P. Bert, oz^v. aïe, p
G. COLIN. — Physiol. comp., 3° édit. II. — 21
la taille des animaux est plus réduite : la souris meurt avant le rat, celui-ci avant le chat et le chien, comme on peut le voir, par un coup d'œil sur le tableau qui termine ce paragraphe.
Le rappel à la \'ie des sujets asphyxiés par submersion a été considéré comme possible même longtemps après la réalisation apparente de l'asphyxie. On a prétendu y avoir réussi après un quart d'heure, une demi-heure, trois quarts d'heure, une heure de submersion. Il me paraît, d'après ce que j'ai observé sur les animaux, qu'on s'est fait illusion à cet égard, surtout parce que les individus noyés ont lutté longtemps à la surface de l'eau avant de plonger d'une manière définitive. Dansles nombreuses expériences du tableau suivant, les animaux ont été retirés de l'eau, 2, 3, 4, 5 minutes après le début de lasubmersion, immédiatement après la manifestation des signes deJamort ou très peu delemps après. Chez la plupart, abandonnés à eux-mêmes, il n'y a pas eu de rappel spontané ; chez les autres j'ai tenté ce rappel par la respiration artificielle, par l'électrisation, les stimulations diverses et sans aucun succès ; sauf dans de rares circonstances, alors que la mort était simplement apparente et datait de quelques secondes. Ces expériences dont j'ai eu l'occasion de donner les résultats à l'Académie de médecine, m'ont montré qu'il n'y a rien à espérer dès que la submersion s'est prolongée au delà de 4, 5 à 6 minutes.
On a prétendu, depuis longtemps, que la syncope éprouvée par les noyés étendait considérablement les délais dans lesquels le rappel à la vie est possible. Si elle joue à cet égard un rôle utile chez l'homme, je ne pense pas qu'elle en ail un chez les animaux oij d'ailleurs je n'ai jamais eu l'occasion de la constater telle quelle s'observe dans notre espèce. En tout cas l'état produit parle chloral et les anesthésiques n'a eu sur le chat et le lapin aucune influence, quant à la prolongation des délais dans lesquels le rappel à la vie est possible. La syncope n'en a vraisemblablement pas davantage à moins quelle ne se produise dès le début. Elle constitue d'ailleurs un élément de l'asphyxie, puisque toujours après 1, 2 ou 3 minutes de submersion les battements du cœur, sans être suspendus, ne sont plus perceptibles au toucher, ni à l'auscultation.
L'inefficacité de la respiration artificielle, dans la presque totalité des cas, montre assez la gravité de l'état du cœur. Cette respiration, par insufflation d'air dans la trachée, que le physiologiste emploie tous les jours sur les animaux décapités et qui entretient l'action du cœur pendant des séries d'heures, même des journées entières est ici, sauf de rares exceptions, sans effet utile. L'organe dans sa partie droite est paralysé, par le fait de son extrême réplétion et il est stupéfié par le sang noir qui l'imprègne; il ne lui reste plus que cette fraction de contractilité appartenant aux muscles du cadavre dans les moments qui suivent la mort, contractilité impuissante à développer la force qui doit lancer le sang dans le système artériel. Le cœur est, en somme, dans l'état des muscles du squelette qui ne peuvent ni soutenir l'animal debout, ni même imprimer une énergique secousse à un membre^
Si la respiration artificielle a si peu de succès quand elle est opérée par une insufflation directe dans la trachée, à plus forte raison doit-elle en avoir de problématiques lorsquelle est opérée par insufflation dans le nez ou dans la bouche.
La masse d'écume qui remplit les voies aériennes d'une extrémité à l'autre constitue évidemment un grand obstacle à la réussite de ce moyen. Rien ne prouve jusqu'ici que le s[)iropliore de M. Woillez puisse donner mieux que tous les autres modes de respiration artilicielle. Il dilate et resserre en vain la poitrine: dès que la circulation est arrêtée, le sang dispersé et immobilisé dans les dilFérentes parties du corps, ne peut point subir l'action de l'oxygène; il reste noir et conserve ses propriétés stupéfiantes. Celui que contiennent les capillaires du poumon seul s'artérialise, mais en pure perte,, puisqu'il est retenu sur place. Ce sang du poumon, si bien oxygéné qu'il soit par l'insufflation, ne peut en rien modifier le système nerveux qui, arrosé de sang noir, a été le premier frappé demort, comme il l'est par les anesthésiques à dose excessive ou par certains poisons. Aussi, me semble-t-il très rationnel, tout en cherchant à revivifier le sang par la respiration artificielle, de recourir immédiatement aux moyens tendante ranimer l'activité du système nerveux, activité qui ferait renaître celle de tous les organes. Malheureusement alors, le système nerveux ne répond plus aux excitations ordinaires ; il se borne à transmettre aux muscles, pour quelques instants, les stimulations électriques, à peu près comme le feraient tous les tissus conducteurs de l'électricité.
