‹ Traité de physiologie comparée des animaux; considérée dans ses rapports avec les sciences naturelles, la médecine, la zootechnie, et l'économie rurale (volume 4)Chapitre 87 sur 191 · II. -— Du TIRAGE · texte numérisé non relu

II. -— Du TIRAGE

Avant que, par son génie, l'homme se fût créé des moteurs parmi les puissances physiques et chimiques, avant qu'il eût trouvé le moyen d'utiliser la force de l'air en mouvement^ celle de l'eau, de la vapeur, de l'électricité, il n'avait d'au* très forces à sa disposition que les siennes propres et celles des animaux domestiques. Aujourd'hui qu'il est parvenu à mettre à son service une foule de moteurs puissants, il ne se sert plus de ceux qui sont animés que dans les circonstances où les autres ne peuvent être économiquement employés. Mais si les moteurs vivants n'approchent point de la puissance de ceux qu'il a imaginés, ils ont, du moins, sur ces derniers, l'immense avantage d'être intelligents, de se gouverner d'eux-mêmes, de se plier aux exigences les plus divers, de s'approprier à mille services variés. Si la locomotive sur des voies de fer, les machines hydrauliques, et tant d'autres, ont une supériorité dynamique réelle sur les machines animales, elles ne peuvent fonctionner que dans des conditions rigoureusement déterminées qui ne leur permettent point de s'appliquer aux services ordinaires que rendent les animaux. Lorsque l'homme voudra se transporter aisément à travers tous les chemins, sur des routes escarpées, sur un sol inégal ou fangeux, couvert de glace on de neige; lorsqu'il lui faudra parcourir avec vitesse des distances considérables, traverser des déserts brûlants, découvrir les traces du gibier, etc., où trouvera-t-il une machine qui le porte comme le cheval, le dromadaire, qui traîne la charme comme le bœuf, qui le serve à la chasse comme le chien ? Sans doute il n'en créera jamais une qui soit susceptible de fonctionner comme le font les animaux, quelque simple que puisse être le mécanisme d'après lequel ils appliquent leurs forces motrices à tant de destinations diverses, dont la plus remarquable est celle du tirage.

Sous le nom de tirage on désigne tantôt l'action de tirer, tantôt le résultat de cette action ; cette expression donne une idée vraie de l'acte relativement à son effet, mais une idée très-fausse de son mécanisme : car, ainsi que nous le verrons^ l'animal attelé, au lieu de tirer, ne fait que |)ousser une résistance qui, placée en ar< rière de lui, agit cependant comme si elle était appliquée, soit en afant de ses épaules, soit à la partie antérieure de sa tête.

Il y a deux modes principaux de tirage, le tirage au joug, et le tirage au collier, qu'il faut examiner chacun à part.

i^ Un tiraiEe ftn eoUler. — C'est le mode dans lequel la résistance s'applique en avant des épaules par un bourrelet annulaire plus ou moins large, connu sons le nom de collier y et destiné à l'attache des traits qui partent du fardeau à traîner.

Il y a à considérer dans cette espèce de tirage trois choses, savoir : \? la force de traction, sa nature, son intensité et le mécanisme de son développement; 2® le mode d'après lequel cette force agit sur la masse du corps et se transmet à la résistance à vaincre; 3^ enfin^ la résistance en elle-même et dans ses rapports avec la puissance motrice.

/i72 DBS MOUTBIIINTS.

La force qai, daD8 l'action de tirer, lutte contre nne résistaDoe plus ou moitts considérable, n'est autre que celle qui met en mouvement la masse du corps dans les divers genres de progression; mais elle a ceci de particulier : i^ qu'elle dérive à la fois des membres postérieurs et des membres antérieurs ; 2<* qu'elle s'applique à une double résistance, le centre de gravité et le fardeau à traîner; deux propositions dont la première seule demande une démonstration, la seconde étant évidente par elle-même. C'est par une erreur palpable, qu'il i est inutile de réfuter, que certains auteurs, même parmi les modernes, ont considéré « le poids du corps comme la cause immédiate du tirage » (1).

