‹ Traité de physiologie comparée des animaux; considérée dans ses rapports avec les sciences naturelles, la médecine, la zootechnie, et l'économie rurale (volume 4)Chapitre 88 sur 191 · TIRAGE · texte numérisé non relu

TIRAGE

que celle identilé d'action ne saurait être contestée : les membres antérieurs partagent évidemment avec les postérieurs le rôle d'agents impulsifs, car ils sont placés en arrière de la résistance qu'il faut faire progresser; seulement, lejen des premiers éprouve quelque gène dans le tirage au collier, tandis qu'il devient tout à fait libre dans le tirage au joug.

La transmission de la puissance de traction, dans le mode qui nous occupe, a lieu, non pas seulement par la portion dorso-lombaire de la colonne vertébrale, mais par toute la longueur du rachis, depuis l'articulation ilio-sacrée jusqu'à la tête : aossi^ la tige de transmission étant considérablement allongée, se trouve, par cela même, sensiblement afbiblie, d'autant qu'elle s'agrandit aux dépens de sa région la plus mobile.

Cette seule circonstance de l'adjonction de la région cervicale à la région dorsolombaire rend la tige de transmission beaucoup moins apte à remplir un office qui exige une très-grande force. La partie de la colonne vertébrale qui s'étend du bassin à la base du cou forme une seule courbure; elle jouit d'une résistance éBoribe et d'une mobilité qui est restreinte par de nombreuses dispositions mécaniques ; aussi peut-elle communiquer, sans pertes très-sensibles, au centre de gravité et au collier la puissance de prépulsion qui dérive du jeu des membres abdominaux. La partie cervicale du racbis est, au contraire, assez mobile, et elle forme, à sa réunion avec la première, un angle à sinus supérieur ; son annexion à celle-ci est dans une condition très-désavantageuse. Cependant, comme le bœuf, ainsi que les autres animaux de son genre, a l'encolure courte, horizontale et fortement musclée, 1| colonne vertébrale conserve assez de résistance pour transmettre à la partie antérieure de la tête une puissance d'intensité égale à celle déployée par le cheval attelé au collier.

Sans doute, cette puissance éprouve des pertes notables^ car elle tend, d'une parti h augmenter la courbure de la région dorso-lombaire comme celle qui existe entre le garrot et les vertèbres cervicales, d'autre part, à produire des inflexions latérales auxquelles doivent s'opposer les masses musculaires; mais ces pertes seront d'aur tant moins grandes que la région du dos et des lombes sera plus droite, que le cou 9era plus court, et que le sommet de la tête se trouvera plus rapproché d'une ligne tangente à la partie supérieure du corps, toutes conditions que le taureau réunit à un plus haut degré que le bœuf employé au labour et au transport, des fardeaux. On conçoit sans peine tout le désavantage que donnent à la transmission de la force impulsive la longueur et les courbures de l'encolure, et partant l'étendue des pertes qu'éprouverait cette force si des animaux tels que le cheval et le dromadaire étaient attelés comme le bœuf.

La ligne d'action des extrémités est facile à déterminer d'après ce que nous avons dit, à ce sujet, dans le paragraphe précédent; elle peut être représentée, pour les membres postérieurs, par une droite menée de l'appui du pied de derrière à la partie supérieure du front^ et pour les antérieurs par une autre droite tirée de l'appui des pieds de devant au même point que la première.

Étant donnés le sens du développement et celui de la transmission de l'action de la puissance impulsive, on a tous les éléments physiologiques du tirage au joug. La ligne dtt développement de la force d'impulsion des extrémités postérieures est la

UèO DES HOlI¥£MENTS.

droite Al) (Gg. TU); la ligne de Iransmission de cette force est la ligne DB; cdif de son action est la droite AB ; eurin, la résultante de l'action des ciIrémitÈJ aoté - Heures peut être représentée par la droite EB, partant de l'appui d'oo pied de devant à I) partie antérienre du fronL

Pic. 74. — Tiraga au joug.

Les conditions du tirage au joug varient nécessairement suivant qu'un seul animal est attelé ï un joug simple ou que deux animaux sont attelés l'un à cdté de l'autre au moyen d'un douUe joug.

Lorsque le bœuf est attelé seul, il jouit d'un avantage incontestable. Ses mouvemcntssont plus libres; tonte la force déployée produit un elTelutile; mais alors les traits étant doubles et Dexibles, l'animal peut agir sur le fardeau en plaine et dans les montées, sans pouvoir retenir les vébicules qui se meuvent parleur propre poids et leur vitesse acquise dans les descentes un peu rapides. Sans celle circonstance, il y aurait toujours avantage h atteler les bœufs isolément et à les mettre i la suite les unsdes autres, au lieu de les réunir par paires, comme on le fait depuis la plus haute antiquité.

Lorsque les bœufs sont attelés deux ï deui, l'un ï cdté de l'autre, ii l'aide d'nn joug commun, ils perdent une partie des force.<i qu'ils déploient, et c'est le plus souvent parce qu'ils ne sont ni de force, ni de taille, ni de vitesse égales; ou s'ils sont, sous ce rapport, dans des conditions identiques, il arrive que l'un est ardent, l'autre paresseux, d'où il résulte que le premier se fatigue plus que le second. £n outre, les deux animaux peuvent ne pas associer régulièrement leurs eDbrts, avancer l'un plus que l'autre, pousser dans des directions non parallèles, s'appuyer chacun sur le limon de la voiture, toutes circonstances qui fatiguent un animal au détriment de l'autre cl diminuent la somme de l'eiïet utile des forces musculaires.

