‹ Traité de physiologie comparée des animaux; considérée dans ses rapports avec les sciences naturelles, la médecine, la zootechnie, et l'économie rurale (volume 4)Chapitre 58 sur 191 · I. — Du CABRER · texte numérisé non relu

I. — Du CABRER

On appelle ainsi l'acte par lequel le corps des quadrupèdes s'élève et se maintient debout sur les membres postérieurs.

Le cabrer comprend deux actions essentiellement distinctes, savoir : le mouve- * ment qui fait élever le corps sur le train de derrière, et l'attitude qui est le résultat plus ou moins prolongé de ce mouvement.

C'est une action difficile- à produire : i^ à cause de la difficulté qu'éprouve le train de devant à opérer une violente détente analogue à celle des membres postérieurs dans le saut et la ruade ; 2"" à cause de Téloignement considérable qui existe entre le centre de gravité et la ligne d'appui des membres postérieurs sur laquelle ce centre doit être amené. Elle ne peut durer longtemps, par suite de l'intensité des efforts musculaires qu'elle nécessite, de i'étroitesse de la base de sustentation et de l'impossitMlité à peu près complète du corps à prendre une direction verticale. Dès l'instant que le centre de gravité passe toujours, soit en avant, soit très-près de la limite antérieure du point d'appui, le corps tend à retomber sur les membres thoraciques, et il y revient en effet aussitôt que les efforts musculaires sont impuissants à contre-balancer cette tendance. Si, par moments, il arrive sur la base de sustentation, le moindre effort peut déterminer en arrière une chute de l'animal.

On doit distinguer dans le cabrer deux temps successifs : l'un pendant lequel l'animal relève l'encolure ainsi que la tête et fléchit légèrementles membres antérieurs; l'autre, de projection, dans lequel les membres thoraciques, par une brusque et» énergique détente, soulèvent la partie antérieure du tronc; enfin, on peut même en reconnaître un troisième, suivant immédiatement la projection opérée par le bipède antérieur, et pendant lequel diverses puissances musculaires élèvent progressivement la masse du tronc sur le train de derrière, pour la mettre en équilibre SOT la base de sustentation. Le mécanisme de cet acte a été exposé avec une luci-

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dite remarquable par M. Lecoq (1), qui a surtout exactement précisé le rôle des agents chargés d*aidcr Timpulsion des extrémités antérieures.

La projection du corps en haut et en arrière eiïectuée parla détente des membres antérieurs préalablement un peu fléchis, constitue l*éiément initial de l'action du cabrer. Elle résulte, en grande partie, de la contraction brusque des muscles qui redressent, d'une part, l'articulation métacarpo-pbalangienne, d'autre part, l'articulation scapulo-humérale, muscles qui sont^ pour la première, les fléchisseurs de la région digitée; pour la seconde, le coraco-radial et le sus-épineux.

Les fléchisseurs des phalanges, en se contractant, lorsque le pied est encore à l'appui, agissent énergiquement sur le sommet de l'angle du boulet qu'ils tendent à redresser. La force qu'ils développent alors se décompose en deux parties : l'une qui pousse le pied contre le sol et qui reste sans résultat utile ; l'autre qui élève les parties supérieures du membre et, avec elles, les régions antérieures du corps. Cette aciton, comparable à la délente d'un arc dont une extrémité reposerait sur un plan résistant, projette le corps en haut et détache du sol les extrémités antérieures qui, alors, décrivent une courbe à concavité postérieure. Les fléchisseurs produisent ce résultat en agissant sur un levier du deuxième genre dont l'appui est au sol, la résistance à l'articulation qui doit être étendue, et la puissance appliquée en arrière des grands sésamoïdes. Celle-ci a donc pour bras de levier toute la longueur de la région digitée, et ce n'était certainement pas trop pour le déploiement d'une force qui devait rejeter toute la masse du tronc sur les membres abdominaux.

L'un des deux fléchisseurs du pied, le superficiel, a en outre, pour action, de contribuer à étendre l'humérus sur le radius, et de devenir ainsi l'auxiliaire des autres puissances que j'ai indiquées.

Le coraco-radial et le sus-épineux ont un rôle moins essentiel que les précédents. Le premier produit, par sa contraction, le redressement de l'angle scapulo-huméral et l'extension du bras, à la condition que le radius est fixé par les gros muscles olécrâniens. Le second étend le bras sur l'épaule et celle-ci sur le bras : l'eflct produit à l'une de ses extrémités contribue aussi bien à la détente que celui qui est opéré h son extrémité opposée.

Quant aux autres muscles du membre thoracique, ils ne paraissent pas contribuer pour beaucoup au développement de l'impulsion qui élève le corps. En eiïct, les muscles radiaux antérieurs agissent sur un rayon qui est à la limite de son extension ou à peu près; lès radiaux postérieurs, s'ils se contractaient, ne feraient autre chose que de déterminer une flexion du métacarpe préjudiciable à la détente ; enfin, les muscles olécrâniens m peuvent être ici d'un grand secours, puisque lavantbras est déjà fortement étendu sur le bras. L'impulsion est donc produite essentiellement par les fléchisseurs des phalanges, et secondairement par le coraco-rcidiafet le sus-épineux. Elle dérive sans doute de la contraction simultanée de tous ces muscles; contraction qui se continue après que le membre s'est détaché du sol, car l'avant-bras se fléchit sur le bras et le pied en entier sur le genou.

Bien que les rayons osseux des membres thoraciques soient moins favorablement disposés que ceux des extrémités postérieures pour opérer une énergique délente,

(1) Lecoq, Traité de Cextérieur du cheval, 2" édit., p. 374.

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