Il est facile de concevoir, tout d'abord^ que les extrémités antérieures, aussi bien que les postérieures, doivent prendre part à la force impulsive, que nous appellerons ici force de traction. Dans les circonstances ordinaires, les membres postérieurs donnent à peu près exclusivement- l'impulsion, surtout parce qu'ils se trouvent seuls en arrière du centre de gravité, c'est-à-dire de la résistance qui doit être portée en avant. Mais dans le .tirage, la résistance étant appliquée aussi bien antérieurement aux membres tboraciques qu'aux membres abdominaux, les premiers prennent part au développement de l'impulsion, et c'est par suite de la coopération de ceux-ci que la puissance de traction devient de beaucoup supérieure à la force qui met en mouvement la masse du corps dans la progression ordinaire.

Les membres postérieurs développent leur part d'impulsion comme ils le font dans toutes les circonstances, c'est-à-dire par l'extension simultanée de leurs rayons fléchis, lesquels agissent, dans leur ensemble, à la manière d'un arc obliquement interposé entre la partie postérieure du tronc et la surface du sol. I^rs de leur extension rapide et plus ou moins complète, la force qu'ils produisent se divise en deux parties égales : Tune agissant de haut en bas est détruite par la résistance dn terrain ; l'autre s'exerçant de bas en haut contre la masse du corps qu'elle pousse en haut et en avant; celle-ci se transmet par l'articulation coxo-fémorale, le bassin, l'articulation ilio-sacrée, la colonne vertébrale, au centre de gravité et aux régions antérieures du tronc. A eux seuls ces appendices forment l'arc ou la tige brisée et sinueuse, dont la détente produit une partie de l'impulsion; la colonne dorso-lombaire ne saurait être regardée comme constituant une moitié de ce qui a été appelé l'arc puissant (2) et considéré comme l'agent unique de la force de traction. La colonne dorso-lombaire n'est qu'une tige de transmission intermédiaire aux parties qui meuveilt et à celles qui doivent être mues, c'est-à-dire intermédiaire à la puissance et à la résistance.

Cette force impulsive, de beaucoup supérieure à celle qui met en mouvement la masse du corps dans la progression simple, dérive donc d'une source unique et d'un mécanisme uniforme. Quelle que soit son intensité, elle n'est produite que par un seul membre à la fois, car les deux ne se trouvent ensemble à l'appui que dans le pas d'une extrême lenteur et à l'instant où l'allure s'engage. Elle est évi-

(1) Considéraiiens sur le tirage des voitures et sur remploi des forces du cheval, traduit de Touvnge anglais the Horse (Journal des haras^ 1846, t. V, b"" série, XLI de la coUecUoa, p. 342).

(2) Prince, Conndérations théoriques sur le principe du tirage {Journal de médecine vété" rinaire de Vécole de Lyon, 1846, t, II, p. 599 et 602).

TIBAGE. kl^

demment développée suivant une ligne qui s'étend du pied au raq|iis, en passant par les articulations coxo-fémorale et ilio-sacrée, ligne oblique de tes en haut et d'arrière en avant, formant avec la tige vertébrale un angle d'autant plus obtus que les. membres sont plus près de la limite que leur détente est susceptible d'atteindre. Elle se transmet, par le rachis, de la partie postérieure à la partie antérieure du tronc, c'est-à-dire de la croupe aux régions correspondant au centre de gravité et à la résistance que le collier applique en avan't des épaules, suivant la direction DB (fig. 73) qui est pi^cisément celle de la r^ion dorso-lombaire. EnGn, cette puissance agit suivant une direction qu'il reste à préciser.

La ligne du développement et celle de la transmission de la force impulsive sont donc rigoureusement établies. Mais il n'en est pas de même de la direction suivant laquelle cette puissance agit; la détermination de cette troisième ligne comporte des combinaisons compliquées qui renferment en elles toutes les diflScultés du mécanisme du tirage.

La puissance d'impulsion agit-elle suivant la ligne de son développement dans les extrémités postérieures, ou bien suivant celle de sa transmission par le rachis, ou enfin suivant une troisième, parallèle ou non à l'une des deux premières?

