‹ Traité de physiologie comparée des animaux; considérée dans ses rapports avec les sciences naturelles, la médecine, la zootechnie, et l'économie rurale (volume 4)Chapitre 64 sur 191 · COLIH. — Physiol. comp., 2* édit · texte numérisé non relu

COLIH. — Physiol. comp., 2* édit

Dans les mouvements progressifs, la répartition de la charge sur les membres, rétendue de la base de sustentation et la situation du centre de gravité varient considérablement. Ainsi, dans le pas, sauf celui qui est extrêmement lent, la charge afférente au train de devant n'est jamais portée que par un seul membre antérieur, et celle du train de derrière que par un seul membre postérieur; dans cette allure^ la base de sustentation est toujours très-étroite, car elle est donnée seulement par un pied antérieur et par un postérieur, alternativement en bipède latéral et en bipède diagonal. Dans le trot, la base de sustentation est constamment fournie par un bipède diagonal, et sur les trois temps de cette allure, il en est un où le corps est en l'air, ce qui crée une instabilité d'équilibre propre à expliquer l'accroissement de vitesse du trot sur la marche ordinaire. Dans le galop ou au moins dans une de ses espèces, la charge du corps est portée successivement par un seul pied de derrière, puis par deux pieds eu diagonale, par un pied de devant et enfin complètement dépourvue d'appui. Gonséquemment^ dans ce dernier mode de progression, la base de sustentation n'est représentée que dans un seul temps par la ligne de jonction de deux pieds, tandis qu'elle l'est dans les autres par la petite étendue d'un seul pied, ce qui est bien peu pour un animal aussi long que le cheval dont les pieds, placés à une grande distance, ne sont jamais, au moment où ils supportent le corps, sous le centre de gravité. Aussi^ dans les instants où un seul membre soutient le corps, il y a imminence de chute du côté du train sans appui, surtout lorsque le mem^ bre qui fait l'office de support est un membre postérieur, car dans ce cas le centre de gravité est aussi éloigné que possible du point d'appui, et l'éloignement va croissant à mesure que ce membre passe de l'obliquité en avant à l'obliquité en arrière.

Le péril que crée l'appui sur deux pieds, sur un seul, et surtout la suspension complète du corps, l'imminence de la chute qui va en augmentant de l'allure du pas à celle du galop, expliquent parfaitement la vitesse croissante, parfois prodigieuse, d'un animal d'un poids considérable.

La vitesse, soit absolue, soit relative^ des différentes allures peut être déterminée expérimentalement, sans grandes difficultés, mais elle ne peut être aussi aisément calculée par rapport aux pas de chacune d'elles et à leur temps. J'ai fait, à ce sujets quelques expériences à l'aide d'un cheval à allures très-régulières^ dans une allée qui conservait très-distinctement les empreintes des pieds. Le nombre des pas, leur longueur sur le terrain, le temps exact employé à effectuer leur somme, montre à secondes en main, et signaux pour indiquer le départ et l'arrivée. En voici sommairement les résultats :

Au pas ordinaire, le cheval (de 1"',55 de hauteur et de l'^,12 de base de sus^ tentation) a parcouru 272 mètres en 2 minutes ^1 secondes; dans ce trajet, il a fait 163 pas de l^'iôô en moyenne, soit 1 pas par seconde. Chaque membre étant à cette allure, deux temps à l'appui et deux temps en l'air, a mis, par conséquent, 1/2 seconde pour effectuer, dans l'espace, une oscillation de l'°,66; laquelle a, comme nous l'avons vu plus haut, une amplitude égale au double de l'espace parcouru dans le même temps par le centre de gravité.

Au trot, les 272 mètres ont été franchis en 1 minute 13 secondes et en 101 pas 1/2. de 2"^68, soit 7/10 de seconde pour chaque pas. En réduisant, autant que possible, le temps de la suspension du corps, soit à l/lO de seconde la durée de

roscillation d*un membre levé serait de 3/10 de seconde pour une amplitude de 2™,68, d'où il suit que Toscillation a, dans le trot, plus de deux fois et demie la vitesse de celle du pas. Son amplitude croît et sa durée se réduit

Au galop ordinaire, le même espace a été parcouru en 22 secondes et en 5^ pas de 5 mètres, soit /!i/10 de seconde pour la durée de chacun d'eux. En admettant que chacun des trois temps d'appui dure 1/10 de seconde et le temps de la suspension aussi 1/10, chaque membre étant en l'air trois temps sur quatre, il met, pour effectuer son oscillation de 5 mètres, 3/10 de seconde, c'est-à-dire exactement le temps pendant lequel les trois autres opèrent leurs battues successives.

