir d'une énergie
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considérable, puisqu'elles font remonter dans lexôlon les balles de^plonib, les billes de marbre assez lourdes qu'on fait avaler au ciieval. Peut-être ne soDt-elieB pas étrangères au développement de cette invagination par laquelle la pointe d€ rorgaoe remonte dans l'arc et vient sortir dans le côlon replié.
La disposition si remarquable du cscum des solipèdes n'est pas fort corfimnae parmi les mammifères : elle se rapproche beaucoup de celle du caecum du lièvre, du lapin et de plusieurs pachydermes; mais elle n'a plus rien de commun avec celle qu'on observe chez les ruminants et les carnivores, car chez cenx-^i le caecum est cylindrique, sans replis, sans bosselures ni bandes longitudinales; et il n'y est séparé du côlon par aucun étranglement qui puisse empêcher les matières alimentaires de passer aisément de l'un dans l'autre. D'ailleurs chez les ruminants et les carnassiers il est réduit à un rôle d'une minime importance.
Les aliments, une fois arrivés dans le côlon, s'y accumulent en grande quantité, surtout chez les vieux chevaux et les animaux qui digèrent mal. Ils sont encore très-délayés dans les premières sections, depuis le caecum jusqii^'à la courbure sussternale et de celle-ci à la courbure pelvienne ; mais ils prennent de la consistance à mesure qu'ils se rapprochent du côlon flottant. Leur marche est favorisée, an lien d'être ralentie, par les plis appelés improprement valvuks cormiventes^ yalvules qui divisent la masse, l'ébranlent portion par portion, par un mécanisme analogue à celui, des palettes d'une roue hydraulique. Le ralentissement de cette progression tient à l'étendue du trajet que les matières parcourent, puis au rétrécissonent de la courbure pelvienne, et de l'origine du côlon flottant, dans lequel elles ne parviennent qu'après avoir été privées d'une forte proportion de leur véhicule aqueux. Elles s*ar« rêtent même au niveau des rétrécissements si elles sont sèches ; dies s*y durcissent et forment les pelotes stercorales qui occasionnent si fréquemment des coliques graves ou mortelles ; mais ce n'est pas dans ces points que séjournent ces calculs énormes dont le poids s'élève jusqu'à 8 à 1 0 kilogrammes, sans que leur présence soit incompatible avec l'entretien régulier des fonctions digestives.
Les contractions du gros intestin n'ont pas la vivacité qui appartient à celles de Tiniestin grêle ; cependant leur énergie est quelquefois très-considérable. On les voit très-bien sur un animal tué depuis quelques minutes et dont Tiniestin est étalé hors de la cavité abdominale. On les voit de même sur un animal vivant dont le côlon modérément lesté est mis à découvert. Dès que l'impression de l'air s'est fait sentir deptiis quelques instants, les contractions, auparavant très-faibles, prennent une vivacité graduellement croissante. Les bosselures se changent en dépressions, les dépressions deviennent des bosselures, suivant une succession souvent assez rapide. Le côlon, dans ses parties déjà rétrécies, se resserre et se dilate" tour à tour, au point que, par moments, la courbure pelvienne arrive à n'avoir plus que e tiers de son diamètre normal.
Ces contractions, d'autant plus sensibles que l'intestin est moins distendu, ont besoin d'une grande énergie pour faire progresser des masses énormes d'aliments, et souvent contre les lois de la pesanteur, comme de la courbure sus-stemale à la coui*bure pelvienne, et de la courbure diaphragmatique à la naissance du côlon flottant. Les fibres circulaires qui les déterminent prennent des points d'appui sur les fortes bandes longitudinales dont l'usage essentiel est, oorome l'avait remarqué
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Galien, de donner de la'soltdiié aux parois intestinales. Quant à ces rubans euxmêmes, Ms ne paraissent pas se contracter sur le côlon replié et le caecum, mais leur contraction devient parfois sensible sur le côlon flottant, où ils sont très-éTÎ* deitiment et ciclusivemcnt de nature musculaire.
Les matières parvenues dans le côlon flottant ont cédé aux absorbants une grande partie des liquides qui les imprégnaient. A mesure qu'elles cheminent dans cette dernière section du tube digestif, elles acquièrent une plus grande consistance* Les valvules conniventes divisent la masse en petites pelotes qui se tassent progressivement et se recouvrent d'une légère couche de mucus. En passant d'une cellule dans la cellule suivante, chaque pelote conserve sa forme et son volume, sans jamais se réunir avec celles qui favoisinent. Elles s'entassent dans le rectum en quantité plus ou moins considérable, jusqu'au moment de leur élimination. ^
Chez un grand nombre d'animaux, le côlon, au lieu d'offrir la disposition si re« marquable qui appartient aux solipèdcs, aux pachydermes et k quelques rongeurs* conserve l'aspect de l'intestin grêle. Il n*a dans les ruminants et les carnassiers^ par exemple, ni dilatations ni resserrements alternatifs; il y est dépourvu de bosselures, de valvules, de bandes longitudinales. Cependant les matières siercorales 8*y rassemblent en petites pelotes, comme on le voit chez le mouton, la chèvre, le dromadaire, le lièvre, le lapin, etc. Ce résultat, dont la cause ne réside point datis une disposition anatomique, tient au mode spécial de contraction des dernières parties du gros intestin qui s'étr2)nglent de distance en distance,de manière à prendre l'as* pect moniliforme d'une corde noueuse. Les pelotes, souvent assez espacées, peuvent s'amasser dans le rectum sans se -confondre les unes avec les autres.
