II. — Du DÉCUBITUS
On désigne sous ce nom l'attitude des auimaux couchés.
Cette attitude que les quadrupèdes prennent pour se reposer et pour dormir n'est pas également fréquente et prolongée dans toutes les espèces. Les carnassiers, le porc, les ruminants, se couchent très-souvent, surtout après le repas ; le cheval et les autres solipùdes à de rares intervalles. L'élépbant peut^ dit-on, rester debout pendant des mois entiers, quoique dans les conditions ordinaires il ait l'habitude de se coucher une fois par jour; quelques oiseau^, comme l'oie, le canard, la poule, se couchent quelquefois ; mais la plupart des vertébrés de cette classe ont une attitude de repos très-différente du décubitus.
Tous les animaux ne se couchent pas de la même manière.
Les grands ruminants qui cherchent à se jucher regardent autour d'eux^ comme pour s'assurer du lieu où ils veulent se reposer; ils baissent la tête et Teucolure, fléchissent successivement les membres antérieurs et se mçtteut à genoux, puis rapprochent les membres postérieurs du centre de gravité en les fléchissant ; après quoi ils s'affaissent sur les membres qui se pjoient de plus en plus et tombent doucement sur le sol. Ce coucher s'effectue donc en deux temps bien distincts : Tun, pendant lequel le ruminant appuie ses genoux sur le sol; l'autre, pendaut lequel il s'affaisse sur ses membres préalablement fléchis. Dès que l'animal est à terre, il pousse quelques gémissements, surtout s'il vient de prendre son repas, étend ou rapproche ses membres s'ils ne sont pas dans une position convenable.
Les solipèdes se couchent avec moins de précaution et de régularité que les animaux qui ruminent Après avoir ramassé les membres antérieurs en arrière et les postérieurs en avant, ils les fléchissent, abaissent le tronc qui ne tarde pas à tomber comme une masse inerte.
La position que prennent les animaux en se couchant est extrêmement variée : les modifications qu'elle présente permettent de distinguer trois espèces principales dedécubilus, savoir : le décubitus sternal^ le stemchcosial et le latéral, comprenant plusieurs variétés.
Le décubitus stemal est celui dans lequel le corps repose verticalement sur la partie inférieure du thorax et de l'abdomen, sans être penché ni d'un côté ni de
l*aotre, les membres élant disposés syméaîquement de chaque côté : il appartient au chameau, au dromadaire, et on Tobserve quelquefois chez le chien, le lion, la chèvre, le mouflon, etc.
La première variété de ce décubitus est parfaitement caractérisée chez le dromadaire. Dans cette altitude, la partie inférieure du sternum qui porte une callosité, est en contact avec le sol, les deux membres antérieurs sont repliés en arrière, un de chaque côté de la poitrine, pour élargir la base de sustentation; les membres postérieurs sont fléchis en avant, de telle sorte que le jarret, la face postérieure du canon et de la région digiléc touchent le sol ; le grasset venant aussi, par sa callosité, prendre un point d'appui à terre. Cette position des membres est très-remar* quable, surtout dans les postérieurs, où la jambe se met en rapport avec le canon et la région digitée; elle tient, en ce qui les concerne, au mouvement produit entre Tastragalc et le calcanéum, mouvement irès-étendu qu*on ne voit pas s'effectuer chez les animaux solipèdes.
La chèvre et le mouflon prennent quelquefois une attitude tout h fait semblal>le à celle que je viens d'indiquer.
Une seconde variété du décubitus sternal s'observe souvent chez les carnassiers, le lion et le chien, par exemple. Dans celle-ci, le corps repose horizontalement sur le sternum et la partie inférieure de Tabdomen ; les membres postérieurs sont fléchis, un de chaque côté de la croupe ; les membres antérieurs, au contraire, sont |)oriés en avant et étendus parallèlement l'un à l'autre^ s'appuyant h terre par leur face postérieure. Le cou est étendu et la tête relevée conmie lors de la station. C'est l'attitude du sphinx et celle que les statuaires donnent habituellement nu lion coliché.
