‹ Traité de physiologie comparée des animaux considérée dans ses rapports avec les sciences naturelles, la médecine, la zootechnie et l'économie ruraleChapitre 113 sur 310 · LES ANIMAUX · texte numérisé non relu

LES ANIMAUX

6 souris

Lapin

Lapin

Poule

Moineau. , . .

Lapin

Lapin (tub.).

Moineau. . . .

Rat jeune. . .

Rat adulte. .

Rat jeune. . .

Rat jeune. . .

Rat jeune. . .

Rat jeune. . .

Chat

Chat

Moineau

Lapin

2 grenouilles

Rat

Rat

DURÉE

MOMENT

Lh

(le

iïl

du séjour

la chute

minutes

minutes

OBSERVATIONS

Meurent à 1 m. 1/2.

Ne meurt pas, air renouvelé.

Meurt à 7 m. 1/2.

Arrêt des mouv. resp.

Meurt à 4 m.

Meurt à 2 m. 1/2.

Meurt à 5 m .

Ne meurt pas.

Meurt à 4 m.

Meurt ap. 4 m.

Meurt à 4 m. 1/2.

Meurt à 4 m. 10 s.

Ne meurt pas.

Meurt à 6 m. 10 s.

Meurt en 2 m.

Meurt.

Ne meurent pas.

Meurt à 2 m.

Rappelé à la vie à 2 m.

La rapidité avec laquelle se produit l'asphyxie par strangulation, submersion, etc., indique assez la nécessité de prompts secours si l'on veut rappeler à la vie les individus arrivés à la période dans laquelle la sensibilité et les mouvements ont cessé. Il va sans dire qne tout espoir de succès est perdu une fois que les mouvements du cœur sont éteints.

L'asphyxie, due à la présence dans l'air d'un excès d'acide carbonique, peutrésulter de la viciation d'une atmosphère confinée par la fermentation, la combustion du charbon, certaines actions chimiques du sol, et même par la respiration d'un trop grand nombre d'animaux. Dans les conditions expérimentales, elle tend à se produire dès que l'air renferme 2 ou 3 centièmes d'acide carbonique; elle devient inévitable et assez prompte s'il en contient 20 à 30 centièmes, quelle que soit d'ailleurs la proportion d'oxygène. La tension du gaz carbonique devient alors si forte dans l'air qu'elle met obstacle au dégagement de l'acide carbonique contenu dans le sang.

Quant à l'asphyxie dans les gaz délétères, elle doit être considérée comme une sorte d'empoisonnement. L'oxyde de carbone qui accompagne le plus souvent l'acide carbonique en détermine une fort remarquable. Ce gaz, une fois absorbé, se substitue à l'oxygène dans la matière colorante des globules et forme avec elle une combinaison que l'oxygène n'a pas le pouvoir de détruire. Il chasse bien ce dernier de sa combinaison avec l'hémato-cristalline, mais dès qu'il en a pris la place il ne peut plus la quitter, ainsi que Bernard l'a parfaitement établi. Un centième de ce gaz suffit, d'après les expériences de Leblanc, pour rendre l'air aussi asphyxiant qu'il peut l'être avec 30 à 40 centièmes d'acide carbonique.

L'asphyxie dans l'air chargé de certains gaz très délétères, tels que l'hydro-

gène sulfuré, le sulfhydrate d'ammoniaque, l'hydrogène arsénié, ne constitue en réalité qu'un simple empoisonnement qui dilïère des autres en ce que le poison est à l'état gazeux et qu'il est absorbé par les voies aériennes. Les actes chimiques de la respiration, les échanges gazeux, l'absorption de l'oxygène, l'exhalation de l'acide carbonique, ne sont pas gravement modifiés. On sait, depuis les expériences de Chaussier, de Nysten, de Thénard, qu'il serait intéressant de répéter et de varier, qu'un 1 500* de cet hydrogène sulfuré dans l'air respiré tue un oiseau, un 1 '800^ un chien, l/2o0 un clieval. L'hydrogène arsénié est mortel aussi à très faible dose.

Quel que soit le mode de l'asphyxie, les animaux y résistent inégalement suivant leur âge. leur taille et leur espèce.

