‹ Traité de physiologie comparée des animaux considérée dans ses rapports avec les sciences naturelles, la médecine, la zootechnie et l'économie ruraleChapitre 140 sur 310 · DÉSIGNATION DES ARTÈRES · texte numérisé non relu

DÉSIGNATION DES ARTÈRES

Aorte primitive

Aorte antérieure

Tronc brachial droit

Tronc brachial gauche...

Carotide

Humérale

Artère pulmonaire

Bronchique

Aorte postérieure

Cardiaque gauche

Gastriques réunies

Splénique

Hépatique

Mésentérique antérieure.

Mésentérique postérieure

Rénale droite

Iliaque interne

Tronc crural

Grande testiculaire

Utérine

Diamètre intérieur.

niillim.

Aire exprimée en millim.

Rapport de l'aire des artères

comparée à celle de l'aorte.

Le degré de réplétion du système vasculaire a, sur la pression du sang artériel, une influence des plus considérables que Haies a indiquée et mesurée. Pour cela, il notait d'abord la hauteur du san« dans son manomètre, faisait une saignée do quantité connue, prenait de nouveau la hauteur du liquide, après quoi une nouvelle saignée et une nouvelle mensuration, jusqu'à épuisement. Les hauteurs du sang décroissaient après chacune des émissions successives; mais elles ne descendaient point à la tin au-dessous de 2 pieds anglais. Il en a été ainsi dans toutes mes expériences dont je citerai deux seulement.

Numéros

des

mensurations.

Quantité

de sang extraite

avant chaque

mensuration.

Quantité totale

de sang extraite

avant chaque

mensuration.

Hauteur

du sang dans

l'hémodynamo-

mètre.

grani.

Numéros

des

mensurations.

Quantité

de

sang extraite

'avant chaque

mensuration.

Quantité

totale

de sang extraite

avant chaque

mensuration.

Hauteur du sang dans l'hémodynamomètre.

Pendant le calme.

An moment des efforts.

Dans la première, faite sur un cheval très vigoureux et couché, le sang s'élevait avant toute déperdition à 2"", 27. Son niveau baissait de 13 centimètres après une première saignée de 2 kilogrammes, puis de S centimètres après une

seconde saignée de même quantité. Il descendait à 42 centimètres après la dixseptième émission, alors que l'animal avait perdu en somme 25 kilogrammes de liquide.

Dans une autre expérience sur un cheval entier, de trait, du poids de 400 kiloo-rammes, la colonne sanguine qui, avant les saignées, s'élevait à 2™, 02, descendait à 44 centimètres lorsqu'on eut tiré à l'animal 22 kilogrammes de sang en douze émissions successives. Le second tableau de la page précédente donne les hauteurs régulières du sang pendant le calme et les hauteurs observées au moment des efforts musculaires.

Dans une série d'autres expériences la pression s'est montrée décroissante à mesure que le système vasculaire s'est désempli, sans que toutefois la diminution fût, comme Haies l'avait observé déjà, proportionnelle à la somme des évacuations. Le fait aune très grande importance en thérapeutique, et il explique l'influence salutaire de la saignée lorsqu'il s'agit de combattre les congestions, les hémorrhagies et tous'les états morbides qu'engendre la pléthore avec une pression sanguine exagérée.

Il est clair qu'en augmentant la masse du liquide en circulation on accroît la tension que nous venons de mesurer. Un certain temps après le repas, lorsque l'absorption a apporté une grande somme de matériaux dans le système vasculaire, cet accroissement est notable et se traduit par des modifications dans l'état du pouls et la force des contractions du cœur. La transfusion d'une certaine quantité de sang ou même d'eau tiède produit rapidement le même effet.

La tension du sang dans les artères croit aussi par suite de l'énergie avec laquelle le cœur y pousse le fluide, et cette énergie est beaucoup plus considérable sur les sujets vigoureux que sur ceux débilités par le travail, l'âge et les privations. A cet égard toutes mes expériences donnent des résultats concordants. Sur le cheval énergique le sang monte souvent à plus de 2 mètres 1/2 ; il reste fréquemment au-dessous de 2 mètres sur les animaux faibles ou usés. Elle diminue toutes les fois que l'énergie des systoles cardiaques est affaiblie, comme par exemple après la section des vagues, l'emploi de la digitale, l'injection de diverses substances dans les veines, l'usage des purgatifs à haute dose, du nitrate de potasse, etc. Ce sont là des modifications dont l'importance est grande au point de vue de la thérapeutique.