Une troisième variété de l'espèce dont nous parlons nous est offerte par l'ours. Cet animal se couche à plat ventre : les membres antérieui^ étendus et rapprochés; les postérieurs étendus aussi, mais très-écartés l'un de l'autre. La face palmaire ou plantaire des pieds de devant regarde en dedans, et celle des pieds de derrière en dehors.
Le décubitus stemo-costal est une seconde espèce dans laquelle le corps repose aussi sur le sternum et l'abdomen, mais penché d'un côté et appuyé, en partie, sur l'une des faces de la poitrine. Les membres n''y sont pas disposés symétriquement de chaque côté du tronc, comme dans l'espèce précédente. Ses variétés .sont fort nombreuses : la plus commune est ordinaire aux animaux ruminants. Voici ses caractères :
Le corps est penché et l'encolure est déjetée du côté opposé à celui sur lequel l'animal repose; les membres antérieurs sont fléchis en arrière, l'un engagé sous la poitrine, l'autre plus ou moins apparent, et placé de telle sorte que les talons viennent se mettre en contact avec le coude; enfin, les membres postérieurs sont fléchis en avant, l'un à peu près complètement caché sous le ventre, si ce n'est à la pointe du pied, l'autre libre, plus ou moins rapproché des parois abdominales et habituellement plus projeté en avant que le premier. La flexion des membres thoraciques y a cela de particulier, que le métacarpe et le pied passent en dedans de l'avant-bras, ce qui est le contraire dans le cheval; quelquefois le canon et le pied restent appliqués à la face postérieure de l'avant-bras, ainsi qu'on le voit chez le
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buffle; souvent l'un de ces deux membres est porté en avant et étendu, comme on Tobserve chez les cerfs notamment. Les membres postérieurs sont inégalement projetés en avant et éloignés du corps; Tun d*eux, tout à fait dégagé, dépasse babitueUement l'autre et arrive parfois jusqu'au niveau du coude. Quant à la tête, elle est presque toujours relevée et inclinée du côté opposé à celui sur lequel l'animal repose; quelquefois elle est appuyée sur le sol par la mâchoire inférieure ; enfin, elle peut être par nirimcnts appuyée sur le fl^nc ou sur le jarret, par suite d'une flexion latérale de l'encolure portée à ses dernières limites : c'est ce qui arrive souvent au bœuf, au bufllc et aux cerfs, quand ils cessent de ruminer et paraissent vouloir dormir; mais ils ne peuvent conserver longtemps cette position.
Le décubitus sterno-costal est aussi habituel aux animaux solipèdes, du moins dans la plupart des cas. Bien qu'il ressemble beaucoup à celui des ruminants, il eu diffère par la situation des extrémités. Si l'animal est couché à droite, le membre antérieur de ce côté est engagé sous la poitrine, et le pied vient à la face interne du coude gauche; l'autre membre antérieur, également ployé, mais tout à fait libre, amène sou pied tout près du coude. Les deux genoux laissent entre eux un écarte* ment d'au moins 30 centimètres. Les membres postérieurs sont reploycs sous le corps et les pieds portés en avant, le gauche très-éloigné du flanc; le jarret se trouve au niveau de la fesse et le sabot à celui de la pointe du calcanéum.' L'encolure est relevée et la tête maintenue, comme dans le bviuf. Ce mode de décubitus est plus ordinaire que le suivant aux solipèdes en bonne santé et peu fatigués.
Le décubitus latéral est celui dans lequel le corps repose tout à fait sur un côté de la poitrine, du ventre et de la croupe, l'encolure et le tronc appuyés sur le sol. Il s'observe chez le cheval, le porc, le chién^ le chat, beaucoup de carnassiers, et ne se montre que très-rarement chez les ruminants, si ce n'est dans les maladies graves où il est de mauvais augure.
Le cheval, couché de celte manière, a les membres étendus ou très-légèrement fléchis, le cou et la tête en contact avec le sol. Le lion et le chat prennent souvent une position tout à fait semblable.
On peut regarder comme une variété du décubitus latéral celui du chat et du chien lorsqu'ils se ploient en cercle pour dormir. Alors ils flédiissent le cou, ramènent la tête sur le ventre après avoir fortement courbé la colonne vertébrale, et ploient leurs membres vei*s le corps.
On conçoit que le décubitus latéral, exigeant peu ou point d'eflbris musculaires, puisque toutes les parties reposent sur le sol, soit préféré par les animaux trèsfatigués ou malades.