Les jeunes animaux s'asphyxient moins facilement que les adultes, comme Boyle, Méry et d'autres l'ont constaté. Buffon avait observé que de petits chiens peuvent séjourner à plusieurs reprises dans du lait tiède, et jusqu'à une demiheure chaque fois, sans y mourir, Legallois^ a reconnu que, sur de jeunes lapins asphyxiés par submersion, la sensibilité persistait [d minutes le premier jour, 10 minutes le cinquième, 4 minutes le dixième. 3 minutes le quinzième. 2 minutes le vingtième et le vingt-cinquième, 1 minute et demie seulement le trentième. Les bâillements se continuaient pendant 27 minutes le premier jour, 16 le cinquième, o le dixième, 4 le quinzième, 3 le vingtième et le vingt-cinquième, 2 et demie le trentième. "\Y. Edwards a reconnu, par de nouvelles expériences, que tous les mammifères ne doivent pas, sous ce rapport, être placés sur la même ligne. Ceux qui naissent avec les paupières ouvertes, le corps couvert de poils, et qui jouissent dès les premiers instants d'une grande liberté de mouvements, comme les petits des solipèdes et des ruminants, se refroidissent assez difficilement et s'asphv-xient avec promptitude. Au contraire, ceux qui naissent les paupières fermées se refroidissent aisément et s'asphyxient avec plus de lenteur : le lapin et les carnassiers se trouvent compris dans ce dernier groupe.

La résistance des jeunes sujets a été attribuée, par la plupart des physiologistes, à ce que, dans les premiers temps de la vie, le sang peut, grâce au trou de Botal et au canal artériel encore libres, passer des cavités droites dans les gauches ou du système veineux dans l'artériel sans traverser le poumon. Mais cette hypothèse est peu admissible, puisque la résistance persiste alors que les passages s'oblitèrent. Elle a sa cause dans les différences des propriétés vitales du jeune sujet comparé à l'adulte, différences très marquées dans les principaux tissus : longue persistance de l'irritabilité du muscle, de l'excitabilité du nerf, des mouvements du cœur, des actions réflexes chez les très jeunes animaux. (Juant à la raison d'une telle persistance des propriétés des tissus, d'ailleurs bien moindre chez le lièvre velu que chez le lapin nu, chez l'oiseau que chez le mammifère, elle nous est inconnue. Peut-être résulte-t-elle, comme le pense M. Bert, de ce que les tissus du jeune animal consomment moins d'oxygène que ceux de l'adulte.

Il est à noter que les petites espèces succombent plus vite que les grandes à

1. Legallois, Expériences sur le principe de la vie. Paris 1812, p. 79.

tous les genres d'asphyxie. Probablement c'est parce que chez les premiers toutes les actions s'effectuent plus vite que chez les secondes. Les petits animaux se développent plus vite dans l'œuf ou dans l'utérus, arrivent plus vite à l'âge adulte ; leur respiration, leur circulation, leurs mouvements, sont plus rapides; en un mot, ils vivent et meurent plus vite que ceux de grande taille.

La résistance à l'asphyxie, toutes choses égales d'ailleurs, diminue à mesure que les animaux se débattent, car alors ils consomment plus vite l'oxygène de la réserve pulmonaire et produisent, dans les muscles en action, une grande quantité d'acide carbonique. On sait, en effet, que le sang apporté dans le muscle en action y perd, d'après Ludwig et Bernard, 12 volumes d'oxygène, au lieu de 8 volumes, comme en l'état de repos.

Les troubles fonctionnels qu'entraîne l'asphyxie ont une certaine uniformité dans tous les cas où cet état se développe promptement. D'abord calme, l'animal ne tarde pas à éprouver de l'anxiété, un malaise inexprimable. Sa respiration devient profonde et ample ; il dilate largement les narines et la bouche, semble faire des efforts violents pour sortir d'une situation pénible ; éprouve des mouvements convulsifs d'autant plus violents que l'asphyxie est plus brusque, comme elle l'est à la suite de l'occlusion de la trachée ou de la submersion ; ses muqueuses prennent une teinte livide ; il tombe pesamment sur le sol ou au fond de l'eau et s'y débat quelques instants ; l'intelligence s'obscurcit ; les sensations deviennent confuses ; l'animal n'a plus conscience de ce qui se passe autour de lui ; il est plongé dans une sorte de torpeur. Les mouvements respiratoires sont de plus en plus rares ; les battements du cœur plus faibles et par moment irréguliers, tumultueux; ils sont insensibles lors des efforts musculaires ; le jet des artères est faible et très inégalement saccadé ; le sang de ces vaisseaux dès la lin de la première minute devient très noir ; les mouvements généraux s'affaiblissent et ne tardent pas à cesser; les piqûres faites à la peau provoquent difficilement des réactions ; enfin le thorax devient immobile ; les naseaux s'affaissent ; les pupilles se dilatent; la bouche demeure entr'ouverte ; la langue pendante; les membres souples et flasques ; les sphincters se relâchent, quelquefois, laissant échapper l'urine et les matières fécales. La succession de ces troubles est régulière; elle s'effectue dans un ordre tel qu'on peut reconnaître à l'asphyxie rapide une première période de calme avec un simple malaise, puis une période convulsive, et enfin une période de résolution ou d'anesthésie qui aboutit à la mort.