Elle devient plus forte si des obstacles sont apportés à la marche du liquide et à sa répartition uniforme dans les diverses parties du système. Ainsi elle augmente si l'accès du sang est difficile dans quelques organes où il doit en aborder de grandes quantités, car alors la fraction que ces organes devraient recevoir s'ajoute à la masse destinée aux autres. De même si, dans un département vasculaire à artères multiples et en communication entre elles, une ou deux artères viennent à se resserrer ou à s'obstruer, la tension doit nécessairement croître dans les autres. Aussi en liant un certain nombre d'artères dans le mésentère de l'intestin grêle, on provoque aisément l'hyperhémie dans les points dont les artères sont demeurées libres. On conçoit par là comment la compression de quelques artères intestinales, en faisant refluer le sang dans les autres, provoque des congestions et même des hémorrhagies dans les portions dont les

CIKCULATION ARTÉRIELLE. 505

artères demeurent accessibles. Peut-être chez le cheval dont la grande raésentérique se remplit de caillots provoqués par la présence de sclérostomes, l'hyperhémie et les raptus de l'intestin grêle sont-ils dus souvent à celte cause.

La tension artérielle s'accroît encore chez un animal dès qu'on vient à lier une artère un peu volumineuse, l'aorte postérieure, les fémorales, parce qu'alors la quantité de sang augmente en réalité dans les départements libres. L'inflammation produit un elTet analogue. Au contraire, si la perméabilité vasculaire d'une partie devient plus grande, le sang qu'elle appelle en abondance diminue la tension dansle reste. On conçoit par là l'action des révulsifs cutanés ou autres quand il s'agit de diminuer la tension du sang, dans le cas de congestion, sur un organe important, le cerveau, le poumon, par exemple.

La contractilité des artères a une influence énorme sur la pression artérielle, en raison de son rôle au point de vue des variations qu'elle imprime à la capacité de l'ensemble du système artériel ou de ses différentes parties. Lorsque, par suite d'une impression quelconque, directe ou réflexe, les artères se resserrent, surtout dans leurs petites divisions, sur les confins du système capillaire, la diminution de la capacité vasculaire et la gêne qui en résulte pour la marche du sang obligent le cœur à des efforts plus énergiques que dans les conditions opposées : la pression sanguine intra-artérielle croît en raison directe d'une part de la contraction artérielle, d'autre part de la force des systoles du cœur.

Il est possible, dans les conditions expérimentales, de démontrer que la contraction tonique des artères suffit, à elle seule, pour augmenter la pression du sang dans toute l'étendue du système artériel. En effet, sur des animaux dont la respiration est suspendue, soit par l'action du curare, soit par la section du bulbe, on voit les variations se produire comme à l'état normal, et pour montrer qu'elles peuvent être indépendantes de l'action du cœur, on entretient artificiellement la circulation sans le secours de cet organe. C'est du moins ce qui paraît résulter des expériences de Traube et de Hering.

Les divers états de la circulation capillaire influent plus qu'on ne pense sur la tension artérielle. Si le sang traverse aisément les systèmes capillaires dilatés, cette tension diminue et les artères demeurent molles et dépressibles. Dans le cas où le système capillaire est resserré ou seulement embarrassé en une région un peu étendue, les artères se désemplissent moins aisément, deviennent plus tendues. Ainsi par l'effet du froid qui agit sur l'ensemble de la peau, par l'immersion rapide du corps, par l'action de la douche à basse température, le resserrement brusque des capillaires superficiels augmente considérablement la tension artérielle et provoque souvent des contractions cardiaques énergiques, de véritables palpitations, des raptus dans les vaisseaux de l'encéphale. L'engouement d'un système capillaire un peu important peut produire un effet analogue. Au contraire, la dilatation des capillaires sous l'influence d'une douce chaleur, en les rendant très accessibles au sang, produit un effet diamétralement opposé au précédent.

D'un autre côté, les variations dans l'intensité de la poussée que le sang exerce sur les parois artérielles réagissent sur le cœur. Si la tension est très forte dans les artères, la systole ventriculaire est plus prolongée en même temps qu'elle est

plus laborieuse ; la projection du sang dans l'aorte étant plus pénible, se fait avec plus de lenteur. Au contraire, lorsque la tension artérielle est faible, la systole ventriciilaire est plus faible et elle fait, en un temps très court, entrer l'ondée dans l'aorte. Quoique l'augmentation de la durée des systoles cardiaques ait été contestée dans ce cas, comme dans la plupart des autres, d'après les tracés que donnent les appareils enregistreurs, elle me paraît certaine à l'inspection directe de l'organe dans les vivisections; d'ailleurs, en thèse générale, l'allongement des systoles me paraît prouvé par ce fait dont j'ai été souvent témoin, des systoles s'opérant en deux secousses inégales, la seconde destinée à compléter l'évacuation non achevée par la première. J'attache à ce fait une très grande importance, car il me porte à croire que l'ondée sanguine lancée, même par une systole en apparence simple, peut l'être réellement en deux parties non séparées ou sous une forme saccadée.