L'accroissement de la rapidité et Tauglnentation de l'amplitude des oscillations des membres, du pas au trot et du trot au galop, ne suivent pas une progression uniforme, eu égard à la vitesse de l'allure. La célérité de la translation du centre de gravité est, par seconde, de 1"^,66 dans le pas, de 3"°, 72 dans le trot, de 12'°^36 dans le galop ordinaire* Celle de l'oscillation des membres, ou si l'on vent du mouvement du pied en Tair^ qui dépend et de la vitesse du centre de gravité et de la vitesse des contractions musculaires est beaucoup plus grande ou de 3"", 36 dans le pas» 8'',93 dans le trot, iG^'tGô dans le galop*

L'excédant de vitesse du membre sur le centre de gravité permet à ce membre de se reposer ou de prendre part à l'appui pendant un temps plus ou moins long, soit seul, soit avec un congénère. Mais l'excès de vitesse du membre oscillant par rapport à celle du centre de gi*avité est variable. Dans le pas, la vitesse du pied est double de celle du centre de gravité : le membre fait en deux temps ce que le centre de gravité fait en quatre. Dans le trot, lé membre franchit en deia temps l'espace que le centre franchit en trois. Dans le galop, il a besoin de trois temps pour faire ce que le centre fait en quatre. Conséquemment, le temps de l'oscillation en l'air s'allonge et le temps d'appui se réduit à mesure que Tallure acquiert de la vitesse. Et cela se conçoit, le membre en l'air peut facilement suivre le centre de gravité, le membre à l'appui ne le peut que dans la limite restreinte de son obliquité en avant à son obliquité en arrière. C'est également parce que le corps est de moins en moins soutenu^ ou de plus en plus longtemps en l'air que sa vitesse de translation peut s'accroître. La longue suspension crée l'imminence de la chute et oblige les membres à se déplacer vite pour arriver à soutenir le corps qui tend à tomber et qui tombe en effet successivement sur chaque pied, au moment où son impulsion, sans s'éteindre, devient insuffisante pour le soutenir à une certaine hauteur.

Les oscillations des membres, dans les diverses allures, ne sont donc pas soumises aux mêmes lois que celles du pendule en physique, car elles n'ont pas constamment, comme les oscillations de ce dernier, la même durée avec une amplitude plus grande ou plus petite. Leur amplitude résulte du mouvement propre^ plus ou moins rapide, plus ou moins prolongé du membre, auquel s'ajoute celui qu'éprouve le centre de gravité.

Dans tous les cas le pied levé marche plus vite que le centre de gravité, puisqu'il doit faire, dans une fraction de la durée du pas, ce que le centre fait dans cette durée entière.* Le centre parcourt, dans le pas, 1"',10 à *2 mètres par seconde, 3 k h mètres dans le trot et 12 à 1^ à l'allure du galop. La vitesse du trot est donc

à peu près double jie celle du pas, et celle du galop plus que triple de celle du trot.

ft20

DtS MOUVEMENTS.

Au galup les plus grau Jes vitesses cunstalûcs sur l'Hippodrome de Paris ont élé, par seconde, de IS^.Vy pour un trajet do û kilomètres el de 11", 60 pour un trajet de 2 kilomètres. En Angleterre, FlyingChildej-s n'eut que Ifi^i^S par seconde dans une course do 5717 mètres et de 1^'°, 75 dans une course ctc 6650 mètres. Ce sont les plus grandes vitesses a util eu tiques constatées pour un trajet de cette étendue.

La vitesse des allures dépend aussi des espèces, de la taille, de la conformation des animaux, de leur vigueur et de certaines conditions musculaires fort difficiles 1 apprécier. I.es vitesses cilrâmes sont déployées sur le sol uni des hippodromes par ces légers coursiers que le régime de l'entraînement a préparés à des fatigues de quelques iuslaots. I.e tableau suivant peut en donner une idée snDieaote (1).

