DE L'UTILISATION D£S FORCES MUSCULAIRES
Dans ce chapitre, nous étudierons seulement le mode le plus général de l'emploi des forces motrices des animaux, c'est-à-dire le tirage ; mais avant^ nous examinerons le mécanisme de l'effort réduit à sa plus simple expression.
L — De l'effort en général.
On donne le nom A' effort à l'action synergique des puissances musculaires opérée dans le but de vaincre une résistance plus ou moins considérable.
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/t66 DBS MOUVElIfiNTS.
Cette action est indispensable toutes les fois que les animaux doivent entraîner ou porter de lourds fardeaux, effectuer des sauts d'une grande étendue, des évolutions pénibles, se relever, ruer^ se cabrer, se précipiter sur leurs ennemis, les terrasser, s*arracher à leurs étreintes, sortir d*un précipice ou d*un bourbier, gravir des côtes escarpées, briser les liens qui les retieiment, se dégager d'un piège; elk ne l'est pas moins à l'accomplissement de la partorition, du vomissement, etc.
Les efforts peuvent être distingués en deux séries : les uns sont volontaires, gradués au gré de l'animal, augmentés ou diminués sous l'influence de diverses excitations extérieures; les autres sont automatiques ou involontaires, régis par des excitations sur lesquelles la volonté a peu ou point d'empire, et destinés à venir en aide à des actions pénibles, telles que le vomissement, la plupart des excrétions.
Le mécanisme de ces actes, assez bien étudié chez l'homme, où son analyse est facile, n'a pas encore beaucoup fixé l'attention des physiologistes, en ce qui concerne les animaux, chez lesquels il présente des caractères spéciaux^ tenant à des dispositions statiques et dynamiques autres que celles de l'organisation humaine.
L'élément essentiel de l'effort est, d'après la plupart des auteurs, la fixité des parois du thorax obtenue par suite de l'occlusion des voies aériennes immédiatement après une profonde inspiration, fixité qui a pour but de donner un point d'appui à un grand nombre de puissances musculaires. On sait, en effet, qu'an moment où l'on fait un effort, même peu considérable, le thorax est maintenu dilaté et immobile, et l'on conçoit que cette immobilité, plus ou moins complète, est nécessaire, afin que les muscles du cou, ceux des bras, plusieurs muscles destinés à déterminer la rigidité de la colonne vertébrale, à fixer la partie supérieure des membres pelviens et à assurer la stabilité de l'équilibre, puissent prendre un point d'appui sur les pièces des parois thoraciques. iVlais il n'en est point tout à fait ainsi en ce qui concerne les animaux, et notamment les grands quadrupèdes : chez eux, les muscles de l'encolure prennent leurs attaches aux vertèbres dorsales, au sternum et aux côtes antérieures, qui sont à peu près constamment immobiles ; les muscles qui lient les membres thoraciques au tronc partent, soit des vertèbres, soit du sternum et des côtes, qui se meuvent à peine ou qui ne se mcfuvent point; l'illo-spinal, les psoas, peuvent agir efiBcacement, quelle que soit la fixité de leurs attaches costales; enfin, les muscles de la croupe n'ont rien à faire de l'état du squelette thoracique. L'intervention du rôle du thorax est donc moins nécessaire au déploiement des forces des grands animaux qu'à celui de nos propres forces ; néanmoins, elle &it partie intégrante de tous les efforts de ces derniers. On voit, pour peu qu'on examine attentivement un cheval traînant une lourde voiture, que la respiration devient profonde, bruyante, et que, à des intervalles plus ou moins rapprochés, les parois de la poitrine sont comme immobiles, les muscles abdominaux très-tendus, la corde du Qanc très-dure, le muscle grand oblique de- l'abdomen dessiné sous la peau au niveau du bord sinueux de sa partie charnue. L'état du thorax, qui se traduit vaguement par des phénomènes extérieurs^ est facile à concevoir. Immédiatement avant chaque effort, l'animal fait une profonde inspiration qui distend les voies aériennes et le tissu pulmonaire; aussitôt la glotte se ferme pour empêcher Tair de s'échapper, les parois de la poitrine prennent de la fixité, le diaphragme» les muscles abdominaux, se contractent et
EFFORT. k61
tendent à expulser Tair emprisonné dans la trachée, dans les bronches et les vésicules pulmonaires; mais cette expulsion n'étant pas possible, l'air se trouve comprimé et acquiert une tension élastique qui lui permet de réagir avec force contre les puissances expiratrices. Par suite de la dilatation de la poitrine^ dont les parois sont devenues momentanément à peu près immobiles, les muscles de Tencolure, des membres antérieurs, de Tépine, de l'abdomen, participent à la tension simultanée, énergique, qu'éprouvent aussi les membres postérieurs. Ainsi l'effort s'accomplit; mais, comme cet élat ne peut se {HX)longer que pendant tin court espace, il est bientôt suivi d'une expiration rapide après .laquelle )es mêmes phénomènes se reproduisent, pour cesser et réapparaître autant de fois que les efforts se répètent et se succèdent dans un temps donné.
