‹ Traité de physiologie comparée des animaux; considérée dans ses rapports avec les sciences naturelles, la médecine, la zootechnie, et l'économie rurale (volume 4)Chapitre 41 sur 191 · I.it^n mtle. adulte · texte numérisé non relu

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268 DES FONCTIONS DU SYSTfcME NERVEUX.

Si, maintenant, on cherche dans ces tableaux un rapport entre l'intelligence et la masse des centres nerveux, pris en bloc ou par parties, on ne le trouve nullement Le rapport entre le poids des centres et celui du corps varie d'abord^ dans de trèsgrandes limites, chez une même espèce, suivant i*âge et l'état général du sujet ; ensuite il est^ d'espèce à espèce, sans relation constante avec le degré d'intelligence que l'observation fait suflfisamment connaître.

En admettant que le poids moyen de l'encéphale de l'homme soit de 1630 grammes et celui du corps de 75 kilogr., l'encéphale sera à la masse du corps :: 1 : 52, quoique Haller, Cuvier, Leuret, aient dit ce rapport variable de 1 à 22 et de 1 à 35. Or, rbomme qui est, évidemment et de beaucoup, le plus intelligent des animaux, non-seulement n'est pas à leur tête par le développement de son encéphâlej mais il est inférieur 5 un grand nombre de mammifères, singes, rongeurs, petits carnassiers et même à un assez grand nombre d'oiseaux. Ainsi, parmi les singes, le saî, le coaîta, le mone, le gibbon, parmi les rongeurs et les carnassière, le mulot, la souris, la taupe, la belette, ont, relativement à la masse du corps, plus de substance encé* phalique que lui; il est dépassé même par des oiseaux, tels que la mésange, le serin» la linotte^ le moineau, la pie^ le perroquet, et cela, dans des proportions considérables, au point que la pie, la linotte, le moineau, le chardonneret, le coq, ont une fois autant d'encéphale que lui, le serin et la mésange prescjue quatre fois autant

D'une manière générale, la masse de l'encéphale, relativement à celte du corps, varie, à mesure que la taille s'élève, dans la proportion de 1 à 39 pour les mammifères, et dans des limites plus étendues encore chez les autres vertébrés. D'après les chiffres de Haller, Cuvier, Garus, Leuret (1), le rapport de l'encéphale au corps varierait pour les mammifères entre 1 à 22 et 1 h 860, moyenne 1 à 186; pour les oiseaux, entre 1 à 12 et 1 à 1200, moyenne, 212; pour les reptiles, il est en moyenne comme 1 est à 1321 ; dans les poissons, comme 1 est à 5668.

En se bornant à comparer entre eux seulement les animaux de même classe, de même âge et dans des conditions à |>eu près semblables, quant a leur état d'embonpoint, on voit qu'en général les petites espèces ont l'encéphale beaucoup plus développé que les grandes. La souris, par exemple, qui a plus d'encéphale que l'homme, en a 13 fois autant que le cheval, 11 fois autant que l'éléphant.

La comparaison bornée à l'homme et aux mammifères domestiques les place dans l'ordre suivant pour la proportion de l'encéphale au corps :

Homme :: 1 : 52

Ane

Chat :: 1 : 99

Porc

Chien :: i : 235

Cheval

Lapin :: 1 : 295

Bœuf

Mouton :: i : 317

D'après les- résultats obtenus, on voit que l'encéphale représente pour chaque kilogramme du poids du corps :

Dans l'homme, 19 grammes; le chat, 11»', 37; le chien, 4,80; le lapin, 3,31 ; le mouton, 3; l'âne, 2,46; le porc, 1,90; le cheval, 1,68; le bœuf, l,'i7.

^1) Leuret, Anat» camp» du syst, nerv, Paris, 1839, t. 1, p. 453.

On pourrait calculer de même, d'après les chiffres de mes tableaux, la quantité de cervelet, de moelle épinière pour chaque kilogramme du poids du corps, mais cela n*a pas actuellement pour nous un grand intérêt.