Mh

Uidéa. . . .

El Pasior.

4ft.

Lionel....

Sylvio....

Eglie....

Pamila. . .

Cltrino...

Hercule. . .

Iris

Syhino..,

Belida . . .

Esnutralda

EgUu....

Fritilhn..

Corùandre, Félix. ....

MiuAnaette A 52 3/a

Agar 4 54 4/3- 4 .^6 1/5 Eglée.... 2 47 3/5

Volante.... 5 2 2/3 4 5e > Pamila... 2 39 2/5

Franc* 4 50 2/5 5 38 » CUrino... 2 31 2/5

Lydia 4 53 2/5 5 A ■ Hercule... ' 2 36 1/5

Mis^Keltij..

Ati-Baba. .

EyUiu

Coritandre

Frftillon . .

A/i-Bab,

D'autres exemples remarquables de cette vitesse prodigieuse que déploie le cheval de course sont répandus dans les ouvrages d'hippologie. Les pins connus sont ceux de Flying Chitders(i), uni parcourut en 6 minutes &0 secondes 5717 mètres, et en 7 minutes 30 secondes 6650 mètres; à'Fclipie, qtii ne perdit jamaiE k aucune course et que les meillcuni chevaux de son temps ne pouvaient suivre aa delà de oO mètres. On peut encore citer, comme exemple d'une vitesse considérable, mais un peu nwindre, celui des huit chevaux du comte de Quecnsbury, qui,

(1) Entrait d'un rclevù dei plus grande» viteise» observée» sur l'hippodrome de Parii, par S. de Monlenclrs {Journal des liariix, octobre 1S3S, p. 5& et nuiv.}.

(fi) David Low, Hisloii-e nalurelle agricole des animaux domestiques : Hisloire du clieval. Parii, 1842, page 49.

atleléâ à une Yohure^ firent sur la |)elouse deNew-Market 30,570 mètres en 53 minutes 1/2, dont les 9 premiers milles en U minutes (!]! Mais il importe de noter que ees vitesses extrômes ne peuvent être soutenues que quelques instants, et qu'elles appartiennent seulement à des sujets longuement préparés à de semblables exercices.

Si l'instabilité de l'équilibre varie dans les diverses allures et aux diiïéreuis temps de chacune d'elles, le centre de gravité éprouve de même des variations nombreuses dans ses déplacements. En effet, pour que le corps soit soutenu sur deux pieds, sur un seul, ou maintenu au-dessus du sol, il faut que ce centre se meuve en divers sens et que ses mouvements compliqués soient en rapport avec le jeu successif de chacune des extrémités. iMais ces déplacements, bien que très-nombreux, peuvent se rapporter à deux séries : les uns s'effectuent d'aprè^ une direction à peu près verticale ; tes autres, d'après une direction plus ou moins horizontale.

Les premiers ont, en général, la direction parabolique des projectiles lancés dans l'espace; ils ne sont point rigoureusement parallèles à l'axe du corps ou à la ligue qui divise longitudinalement en deux parties le rectangle circonscrit par les quatre extrémités. Leur obliquité, relativement h cet axe, doit dtrc sensible, surtout dans le trot et le galop, par suite de combinaisons qui ne se produisent |)as dans les allures les plus lentes.

I.es déplacements horizontaux peuvent être représentés par une succession de lignes sinueuses réunissant les extrémités qui, aux différents temps d'une allure, soutiennent la masse du corps. Ceux-ci ne sont pas aussi compliqués que les premiers, car le corps ne fait que passer à Tappui, d'un bipède diagonal à un latéral, d'un pied sur deux, etc.

Il est à noter que ces deux ordres de déplacements sont d'aulant plus marqués que les allures sont plus lentes, plus relevées, et que l'animal a la croupe et le poitrail plus larges; mais ils ne sont jamais, dans le sens horizontal, aussi étendus qu'ils devraient l'être : car il est évident que, lorsque le corps est soutenu par un bipède latéral, comme dans l'amble, par exemple, le centre de gravité n'est pas exactement sur la ligne qui réunit les deux extrémités de ce bipède, et c'est parce qu'il ne s'y trouve pas, que la masse du coi*ps tend à tomber du côté des membres levés, lesquels doivent rapidement revenir à l'appui, pur le soutenir, lors de sa chute.

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