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lui le privilège d'avoir de véritables mains, et ils en ont quatre au Heu de deux. Les extrémités antérieures des onguiculés sont aussi des maius plus ou moins imparfaites qui, en concourant à la loconootion, perdent une partie de leur sensibilité. Néanmoins les animaux pourvus de mains à doigts mobiles dont la face inférieure est souvent nue, pulpeuse, ne paraissent guère s'en servir pourjtoucher ou palper, comme le fait l'homme. Ce n'est pas par elles qu'ils cherchent à acquérir les notions de consistance, de forme, d'étendue, de température. Ces mains servent à la préhension ; elles servent aussi de moyens de locomotion, d'armes offensives et défensives : auatomiquement elles sont bien des mains, mais physioiogiquement ce sont de simples pieds.
Le pied des animaux ongulés, celui du cheval et des ruminants, enveloppé dans un sabot, n'en est pas moins un organe de tact L'enveloppe cornée de cette partie, si épaisse qu'elle soit , recouvre des tissus très-sensibles hérissés de papilles ner* veuses ; l'ébranlement qui se produit en elle par suite du contact et des percussions du pied sur le sol se transmet aux tissus sous^jacents, et* donne lieu à des impressions dont le caractère et l'intensité doivent varier suivant l'état du sol, la rapidité et la violence du choc. Cette sensibilité est renfermée dans des limites telles, qu'elle suffit à ranimai pour lui donner connaissance des accidents du terrain et de la forcé des percussions, sans devenir une source de souffrances ou de douleurs continuelles. Elle permet au cheval, comme le dit Dugès, de se servir de son pied pour explorer le sol et apprécier l'inégalité de sa surface. On conçoit en effet qu'il importe à l'animal, pour la sûreté de sa marche et la régularité de ses allures, d'éprouver des sensations différentes^ suivant qu'il appuie sur des cailloux anguleux, des pavés, sur une terre labourée, ou sur le fond d'un bourbier. Il lui serait sans cela difficile de se conduire pendant la nuit ou lorsqu'il a perdu la vue ; mais par le secours de la sensibilité des tissus sous-cornés, il acquiert la faculté de voir par le pied, pour me servir d'une heureuse expression de M. H. Bouley (1), qui a peint sous des couleurs si vives la sensibilité tactile du pied du cheval
Mul doute que le même mode de sensibilité n'existe dans le pied des divers ruminants, des pachydermes, et en général, de tous les animaux ongulés. Les parties qui, chez un grand nombre d'espèces, sont recouvertes par des productions cornées ou épidermiques, peuvent également jouir d'une faculté tactile analogue à celle des extrémités. Ainsi, le bec de tous les oiseaux, notamment celui des palmipèdes et des échassiers, présente entre l'os et son étui corné un tissu riche en nerfs et en vaisseaux, comme le tissu sous-ongulé des solipèdes. La carapace du tatou, celle des tortues, les écailles du pangolin^ les enveloppes solides des insectes, des crustacés^ et même les coquilles des mollusques, en transmettant au tégument les effets du contact, agissent encore d'une manière analogue.
Les animaux qui n'ont pas les extrémités bien disposées pour l'exercice du toucher ont, généralement, quelques autres parties du corps très-sensibles et plus spécialement chargées de recevoir les impressions tactiles. Chez un grand nombre de mammifères, les lèvres, le nez, jouissent d'une grande sensibilité. La lèvre supérieure et le nez du chien servent à l'exploration et au tact ; la lèvre supérieure du
(1) H. Bouley, Traite ae /'organisation du pied du cheval, p 252.