‹ Traité de physiologie comparée des animaux; considérée dans ses rapports avec les sciences naturelles, la médecine, la zootechnie, et l'économie rurale (volume 4)Chapitre 77 sur 191 · RECULER · texte numérisé non relu

RECULER

des angles assez fefmés, pour donner lien à une détente énergique ; de plus, leur nnion avec le tronc, par des parties moUes, devient une condition très-défavorable à la transmission intégrale de la puissance impulsive. Cependant, malgré cet ensemble de dispositions si peu en harmonie avec le rôle exceptionnel que jouent les membres thoraciques dans le reculer, ils déploient, encore ici, une force considérable, sur laquelle nous reviendrons en traitant du tirage et des eiïorts musculaires.

Le mécanisme de l'impulsion rétrograde n*est point, à beaucoup près, le même pour le reculer simple et pour celui des animaux qui traînent des fardeaux. Dans le premier cas^ la force destinée à pousser en arrière la masse du corps, est développée, en grande partie, par las membres antérieurs qui arc-bontent contre le tronc, en vertu de Tobliquité qu'ils prennent; et ils produisent cette force par le redressement des angles du boulet, du coude et de l'épaule, angles dont pas un n'opère une détente d'une énergie comparable à celle du jarret. Dans le second cas, la puissance de rétropulsion dérive à la fois des membres thoraciques et des membres abdominaux^ car la résistance appliquée en arrière de ceux-ci se trouve entre le corps et l'espace iiidéûni dans lequel il doit se mouvoir. A^ussi, cette différence essentielle nous explique pourquoi le reculer, si pénible en soi, permet à un animal attelé de traîner, à lui seul, la charge que plusieurs animaux de même force peuvent transporter dans le sens de la progression ordinaire.

Le mode suivant lequel le reculer s'effectue présente quelques traits communs à la plupart des animaux. Le reculer spontané, tel que celui du taureau et du bélier qui veulent se précipiter sur leurs rivaux, se fait souvent avec rapidité, sans s'accompagner du bercement latéral du corps, ni des mouvements obliques et de Télévalioo de la tête qui sont ordinaires au reculer plus ou moins forcé. Le quadrupède qui recule déplace ses membres suivant l'ordre même de leur succession dans le pas, c'est-à*dire en diagonale, comme on peut s'en. assurer chez les ruminants, les solipèdes, chez le rhinocéros, l'hippopotame, l'éléphant, même chez le chameau et la girafe, dont l'amble est l'allure ordinaire. Ainsi, ce déplacement a lieu dans l'ordre suivant : après l'antérieur droit, par exemple, c'est le postérieur gauche, puis l'antérieur gauche et le postérieur droit ; mais il a ceci de particulier que le pied qui se lève revient à l'appui avant que celui qui se lèvera ensuite ait quitté le sol, de telle sorte, qu'à part les cas où le reculer est très-rapide, il y a seulement un pied ea l'air à la fois^ comme le voulait Borelli pour le pas ordinaire. Lorsque l'action a acquis une certaine vitesse, les deux pieds de chaque bipède diagonal agissent ensemble, et l'appui n'a plus lieu que sur deux des extrémités.

Il est. à remarquer que le reculer est habituellement entamé par un pied de devant, le droit ou le gauche indifféremment, s'ils se trouvent sur la même ligne, et par le moins engagé sous le corps, s'ils ne sont pas au niveau l'un de l'autre; c'est, an contraire, le membre postérieur le plus engagé sous le centre de gravité ou le plus avancé qui se meut ensuite. Cette particularité, qui rappelle le jeu analogue, mais inverse, des extrémités dans la progression directe comparée à la progression rétrograde, s'explique très-bien si l'on considère que le membre antérieur qui se lève a achevé spn Impulsion à l'instant où son obliquité de bas en haut et d'avant en arrière est devenue aussi prononcée que possible, absolument comme le membre

DES Mouvements.

postérieur qui, dans le pas ordinaire, quitte le sol au monaent où il est parvenu à te limite cxlrême de son inclinaison.

La prc^ression rétrc^rade n*est pas toujours lente et la succession des extrémités ne s'effectue pas constamment suivant un ordre inverse à celui du pas : elle peut être quelquefois rapide, relevée, et prendre le caractère d'une autre allure. On sait que les écuyers habiles parviennent, sans trop de peine, à faire trotter en arrière les chevaux hien dressés.

L'étendue des espaces franchis successivement par chaque extrémité est moins considérable que dans le pas très-lent; les pistes antérieures, au lieu de recouvrir les postérieures du même côté, restent toujours à une distance considérable de ces dernières, qu'elles atteignent à peine dans le reculer très-rapide, sans toutefois jamais les recouvrir, car l'extrémité antérieure d'un bipède latéral revient à l'appui avant que la postérieure du même bipède se soit levée. Les chiffres suivants donneront une idée du rapport qui peut exister entre l'amplitude des oscillations des extrémités dans le reculer de vitesse moyenne et celle des mômes oscillations dans le pas et les autres allures.

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