Angle ffaelai. — On appelle ainsi un angle formé par deux lignes dont Tune passe par l'hiatus auditif externe et arrive au niveau du plancher des fosses nasales, ctdant l'autre, tangente à la partie la plus saillante du front, vient rejoindre la première au-dessus de la racine des dents incisives. C'est, du moins, de celte manière que l'a établi P. Camper (1).

Il est très-facile à déterminer, d'après ces bases, dans les diverses races humaines, inab il devient déjà difficilement réalisable dans les singes, et bien plus encore dans

PiG. 20. — Angle facial d'un jeune chimpansé.

la plupart des autres animaux, à cause de la difficulté qu'on éprouve à fixer exactement le point d'intersection des deux lignes, c'est-à-dire le sommet de l'angle. Aussime paralt-il beaucoup plus convenable de placer ce sommet duns un |)oint invariable qui est l'extrémité inférieure des intermaxillaires à la sortie des dents incisives. Si celles-ci manquent, comme dans la plupart des ruminants, ce sommet n'est nullement déplacé. L'angle, ainsi modifié^ est quelquefois à peu près égal à celui de Camper; mais, le plus souvent, il se trouve inscrit dans ce dernier, auquel il est inférieur de quelques degrés.

La figure 20 donne l'angle, suivant la méthode de Camper, tracé sur une tête de jeane chimpansé (Simia Troglodites\ que j'ai fait dessiner d'après nature.

(i) P. Camper, Disserta tioti physique sur les différences réelles que présentent les traits du visage, etc. Utrecht, 1791, p. 34 et suW.

La figure 21 donne l'ingle facial du chat, et la figure 22, celui du dicval, tracés d'après les modiCcatioDs précédemment indiquée^i.

Si l'on (iétcrmine l'angle facial suivant le procédé de Camper, on f;iit jurtir ilu milieu de l'hiatus auditif une ligne qui arrive jusqu'à l'eniréc des (osses nasales.

Pic. 21. — Angle 6cial du chat.

sur le nivean de leur plancher iDfêrieur, puis on irace une autre ligne tangente au front et venant se réunir i la première, i une certaine distance de l'extrémité alvéolaire des petits sus-maxillaires. Si on l'établit d'après la variante dont j'ai parié, il faut faire partir la première ligne du centre de l'hiatus auditif, pour l'amener an point où les incisives médianes sortent des petits sus-masillaires, et de ce

PiG. 22. — Angle focial da cheml.

point, qui est le sommet fixe de l'angle, élever une antre ligne venant touclier h la face antérieure du front, au niveau de l'extrémité inférieure du cerveau. Pour cela, oit peut se servir, ainsi que je l'ai fait, d'un compas très-simple dont les branches forment toujours, â leur jonction, exactement le sommet d'un angle; â l'une de ces branches est fixé un arc de cercle qui traverse l'autre sur laquelle il peut jouer à volonté ou être maintenu au moyen d'une vis de pression. Il sufiBt, quand on veut

PACUITÊS mSTINCTITES ET INTELLECTUELLES.

s'en servir, de placer le sommet de l'angle sur le point correspondant à Textrémité alvéolaire des petits sus-maxillaires et d'écarter les branches jusqu'au moment où l'une passe sur le milieu de Tbiatus auditif, tandis que l'autre devient tangente à la partie inférieure du front, comme on le voit dans les figures 21 et 22. Une fois que les branches du compas sont placées, on serre la vis de pression et l'on applique le goniomètre sur elles pour trouver les degrés de l'angle obtenu.

La détermination de l'angle facial n'est pas sans dilBcuité chez les animaux, notamment à cause de la forme de la face et du développement des sinus frontaux. Aussi devient-il souvent nécessaire de rétablir sur une coupe verticale longitudinale de la tête, et de prendre la tangente de la face interne du crâne. Sans cette modification, on n'a pas exactement l'angle facial du bœuf, des petits ruminants à cornes, du porc, etc. Mais en l'adoptant^ on n'a pas de chiffres comparables à ceux obtenus par la méthode ordinaire.