Les mouvements respiratoires font varier notablement la tension du sang artériel. L'inspiration l'affaiblit, car, par la tendance au vide qu'elle produit dans le thorax, elle diminue la pression exercée sur le cœur et sur les deux troncs aortiques. L'expiration l'augmente, puisqu'elle affaisse le poumon sur le cœur et sur les gros vaisseaux. Aussi, quand on examine avec attention les mouvements du sang dans le tube de Haies, on voit que ses oscillations y sont de deux sortes, les unes en rapport avec les mouvements du cœur, les autres avec les mouvements respiratoires. Il n'est nul besoin d'appareil enregistreur pour les constater et les mesurer. Les oscillations synchrones avec l'ampliation ou le resserrement du thorax sont peu marquées si la respiration est calme ; elles acquièrent de l'amplitude proportionnellement à l'exagération de ces mouvements. Dans tous les cas, comme il y a successivement accroissement et diminution, les différences se compensent.

C'est au moment des efforts violents que la pression artérielle éprouve l'augmentation la plus considérable. Alors, comme la glotte est fermée, l'air du thorax presse fortement et sur le cœur et sur les grosses artères. Il suffit d'un simple déplacement de l'animal, comme Haies l'avait déjà vu, pour élever sensiblement la colonne sanguine dans le manomètre. Le déplacement d'un pied, l'action de se débattre augmente la hauteur de la colonne sanguine de 20, 30, 50 et même 60 centimètres, c'est-à-dire parfois de plus d'un quart. C'est dans ces conditions que les palpitations surviennent, que les anévrysmes se rupturent. La difficulté que le sang éprouve à entrer dans l'aorte peut même être telle qu'elle entraîne un arrêt momentané dans l'action du cœur, arrêt que j'ai noté plusieurs fois, comme divers expérimentateurs.

L'accroissement de pression résultant des efforts violents est très bien supporté par les parois artérielles tant qu'elles conservent leur épaisseur et leurs propriétés normales, car elles offrent à l'expansion une résistance énorme. Wintringham a constaté que les plus épaisses,;celles de l'aorte, de l'iliaque, de la crurale ne se déchiraient que sous une pression de 4 atmosphères, soit l'équivalent de celle d'une colonne de sang de 38 à 39 mètres. Leur rupture n'exige pas une pression si forte sur les cadavres qu'on injecte, ni sur l'animal vivant. On voit parfois l'aorte se déchirer à son origine, sur le cheval, sous l'influence des efforts très violents.

Diverses modifications dans l'état de l'organisme peuvent faire varier la pression artérielle en réagissant, soit sur le cœur, soit sur les vaisseaux par l'intermédiaire du système nerveux. Ainsi depuis longtemps Magendie a constaté que l'excitation d'un nerf sensitif l'augmente en même temps qu'elle accélère les battements du cœur, et Bernard a, plus tard, vérifié le fait qui n'est point contesté. Les impressions qui donnent lieu au resserrement des petits vaisseaux aboutissent au même résultat, môme dans des circonscriptions assez restreintes du système vasculaire. On dit s'en être assuré, par exemple, à la suite de l'ingestion de la glace qui détermine subitement une augmentation de pression par suite du resserrement des petites artères du système abdominal.

La tension du sang artériel a été considérée pendant longtemps, à partir des recherches de Poiseuille, comme étant uniforme dans toutes les parties du système, quelle que soit leur distance du cœur. En effet, tant qu'on expérimente sur des artères d'un certain calibre on la trouve sensiblement égale dans toutes. Cependant Volkraann, et plus récemment Bernard ont cru la voir diminuer d'un vingt-cinquième et souvent d'une fraction plus considérable dans les artères très éloignées du cœur, comme, par exemple, celles du pied. M. Marey a également constaté cette décroissance de pression à mesure que les artères s'éloignent du cœur et il a vu quelle est d'autant plus faible que les capillaires sont plus resserrés. Mafs, la diminution constatée n'a été ni en rapport avec la distance entre le cœur et le point observé, ni avec l'atténuation du vaisseau. Aussi, suis-je porté à l'attribuer souvent à des causes étrangères, telles que la dénudation du vaisseau, la lésion des collatérales, etc., qui ont un effet plus marqué sur les petites que sur celles d'un grand calibre.