Chez les carnivores dont le côlon est extrêmement court, ce mode de contraC'* tion ne s'observe pas. Le gros intestin reste dilaté uniformément. Leà excréments, sMIssont consistants, s'y moulent sous la forme d'un cylindre^que coupent en plusieurs segments les contractions du sphincter.
Les matières stercoralés, lorsqu'elles se sont entassées dans le rectum, font nattre une sensation spéciale qui exprime le besoin de la défécation. Le. sphincter de ' l'anus, jusqu'alors resserré, sans l'intervention de la volonté, se relâche volontaire-* ment; le rectum se contracte d'avant en: arrière; le diaphragment les muscles abdominaux viennent an secours du dernier. segment intestinal, dont l'action isolée resterait le plus souvent impulsante,- bien qu'elle ne manque/pas d'énergie, car Haller, Legallois et d'autres l'ont vue chrz le chien suffire à l'expulsion des fèces, pendant que l'abdomen était ouvert. Il est à noter que souvent cette évacuation a lieu sans que le rectum soit rempli sur toute sa longueur. On voit, en effet, assez fréquemment chez le bœuf, au moment où l'anus s'ouvre, les matières venir de loin et remplir bientôt les parties postérieures de cet intestin momentanément dilatées.
Les matières alimentaires, pour traverser toutes les sections du tube digestif, c*C8t-à-dire pour parcourir, chez le cheval, un trajet moyen de 30 mètres, chez le mouton, de 32 mètres, et chez l^bœuf, de 56 mètres, n'emploient pas un teipps bien considérable. Nous avons vu, en effets q^e les pctiu tubes, les boules creuses, que fléaumur et Spallanzani faisaient av^ip^ ^ des montons, étaient quelquefois rendus avec les excréments, trente, trente^. .^ yj^urcs après leur ingestion , et pour-
tant ces corps étrangers avaient probablement séjoarné plus que ks aliments dans les compartiments gastriques. Les petits sachets, les masses de chair, les boules de Terre, les billes de marbre, que je faisais a?aler à des chevaux, étaient rendus avec les matières stercorales, de la vingt-deuxième à la trentième heure, rarement an bout d'une période plus longue.
Le travail de la digestion est maintenant achevé. Tous les actes si variés de cette importante fonction n'étaient destinés, en définitive, qu'à préparer les matières alimentaires à céder aux absorbants june partie de leurs priiA^ipes assimilables. Par l'analyse rapide que nous venons d'en faire^ on a pu voir combien d'opérations combinées étaient nécessaires pour arriver à un tel résultat II a fallu aux animaux des instincts pour les guider dans la recherche et le choix de leurs aliments, des sensations pour les avertir du besoin d'en prendre, pour régler la mesure suivant laquelle ils doivent en user, et en apprécier les diverses qualités ; il a fallu l'action d'organes spéciaux pour saisir Paliment, celle d'autres organes pour le diviser et le broyer, l'imprégner de salive et l'amener dans les réservoirs gastriques ou intestinaux; il a fallu enfin les produits de nombreuses glandes pour l'élaborer, une immense surface pour en saisir les principes nutritifs, des expansions contractiles pour le mettre en mouvement et en expulser les résidus.
Nous avons vu avec quelle harmonie ces actions s'accomplissent simultanément ou successivement. Nous avons fait la part des forces vitales et des forces chimiques dans ces opérations complexes qui transforment Ja substance étrangère en matière organisée. Les puissances vitales oqt présidé au travail dans son ensemble et dans tous ses détails; elles ont déterminé les conditions dans lesquelles les autres pouvaient agir ; elles ont donné aux sensations leur caractère, aux sécrétions leur cachet spécial, aux mouvements leur rhythme si bien coordonné. Dès que les sucs modificateurs ont été versés, et que ces réactifs ont été mis en contact avec l'aliment, il s'est transformé mieux qu'il ne l'aurait fait dans un réservoir inerte, car ses transformations s'effectuent dans un appareil admirablement organisé, sorte de vaisseau qui se meut de lui-même, reçoit et garde les matières à élaborer, produit les fluides dissolvants, absorbe les principes réparateurs, et expulse les résidus; vaisseau servant d'atelier mystérieux où les puissances chimiques travaillent àlencieusement sous la direction des forces, d'ordre supérieur, qui président aux actions digestives comme à toutes les autres fonctions de l'économie animale.