Dans les asphyxies lentes comme le sont celles dues à l'épuisement graduel de l'oxygène dans une atmosphère confinée, il ne se produit pas de secousses violentes ou de convulsions. Après le moment où les animaux inquiets cherchent l'air à travers les fissures de leur prison, viennent la somnolence, l'engourdissement, le refroidissement de la peau et des extrémités qui rappellent les prodromes de l'hibernation. Dans l'asphyxie lente due à l'acide carbonique, il paraît y avoir une anesthésie qui supprime les sensations pénibles et éteint les instincts de conservation qu'on voit se traduire si énergiquement lors de la strangulation ou de la submersion.

Dans tous les cas, si l'animal est ouvert aussitôt que les mouvements du cœur cessent d'être perceptibles, on voit subsister quelques frémissements dans les ven-

triciilt's; et alors qu'ils ont disparu, les oreillettes sont encore palpitantes. Toutes les cavités do cet organe, les droites surtout, sont extrêmement remplies de sang noir : le foie est très volumineux, les intestins injectés, les muscles de couleur sombre et peu excitables.

11 s'est produit pendant la période aspliyxique dans l'état du sang, dans les propriétés des tissus ou le fonctionnement des organes, quelques modilications importantes. L'air demeure en réserve dans les poumons a continué à se dépouiller de son oxygène, au point de n'en plus conserver que des traces. La provision d'oxygène contenue dans le sang s'est rapidement épuisée en grande partie, sans que ce liquide se soit chargé d'une proportion très considérable d'acide carbonique, sauf dans le cas où l'élimination de ce gaz est devenu mécaniquement impossible ; sa coagulabilité s'est affaiblie ainsi que son aptitude à absorber ultérieurement l'oxygène. D'après Preyer, l'hémato-cristalline altérée se sépare en partie des globules et vient se dissoudre dans le plasma. Les muscles sont devenus moins contractiles, les nerfs moins excitables et les centres nerveux moins aptes à provoquer des actions réflexes ; les sécrétions se suppriment ; la température du corps baisse, etc.

Suivant les conditions dans lesquelles s'est produite l'asphyxie, le développement de cet état a dû s'opérer avec quelques variantes.

Si l'animal s'est asphyxié dans une atmosphère confinée dépouillée progressivement de son oxygène et saturée à mesure d'acide carbonique, l'oxygénation du sang est devenue de plus en plus faible pendant que le liquide s'est de plus en plus chargé d'acide carbonique né dans les tissus. L'acide carbonique de l'air n'est pas intervenu directement ; le sang ne l'a pas absorbé ; mais cet acide carbonique ambiant s'est opposé, comme l'a fait voir Bernard, au dégagement de celui qui a pris naissance dans l'organisme, dégagement possible seulement lorsque le gaz a dans le sang une tension plus grande que dans l'atmosphère. Dans ces cas, il y a tout à la fois oxygénation imparfaite du sang et insuffisante élimination d'acide carbonique.

Mais, dans d'autres conditions, les deux causes asphyxiantes peuvent se séparer. Si l'animal a péri dans un milieu dépouillé d'oxygène, comme dans l'azote, l'hydrogène, l'oxygénation seule a fait défaut et l'acide carbonique a pu s'exhaler librement à mesure qu'il était produit. Entin, s'il a été placé dans une atmosphère très riche en oxygène et chargée de 30 à 40 centièmes d'acide, il a dû y succomber surtout par suite de la non-élimination du gaz délétère.

Maintenant quelle est la cause de ces troubles variés, de ces modilications dans les propriétés des éléments. Et comment la mort résulte-t-elle si rapidement de ces perturbations?

