‹ Traité de physiologie comparée des animaux considérée dans ses rapports avec les sciences naturelles, la médecine, la zootechnie et l'économie ruraleChapitre 136 sur 310 · INFLUENCE DU SYSTÈME NERVEUX SUR LES MOUVEMENTS DU CCEUR · texte numérisé non relu

INFLUENCE DU SYSTÈME NERVEUX SUR LES MOUVEMENTS DU CCEUR

aux yeux de plusieurs observateurs, des changements sensibles dans les mouvements cardiaques. Do Humboldf ayant fixé des armatures aux nerfs du cœur du chien et du renard, immédiatement après que l'organe venait d"être retiré de la poitrine, a vu, àcliaque contact des métaux, les battements devenir plus rapides et plus forts. Burdach, en touchant ces mêmes nerfs avec de la potasse caustique sur des lapins qu'on venait de tuer, a vu de même les battements cardiaques s'accélérer d'une manière sensible ; enfin, d'autres ont constaté des résultats analogues : mais il ne faut pas y attacher une grande importance , d'autant qu'après la mort, ces contractions très irrégulières et de courte durée augmentent ou diminuent de force s'accélèrent ou se ralentissent souvent saus cause appréciable.

La destruction des ganglions cervicaux inférieurs, desquels émanent les principaux filets des plexus cardiaques, ne détermine pas de troubles graves dans l'action du cœur. Je l'ai faite sur des chevaux, en établissant des fistules au canal thoracique, sans qu'il en soit résulté, au moins dans les premiers moments, d'autres troubles dans la circulation, que ceux qui se manifestent à la suite des souftrances ordinaires de l'opération. Si Brachet ' . après avoir excisé ces ganglions et les filets qui en émanent, a vu les mouvements du cœur s'arrêter sur-le-champ, c'est que, très probablement, il n'avait pas pris les précautions nécessaires -pour respecter les pneumogastriques, laisser les plèvres intactes et prévenir l'affaissement du poumon, et par conséquent une mort brusque par asphyxie : tous accidents faciles à éviter en expérimentant sur les animaux solipèdes. D'ailleurs, sur un àne décapité dont la poitrine était ouverte, l'ablation de ces ganglions et par suite la section de tous les filets cardiaques qui en émanent a laissé subsister les contractions des oreillettes pendant plus d'une demi-heure.

La destruction du ganglion cardiaque, lorsqu'il existe, ne suspend pas plus les battements du cœur. Brachet qui les a vus s'arrêter subitement , aussitôt après l'excision de ce ganglion, dont l'existence est d'ailleurs fort contestable, ne s'est point aperçu qu'il tuait ses chiens par le fait de l'affaissement du poumon qui suit l'enlèvement d'une côte et l'ouverture de la plèvre. Mais son erreur n'a trompé que ceux qui, en matière d'expériences, se contentent des résultats bruts, sans s'inquiéter ni de leur valeur, ni des moyens par lesquels ils ont été obtenus.

Enfin, l'anéantissement de toutes les connexions du cœur avec les centres nerveux, les ganglions et les nerfs étrangers à sa substance, n'arrête point ses mouvements et ne modifie pas leur rhythme. Le cœur isolé, séparé même des gros vaisseaux et de ses oreillettes, bat encore pendant un certain temps, ainsi que le savaient déjà les anciens, et comme s'il recelait en lui le principe de son activité si remarquable : il agit alors à la manière de l'intestin privé de son mésentère, de l'utérus, extrait de l'abdomen. Les nerfs ramifiés à sa surface, et disséminés dans son tissu, suffisent à entretenir encore ce reste de contractilité.

1. Brachet, Recherches expérimentales sur les fonctions du système nerveux ganglionnaire. 2*édit., p. 160.

Il y a, en effet, dans le tissu du cœur de nombreux filets nerveux qui présentent à leurs extrémités de petits ganglions dits de Remak. Ces ganglions, situés principalement dans la cloison des oreillettes et à la base des ventricules, paraissent jouer le rôle de centres d'innervation et de coordination, de telle sorte que rhythme des mouvements du cœur pourrait persister tant que l'activité de ces petits centres ne serait point épuisée. Sur le cœur détaché, il subsisterait dans les parties en communication avec les ganglions, et il perdrait sa régularité dans les parties détachées de ces petits organes.

