‹ Traité de physiologie comparée des animaux considérée dans ses rapports avec les sciences naturelles, la médecine, la zootechnie et l'économie ruraleChapitre 131 sur 310 · FORCE DU C(EUR · texte numérisé non relu

FORCE DU C(EUR

OU moins énergiques, mais de courte durée. Voici les minima et les maxima des hauteurs du sang dan? les deux séries :

Première série.

Cheval maigre 24 à 43

Cheval faible U à 22

Cheval de vigueur moyenne 35 à 02

Cheval vieux et émacié. ;J0 à 36

Cheval faible 17 à 32

Cheval entier, de vigueur moyenne 16 à 61

Jument âgée et faible 16 à 29

Cheval de trait 33 à 59

Cheval usé 19 à 31

Cheval de petite taille 40 à 48

Cheval hongre de 16 ans 12 à 36

Cheval de 18 ans 18 à 37

Jument de trait 13 à 52

Deuxième série.

Cheval peu vigoureux 30 à 92

Cheval maigre 40 à 70

Cheval de grande taille, vigoureux 60 à 80

Jument de trait 21 à 119

Cheval hongre 22 à 88

Cheval vigoureux 25 à 116

Ane 35 à 113

Dans toutes ces expériences, comme on a enregistré pendant une ou deux minutes les oscillations successives, les chiffres obtenus indiquent les hauteurs correspondant aux diastoles et aux systoles du cœur. Voici comment elles se produisent dans les conditions les plus ordinaires sur le même animal :

Hauteurs de la colonne sanguine dans le manomètre adapté à Vartèi^e pulmonaire.

44 centimètres.

47 centimètres.

110 centimètres.

41 centimètres,

La hauteur de la colonne sanguine étant obtenue, il faut trouver sa base par la mensuration de la surface interne du ventricule droit. Cette surface s'est trouvée

de 660 centimètres carrés sur le cheval qui offrait 565 pour celle du ventricule gauche. Conséquemment, une colonne sanguine de 50 centimètres de hauteur sur 660 de base, pesant 33 kilogrammes, nous devons admettre que la puissance impulsive du ventricule droit est de 33 kilogrammes. Cette puissance est un peu plus du quart de celle que nous avons trouvée au ventricule gauche. Dans les cas où le sang s'élève seulement à 25 centimètres, la puissance déployée est réduite de moitié, soit à 16 kilogrammes; elle est plus que doublée par rapport à son intensité moyenne lorsque le sang s'élève à 1",20.

La grande différence que nous trouvons entre la force du ventricule droit et celle de gauche s'explique par les différences d'épaisseur qu'on remarque entre l'un et l'autre et par l'inégale étendue du champ des deux circulations. Le ventricule droit, dont les parois ont à peine le tiers de l'épaisseur de celles du gauche, n'a point à déployer une grande force pour lancer le sang dans le poumon, tandis que le ventricule gauche, à parois si épaisses, doit opérer des systoles très énergiques pour chasser le sang jusqu'aux extrémités du corps. La puissance de ces deux organes ou de ces deux appareils d'irrigation doit être proportionnée à l'étendue des canaux dans lesquels chacun d'eux met les fluides en mouvement, ainsi qu'à la somme de résistances à vaincre de part et d'autre ; et c'est, en effet, ce que l'expérimentation et le calcul démontrent.

La puissance de contraction du ventricule droit, outre sa faible intensité, se caractérise par sea oscillations nombreuses et plus ou moins étendues, suivant l'état de la respiration. Elle fléchit dans l'inspiration, par suite de la facilité que le sang trouve alors à pénétrer dans les vaisseaux pulmonaires ; elle augmente dans l'expiration pour une raison opposée, et surtout pendant les eflbrts violents. Conséquemment, ses oscillations fréquentes et brusques montrent que son intensité varie d'une seconde à l'autre, double ou triple, par le fait des modiflcations apportées au rhythme des mouvements respiratoires. Mes expériences à l'aide du manomètre coudé ne laissent aucun doute à cet égard. Quelques résultats obtenus par Bernard au moyen du cardiomètre introduit dans le cteur droit, montrent aussi que, d'une systole à l'autre, la force déployée varie; en effet, il l'a trouvée dans des systoles très rapprochées exprimée par 40, 45, 50, 60, 70.

On conçoit que la force à déployer par le cœur, pour lancer son ondée dans l'aorte, ne soit pas toujours la même ; elle doit croître en raison de la tension du sang dans l'artère. Si cette tension est forte, il faut que la systole soit très énergique pour soulever les valvules et faire place à l'ondée expulsée. Alors la systole dure plus longtemps. Si la tension est faible, la systole est plus facile et s'opère avec une grande rapidité.

On voit, d'après ce qui précède, que les deux ventricules, tout en fonctionnant ensemble, diffèrent tant par l'inégalité de leurs forces respectives que par l'inégale étendue des oscillations de ces forces. Pendant que celle du ventricule droit double ou triple sous l'influence des mouvements respiratoires exagérés et des efforts, celle de gauche, dans les mêmes conditions, ne fait qu'augmenter d'un cinquième, d'un quart, ou au plus d'un tiers.

Quelques physiologistes, se basant sur l'intensité de l'impulsion que le cœur communique au sang, ont tenté d'évaluer, d'une manière absolue, le travail méca-

FRÉQUENCE DES BATTEMENTS DU CfEUR. 475

nique de cet organe. Vierordt croit avoir trouvé que le cœur de l'homme effectue, par seconde, un travail de 0'^,020 pour le ventricule gauche, et de 0*^,015 pour le droit, soit, pour les deu\ ensemble, un travail capable d'élever en une seconde un poids de 35 grammes. Le travail total du cœur, en vingt-quatre heures, serait, d'après ces calculs, l'équivalent de celui d'une pompe qui, pendant le même temps, élèverait à la hauteur de 1 mètre 3024 litres d'eau.

En résumé, la force impulsive développée par la systole du cœur, mesurée à l'aide des deux manomètres que j'ai décrits, est, terme moyen, de trois à quatre fois aussi grande pour le ventricule gauche que pour le droit. Pendant que, sur le cheval de taille ordinaire, celle du premier ventricule s'élève de 115 à 120 kilogrammes, celle du second n'est que de 29 à 33. Cette force est en rapport, dans chacun des deux cœurs, avec l'épaisseur si différente de leurs parois et avec l'étendue du champ des deux circulations.

La force systolique des ventricules varie d'intensité d'un instant à l'autre et sous l'influence de plusieurs causes. Ses variations les moins marquées sont liées aux mouvements d'inspiration et d'expiration : les plus étendues dépendent des divers efforts et des obstacles qui peuvent être apportés au cours du sang. Elle diminue dans les systoles qui coïncident avec la dilatation du thorax, et augmente dans celles qui correspondent à son resserrement. Au moment des violents efforts musculaires, la force du ventricule gauche s'accroît d'un cinquième, d'un quart, d'un tiers et même d'une moitié de son intensité moyenne. Celle du ventricule droit s'élève alors au double et parfois au triple de son chiffre normal. Le manomètre montre clairement que les efforts, quels qu'ils soient, déterminent une gêne beaucoup plus prononcée dans la petite circulation que dans la circulation générale. C'est pour cette raison qu'ils sont infiniment plus pénibles pour le cœur pulmonaire que pour le cœuraortique. Aussi tendent-ils à y produire l'anévrysme et à occasionner l'oppression, les palpitations dès que l'amincissement des parois est devenu un peu sensible.

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