Autrefois on croyait que l'asphyxie résultait du plissement des vaisseaux pulmonaires qui, devenant à peu près imperméables au sang, ne permettaient pas à ce fluide de passer des cavités droites dans les cavités gauches du cœur. Les partisans de cette opinion pensaient que le poumon, sans être totalement affaissé, n'était pas assez dilaté pour maintenir ses vaisseaux à leur calibre normal ; ils citaient la célèbre expérience de Vésale, répétée plus tard par HookCj expérience dans laquelle on voyait les mouvements du cœur reprendre une nouvelle

activité, et la circulation se rétablir dès que, sur un animal dont la poitrine était ouverte et le poumon revenu sur lui-même, on poussait de l'air dans cet organe de manière à le distendre el à entretenir une respiration artificielle. Haller partagea ces idées. Goodwyn le premier s'en alïVancliit : il attribua la mort par asphyxie à la suspension des mouvements du cœur, par suite du défaut de stimulation du sang noir sur cet organe. Plus tard Bichat établit que le plissement des vaisseaux du poumon dans l'asphyxie est imaginaire, et que ce plissement, à supposer qu'il existe, ne peut être un obstacle k la circulation pulmonaire ; enfin, il démontra que le sang noir est impropre à entretenir l'excitation et la vie de tous les organes.

Bichat reconnut que pendant l'asphyxie le cœur continue à se contracter, et que la circulation persiste, comme le prouvent l'inspection directe de cet organe, les pulsations artérielles, la force et le caractère saccadé du jet qui s'échappe des artères ouvertes. La circulation s'opère même encore pendant quelques instants après que la poitrine a été ouverte pour déterminer l'affaissement du poumon, et alors le sang passe dans les vaisseaux sinueux de cet organe, comme il passe dans ceux de l'estomac et de l'intestin devenus flexueux par la vacuité de ces viscères. Si les différents organes de l'économie cessent de fonctionner, si le cerveau cesse de percevoir les impressions, si les centres nerveux sont frappés d'inertie, si les muscles ne peuvent plus se contracter, si, en un mot, chaque partie de l'organisme est mise dans l'impossibilité d'agir, ce n'est pas faute de recevoir du sang, mais c'est faute de recevoir le sang vermeil, oxygéné, qui seul possède la propriété de les stimuler et d'entretenir leur vitalité. En effet, d'après Bichat, le cœur, continuant à se contracter, envoie à tous les organes du sang qui a perdu ses qualités vivifiantes et qui, peut-être, est devenu délétère. Ce sang va asphyxier, en quelque sorte, ou frapper de mort toutes les parties, en pénétrant leur tissu et en se mettant en contact avec chacune de leurs fibres et de leurs molécules. Le cerveau, qui paraît ressentir le premier son influence funeste, cesse bientôt d'agir, et par suite plus de sensations, de perceptions, d'opérations intellectuelles ; les nerfs ne remplissent plus leur office de conducteurs : les muscles se paralysent ; le cœur lui-même, tout en envoyant le fluide délétère aux divers organes, le projette dans ses propres vaisseaux, qui le mettent en rapport avec chacune de ses fibres ; il s'asphyxie ainsi lui-même progressivement en asphyxiant toutes les autres parties ; aussi son action, qui s'atfaiblit peu à peu, ne tarde pas à s'éteindre ; mais cette extinction survient la dernière, alors que la vie a déjà abandonné tout le reste de l'organisme.

L'enchaînement de ces différents phénomènes est parfaitement saisi par Bichat, Les centres nerveux, éprouvant tout d'abord l'impression stupéfiante du sang noir, cessent d'agir, comme le prouve la perte des' sens et des facultés intellectuelles. Ces centres ne distribuent bientôt plus aux muscles l'influx qui les met en jeu, et dès lors les mouvements généraux et les mouvements respiratoires se suspendent. Ces mêmes centres, desquels dépend plus ou moins directement la contractilité rhythmique du cœur, cessent d'exciter les mouvements de cet organe, et le cœur, dont le tissu déjà imprégné de sang noir n'est pas suffisamment stimulé, s'affaibit insensiblement, et enfin cesse de battre.

Il y a donc dans l'asphyxie générale, comme le dit l'illustre physiologiste, asphyxie partielle de chaque organe: de telle sorte que s'il était possible d'en- \oyer du sang noir à un certain nombre de parties, celles-ci s'asphyxieraient seules, pendant que les autres continueraient ù agir. Seulement, si le sang noir frappe d'inertie un organe important dont l'action ne puisse se suspendre sans entraîner la suspension de celle des autres, la mort ne tarde pas à avoir lieu. Bichat en donne pour preuve cette ingénieuse expérience qui consiste à faire communiquer, à l'aide d'un tube, la carotide d'un animal (qui s'asphvxie, par occlusion de la trachée) avec la carotide d"un autre chien, de manière à envover du sang noir au cerveau de ce dernier. Alors, on voit, après avoir pris Les précautions nécessaires pour éviter une congestion cérébrale, se manifester les phénomènes qui amènent le trouble, puis l'abolition des fonctions du cerveau ; enlin la mort survient consécutivement à cet état, si on ne rétablit dans les vaisseaux de la tète le cours du sang artériel.