Quelles que soient, du reste, les imperfections et les erreurs inhérentes à la détermination de l'angle facial, cette détermination montre que les diverses races d'hommes diflèrenl beaucoup les unes des autres; que la cancasique (fig. 23) tient le premier

Fi6. 23. — Crâne d*homme (race caueasique). Fig. 24. — Crâne d'homme (race nègre).

rang, et que la nègre (fig. 2U) lui est bien inférieure ; qu'après l'homme viennent successivement l'orang-outan, les autres singes, les lémuriens, puis les carnassiers, les rongeurs, etc.; enfin, après les mammifères, les oiseaux, les reptiles et les poissons.

Dans notre espèce, l'angle facial est plus ou moins ouvert suivant les races et même suivant les âges de la vie. Il est presque droit dans l'Européen ; il l'est tout à fait dans les anciennes statues des dieux et des héros; il l'est beaucoup moins dans le nègre, le mongol, etc. Il est plus droit dans l'enfant que dans l'adulte; il est plus ouvert aussi dans le jeune singe que dans le singe adulte ou vieux.

D*après Cuvier, cet angle serait ordinairement de 80 pour les têtes européennes, de 75 pour celles de mongols, et de 70 pour celles de nègres, avec des variations de quelques degrés, relatives à l'âge et aux individus. Il serait de 65 pour l'orang jeune, et de UO seulement pour le même singe parvenu à l'âge adulte, de 60 chez les sapajous et les guenons, de U5 chez les macaques, et de 30 seulement chez les singes féroces appelés cynocéphales.

Le tableau suivaut donne, d'après Guvier (1), l*angle facial de divers animaux, établi par « une ligne parallèle au plancher des narines, et une autre qui passe par le bord antérieur des alvéoles et touche la convexité du crâne ».

Européen enfant 90

Européen adulte 85

Européen décrépit 75

Nègre adulte 70

Femme boschimane 71

Orang-outan jeune 67

Orang-outan adulte 40

Jeune mandrill à2

Mandrin adulte 35

Hérisson 25

Ours brun des Alpes 32

Loutre commune 27

Chien dogue 35

Chien mfttin ai

Renard 24

Loup 31

Hyène 40

Le second tableau donne Tangle facial des animaux domestiques, obtenu parla méthode de Camper, modifiée ainsi qu'on le voit dans les figures 21 et 22.

Cheval de quatre ans

Cheval adulte

Jument anglaise

Cheval anglais très- vieux.

Poulain de quelques jours.

Mulet. ..♦

Bardot

Bardot vieux,

Bardot très-vieux

Ane.

Taureau adulte

Veau de trois mois

Vache adulte

Dromadaire

Lama jeune

Lama adulte

Bélier 25

Mouton sans cornes 21

Bouc 24

Chèvre 23

Chevreau 33

Chevreuil jeune 20

Chien jeune 34

Lévrier 28

Chien de Terre-Neuve jeune .... 36

Chien ratier 37

Chien dogue 41

Renard 21

Porc 13

Chat 41

Lapin 29

Lièvre 33

Je fais remarquer ici que les chiffres de ce dernier tableau différent, pour plusieurs animaux, irès-sensiblcment de ceux indiqués par Guvier. Ainsi le savant naturaliste donne 25 degrés à Tangle facial du cheval, qui n*est en moyenne que de 12 à 15 degrés, et 30 à celui du bélier, qui est environ de 20 à 25. Peut-être cette exagération tient-elle à ce que la ligne faciale était mise en contact avec le front avant le point correspondant àTextrémité inférieure du cerveau.

Quant à la valeur qu*il faut attribuer à Tangle facial, considéré comme moyen de mesurer rintelligence des animaux, elle n*est pas très-grande. Il suflBt, pour se faire une idée du défaut d'exactitude de ses indications, de voir que le volume du cerveau restant le même, Tangle peut varier suivant la longueur de la face, le développement des sinus frontaux, et la position de Thiatus auditif. Il est aussi fermé que possible dans les espèces de carnassiers et de sulipèdes dont les sinus frontaux sont très-petits ; très-ouvert dans les pachydermes et les ruminants à cornes, par suite d'une disposition inverse. Enfin, il est très-ouvert chez les animaux dont rhiatus auditif se trouve au niveau même de Tapophyse mastoîde, comme dans le chien, le chat, tandis qu'il se ferme à mesure que l'hiatus forme un tube osseux

