‹ Traité de physiologie comparée des animaux considérée dans ses rapports avec les sciences naturelles, la médecine, la zootechnie et l'économie ruraleChapitre 111 sur 310 · P. Bert, o?<n-. «Yé, p. 1081 etsuiv · texte numérisé non relu

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porter un tube à sa bouche, et n'en a plus la force, au moment enfin où ses muscles inspirateurs, paralysés comme les autres, n'ont plus l'énergie suffisante pour opérer la dilatation du thorax.

La diminution de pression doit cependant jouer un rôle dans la production des accidents. Gomme chaque centimètre carré supporte au niveau de la mer une pression de l''g'",03, soit 10 030 kilogrammes par mètre carré, le cheval dont la surface extérieure du corps est d'environ 6 mètres, supporterait une pression de 60 180 kilogrammes, qui serait réduite de moitié à l'altitude de 5 300 mètres. Si cette diminution de pression se produit en un temps très court, insuffisant pour l'établissement de l'équilibre avec la pression intérieure, le corps éprouve ou tend à éprouver dans son ensemble les effets de la ventouse. Ses liquides et ses tissus sont sous le coup une expansion à résultats multiples.

Ce qui paraît montrer très nettement l'influence de la diminution de pression dans le développement des accidents, par les ascensions, est ce qui arrive aux ouvriers sortant d'un appareil de compression ou de la cloche à plongeur. L'homme passe d'une pression de 3, 4, 5 atmosphères à la pression ordinaire ; comme il passe, en s'élevant, de la pression d'une atmosphère à celle d'un quart, d'un tiers, d'une demi-atmosphère. Or, dans ce cas de dépression considérable et brusque, il éprouve bourdonnements d'oreilles , vertiges, assoupissement, oppression, palpitations, fatigue extrême, vives douleurs, faiblesse, paralysie, quelquefois meurt subitement, et, dans cette décompression brusque, M. Bert a constaté le dégagement dans le sang et dans les tissus d'une certaine quantité d'azote, sous forme de bulles qu'il a vues marcher dans la jugulaire et produire au cœur un gargouillement perceptible à distance. Sur un chat, ramené de la pression de 10 atmosphères à la pression normale, il a pu retrouver dans le cœur seul 35 centimètres cubes de gaz. Ce sont, d'après lui, ces gaz qui, réduits en fines bulles et lancés dans le cerveau, la moelle épinière, le poumon et les autres organes, produisent les accidents nerveux graves, dont on a observé de nombreux exemples : l'arrêt de la circulation pulmonaire, etc. Le dégagement des gaz devenus libres est d'ailleurs extrêmement étendu, car il donne lieu au développement de tumeurs musculaires, d'engorgements des mamelles, d'emphysèmes partiels ou disséminés, si prononcés qu'ils simulent le ballonnement de certains cadavres en voie de décomposition. Il s'observe jusque dans les humeurs de l'œil, le liquide céphalo-rachidien, etc. Sans doute, dans ces cas où l'animal est allégé brusquement d'une pression de 8,10 atmosphères, le dégagement gazeux est porté à des limites qu'il n'atteint pas quand l'homme et les animaux subissent une dépression d'un quart, d'un tiers ou d'une demi-atmosphère; mais, vraisemblablement, la différence ne doit porter que sur le degré ou l'intensité des effets dont il s'agit.

L'asphyxie par raréfaction de l'air se produit expérimentalement avec ses caractères essentiels dans les cloches ou les réservoirs des machines pneumatiques. Elle a été étudiée par M. Bert avec un soin infini, à l'aide de pompes à gaz communiquant avec de vastes réservoirs. J'ai pu, en me servant de la grande machine Blanchi, expérimenter sur 80 animaux d'espèces varices. Les chiens de taille moyenne y trouvaient encore un espace suffisant dans une cloche d'une

capacité de plus d'un demi-hectolitre. Les lapins, les oiseaux de basse-cour et les rats paraissaient s'y trouver à l'aise.

En mesurant exactement, à l'aide du manomètre, les pressions réduites, il est facile de dire à quelle altitude correspond la pression à laquelle l'animal est soumis et de calculer les quantités d'oxygène qui restent dans l'air raréfié. Ainsi on obtient les effets purement aspliyxiques additionnés de ceux qui résultent de la diminution de pression. Voici ce qui se passe ;

L'animal introduit sous la cloche pneumatique ne paraît d'abord rien éprouver de pénible. Vers 32 de pression il devient inquiet, cherche l'air et commence à s'agiter ; sa respiration s'accélère plus ou moins suivant les espèces, ses mouvements arrivent au double, même au triple de l'état normal ; elle est gênée chez les oiseaux qui ouvrent le bec en poussant et en retirant alternativement la langue. La circulation s'accélère, les veines superficielles se gonflent, les muqueuses passent au violet, la crête des gallinacés prend une teinte sombre en une à deux minutes. La locomotion devient irrégulière et l'animal titube, chancelle, tombe sur le ventre, puis sur le côté, ou bien il reste accroupi, aff"aissé, immobile, la tête souvent appuyée sur le plateau de la machine. La digestion paraît se suspendre; il y a ballonnement plus ou moins prononcé, suivant le régime et le degré de réplétion de l'estomac. Le météorisme des petits herbivores et du chien ne paraît pas pouvoir se dissiper ni par l'éructation, ni par les voies postérieures. A un" certain moment, il y a un peu d'agitation et des mouvements convulsifs, puis de la prostration, delà somnolence, un ralentissement des mouvements respiratoires indiquant l'anesthésie asphyxique et enfin Ua mort, sans secousses et sans convulsions, à 30, à 25, à 20, s'il est amené très vite à cette basse pression, à 18, à 15, s'il y arrive avec lenteur. L'oiseau meurt avant le mammifère, le chat avant le lapin; le cochon d'Inde, la souris, le rat avant les animaux de taille plus forte.

En analysant avec soin les modifications fonctionnelles survenues dans ces conditions, M. Bert a vu que la consommation d'oxygène diminue avec la pression, et que la production de l'acide carbonique se réduit aussi et dans une plus forte proportion encore, de telle sorte que l'animal meurt, non par excès d'acide carbonique ou par intoxication due à ce gaz, mais par insuffisance d'oxygène. L'acide carbonique, qui existe en proportion de 40 volumes dans le sang veineux, à la pression ordinaire, se réduit à 29 volumes à la pression de 34, à 23 volumes à la pression 25, et à 12 volumes à celle de 17. D'après M. Bert^, le sang artériel, à la pression de 56, contient 13,6 d'oxygène pour 100 de moins qu'à la pression normale; à 46, 21 pour 100; à 36, 43 pour 100, et à 26,50 pour 100 de moins qu'à cette pression normale. Aussi les oxydations ou les combustions interstitielles ralenties laissent baisser la température de 2 à 3 degrés en une demi-heure, pour une diminution d'une demi-atmosphère. La production de l'urée est réduite et quelquefois il se produit une légère glycosurie.

La diminution de pression dans la cloche pneumatique a d'autres effets qu'il ne faut pas perdre de vue et qui compliquent ceux dont il vient d'être question.

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