‹ Traité de physiologie comparée des animaux; considérée dans ses rapports avec les sciences naturelles, la médecine, la zootechnie, et l'économie rurale (volume 4)Chapitre 45 sur 191 · DO TOUCHER · texte numérisé non relu

DO TOUCHER

cbeval, dont le tissu est si riche en divisions nerveuses de la cinquième paire, est on organe de tact très-<lélicat ; le ma$eau ou l'espèce de grouin du porc, de la taupe, de la musaraigne, la trompe de Téléphant, le rudiment de trompe des tapirs, sont encore mieux appropriés à cet usage. Souvent, les longs poils ou les moustaches que portent les lèvres et le pourtour des naseaux chez le chat, le lion, les rongeurs, viennent ajouter à cette disposition, en constituant des conducteurs qui transmettent au bulbe dans lequel ils sont implantés les effets de leur contact avec les corps étrangers.

Certains animaux ont d'autres parties plus spécialement affectées au toucher. Les cbauves-souris, par exemple, ont dans leurs ailes une très-grande sensibilité que Spallanzani avait exagérée en attribuant à ces carnassiers un sens supplémentaire distinct du toucher. La queue, chez les singes qui se servent de cet appendice eomme d'organe de préhension ; celle du castor, qui sert à l'animal dans la construction des digues, les barbillons, les nageoires des poissons, sont également des oi^anes de tact. Les bras des poulpes, des sèches, les tentacules de la plupart des mollusques^ les antennes des insectes, les cils vibratiles des infusoires, remplissent aussi le même office.

Enfin, la peau dans le reste de son étendue, qu'elle soit nue ou couverte de poils, constitue un vaste appareil tactile dont la sensibilité est inégalement prononcée, mais ordinairement assez exquise. On sait, en effet, que le contact d'un insecte sufiBt pour la mettre en jeu et provoquer un trémoussement particulier. Les parties dénudées sont plus sensibles que les autres. Cependant il ne faudrait pas croire que les animaux à peau nue ont le tégument toujours mieux disposé pour le toucher que ceux où elle est couverte de poils. Si, sous ce rapport, les mollusques sans coquilles et les batraciens ont un avantage marqué sur les animaux de leur classe respective, Téléphant, le rhinocéros^ l'hippopotame, sont loin de jouir du même privilège. La pe^u tout entière, qu'elle soit nue ou couverte de poils, de productions cornées, calcaires, etc., est un organe général de tact d'autant plus délicat que son tissu est plus fin^ plus souple, plus riche en papilles nerveuses, et moins re* couvert de productions insensibles. Cet organe se perfectionne, suivant la remarque de Cuvier (1), proportionnellement à la dégradation des autres.

La peau est admirablement organisée pour recevoir les impressions tactiles. La surface du derme est recouverte de papilles coniques trèfi-fmes dans lesquelles se distribuent des vaisseaux et des filets nerveux, les unes essentiellement vasculaires» les autres nerveuses. Ces dernières affectées au tact, quoiqu'elles soient moins nom* breuses que les autres, peuvent se rencontrer dans la proportion d'une centaine par ligne carrée sur la peau des doigts de l'homme. Elles portent un renflement terminal, ovalaire ou cylindrique, connu sous le nom de corpuscule de Meissner^ que certains observateurs considèrent comme une petite ampoule à contenu mou ou liquide. Autour de ce renflement s'enroulent de une à trois fibres nerveuses réduites à leur cylindre axile, fibres qui s'y terminent par des extrémités libres.

Ces papilles pourvues de corpuscules du tact existent dans l'homme surtout à la pulpe des doigts, à la face palmaire de la main et à la plante du pied. On les voit également au bord libre des lèvres, au gland, au clitoris. Elles se trouvent aussi a

(1) Cuvier, Anatomie comparée^ t. III, p. 570.

la main du singe^ à la langue de Thomnie et de quelques animaux, l'éléphant no* tamment. Elles font défaut h la (ête, au tronc et aux régions supérieures des membres. La conjonctive a, d*après les observations de Krausc, des corpuscules analogues à ceux de Meissner.

Les autres papilles de la peau, c'est-à-dire les vasculaires ou les plus nombreuses qui ont aussi des nerfs que Kolliker a vus très -nettement, quoique d'autres observateurs n'aient pu les apercevoir, doivent concourir probablement à l'exercice du toucher. On ne sail,si parmi les papilles énoripes et très-vasculaires des tissus souscornés, il en est qui soient spécialement affectées au tact. Celles du bourrelet des solipèdes, de la face inférieure du pied, de, la |)eau des tubercules plantaires, des pelotes carpiennes, tarsiennes et digitales des carnassiers, mériteraient d'être étudiées à ce point de vue. Tout porte à croire qu'elles sont affectées au tact en même temps qu'à la sécrétion de la corne, car les papilles enfermées dans les gros follicules pileux reçoivent indubitablement l'impression du contact entre les corps extérieurs et le poil. Les papilles des joues des ruminants, celles de la panse^ du réseau, du feuillet de ces animaux, sont probablement aussi, dans une certaine mesure, douées de la faculté tactile.

Enfin, les réseauxne rveux du derme^ les réseaux sous-dermiques même, ne doivent pas être étrangers an toucher. Les nerfs des plexus sous cutanés portent, de distance en distanc^^ au pied, au bras de l'homme, au bec, à la langue des oiseaux des corpuscules de Pacini ou de Yater, ovoïdes, lamelleux , pédir elles, pourvus d'une cavité centrale dans laquelle péiiètre un tube nerveux sensitif réduit à son filament axile ; mais la présence de ces corpuscules sur le tcajet des intercostaux^ des nerfs sacrés, des plexus du sympathique, dans le mésentère du chat, etc., jette fjuelques doutes sur leur coopération à l'exercice du toucher.

Les muqueuses jouissent aussi, aux lèvres et sur les parties sexuelles extérieures, d'une sensibilité môme plus exquise que celle de la peau. En ou^e, les parties accidentellement dénudées, les plaies, les ulcères, acquièrent, à divers degrés, la faculté de recevoir les impressions tactiles. ^

De la seiiflatloii tactile en elle-même. — D'après quelques auteurs, la sensation qui nous occupe serait une sensation complexe. Le toucher comprenait quatre sens, aux yeux de Cardan : le sens de la température, celui de la douleur et du plaisir, le sens du poids, et le vénérien. Gerdy en voyait a^ssi quatre qu'il délimitait un peu différemment ; enfin, Graliolet semblait disposé à en admettre une multitude, auxquelles il supposait autant de nerfs différents. Cette vue est inexacte. Le toucher donne bien à l'animal une foule de notions différentes, celles de la forme, du volume, de la température, etc., comme l'œil donne la notion de la forme, de l'étendue, de la couleur, de la distance des objets, de leur repos ou de leur mouvement; mais il n'y a pas là une raison suffisante pour admettre que chaque notion doive venir d'un sens distinct.

L'organe du tact est impressionné non-seulement par les corps qui se mettent en rapport avec lui, mais encore par les agents impondérables, surtout par le calorique et l'électricité. Il arrive chez les animaux inférieurs à une délicatesse si grande^ que quelques-uns d'entre eux semblent même, dit Cuvier, palper la lumière.

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