(1) Ouvicr, Anatomie comparée, 2*^ édit., t. Il, p. 164.

doot l'ouverture s*élève bien, au-dessus des cellules mastoïdiennes, ainsi qu'on le remarque chez le porc où son orifice est placé 8 à 10 centimètres au-dessus de l'extrémité inférieure des cellules. Aussi, en classant les animaux d'après l'ouverture de l'angle facial, on ne les range pas dans l'ordre de leur intelligence. Le chat se trouve placé en première ligne, puis le chien, le lièvre, le lapin, le bélier, la chèvre, le taureau, la vache, l'âne, le bardeau et le porc Le cheval, qui est incontestablement le plus intelligent après le chien et le chat, ne vient que le dernier de tous. Ces seuls exemples prouvent assez que l'angle facial ne saurait donner la mesure relative de l'intelligence des animaux comparés les uns aux autres.

■apport etttre !«• aires da «rAne et de la faee. •— Un second moyen de

juger du développement de l'encéphale, et par suite, de l'intelligence des animaux, a été proposé par Cuvier. Il consiste à comparer, sur une tête sciée longitudinalement, dans le sens vertical, l'aire du crâne à celle de la face, et à établir le rapport qui existe entre elles. Cette comparaison fait voir que, par exemple dans l'Européen, l'aire de la coupe du crâne est à peu près quadruple de celle de la face (la mâchoire inférieure non comprise), tandis que dans le nègre, l'aire de la face augmente d'un cinquième, et dans le calmouck d'un dixième.

L'aire du crâne diminue considérablement, par rapport à celle de la face, chez les divers animaux, à mesure qn'ils s'éloignent de l'espèce humaine. Ainsi, dans les sapajous, l'aire delà face égale déjà la moitié de celle du crâne; dans les makis, les deux tiers. Il y a égalité entre ces deux aires dans les guenons, les mandrills, et dans la généralité des carnassiers. Enfin, « les rongeurs, les pachydermes, les ruminants et les solipèdes, ont tous l'aire de la coupe delà fac^ plus grande que celle du crâne : parmi les rongeurs; le lièvre et la marmotte l'ont d'un tiers pins grande; mais elle est d'un tiers plus petite dans l'afe-aîe; elle est plus que double dans le porc-épic; elle est presque double dans les ruminants, à peu près triple dans l'hip^ popotame, presque quadruple dans le cheval. Dans les cochons, l'aire de la coupe de la cavité cérébrale n'est que la moitié de celle du crâne tel qu'il paraît à l'extérieur, tant il est augmenté par les grands sinus qui régnent jusqu'à l'occiput^ et tout le crâne ensemble égale à peine la face pour l'aire. Â la vérité, il est beaucoup plus haut, mais plus court (1 }. »

Il y a quelques animaux qui présentent des rapports tout â fait exceptionnels tenant à des dispositions particulières de la tête, comme la baleine et le cachalot, où l'aire de la face est quinze à vingt fois aussi étendue que celle du crâne.]

Pour déterminer exactement l'étendue des aires de la face et du crâne, il faut placer sur une feuille de papier une tête sciée en deux et munie de sa cloison cartilagineuse; puis en calquer les contours, ainsi que ceux de la périphérie interne de la cavité crânienne. Gela fait, on divise le dessin en deux parties par une ligne passant au niveau de la crête ethmoldale. Tout ce qni se trouve en dessous de cette ligne constitue l'aire de la face que l'on partage en centimètres carrés ou en petites figures régulières^ pour avoir la surface totale. L'aire du crâne est mesurée de la même manière, et les sinus placés entre le crâne et le front, au-dessus de la ligne

(i) Cayïerj Ànatomie comparée j ^. 168.

c. COLIN. — Physiol. comp. 2* édit. t* — iB

nii

DÈS fOEfCTIONS D0 SYSTÈME NERVEUX.

transversale, ne soDt compris ni dans Faire de la face» ni dans l'autre. Par ce procédé, j'ai obtenu les résultats suivants pour les animaux domestiques.