D'abord, cette puissance ne peut agir suivant une droite qui s*étendrait du pied à l'articulation coxo-fémorale ; car, si elle agissait dans ce sens, elle aurait pour effet principal de soulever la partie postérieure du corps, comme cela arrive dans la ruade. Or, ce soulèvement, celte élévation des régions postérieures est trèsbornée dans la progression de Tanimal qui traîne des fardeaux. En second lieu, elle ne peut agir suivant la ligne de la iégion dorso-lombaire, bien que celle-ci soit l'agent de la transmission de cette force aux parties antérieures du corps, attendu, d'une part, que l'extrémité antérieure de la tige est située plus bas que son extrémité postérieure, disposition qui, dans cette hypothèse, aurait pour résultat de pousser la résistance à mouvoir vers la surface du sol, et, par conséquent, de restreindre l'étendue du déplacement, à supposer qu'elle n'y mit pas obstacle. D'autre part, l'action impulsive ne peut avoir cette direction, puisque la force destinée à mettre en mouvement le centre de gravité et une résistance plus ou moins considérable, se combinant avec ta pesanteur, donnerait une résultante qui pousserait encore plus vers la surface du sol la double résistance à vaincre.

Si l'action de la puissance impulsive ne s'exerce ni suivant l'axe des membres abdominaux, ni suivant la direction de la région dorso-lombaire, en quel autre sens peut-elle s'exercer ?

Si nous consultons à ce sujet les auteurs qui ont écrit sur le tirage, nous verrons qucf, pour eux, cette détermination n'a pas offert de difficultés sérieuses. Ils ont tracé sur une figure de cheval un parallélogramme avec la ligne des traits, la tangente à la svTrface du sol et d'antres lignes, puis ils ont établi une diagonale du point d'appui de l'un des pieds au centre de gravité et à l'insertion des traits. Sans s'inquiéter de donner la raison de cette résultante, ils ont considéré celle-ci comme indiquant la direction même suivant laquelle agit la force de traction. M. Prince seul a nettement caractérisé cette ligne restée énigmatique dans un travail précédemment rappelé. Selon iui, les membres et le rachis formeraient un arc « dont les

ft74 DBS MOnVEMWTS.

points extrêmes seraient marqaés par la pnissanoe et la résistance ». Dans son opinion, ff le moqyement imprimé à la résistance par la pnissanoe doit être solvant une ligne droite allant de la seconde à la première, c'est-à-dire suivant la corde de Tare ». Néanmoins, pour lui, la ligne dont nous parlons n'exprime pas réellemeiit la direction de la force de traction. « Cette direction serait rigoureuse si la contraction agissait seule. Mais la puissance développée par la contraction est composée avec celle de la pesanteur, modifiée par la résistance du plan que représente le sol. La composition de la pesanteur avec la puissance musculaire donnerait une résultante oblique et formerait un angle inférieur à l'horizon. La résistance du sol pouvant être considérée comme absolue, rend impossible cette résultante au-dessous de l'horizon, et nécessaire cette direction suivant une parallèle au plan. > Ainsi, d'après cette théorie, la puissance impulsive agirait, sans Tiotervention de la pesanteur, suivant une ligne étendue do pied au centre de gravité; mais, composée avec la gravitation, elle tend à pousser la résistance vers le sol, dont la surface donne au mouvement une direction horizontale.

Il nous est bien difficile, pour plusieurs raisons, d'adopter ces idées, Yotci les principales : 1*^ la ligne tirée du pied au centre de gravité ne réunit nullement les deux extrémités de l'arc, puisque le centre de gravité étant un peu andessuB de l'appendice xiphoîde, est bien éloigné de la colonne dorsale; 2*^ cette ligne, qui part du pied, ne correspond point, par l'une de ses extrémités, à la puissance^ car celle-ci n'est point produite à l'extrémité inférieure même du membre en contact avec le sol ; 3^ l'impulsion, si elle suit cette ligne, peut bien se combiner avec la gravitation sans donner forcément une résultante inférieure à l'horizon et sans même s'éloigner beaucoup de sa première direction, ainsi que cela doit être d'après les lois de l'action angulaire des forces inégales.

Mais, de ce qu'on n'a pas suffisamment et rationnellement expliqué pourquoi la force impulsive doit agir suivant une ligne tirée du point d'appui du pied de derrière au centre de gravité et au collier, il ne faudrait point regarder cette ligne comme une fiction. £n réfléchissant bien à l'action musculaire qui met l'animal en mouvement, on peut se représenter les membres postérieurs et le rachis comme formant une tige en deux parties articulées l'une avec l'autre au sommet de l'angle qu'elles constituent, tige dont les deux segments sont susceptibles de s'écarter l'un de l'autre, de manière à faire varier l'étendue du sinus qu'ils circonscrivent. En •effet, au moment où les membres postérieurs à l'appui commencent à donner l'impulsion, ils forment avec le rachis un angle à peu près droit; mais, à mesure qu'ils s'étendent pour développer la force qui chasse en avant la masse du corps, l'angle devient de plus en plus obtus. Or, ne semble -t-il pas que la force qui écarte les deux branches de la tige, et qui éloigne Tune de l'autre ses deux extrémités, agisse suivant une résultante représentée par la ligne AB (fig. 73), étendue de l'une des extrémités de la tige à l'autre, c'est-à-dire du pied à la partie antérieure de la région dorsale, voisine du point correspondant au centre de gravité et au collier.