On est allé plus loin. Dans cet ensemble de nerfs et de petits ganglions cardiaques, on a cru trouver un système excitateur et un système modérateur des mouvements. Et cela, dit-on, serait prouvé par l'expérience suivante : Un lien placé sur le sinus veineux d'une grenouille arrête les contractions dans la totalité du cœur. Si alors on détache le ventricule du reste de l'organe, il se remet à battre pendant que l'oreillette, demeurée adhérente au sinus, reste dans l'inaction. Le prétendu système modérateur aurait pour centre les ganglions de l'oreillette; mais c'est là une hypothèse mal assise qui ne peut encore prendre place dans la science.

Ainsi, les mouvements du cœur survivent à la destruction de chacune des parties de l'encéphale et de l'encéphale entier ; ils survivent à la destruction de chacune des régions et delà totalité de la moelle épinière, comme à ladestruclion simultanée de tout le système cérébro-spinal, à la section des nerfs vagues, à l'ablation des ganglions d'oîi émanent les nerfs cardiaques, et à celle de ces nerfs eux-mêmes en dehors de la substance du cœur. Mais ils n'en sont pas moins sous la dépendance de ces diverses parties du système nerveux.

En pesant une à une les données de l'expérimentation, puis en les appréciant collectivement et dans leurs rapports intimes ; enfin, en tenant compte des modifications que les mouvements du cœur éprouvent par l'intermédiaire du système nerveux, dans une foule de circonstances normales ou morbides, on arrive à reconnaître que l'action du cœur, comme celle de tous les organes musculaires, est subordonnée à Tmfluence nerveuse.

D'abord elle dépend de l'encéphale, et en particulier de la moelle allongée, puisque, d'une part, les impressions morales modifient la force et la vitesse de ses mouvements, et que, d'autre part, l'irritation ou la destruction de ces parties les affaiblit d'une manière sensible.

En second lieu, elle dépend de la moelle épinière, commele prouve leur affaiblissement lors de la destruction de cette partie du système cérébro-spinal.

Enfin elle dépend des pneumogastriques qui transmettent au cœur l'influence de l'encéphale, de la moelle allongée et des nerfs ganglionnaires qui, à la fois, lui apportent l'influence de la moelle épinière et leur dispensent celle qui peut dériver de leur propre activité.

Cette dépendance est évidente, quoiqu'elle ne soit pas immédiate comme celle du mécanisme respiratoire, par rapport à la moelle allongée et celle des muscles du squelette relativement à la moelle épinière. A mesure qu'elle s'éteint par la destruction successive des centres nerveux et des cordons qui transmettent au cœur l'influence de ceux-ci, les mouvements cardiaques perdent graduellement

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de leur énergie, la circulation devient de plus en plus languissante, et finit par se suspendre.

Les moyens d'innervation du cceur sont donc multiples et ils paraissent l'être, comme le dit Longet, à cause de l'importance de la fonction que l'organe remplit et des rapports nombreux qui lient celle-ci aux autres.

La raison de l'admirable rliythme cardiaque est, à ce qu'il semble, dans les nerfs et les ganglions qui enlacent et pénètrent de toutes parts l'organe, nerfs et ganglions qui jouissent d'une sorte d'autonomie, puisque, dans le fœtus, le cœur fonctionne régulièrement avant que ses connexions se soient établies avec les centres, et que sur l'adulte son action se continue, bien que ses relations avec les centres soient détruites. Toutefois, il est clair que l'activité de son petit système nerveux est empruntée au système général et que c'estpar cette dernière qu'elle s'entretient et se ravive. Si elle ne persiste pas longtemps sur le cœur détaché c'est que la vitalité de ses petits centres nerveux ne peut s'entretenir, comme le dit M. Vulpian\ sans une excitation et une nutrition qui se suspendent avec l'abord du sang dans leur tissu.

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