Tableau indiquant l'étendue des aires du crâne et de la face des animaux domestiques»

ANIMAUX

Cheval.

▲ne. . .

Bœuf..

Bélier.

Chèvre.

Agneau

Porc. .

Chien. .

Chat...

Lapin..

Airs du grai

Décimôtres

Ceatimètr.

carrés.

carrés.

Aire de là face.

Millimètr.

Décimètres

Centimètr.

MLlUmètr.

carrés.

carrés.

carrés.

carrés.

Rapport

entre

l'aire du cr&ue

et celle de la face.

On voit, d'après ce tableau, que l'aire du crâne, relativement à celle de la face, offre son maximum d'étendue dans le chat, qui se trouve ici, comme pour le volume du cerveau et l'angle facial^ placé en première ligne ; le chien vient après, puis le lapin; la chèvre, l'âne, le bélier, le cheval, le porc et le bœul

Phrénoiosle. — Un autre moyen de juger des facultés de l'homme et des animaux constitue ce qu'on a appelé la phrénologie.

Gall (1), à qui on doit cette science problématique, en définissant lesfacuUés admises par les philosophes de l'école écossaise, a prétendu qu'elles ont des sièges ou des organes distincts dans l'encéphale, et que ces petits organes, suivant le degré de leur développement, peuvent donner lieu à des différences notables dans la coufiguration du crâne et dans la proéminence de ses diverses régions.

D'après cet observateur, l'encéphale, qui déjà se compose de tant de parties distinctes par leur forme, leur structure et leurs propriétés physiologiques, se subdiviserait en un grand nombre de départements dont chacun serait le siège d'une faculté, soit instinctive, soit intellectuelle. Le cerveau, si homogène en apparence, et si irrégulièrement découpé à sa surface, serait partagé presque en autant de parties différentes qu'il a de circonvolutions. L'une quelconque de ces dernières, bien qu'elle ait la figure^ le volume, la texture de toutes les autres, et qu'elle n'offre pas de démarcation tranchée avec celles qui l'entourent, aurait cependant un rôle spécial, parfaitement limité* Cette spécialité fonctionnelle de chaque fraction du cerveau subsisterait même après la disparition des circonvolutions. £lle serait aussi réelle dans les hémisphères tout à fait lisses des oiseaux que dans ceux de l'homme et des mammifères. Dans tous les facultés affectives et intellectuelles seraient réparties par petits groupes, en raison de leurs affinités, comme les sections

(1) Gall, Anatomie et physiologie du système nerveuœ, etc. Paris, 1810. •» Gall, Sur les f(mctions du cerveau et sur celles de chacune de ses parties. Paria, 1825.

FACULTÉS INSTINGTITES £T IMT£LL£GTU£IXES. 275

dans une académie. Gall en a admis 27, dont il a assigné le siège respectif d*après ses propres observalions; mais Spurzheim, en comblant les vides que le maître avait laissés et en dédoublant quelquefois les circonvolutions auxquelles ua rôle était déjà assigné, en a porté le nombre à û2.

Voici d'abord, pour Tbomme, la topographie des facultées admises par les fondateurs de la phrénologie, puis pour le chien et le corbeau celle des facultés que le docteur Yimont croit avoir reconnues à ces animaux.

Fi6. 25. ^ Système de Gall (*)• FiG. 26. — Système de Gall (♦*).

Gall et la plupart de ses disciples ont poussé très-loin la détermination des organes cérébraux chez les brutes; ils ont tracé sur le cerveau d*un oiseau ou d'un tout petit mammifère la ciroonsciîption des nombreuses facultés auxquelles ils avaient assigné des sièges distincts sur le cerveau de Tbomme; et il leur a été facile d'imaginer des organes et des proéminences pour les facultés les plus saillantes de tel ou tel animal. Ainsi, ils ont reconnu Torgane de la destruction chez les carnassiers; celui de la ruse chez le renard, les singes, le chat ; celui du courage chez le coq; dé la musique chez les oiseaux chanteurs; de la construction chez ceux qui se creusent des galeries, se disposent des habitations; ils ont vu Torgane de la mémoire des lieux dans le cerveau des animaux qui émigrent ou voyagent à diverses époques de Tannée ; celui de la mémoire des faits chez le chien et les espèces les phis intelligentes; celui du sens des hauteurs chez l'aigle» le chamois et les habitants des lieux élevés ; ils n'ont pas manqué de trouver à la pie Torgane des nombres; au lapin de garenne, l'organe de la mécanique; au serpent, celui de la prudence, etc. Enfin, ils sont parvenus à placer, comme le dit ironiquement un des