Dkns le tirage au joug par deux bœufs attelés de front, les conditions restent, 1

TIKAGE. UM

quelques modifications près, ce qu'elles doivent être pour le tirage avec le joug simple. ^

La résistance transnfiise au joug par le tin)on, puis au front par Tintermédiaire du joug, est reportée uniformément sur loulc la largeur de la télé, de telle sorte que Faction exercée sur le joug, ou plutôt sur ses courroies, est une action directe de prépulsion. Quelques auteurs ont cependant avancé que le joug constituait un

levier du deuxième genre ayant pour chaque bœuf la puissance à une extrémité, le point d'appui sur la têle de l'autre, et la résistance au milieu ; mais c'est une erreur de mécanique assez manifeste pour qu'il soit inutile de la relever. Lorsque les deux animaux attelés ensemble poussent uniformément, il y a évidemment action directe, et lorsque l'un pousse plus que l'autre, l'appui, pour la moitié du joug que porte le plus fort, a lieu sur ce rebord saillant que présente le timon à l'endroit de sa jonction avec le joug, et ce qui Iq prouve, c'est que, si l'on dételle l'un des bœufs, le second continue à traîner la voilure, pourvu qu'elle ne soit pas trop chargée.

L'inégalité d'allure des bœufs attelés ensemble donne lieu à une modification dans le rôle que chacun remplit lorsque la force déployée par les deux est égale de part et d'autre. Si Tun déploie plus de la moitié de la force totale de traction, une partie de l'excédant de cette moitié est employée à pousser l'autre bœuf en arrière, ou à exercer sur lui une pression qui tend à le faire reculer. Le second, qui tire moins que le premier, soit parce qu'il est faible, soit jiarcc qu'il ne fait pas assez d'eiïorts, se fatigue évidemment pour deux raisons : 1*" pour la part qu'il prend au tirage : 2** pour la force qu'il doit opposer à l'action rétrograde exercée sur lui par le bœuf le plus puissant. Aussi, d'après cela, est-il facile de pressentir tout le désavantage qu'il y a à atteler un bœuf faible avec un bœuf fort, un animal lent, paresseux, qui tire à peine, avec un bœuf vif, ardent, qui s'épuise par des efforts peu proportionnés à ses forces.

Le mode de tirage que nous examinons est induencé par diverses causes, dont les principales sont relatives à la direction de la surface du sol. Ainsi, sur un terrain horizontal, le bœuf qui traîne un fardeau un peu lourd baisse toujours la tête de manière que la nuque reste au-dessous du niveau du garrot et de la ligne dorsolombaire. Dans les montées, il la baisse encore davantage, à tel point que le sommet de la tête descend à 20, 30 centimètres au-dessous de la ligne du garrot; les membres sont fortement inclinés de bas en haut et d'arrière en avant, le pas se raccourcit, et les pistes des pieds de derrière ne viennent pas recouvrir celles des pieds de devant Dans les descentes, au contraire, la tête se relève, le sommet de la nuque dépasse le niveau du dos, les membres arc-boutent en sens Inverse de ce qu'ils faisaient dans le cas précédent. Alors, si l'animal est obligé à des efforts considérables pour retenir, on voit sa croupe éprouver des vacillations latérales trèsprononcées, son corps, son encolure surtout, se tordre en divers sens, et sa tête exécuter de brusques mouvements d'élévation alternant avec des mouvements d'abaissement plus ou moins marqués. Ici, c'est l'animal le plus vif ou le plus fort qui est le moins avancé, parce qu'il relient plus que l'autre.

Le recul des bœufs attelés au joug est excessivement pénible. Lorsque ce mouvement s'opère, la résistance qui doit être poussée en arrière reate appliquée en G. coLiM. — Physiol. comp. 2* édit. i. — 31

US2 DES MOUVËUENTS.

avant des membres, au sonmiet de la lêle ; elle est attirée, en quelque sorte, par un mécanisme que les physiologistes n'ont point encore étudié et qui mérite toute leur attention, car il constitue une exception très-remarquable à celui de tous les modes d'impulsion directe ou rétrograde dont nous avons dû exposer rapidement les principaux caractères.

Maintenant, il nous resterait à apprécier en elle-même, sous le rapport de son intensité et de son effet utile, la force que les animaux déploient dans les différents modes de tirage : ce serait le complément des considérations purement physiolo> giques qui viennent d'être ex()osées ; mais cette question, qui a fait l'objet de nombreuses recherches de la part des physiciens qui ont voulu comparer les moteurs animés aux machines créées par le génie de l'homme, n'est pour nous que d'une utilité très-accessoire. Nous ne rechercherons donc pas combien un cheval ou un bœuf peut marcher d'heures à telle ou telle allure, quel est le poids du fardeau qu'il peut transpoi*ter sur des routes horizontales ou sur des voies en pente avec telle ou telle espèce de véhicule.

Nous ne nous occuperons pas davantage de l'influence que peuvent avoir, sur l'effet utile des forces animales, la forme des véhicules, le diamètre des roues, la largeur des jantes, l'état des routes, la direction de leur surface, la fréquence des, obstacles de diverse nature, des ornières, etc. Tous ces détails, d'un haut intérêt an point de vue mécanique, appellent de sérieuses études pour compléter les savants travaux exécutés sur ce sujet depuis quelques années.

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