CABRER
celle qn*ils produisent suffit à soulever le corps, et y suffit, lors même qu'elle ne dérive que d'un seul membre, puisque Tanimal se cabre encore quand on lui tient en Tair celui du côté opposé. Elle est, du reste, plus que suffisante pour amener ce résultat, car le cheval parvient à se cabrer, même lorsqu'un bomme exerce sur la tête de Tanimal une forte traction qui acquiert une énorme intensité à l'extrémité du long bras de levier représenté par la tête et l'encolure.
Néanmoins, cette impulsion, si vive et si énergique qu'elle soit, ne peut que commencer le cabrer : c'est une espèce de saut du train antérieur qui tend à se jeter sur le train postérieur. Il faut, pour l'achèvement de l'acte, que la projection ascensionnelle des parties antérieures du corps soit continuée par un effort d'élévation de la part des puissances musculaires du rachis et de la croupe; en d'autres termes, il £siut que le train de devant, qui a été soulevé d'abord par ses propres forces, soit retenu, saisi par celui de derrière qui continue à l'élever et à l'attirer à lui, de manière à amener la* ligne de gravitation au niveau ou très-près des pieds postérieurs.
Le second temps du cabrer ou le temps complémentaire doit donc résulter de la participation des muscles qui agissent sur la partie supérieure de la colonne vertébrale et sur le bassin : l'ilio-spinal, les fessiers et les ischio-tibiaux. Ces muscles forment, par leur ensemble, une lopgue chaîne qui part de lajambe, longe la cuisse, contourne la croupe et vient tendre la' colonne dorso-Iombaire pour saisir enfin la base et même la partie moyenne de l'encolure. Ils agissent sur une longue tige représentée par le bassin et par la colonne vertébrale, tige qui se meut sur la tête du fémur, comme un fléau de balance sur son couteau, s'abaisse par son extrémité Lscbiale et s'élève par son extrémité cervicale.
L'ilio-spinal AB (fig. 52), étendu du bassin à la base de l'encolure et attaché dans l'intervalle à toutes les vertèbres est le tenseur puissant du rachis. Il l'affermit, en prévient les déviations latérales et l'unit solidement à la croupe. Évidemment ce muscle qui, en se contractant, tend à rapprocher l'une de l'autro ses insertions extrêmes, peut contribuer à l'élévation des parties antérieures, à une double condition, si, d'une part, le train de devant est déjà en voie d'élévation, d'autre part, si un point d'appui solide lui est donné sur le bassin. Or, la première condition est réalisée par la détente des membres antérieurs, et la seconde par la contraction des masses musculaires énormes qui entourent le bassin, surtout par celle des grands fessiers et des ischio-tibiaux. En dehors de ces conditions rien n'est plus difficile que de concevoir la participation de l'ilio-spinal à l'élévation des parties antérieures du corps sur le train de derrière.
^es ischio-tibiaux Cl), c'est-à-dire le long vaste, le demi-tendineux et le demimembraneux, agissent sur un levier du premier genre, représenté par le bassin et la colonne vertébrale. La puissance esta la tubérosité ischiale, le point d'appui à l'articulation coxo-féraorale, et la résistance dans toutes les parties antérieures du corps. Le bras de la puissance s'étend donc delà tubérosité de l'ischium au centre de l'articulation coxo-fémorale, sur laquelle le tronc doit s'élever en basculant d'avant en arrière, et celui de la résistance est mesuré par la distance qui sépare cette même articulation du centre de gravité. On conçoit, dès lors, que plus lé corps sera long, plus le bras de levier de la résistance sera étendu, et que plus celui-ci c. coLUf. — Physiol. comp., 2< édit. i. — 25
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sera ëiendu, plos, par coDsé^ucnt, le cenire de gravité sera difficile à élever d i amener sur la base de suslcnuUon des extrémiiés postérieDres. Ce leïier presque horizontal, au début du cabrer, se meut sous l'influence de ces derniers mosdes à la manière d'un balancici' appuyé sur la télc du lémur; A l'extrÉinilé de a
longue branche est appendue la partie antérieure du corps qui s'élève ; sur la petite branche ou sur l'ischium tirent en bas les vigoureux bchio-tibiaux.