(•) f^facnlté rcprddnctrire ; î, philogénitnre ; 3, éducabilité ou ôypntualité ; 4, mémoire des lieux; 5, méiDoire du» personnes; 6, connaissance des couleurs ; 7, sens musical; 8, sens des nominvs; 9, mémoire des mois; iO, «eus des langues; il, construction; 12, amitié; 13, sens de la rixe; 44, sens de la destruction.

(•*) 15, ruse; 16, sens de l'acquisition et du vol; 17, fierté; 18, ambition; 19, circonspection; 20, sajça cittî comparative; 21, causalité; 22, esprit de saillie ; 23, induction; 24, douceur; 25, mimique ; 26, vénémtiou » 27, fenjK't*'. — A, concentrativité, halùtativité ; B, conscience; C, espérance; 1), merveillosité ; E, idéalité j F, individualité; G, étendue; 11, sens de la pesanteur; I, ordre; K, temps.

plus spirituels adversaires de la phrénologie, sur le cerveau d'une oie ou d'une compile. V" ' quelques centimètres d'étendue, vingt-neuf oi^anes dîstincis, et très-f*!^')*'''^''*^"' ■)> auraient pu en faire autant sur celui de l'oiseau-moDche.

FiG. 37. — Localiaaiion des faculté! du chien, d'apris le docteur Vimonl (*)-

L'eiamen des doctrines phrénologiques, entrepris par des auteurs d'un grand mérite, comporte des difficultés nombreuses qui n'ont pas toutes été abordées. Il faudrait pour les juger, en principe, résoudre les questions guivanles : 1' Les facultés de l'instînct et de' l'intelligence sont-elles distinctes? 2" Dans l'hypothèse où elles

n i, iboi. d<M .hmtau; 3, dclmclinn ; t. mw ; 5, cnUMïO; 6. thoit dMlleiii;7, eoncrnMlLon; 9. .lu-

FACULTÉS INSTINCTIVES ëT INTELLECTOELLES. 377

genientdisliiictes, ontelles cbacane, ou par groupes, un si^e, uu organe spécialT 3° Dans l'aEGmulJTe, quel est ce si^ ou cet orgaue? k' L'organe d'une faculté a-t-il DU degré de développenieut proporlioiiflë i l'étendue de celte faculté? 5° Enfin, dans cette antre hypothèse, pent-on juger du développement deB organes cérëbraui par la con^uraiioa extérieure du crâne chez l'homme et un certain nombre

Fie. 38. — LocalîutioD dei facultéidu chien.

d'animani T Tontes ces questions que les phrénolt^ues, sans Ifs poser nettementont supposées résolues, attendent leur solution.

U'abord, sur le premier point, il ne reste guère de doute. Les fatuités sont disiinctes; chacune a sa physionomie, sa manière de s'exercer, son but; elles ne se

développent pas nécessairement ensemble ; se perfectionnent, indépendamment les unes des autres, se perdent isolément; elles manquent ou acquièrent, suivant les sujets et les espèces, une prédominance plus ou moins marquée. Tel individu a la mémoire des lieux, tel autre celle des nombres; celui-ci a le sens de rimitation, cet autre celui de la musique; l'un est bienveillant, Tautre a la tendance à la destruction, etc. , etc.