Soit donc la ligne AB indiquant la direction suivant laquelle s'exerce la puissance d'impulsion. La résistance du fardeau et le centre de gravité qui doivent être mas par cette force n'ont pas besoin de se trouver à l'extrémité de la tige vertébrale»

pniiqtte le tronc fonne nn lont dont les inerte» parties goDt liées enBemMe et aaivdairea les unes des antres. La force exercée suivant AB, se compouot avec la pemitenr, ne psat coaserver sa première direction; elle donne une résultante qni se ran>rocbe plus de II direction AB que de la ligne abaissée da œntre de gravité ii

FiG. 73, — Tinge ftu collier.

la sorface du eoI, puisque la poissance de projection est très-supérieure k la pesanteur dn corps. Hais, comme la première est instantanée et que la seconde est incessante, la résultante n'est pas rigoureusement use droite; elle constitue pour cbaqtM détente des membres abdominaux une courbe parabolique légère : aosu est-ce bien suÎTani celte courbe et suivant une série de courbes semblables (Ionque la pn^ressioo est prolongée) que se déplace le centre de gravité dans les divers mouvements, et qu'il doit se déplacer également dans les allures de l'animal traînant des fardeaux; néanmoins, pour la facilité de l'explication, nous considérerons cette ligne comme étant sensiblement droite.

Lii ne se bornent pas les combinaisons des forces qui agissent dans le tirage. Jusqn'ici nous avons fait abstraction de la puissance impulsive qui dérive des membres antérieurs. Celle-ci, dont l'eiislence et la participation ne sauraient être niées, s'exerce suivant une ligne menée de l'appni des pieds antérieurs au point où le c«llier s'applique en avant des épaules, ligne dont l'obliquité augmente i mesure que les membres, en s'inclinant, arrivent plus près de la limite de leur détente. Évidemment cette nouvelle ligne, plus relevée relativement ï l'horizon que celle de la puissance des membres postérieurs, donnera, étant prolongée de même que celle<i, une résultante intermédiaire )i la direction des deux forces composantes.

mais plus rapprochée de la iigoe d'aaion des membres abdominaux dont la puissance est prédominante, que de celle des membres tboràciques.

En somme, la résultante générale de Timpulsion dérive donc de la combinaison de la ligue d'action AB des extrémités postérieures et de celle des extrémités antérieures £B avec la ligne de gravitation. C'est cette résultante générale qu'il faudra maintenant considérer dans ses rapports avec la résistance du fardeau à mouvoir.

Dans le cheval attelé, le collier qui ceint la base de l'encolure s'appuie en avant des é|)aules, et notamment sur chaque angle scapulo-huméral. Par l'intermédiaire des traits qui, partant du fardçau à traîner, viennent se fixer au tiers inférieur du harnais, la résistance h mouvoir n'est plus en arrière de l'animal, elle est en avant de lui et appliquée à ses épaules, de sorte que l'eiïort destiné à entraîner le fardeau devient un efibrt de prépulsion et non un effort de traction, et que, par conséquent, toute la puissance du quadrupède est employée i pousser diW lieu de l'être à tirer.

La résistance, ainsi appliquée en avant des épaules, est transmise à ce point par des chaînes ou des cordages suivant une ligne qu'on appelle la ligue des traits. Celle-ci? plus ou moins inclinée relativement à l'horizon, peut avoir, par sa direction, une influence notable sur l'effet utile de la force employée au tirage. Habituellement, elle forme, avec la surface du sol, un angle à sinus antérieur, car les traits passent tamtôt au niveau du grasset, tantôt à celui du jarret; il est assez rara qu'ils correspondent à la pointe de la fesse, si ce n'est, pourtant, lorsque le cheval est attelé aux grandes voitures dont les roués de devant ont une élévation considérable: enfin, il est plus rare encore de les voir descendre du fardeau à traîner vers l'animal, de manière à présenter une direction précisément inverse à celle qni leur est ordinaire. Outre ces variations que la ligne des traits éprouve suivant la hauteur de leur attache au fardeau et de leur insertion au collier, il en est d'autres, généralement moins sensibles, qui tiennent à la direction du sol sur lequel la progression s'effectue, liinsi, lorsque l'animal monte^ cette ligne forme un angle plus ouvert avec l'horizon que loim|u'il descend, etc.