Les lésions de cette forme d'asphyxie ont quelque chose de particulier par l'état des parties superficielles du corps et par-celui des organes respiratoires.
L'anémie des parties extérieures : peau, réseaux veineux sous-cutanés, muscles extérieurs est un fait constant qui a pour conséquence l'engouement et la turgescence des parties centrales, notamment la distension extrême du système veineux abdominal et des cavités du cœur. Cette anémie contribue, pour une large part, au refroidissement considérable éprouvé par les couches superficielles du corps.
La présence de l'eau et de l'écume dans les voies aériennes constitue la principale lésion interne. L'écume plus ou moins fine obstrue les vésicules pulmonaires ; les bronches de tous calibres, la trachée, le larynx, le pharynx et les cavités nasales. Elle résulte du battage de l'air avec l'eau, le mucus, et un peu de sang qui augmente sa cohésion. Elle se déplace difficilement pour laisser passer l'air, et n'est entraînée ou résorbée qu'avec une extrême difficulté. Le chien surtout en rend beaucoup, pendant une demi-heure et trois quarts d'heure quand on parvient à le ranimer. L'eau y est associée aussi à l'état liquide en forte proportion, car j'ai pu en recueillir 40, 50, 60 grammes sur des chiens de taille moyenne.
Le tissu pulmonaire est à la fois saturé de sang, d'eau, d'écume. Il est emphysémateux et œdémateux, s'affaisse incomplètement, laisse échapper par l'incision un liquide spumeux, rosé, dont la quantité, au bout de quelques heures n'est pas moindre de 2 à 300 grammes sur des chiens de taille moyenne, soit environ un centième du poids du corps.
Le cœur est dilaté, peut être plus que dans toutes les autres formes d'asphyxie^ à tel point qu'il fait effort sur le péricarde, néanmoins son oreillette gauche est souvent peu volumineuse et le ventricule de ce côté presque vide. Les veines caves sont distendues au maximum ^ La distension outrée de cet organe est bien une des causes principales de la paralysie cardiaque, car si le thorax est ouvert
li Bull, de l'Académie de Me'decine, t. \', 2' série, 1876, p. 751.
avant l'extinction complète des frémissements du cœur, les mouvements de l'organe reprennent de l'énergie sous l'influence d'une émission sanguine. J'ai vu dans un cas sur le chat, la saignée ranimer les contractions après 25 minutes, à compter du début de l'asphyxie.
Quant aux autres lésions, elles sont, pour la plupart, communes à toutes les asphyxies. Il y a congestions internes excessives, turgescence du foie, de la rate, des reins, replétion du système de la veine porte. La vessie a retenu son contenu. Le sang est noir, grumeleux, liquide, ou incomplètement coagulé en masses diffluentes ; son sérum est devenu rougeâtre par la dissolution d'une partie de l'hémoglobine, etc.
Dans le tableau suivant sont indiqués, avec les moments de la mort apparente ou réelle, les résultats obtenus par le simple repêchement, la respiration artificielle, les excitations galvaniques, etc.
Asphyxie par submersion.
ANIMAUX
Ghien terrier, ad. àjeun.
Chien adulte, en digest.
Cliien à jeun
Chien en digestion
Chien de chasse
Chat adulte
Chatte adulte
Chat âgé de 3 mois
Chat de 3 mois
Chat de 3 m. 1/2 en dig .
Chatte adulte chlorairs.
Lapin adulte
Lapin de 3 mois
Lapin de l'année
Lapin en digest. anest.
Lapin '.
Lapin pes. 1700 gram. .
Lapin de 3 mois
Lapin
Rat surmulot
Rat
Rat ,
Rat surmulot adulte. . .
Rat surmulot adulte. . .
Rat surmulot
Rat albinos
Rat albinos
Rat surmulot = ...
Rat albinos
Rat adulte
Rat adulte
Rat albinos
Rat albinos
Rat albinos jeune
Rat adulte
Rat albinos
Rat albinos (eau à 35).
Rat surmulot
Rat surmulot