Quant au décubitus dorsal, il est presque exclusif à l'homme, à cause de l'aplatissement de la poitrine et de la largeur du dos et des reins ; il n'est pas possible à la plupart des animaux, par suite de Télroitesse de la région dorsale, de la forme de la poitrine, de la minceur du cou, et de l'impossibilité dans laquelle sont les membres de venir, en s'écartant, reposer sur le sol, pour élargir la base de sustentation et abaisser le centre de gravité. Cependant on voit l'ours prendre quelquefois cette attitude^ mais c'est momentanément, pour recevoir les friandises qu'on lui jctte^ et non pour se reposer ou dormir. *
Telles sont les différentes sortes de décobitus propres aux animaux; il en est quelques-unes encore sur lesquelles il est inutile de s'arrêter, et qui tiennent en quelque sorte le milieu entre le coucher et la station, comme, par exemple, la position du chien et du loup assis sur la croupe, la tête et la poitrine relevés et soutenus par les membres antérieurs tout à fait redressés.
La manière dont les grands animaux se relèvent offre plusieurs particularités intéressantes à noter.
Les solipèdes qui ont les membres antérieurs repliés, les étendent et les portent en avant, d'abord celui qui est libre, puis celui qui se trouve engagé sous la poitrine. Après ce premier temps de préparation, les animaux font un effort violent, redressent les membres thoraciques qui soulèvent brusquement le train ant^Tieur : c'est là le second temps pendant lequel ils sont dans l'attitude du chien assis sur la croupe. Enfin, dans un troisième temps, les membres abdominaux, par une vigoureuse détente, soulèvent le train postérieur et achèvent l'opération.
Les ruminants se relèvent suivant un mode tout opposé au précédent. L'animal, penché sur un côté, débute par un effort qui déjette le corps vers le côté opposé pour le ramener dans une situation aussi peu inclinée que possible; puis les membres postérieurs, par une détente, soulèvent le train de derrière et le corps sur les extrémités antérieures agenouillées, et alors celles-ci se redressent l'une après l'autre. Il y a donc dans cet acte, chez les ruminants, deux temps bien distincts, indépendamment de celui de préparation : l'un pendant lequel le train postérieur se relève^ les genoux reposant sur le sol ; l'autre pendant lequel les deux mendbres antérieurs se redressent à leur tour et successivement; c'est, comme on le voit» précisément l'inverse de ce qui s'observe chez les solipèdes.
Le mécanisme du décubitus est nécessairement très-simple dans la plupart des circonstances. Néanmoins cette attitude, bien qu'elle soit destinée au repos et au sommeil, n'est pas toujours entièrement passive ; les modes que nous avons appelés stemaly stemo-costal, exigent, de même que la station, des efforts musculaires pour soutenir la tête, élever l'encolure et la maintenir tordue, et d'autres efforts pour empêcher que le corps déjà penché ne tombe entièrement sur un côté. Les principaux sont ceux des muscles destinés à relever l'encolure et à soutenir la tête, mais ils sont puissamment aidés, chez les solipèdes et les ruminants, par l'action du ligament cervical. Les extenseurs, du côté opposé à celui sur lequel le corps est penché, étant obligés d'incliner le cou, sont évidemment plus fatigués que leurs congénères du côté opposé,* surtout lorsque, par moments, la tête vient s'appuyer sur le flanc ou le jarret de l'animal.
Dans le décubitus latéral, il n'y a pas, pour ainsi dire, d'efforts à faire, toutes les parties sont abandonnées à leur propre pesanteur et reposent sur le sol.
La durée du décubitus et les divers caractères de cette attitude ont une signification physiologique ou pathologique qui mérite une certaine attention. L'habitude que les animaux contractent de se coucher d'un côté plutôt que d'un autre ne paraît pas avoir l'influence qu'on lui attribue chez l'homme : les carnassiers, les soli|)èdes, se couchent indifféremment à droite ou à gauche; les ruminants eux-mêmes n'ont rien de particulier à cet égard. C'est bien à tort queBuflbn a prétendu que le bœuf se couche ordinairement sur le côté gauche, et que le rein de ce côté est plus lourd