Le point d'application de la résistance à vam'cre et la direction des traits étant déterminés, il devient facile de voir comment s'effectue l'action réciproque des deux forces qui luttent l'une contre l'autre. D'une part, la résultante que nous avons obtenue en combinant les lignes d'impulsion des membres postérieurs et des antérieure avec la ligne de gravitation indique le sens suivant lequel agit la puissance musculaire; d'auti^ part, la ligne des traits donne la direction propre à l'action de la résistance. Ces deux grandes lignes qui se réunissent nécessairement an point d'appUcation de la résistance, c'est-à-dire à l'insertion des traits sur le collier» mettent la force de traction dans des conditions d'autant plus avantageuses que la première forme avec la seconde un angle plus aigu, ou, en d'autres termes, qu'elles se rapprochent davantage du parallélisme. En effet, si les deux forces agissaient suivant des lignes superposées ou confondues l'une avec l'autre; si, en un mot, la ligne des traits était la même que la ligne de la force de traction, il n'y aurait pas de déperditions : la puissance musculaire pousserait en avant la résistance appliquée au collier, suivant une droite qui ferait, je. suppose, un angle de 25 degrés avec

TIRAGE. un

rhorizon, el la résistance lutterait contre cette force suivant la même ligne; il y aurait oppo»tiou complète, et la puissance ayant une intensité supérieure à la résistance du fardeau, celle-ci serait entraînée. Au contraire, si les deux lignes forment un angles elles n'agissent plus dans une direction commune, et, pai* conséquent, il en résulte une perte de puissance effective proportionnelle au degré d'ouverture de l'angle.

Il est difficile de préciser, d'une manière rigoureuse, quelle est la direction la plus convenable à donner à la ligne des traits. On peut bien dire théoriquement que la plus avantageuse est celle de la ligne de traction elle-même ou de la résultante impulsive; mais comme celte dernière n'est établie que vaguement, toute solution exprimée par des chiffres est à peu près impossible, d'abord^ la résultante des deux lignes d'impulsion des membres antérieurs et des postérieurs n'a point été établie^ quoique les deux lignes isolées le soient, et elle ne peut l'être, parce qu'on ignore le rapport exact qui existe entre l'intensité de la force développée par les membres ihoraciques et celle qui l'est par les membres abdominaux. Ensuite, à supposer que celte première résultante fût trouvée, il resterait à établir le rapport qui existe entre l'intensité de la force totale d'impulsion et celle de la pesanteur, afin d'arriver à une dernière résultante, qui serait la ligne de la puissance susceptible d'agir réellement sur le fardeau à traîner. Or, le problème posé en ces termes est insoluble; il renferme à lui seul plus de difficultés que la quadrature du cercle et tant d'autjres questions ardues n'en présentent aux mathématiciens. Ici, le tirage nous offre un exemple de ces difficultés que rencontre si souvent le physiologiste : le problème est donné, mais ses termes manquent, ou s'ils existent, ils n'ont pas une valeur qui permette de les soumettre au calcul.

Bien que la direction la plus favorable à donner aux traits ne soit susceptible d'être indiquée exactement que d'après la connaissance de la ligne de traction, divers auteurs ont cru pouvoir l'établir avec plus ou moins de précision : M. Prince veut que les traits partent des fardeaux aussi près que possible de la surface du sol, de manière à se rapprocher d'une droite tirée de l'appui des pieds de derrière au centre de gravité, et en cela il se montre conséquent avec ses idées sur le tirage. Yonatt dil que leur direction doit varier suivant la force de l'animal, les efforts qu'il est obligé de faire, la vitesse de ses allures, l'inclinaison des routes, l'état des véhicules qui portent les fardeaux. Ainsi, d'après lui, ils devraient avoir, pour un cheval musclé très-fort, une inclinaison moyenne de 15 degrés, et se trouver, à partir du collier, plus inclinés vers le sol chez le cheval vigoureux que chez celui de force moyenne; pour un animal d'une énergie ordinaire, ils exigeraient une inclinaison égale à un sixième ou à un septième de leur longueur; enfin, pour le cheval fai|)le et pour celui dont la progression est un peu rapide, ils gagneraient à se rappnxfher datantage de l'horizontale.