Les ischio-libiaux, le long vaste notamment, agissent encore sur le sacrum par leur prolongement pyramidal DE, luais cette partie de leur action est accessoire, par suite du peu de fixité de la région sacrÙL'.
Le grand fessier FG est une autre puissance qui agit eu même temps que les
muscles précédents, avec cette diiïérence que son action s*exercc sur un levier du troisième genre. Le centre du mouvement est toujours à Tarticulalion coxo-fémoraie, et la résistance dans les parties antérieures du corps à soulever, mais la puissance est appliquée dans un point intermédiaire, c'esl-à-dire à la partie antérieure de l'iléon et jusqu'à rextréroité du prolongement pyramidal du muscle ; sou bras de levier est donc plus étendu que celui des muscles îschio-tibiaux.
Il est impossible, dans l'acte du cabrer^ d'isoler les actions des trois muscles. Ils forment un vaste ensemble composé de plusieurs pièces qui agissent à peu près comme celles du cou des oiseaux oïl du corps des scr()ents, élevant successivement les parties les plus mobiles vers les plus fixes qui servent de point d*appui, toujours consécutivement à la détente des membres antérieurs. Celle-ci commence la projection, en détachantie corps ; puis les muscles viennent, tout lu la fois, soutenir le tronc soulevé et continuer son mouyement ascensionnel.
L*ilio-8pinal,iesiscbio-tibiaux et legrand fessier ne peuvent faire basculer le coxal sur la tête du fémur, élever la partie antérieure de la croupe et continner le redressement du train antérieur commencé par la détente des membres thoraciques, qu'autant qu'ils trouvent un appui solide dans les rayons des membres abdominaux,
dont les muscles doivent se contracter très-éncrgiqucment, surtout pour empê* cher ceux-ci dc's'affaisser sous le poids du centre de gravité. Sans celte fixité des rayons, donnée par les rotuiiens H, les jumeaux de la jambe I, les ischio-libiaux cl le grand fessier ne pourraient déployer toute la puissance qui doit, à elle seule, maintenir le corps sur le bipède postérieur, soit que l'animal conserve la même place, soit qu'il fasse quelques pas en avant. C'est celte puissance qui fait éprouver au train antérieur ces oscillations si remarquables, c'est-à-dire ces élévations et ces abaisseoienls successifs, pendant lesquels les membres antérieurs sont projetés, ù plusieurs reprises, en avant, comme les bras d'un homme qui gesticule.
f^ cabrer ne s'exécute pas avec une égale facilité chez tous les animatix. Parmi les grands quadrupèdes, le cheval est peut-ôlre celui où il se produit le plus souvent et avec le moins de peine, lors même que l'animal est chargé du poids du cavalier, et quelquefois encore dans les circonstances où l'on cherche à empêcher la tête de se relever, ou à lever un pied. Ce mouvement s'accomplit pendant l'allure du pas ou du trot avec une grande aisance, et elle donne à ces allures une grâce qui est quelquefois recherchée dans ce qu'on appelle les airs de manège. Les animaux de pelilc taille, la chèvre, le chien, l'ours, se cabrent encore plus aisément que les soHpùdes. Le bœuf, qui a la région dorso-lombaire si longue, les reins si faibles et le train antérieur si lourd, ne peut se cabrer sans grande diflBcullé, Néanmoins tous les animaux, si pesants qu'ils soient, sont obligés dese cabrer pour l'accouplement ; mais alors il n'est pas nécessaire, d'une part, que la détente du bipède antérieur amène le corps en équilibre sur le train de derrière, et, d'autre part, qu'il s*opèrc de grands effortSipour maintenir le corps, dès l'instant que la poitrine du mâle vient prendre un point d'appui sur la croupe de la femelle : ce n'est donc là qu'un cabrer incomplet, fort éloigne du cabrer si remarquable du cheval.