NATATION
qu'il veut se porter à droite ou à gauche, car celles d*on côté frappent plus fortement le liquide lorsque le quadrupède se dirige du côté opposé.
Le parallélisme qui existe entre Taxe des extrémités et le plan médian du corps parait être, d'après la remarque de Dugès (i), peu favorable au développement de riropulsion, puisque ces extrémités ne peuvent éprouver le mouvement rotatoire qui leur permettrait de frapper l'eau par leur face la plus large et de la traverser ensuite par leur bord Je plus étroit. M aller (2) dit cependant « que la surface avec laquelle elles frappent l'eau est plus étendue quand les quadrupèdes jettent leurs membres en arrière que quand ils les ramènent en avant », ce qui n'est pas bien démontré par l'observation. Il semble, contrairement à l'assertion du savant phy* Biologiste, d'une part, que les membres ne se jettent pas en arrière pour donner l'impulsion, comme ils le font chez l'homme^ mais qu'ils la commencent à partir du moment où ils ont été portés aussi en avant que possible, pour l'achever en arrivant à leur maximum de projection en arrière ; il semble, d'autre part, que ces appendices ne peuvent guère présenter, en donnant l'impulsion, ou en frappant la masse liquide, une surface plus large que celle qu'ils offrent en reprenant la situation dans laquelle ils renouvellent leur détente. Dans l'hypothèse de Mûller, il fiiudrait que les membres pussent présenter en arrière leur face externe, et que, par conséquent, ils éprouvassent un mouvement général de semi-rotation assez difficile à exécuter chez le cheval^ le bœuf et les grands quadrupèdes. Il faut donc chercher ailleurs la cause du mouvement du corps, et cette cause consiste en ce que les extrémités frappent l'eau avec plus de force et pendant plus longtemps, en donnant l'impulsion qu'eu revenant à la situation qui les rend aptes à recommencer leur action.
Loraqu'on examine un grand quadrupède^qui nage, le cheval, par exemple, on voit la surface de l'eau à peine agitée : toqt le corps est immergé ; mais le dos se rapproche très-près de la surface du liquide; la nuque, la partie antérieure de la tête et les naseaux sont seuls en dehors du liquide ; les membres demeurent constamment sous l'eau et ne viennent jamais près de sa surbce; le corps n'éprouve ni oscillations verticales, ni oscillations latérales très-sensibles; il sillonne le liquide en ligne directe. Si le cheval est chargé d'un cavalier, toutes les parties de ce dernier qui sont immergées déplaçant un volume d*eau dont le poids est égal au leur, ne constituent pas un fardeau réel; seulement celles qui se trouvent hors de l'eau, en augmentant de tout leur poids celui de l'animal, nécessitent, pour rendre la natation possible, des mouvements plus rapides et plus énei^iques que dans les circonstances ordinaires.
La densité du corps des quadrupèdes leur permet de plonger sans grandes difficultés. L'hippopotame, par exemple, le fait avec une agilité qui contraste avec ses formes grossières et sa démarche si embarrassée à la surface du sol. On le voit disparaître subitement à une extrémité de son bassin et revenir très-vite à l'extrémité opposée; il lui suffit, pour cela, de faire une profonde expiration afin d'augmenter sa pesanteur spécifique, et de fermer ses narines par les sphincters qui les entourent
(1) Dugès, loc. citj t. II, p. 130.
(2) Huiler, Manuel de phymlogie^ traduit de Tallemand par A.-J.-L. Jourdan, 2* édition. Paris, 18M, t II, p. 115.
WO I>ES MOUVEMtSTS.
pour provenir t'iiUroiluctioii de l'eau dans les voies aériennes. On a la prruvc qu'il ne sort |>as d'air de ses poumons en constatant que, peiulirit l'iinmei'sion du pncbydemic, aucune bulle ne vient cravcr à la surface du liquide.
Les oiseaux nagent autrement que les (juadrupèdes. La Oens'tË spécifique de leur corps diminuée |>ar le dâvcloppemcni de l'appareil respiratoire, la capacité coiisidérai^e <les sacs aériens du liiorax et de l'abdomen, la présc):ce de l'air dans le canal médullaire d'une partie des os, dans le tissu sjwngieux des vertèbres, des plumes, etc. , leur permettent de ne plonger dans l'eau que \nv les régions inférieures du coi'ps.
Leur progrC'Siiin aquatique résulte uniquement de l'action des pattes qui sont courtes et très-écariécs l'une de l'autre c)ick les palmipèdes, et cette action est analogue à celle des rames, puisqu'elles frappent l'eau de b mt'me manière, d'autant mieux que les doigts sont entourés d'expansions résislantes ou réunis par des |)almures membraneuses.
Ptc. 70. — Kalation du ejgne.
Ici le mécanisme du dércloppemcnt de l'impulsion est simple et très facile i comprendre. L'oiseau immobile, qui veut se mettre en mouvement, rapproche les doigts et porte ses deux paite< en avant, puis il les pi-ojeiie en arrière, en étalant leurs palmures qui battent l'eau par une grande surface ; enfin il rapproche de nouveau ses doigts, ramène ses iwltes en avant et leur imprime une seconde détente. La réaction du liquide étant bcauconp plus vive tors de la projection des Italtes en arrière que lurs de leur mouvement inverse, Tniscau est lancé en avant. Si les doigts demeuraient aussi ér^rlés dans les deux cas, la réaction serait égale de part et d'autre et l'animal conserverait son équilibre.