La direction des traits, lorsqu'elle est très-inclinée, fait que la résistance, qui habituellement ne pèse pas sur l'animal, quoi qu'en disent certains auteurs, pèse au point d'application du collier^ d'un poids plus ou moins considérable. C'est dans ce cas que se trouvent des animaux de grande taille attelés à une charrue ou à une voiture dont les roues de devant ont un très-petit diamètre, et aussi tous ceux qui ont à gravir des pentes plus on moins rapides. Une telle direction a, du

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reste, dans toas les cas, rinconvénient de s'opposer à ce qae le propre poids de l'animal s'ajoute à sa force muscalaire pour vaincre la résistance des fardeaux.

L'insertion plus ou moins relevée des traits sur le collier fait, aussi forcément an peu varier leur inclinaison; ils s'écartent, en général, de l'horizontale, à mesure que le crochet qui les fixe au collier s'élève plus au-dessus de l'angle scapulo-haméral; ils se rapprochent, au contraire, de cette ligne quand l'animal est attelé à ce qu'on appelle la bricole^ sorte de harnais analogue aux courroies jetées en avant du poitrail, et en usage chez les anciens, autant qu'on eu peut juger par les basreliefs des monuments et les descriptions des poètes. Mais ce serait, à n'en pas douter, une fort mauvaise combinaison que celle qui modifierait le d^;ré d'inclinaison des traits par la hauteur plus ou moins grande de l'insertion de ceux-ci sor le collier, car leur attache trop relevée permet au harnais de basculer de bas en haut à chaque projection de l'épaule en avant.

La longueur et l'élasticité des traits exercent également une influence notable sur le résultat utile des efforts de l'animal. Leur étendue, dès qu'elle est très-considérable,' leur donne toujours une certaine élasticité qui, pour être mise en jeu, occasionne une notable déperdition de forces musculaires; il convient donc d'employer des traits aussi à)urts et aussi inextensibles que possible.

Enfin, diverses particularités du mode d'attelage influent sur la somme de forces que les animaux doivent déployer, sur la contmuité ou l'intermittence des efforts qu'ils sont obligés de faire. Ainsi, quelle différence n'y a-t-il pas entre le rôle du limonier et celui des chevaux attachés au-devant de lui : le limonier à lui seul est chargé de retenir la voiture dans les descentes, de la faire reculer ou de la faire tourner lorsque la courbe décrite est d'un faible diamètre. Il supporte une partie du poids de la voiture à deux roues quand le centre de gravité de la charge vient 9i passer en avant du centre des roues, et alors il a besoin de résister énergiqueroent à l'action des brancards qui tendent à l'écraser. C'est lui encore qui, dans le cas contraire, c'est-à-dire lorsque le centre de gravité passe en arrière des roues, soit par le fait d'un chargement défectueux, soit par celui de la situation du Véhicule sur une pente, résiste aux brancards qui tendent à le soulever. Les autres, attelés au moyen de chaînes, n'ont à tirer qu'en plaine et dans les montées : leur oflBce se réduit à rien ou à peu près dans les descentes, à moins que le soi, dépressible comme celui des prairies ou des terres récemment labourées, ne laisse pas le véhicule se mouvoir en quelque sorte par son propre poids et par sa vitesse acquise. Mais l'examen de ces détails nous mènerait trop loin : arrivons à notre seconde espèce de tirage.

2"* 0n tirage aa long. — On appelle ainsi le mode dans lequel la résistance est appliquée à la partie supérieure de la tête par l'intermédiaire du joug.

Les conditions du développement de la force de traction restent ici ce qu'elles sont pour le tirage au collier; mais celles de la transmission de cette force et de l'application de la résistance offrent des caractères particuliers qu'il importe de déterminer.

Je dis d'abord que les conditions du développement de la force impulsive sont les mêmes dans le tirage au joug que dans le tirage au collier; et, en effet, il suffit de la moindre réflexion sur le mécanisme du jeu des extrémités pour se convaincre

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