Ainsi, c'est le sang noir qui, distribué à toutes les parties, en fait cesser promptement l'action, faute de pouvoir l'entretenir. Mais pourquoi ce sang, qui perd en quelques secondes sa teinte vermeille en traversant les systèmes capillaires, perd-il en même temps la propriété de stimuler et de vivifier les organes? Estce parce qu'il est désoxygéné ou parce qu'il est saturé d'acide carbonique ou encore pour ces deux raisons à la fois? Il est extrêmement probable, d'une part, que le sang asphyxié cesse d'entretenir la vie des éléments et des organes parce qu'il ne possède plus, en quantité suffisante, le principe gazeux qui donne lieu à ces actions incessantes d'où résultent une combustion et une transformation perpétuelle de la matière vivante. Les expériences de Brown-Séquard, d'accord avec celles de Bichat, semblent en eft'et prouver que le sang oxygéné injecté dans les centres nerveux et dans le cœur ranimeleur action suspendue. D'autre part, il ne paraît pas douteux que le sang chargé d'un excès d'acide carbonique n'exerce sur les tissus une action stupéfiante, délétère, concourant au même résultat que le défaut de stimulation. Castell a observé que le cœur des grenouilles, qui peut battre plusieurs heures dans' l'air, ne bat pas plus de dix minutes dans l'acide carbonique, et beaucoup moins dans ce gaz que dans l'azote ou l'hydrogène. Ce sang, ainsi modifié, semble donc exercer sur le système nerveux une action analogue à celle des anesthésiques.

L'asphyxie que nous venons d'étudier, quant à ses conditions, à son mode de développement et à ses caractères, est un état rapidement mortel dont l'animal peut sortir si la respiration dans l'air libre se rétablit à temps, soit spontanément, soit à l'aide de secours étrangers. 11 s'agit de savoir à quel moment précis la mort peut être conjurée.

Lorsque l'asphyxie s'est produite dans lair confiné, soit par insuffisance d'oxygène, soit par excès d'acide carbonique, ou lorsqu'elle résulte de l'oblitération des voies aériennes, il s'écoule entre les derniers mouvements respiratoires et la mort réelle un intervalle d'une demi-minute, une minute, rarement plus, pendant lequel la vie ne se révèle que par les mouvements du cœur à peine perceptibles. A ce moment,, si l'asphyxié est remis au grand air ou si l'accès de ce fluide est rétabli dans les voies respiratoires, il se fait quelques inspirations d'abord

B. coLiîi. — Physiol. comp., 3^ édit. II. — 25

faibles, puis plus profondes, les pulsations cardiaques et artérielles prennent de la force, la sensibilité renaît, Tanimal reprend connaissance ; la teinte violacée de ses muqueuses change ; il revient comme par enchantement à son état normal. Mais, quand l'asphyxie a eu lieu dans leau, l'animal revient moins facilement à la vie. Il a inspiré dans les derniers moments une certaine quantité de liquide qui, en se mêlant à l'air, a rempli la trachée et les bronches d'une abondante écume. Aussi, les quelques inspirations spontanées qu'il fait souvent en sortant de l'eau peuvent-elles demeurer sans résultat. La circulation de l'air ne se rétablit au fond des bronches qu'autant que les inspirations se répètent suffisamment pour balayer les mucosités. La position donnée au sujet en facilitant la réjection de l'eau et de l'écume; les frictions en ranimant la circulation et en activant l'absorption pulmonaire ; enfin les mouvements de soulèvement et d'affaissement alternatifs opérés sur les parois costales par l'intermédiaire des bras ; l'insufflation de l'air par le nez, par la bouche ou la trachée, avec des précautions pour éviter l'emphysème, peuvent utilement être employés pour rappeler à la vie l'asphyxié, à la condition que les mouvements du cœur persistent, si faibles qu'ils soient. Une fois qu'ils ont cessé, tous les secours sont inutiles. Ce moment fatal arrive, comme nous l'avons vu, au bout de quatre à cinq minutes pour la plupart des grands animaux, et probablement aussi pour l'homme.

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