Les deux pattes agissent syniélriquemeiK quand l'animai veut aller en ligne
NATAllON. A6I
droile : l'une d'elles seulement bat l'eau lorsque l'oiïcau se poiic <le côté, et celle qui agit est prËcis^meiit relie du cdi6 opposé à celui vers lequel la progression n lieu. Cette simple modiriraiton du jeu des extrËmitûs siiflit pour donner h l'oiseau la facuKé de se mouvoir dans toutes les directions. Le mouvement des ailes n'est qu'un auxiliaire, rarement employé, pour faciliter la pn^ies-sion ou en régler le seus.
Les oiseaux peuvent plonger aussi liien que les quadrupides. n I/)rsqu'ils veulent le faire ils sont obligés de comprimer fortement Icurpoitrine |x>ur chasser l'air qu'elle peut contenir, d'allonger le cou pour faire pencher leur coi ps en avant et de frapper avec leurs (lattes en liant {mur recevoir de l'eau une impubiion vers le bas (t). *
Les poissons nous oiïrent, sans contredit, le mode de naïaiiuii le plus pariait l't le plus rapide que les animaux puissent enéculer. l'ar la forme de leur corps, le luxe des moyens qui servent à les mouvoir et à les diriger, ils se déplacent dans l'eati avec
KlG. 71, — Nalulion (l«ii poiuoi» (2).
une cxtrâme viie»se et y opèrent des évolutions a^ssi variées que celles des oiseaux au sein de l'atmosphère. L^s parties 4|ui servent h donner l'impuUioti et à régler le sens des mouvements sont, comme on le sait, la queue et les nageoires.
La qncue qui est aplatie latéralement, pourvue de muscles puissants et terminée par une large nageoire, est évidemment l'oi^anc csscuiiel de l'impulsion : elle frappe le liquide alternativement à droite et h gauche, comme le fait l'aviron d'une nacelle. Le coup qu'elle donne d'un côté tend h diriger l'aitimal du cûté opposé, mais il est suivi immédiatement d'un second coup en sens inverse qui tend h mouvoir l'anima) dans une direction contraire à celte de la première impulsion; d'où résulte, d'après la remarque de Borelli, un mouvement moyen, c'est-à-dire un iiiou-
(1) Cn*ier, Leçons Sanatomie Ciimporit, t. II, p. lAt.
(2) BJanchard, lej poisions des eaux douces de la France, Parii, 1806.
Tement dans la diagonale du parallélogramme des forces impubives composantes.
Les nageoires contribuent aussi, pour beaucoup, à Fimpulsion, mais elles ser- Tent plus spécialement à maintenir le corps en équilibre et à régler le sens de ses mouyements. Les nageoires, dorsale et anale, paraissent destinées surtout à prévenir rinclinaison latérale du corps et à le fixer de manière que son plan médian reste perpendiculaire à la surface du liquide. Borelli a vu que la section des ventrales rend l'équilibre di£Bcile et entraîne des oscillations continuelles à droite et à gauche ; d'autres ont observé que Tablation des dorsales produit souvent la subversion de ranimai et Tobllge à nager le ventre en haut. Les latérales, qui jouent trèspeu dans la progression ordinaire, se meuvent symétriquement tant que Tanimal va en ligne droite ; celles du côté vers lequel il tourne se couchent contre le corps^ et celles du côté opposé frappent le liquide avec une plus ou moins grande vitesse : aussi sont-elles regardées comme susceptibles de régulariser le sens des déplacements. Du reste, on conçoit que ces parties, en combinant leur action, peuvent produire des effets très-divers, suivant que Tanimal veut monter ou descendre, résister aux courants, etc.
r Indépendamment de ces divers moyens de progression, les poissons possèdent encore, pour régler leur équilibre et leurs mouvements, la vessie natatoire pleine de gaz et comniuniquant-avec Tœsophage ou Tarrière-bouche. Mais les usages précis de cette poche ne sont pas encore parfaitement déterminés; tout ce qu'on sait à cet égard, c'est qu'elle diminue la pesanteur spécifique de l'animal et lui donne la faculté de passer des régions inférieures vers les supérieures, et réciproquement ; elle paraît pouvoir augmenter de capacité quand Tanimal veut s'élever, et, au contraire, se resserrer quand il doit descendre à de grandes profondeurs. Néanmoins, il est des poissons chez lesquels ses parois, très-résistantes, ne se prêtent guère à de semblables variations; sa rupture, d'après quelques expérimentateurs, fait tomber les poissons au fond de l'eau et les empêche de revenir à la surface.
La natation est moins facile à l'homme qu'aux animaux, aussi ne peut-il l'exécuter avec précision qu'après s'y être exercé. Elle résulte d'une suite de mouvements horizontaux ou très-obliques dus à l'impulsion des membres postérieurs agissant à peu près comme dans le saut, pendant que les membres antérieurs frappent l'eau à la manière des rames. L'homme, pour nager, se couche à la surface de l'eau et s'y soutient en Taffleurant, sauf la tête, que les muscles cervicaux supérieurs tiennent au-dessus du liquide. Les membres abdominaux, fléchis sur eux-mêmes en s'étendant brusquement, frappent l'eau qui réagit ; ils poussent la masse en avant et en haut, de telle sorte que les épaules tendent à se dégager du liquide. En même temps, les bras qui étaient fléchis et rapprochés de la poitrine, s'étendent aussi et se portent en dehors, comme pour frayer un passage au corps. A chaque fois que cette action des membres se répète, le corps avance d'une quantité proportionnée à l'énergie et à la rapidité de la détente. L'impulsion qui dérive de l'extension brusque des membres se partage : l'une se perd à refouler le liquide qui fournit le point d'appui, l'autre fait avancer la masse. Il sufiRt de comparer ce mouvement à celui des batraciens pour voir qu'il est un véritable saut horizontal : ces animaux *se meuvent dans l'eau par une succession de sauts peu diflKrents de ceux qu'ils exécutent à la surface du sol.