' Mais, ces facultés plus ou moins distinctes ont-elles, chacune ou par groupes, des parties affectées à leur exercice? Gela n'est pas tout à fait invraisemblable. Les localisations sont fort nombreuses dans le système nerveux. A chaque partie de l'encéphale est dévolu un rôle spécial : aux hémisphères, la perception des impressions; au cervelet, la coordination des mouvements; au bulbe, la direction du mécanisme respiratoire ; à la moelle, les transmissions centripètes, les transmissions centrifuges, les actions réflexes. Il y a plus : les diverses parties de l'encéphale, les corps striés, les couches optiques, I&s tubercules quadrijumeaux, les pédoncules, ont leurs propriétés. Les cordons supérieurs, les cordons inférieurs, l'axe gris de la moelle ont aussi, chacun, les leurs. Les nerfs ont des ûlets affectés à la sensibilité, d'autres à la motricité; ceux de la sensibilité sont impressionnables à tous les excitants ou à un seul^ à la lumière ou aux vibrations sonores, aux odeurs ou aux saveurs, etc. Il pourrait se faire que, dans les hémisphères cérébraux, affectés en bloc à l'exercice des facultés, il y eût telles parties plus particulièrement eu rapport avec telles facultés ou avec tels groupes de facultés. Sans doute, l'expérimentation ne semble pas favorable à cette sorte de localisation, car si l'on détruit partiellement les hémisphères, comme l'a fait M. Fiourens, on anéantit toutes les facultés, dès qu'on parvient à en anéantir une et, dès qu'une reparaît, toutes reparaissent en même temps. Mais il y a dans le cerveau une telle solidarité d'actions, des liaisons fonctionnelles si intimes, qu'un trouble local, dû à la vivisection, peut provoquer des perturbations très-étendues, comme la compression le fait dans le cas d'apoplexie.

En troisième lieu, si les facultés sont, une à une ou par groupes, exercées plus particulièrement par telles fractions de l'encéphale, par telles circonvolutions, comment pourra-l-on le reconnaître? Que d'observations à faire, que de coïncidences à constater pour s'assurer que la lésion de telle partie entraîne l'affaiblissement ou la perte, soit d'une faculté, soit d'un groupe de facultés! Que d'études pour reconnaître que le faible ou le grand développement d'une région de l'encéphale répond, dans les divers individus ou dans les diverses espèces animales, à la dépression ou à l'exagération d'une faculté !

 ce sujets que de recherches à entreprendre ! Si, par exemple, je compare les cerveaux des animaux à organisation identique, mais à facultés différentes, comme ceux du chien, du loup, du renard, ou ceux du bœuf, du mouton, du chevreuil, je trouve à chacun de ces cerveaux un aspect particulier. Celui du chien n'a pas les mêmes proportions relatives que celui du renard, ni tout à fait les mêmes circonvolutions. Est-ce que les différences cérébrales entre le chien et le renard ne pourraient pas être en relation avec la sociabilité de l'unetla ruse de l'autre? Est-ce que la stupidité de la brebis, les habitudes de famille restreinte du chevreuil ne dépendraient pas des particularités différentielles que la comparaison me montre? Depuis que j'ai examhié comparativement, avec soin, des animaux très- rapprochés

FAGOLTËS raSTraCTITES ET INTELLECTOELIES, 279

pir l'ensemble de lenr oi^DisatioD, mais différente par leurs bcnltée, par lenn iostiacls, leurs mœnrs, je découvre entre leurs cerreauz des différences buhIomiques qui, si elles signifient quelque cbose, pourraient bien eiprimn- tes différences psycbolt^qnes. Est-il impossible, en définitive, que le développement exagéré d'nne régicm des bémispbères ou l'atrophie d'une antre inflne sur le degré d'une (acuité on d'une aptilnde. Pourquoi, par exemple, la forme sphéroïdale du COTean de l'bomme n'anrait-eUe pas d'action sur le caractËre des acuités humaÏDes? Pourquoi la dépression sapéro - inférieure qni croit cbet les singes, le raccourcissement da lobe postérieur qni cacbe de moins en moins le cervelet, n'imprimeraient - ils pas nne modification au caractère et h t'éteadue des facnhés des animaux oi ces dispositions s'observentT Pourquoi parmi les carnassiers, ici un cerveau court, iar^ en arrière comme chez le dial, on très -restreint en avant comme cbez le chien, la taupe, les vermiformes.triangnlairecomme chez les édentés et les roi^ursT Quelle est la raison de toutes ces diBérences dans le nombre, l'aspect des circonvolutions! Il y a évidemment lï des rapports i chercher, des coTnôdencesâconstater entre telles dispositions et telles facultés. Lesphré- Dok^ues l'ont bien senti dès le début.