La réalité des phénomènes qui se passent du côté du thorax peut être démontrée par une expérience très*simple. En effet, si l'on pratique sur le cheval une petite ouverture au larynx en enlevant la lame Gbreuse qui ferme l'échancrure du cartilage thyroïde, on voit parfaitement, lorsque l'animal se débat violemment ou lorsqu'il fait un effort quelconque un peu énergique, que les cordes vocales s'appliquent l'une contre l'autre ; et, en plaçant le doigt entre ces cordes, jusqu'à la hauteur du bord libre des aryténoides, oh s'assure que ces cartilages se rapprochent très-* fortement, comme ils le font à l'instant de la déglutition. Lorsque l'animal est attelé à une voiture pesante, le resserrement de la glotte se reproduit à chaque effort, et cesse immédiatement après, avec une certaine régularité. Le jeu du larynx, dans cette circonstance, ne peut être confondu avec celui qui caractérise la respiration ordinaire, car le resserrement habituel qui succède à chaque inspiration est presque insensible; en outre, il peut être facilement distingué des contractions brusques et irrégulières qui surviennent quand on irrite avec l'extrémité du doigt la muqueuse laryngienne. Le resserrement des cordes vocales, qu'Isid. Bourdon et M. Jules Cloquet ont démontré théoriquement, a été constaté déjà par M. Longet (1) t chet des animaux sur lesquels, après avoir détaché l'os hyoïde de la base de la langue et le cartilage thyroïde avec une érigne, on avait porté le larynx en avant en conservant intacts les nerb laryngés » : procédé sanglant, évidemment moins conve^ nable que cetni que j'ai mis en usage. Mais quant au rapprochement des aryténoldes, qui est aussi sensible que celui des rubans de la glotte, il ne paraît point encore avoir été signalé. Toutefois ce rapprochement ne va pas jusqu'au point de produire l'occlusion complète de la partie postérieure de la glotte. Celle-ci n'est fermée qu'au niveau des cordes vocales : aussi l'air circule- t-il encore dans le larynx.
L'occlusion plus ou moins complète de la glotte n'est pas indispensable à la production de l'effort Celui-ci a encore lieu lors même, que l'air ne peut être retenu dans les voies respiratoires. On sait depuis longtemps que les chevaux auxquels on a pratiqué la trachéotomie font encore des services pénibles, traînent des voitures au trot et même au galop. De petits oiseaux, auxquels j'avais coupé la trachée en travers et fait sortir le segment inférieur hors de la plaie, volaient aussi bien qu'avant rexpériencCi Dans cette circonstance, la participation du thorax, quelle qu'en soit l'importance, ne parait pas avoir éprouvé de modification bien sensible, du moins autant qu'on peut en juger d'après le rhythme des mouvements respiratoires.
(1) Ldogoi, otivr, citif t l^ftsclcule III, p. Ol.
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Pendant que ces phénomènes se passent du côlé de la respiration, la colonne dorso-lombaire acquiert de la rigidité : elle s'étend ou se fléchit^ suivant la nature de l'effort, par Taction combinée des ilio-spinaux, des transversaircs épineux, des muscles sous-lombaires et des muscles abdominaux; l'encolure se roidit, étendue ou fléchie : la rigidité qu'elle acquiert est énorme chez le carnassier qui déchiré sa proie, chez le bœuf attelé au joug et chez le taureau qui se précipite sur son adversaire.
*Les membres prennent un point d'appui solide sur le tronc : les antérieurs par les muscles qui partent des apophyses épineuses du garrot, des premières côtes à peine mobiles et du sternum dont la fixité est si remarquable; les postérieurs par les psoas et les muscles de la croupe. Les premiers et les seconds arc-boutent sur le sol avec force, se rapprochent ou s'écartent, suivant les circonstances^ et laissent sur le terrain meuble de profondes empreintes. Mais il faut examii|.er le cheval attelé à une lourde voiture, celui qui rue, qui se cabre, celui qui fait des efforts dans le but de se relever, de se débarrasser des entraves, pour se faire une idée exacte de leur coopération.
Diverses modifications se produisent dans certaines fonctions sous Tinfluence des efforts. Pendant qu'ils s'effectuent, la respiration est profonde, lente, parfois bruyante; elle devient très-rapide dès qu'ils cessent, s'ils ont été pénibles et prolongés. La pression des parois thoraciques sur les viscères qu'elles entourent de« vient énorme ; aussi les vésicules pulmonaires se dilatent-elles outre mesure; le poumon devient fréquemment emphysémateux; son tissu se déchire même quel* quefois et l'air s'échappe dans le tissu inlerlobulaire, où il forme de grandes ampoules en s'infiltrant sous la plèvre. C'est ainsi que sous leur influence très-répétée le cheval contracte l'affection connue sous le nom de pousse. Si, au moment des efforts, les parois thoraciques portent une plaie, le poumon y est chassé avec force et tend à se hernier. L'air est comprimé énergiquement dans tout le reste de l'appareil, aussi il reflue dans les trompes, dans les poches gutturales qu'il soulève, dans la cavité tympanique en augmentant la tension de la membrane du tympan au point de produire une surdité momentanée. Il est refoulé également dans les sinus, et quand il existe une petite plaie à la trachée, Temphysème du cou et quelquefois de la poitrine se développe avec rapidité. C'est à ce moment aussi que les mucosités, le sang, les corps étrangers tombés dans les bronches, peuvent en être expulsés avec violence.
La circulation éprouve alors une gêne considérable dans toutes ses parties. Le sang veineux, ayant de la difficulté à rontrer dans le thorax et dans le cœur, gonfle les vaisseaux superficiels qui deviennent parfois énormes. Le pouls veineux se manifeste dans toute la longueur de la jugulaire sur l'animal couché, et même sur les chevaux d'attelage debout ou en mouvement. Ce reflux gonfle les sinus cérébraux, les sinus rachidiens, exagère le soulèvement du cerveau ou de la moelle mis à nu et en accroît l'hémorrhagic dans le cas où ils sont blessés. Le sang reflue même dans le canal thoracique jusqu'à la citerne de Pecquet sur les animaux où ce canal a peu de valvules. A la longue, l'oreillette et le ventricule droit acquièrent une dila<> tatioii anévrysmatique qui coïncide fréquemment avec l'emphysème pulmonaire chez les chevaux poussifs.