Anssi Gall et tous ses disciples ont-ils cherché chez les animaux les dispo^tions accentuées qu'ils supposaient devoir exister, en regard de facultés nettement dessinées, mais ils ne sont pas allés assez loin dans cette voie de délicates invesligatioDs.

Ce serait après ces premières études

qu'il faudraitcbercberiretrouverdans „ „„ - l .. . ...

I* , , ., , Fio, 29. — Topoeraphie de( raeultét

les formes et les proportions vanées du ^u corbeau (*>.

cr3ne l'expression des formes du cer-

Teao. Nul doute que dans l'homme et quelques rares espèces, la configuration extérieure du crSne ne reproduise assez fidèlement les grandes formes cérébrales. Mais, chez la plupart des animaux, il ne saarait en être de même.

En efTet les arcades z^-gomatiques si prononcées, dans les carnassiers notamment, la protubérance occipitale, les crêtes pariétales, les sinus frontaux, donnent au

n î. s, *, 5,6, 7,r"niine.iirl8cLi^n; S, ■lUrhcmpnt i tIp ; 9, 10, 11, 19, 13. I*, pnnune tnr le cbwni I& rteaiae; 11, diiUiiis. 18. leui ^luélnim*; 19, t^iiiun»; SU, locilil^; ÎS. Drdn;|S3, tuopi; SG, fl, r-imiiK Kir lg ohMD ; tS, Uleat muiiul; i», iniUIion ^ 30 1 3B, commii mr !• cliico.

crâoe, par suite de leur disposition et.de leur développement, parfois très-considèrable, une configuration qui ne répond guère à la forme de sa cavité, et par conséquent à celle de l'encéphale. Ainsi, chez le bœuf^ le bélier et la plupart des ruminants à cornes, chez le porc, le sanglier, Téléphant et divers autres pachydermes, des sinus très-spacieux séparant la table interne de la table externe du crftne, donnent au front, de même qu*à la partie supérieure de la tête, un aspect plus ou moins bizarre, mais complètement étranger à la disposition extérieure du cerveau. A cela viennent s'ajouter, et des crotaphites plus ou moins volumineux qui recouvrent les parties latérales du crâne, et la terminaison des muscles cervicaux supé«* rieurs qui dérobe à la vue la région correspondant an cervelet II en résulte que la partie supérieure de la tête du chien, du chat et de la généralité des carnassiers, est énormément large; que celle du bœuf, de Téléphant, offrent des dimensions sans rapport avec le volume de l'encéphale. Si on se laissait séduire par ces apparences, on donnerait au taureau, dont le front est si large et si élevé, une intelligence bien supérieure à celle qu'il possède réellement Mais il suffit de jeter un coup d'oeil sur cette tête ouverte pour être désillusionné.

Les phrénologues, cependant, ne se sont pas laissés arrêter par cette sorte de voile qui masque les proéminences que peut oflrir la lame osseuse immédiatement en contact avec le cerveau : ils ont fait des bosses avec des saillies musculaires, des dilatations des sinus; ils en ont trouvé dans des régions au niveau desquelles il n'y a pas de cerveau ; ils ont déplacé, transposé les facultés, suivant les convenances arbitraires de leurs doctrines. Ainsi ils ont déconsidéré leur système aux yeux des savants, et prêté largement le flanc à la critique qui a relevé leurs exagérations et leurs erreurs sans démontrer la fausseté des principes de la phrénologle (1).

(1) Voyez Flourens, Examen de la phrénologie, — Lélul, H^et de Forganologie phrénologique de GalL Paris, 1845. — Leuret et Gratiolet, Anatomie comparée St système nervewc considéré dans ses rapports avec l'intelligence * Paris, 1839-1857,

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