Quoi qu'il en soit, à cet égard, les oscillations subies par la pression artérielle sous l'influence de l'action du cœur, des mouvements respiratoires et des efforts s'affaiblissent d'autant plus qu'on se rapproche davantage des capillaires. Leur étendue se restreint à mesure que le cours du liquide perd son caractère saccadé.

Dans le système artériel pulmonaire la tension du sang est, comme nous l'avons déjà vu en déterminant la force impulsive du cœur, beaucoup moindre que celle du sang aor tique. Butner, en 1853, l'a trouvée égale au tiers de cette dernière chez le chien, au quart chez le lapin, au cinquième chez le chat, mais cet expérimentateur, qui coupait les nerfs vagues, ouvrait largement le thorax et établissait une respiration artificielle pour déterminer les pressions, ne pouvait obtenir des résultats exacts. En 1864, par un procédé qui consiste à adapter un manomètre à l'artère pulmonaire, en passant par une petite ouverture de l'abdomen et du diaphragme, sur l'animal vivant, je l'ai mesurée dans les conditions les plus variées ^ Le sang de l'artère pulmonaire , sur treize animaux de vigueur moyenne, s'est élevé aux hauteurs suivantes dans les moments de calme parfait : Sur le premier, à 0«',32; sur le deuxième, à 0'°,33; sur le troisième, à0°',36; sur le quatrième, à 0™,37 ; sui- le cinquième, à 0'",43 ; sur le sixième, à 0'",48 ;

1. G. Colin, Recherches expérimentales sur la circulation pidmonaire et sur les différences d'action qui existent entre les cavités droites et les cavités gauches du cœur [Comptes rendus de V Académie des sciences, 5 décembre 1864).

sur le septième, à U'^jS'i; sur le huitième, à 0"',o9; sur le neuvième, à O^jGl. Conséquemment, la tension moyenne du sang dans l'artère pulmonaire est, sur le cheval, tout au plus le quart ouïe cinquième de celle du sang aortique. Ce qui distingue essentiellement cette tension, c'est son extrême mobilité et les variations très étendues qu'elle éprouve sous l'influence des mouvements respiratoires et des efforts.

D'abord le mécanisme respiratoire l'accroît ou la diminue sans cesse, lui fait éprouver des oscillations qui correspondent, par leur étendue, à l'ampleur des mouvements du thorax. Déjà, dans le système aortique, la pression augmente lors de l'expiration et diminue dans l'inspiration, quoique les parties centrales de ce système éprouvent seules l'influence de la dilatation ou du resserrement de la poitrine. Il n'est donc pas étonnant que le système des vaisseaux pulmonaires, tout entier confiné dans le thorax, au sein d'un organe tour à tour dilaté et resserré, ressente à un plus haut degré l'influence de ces alternatives d'ampliation et de resserrement. Lors de l'inspiration, le sang circule dans des vaisseaux dilatés et se trouve à son minimum de tension; au moment de l'expiration, il progresse dans des vaisseaux affaissés, resserrés, sinueux ; sa tension y arrive au maximum et elle exige, de la part du cœur droit, une projection plus énergique. Cependant les oscillations subordonnées aux mouvements respiratoires ne sont pas toujours très prononcées, et notamment dans le cas où la respiration est accélérée, d'autant que l'influence exercée par chaque temps de la respiration sur la tension du sang ne s'éteint pas immédiatement, ou, en d'autres termes, que la diminution de pression produite par l'inspiration se prolonge sur l'expiration, et réciproquement.

Dans tous les cas, ce qui prouve péremptoirement que les différences de pression subordonnées aux mouvements respiratoires sont réelles, c'est leur exagération très marquée par le fait des efforts, exagération dont les nuances sont nettement accusées par le manomètre. Dès que ces efforts viennent à se produire, on voit, en effet, la hauteur du sang s'élever subitement dans le tube manométrique. De 30 centimètres, par exemple, elle atteint 40, 50, 60, 80 centimètres, 1 mètre, 1"',15, l'",20, soit la moitié et plus de la hauteur du sang aortique. Elle ne se maintient à ce degré qu'un instant ou bien pendant de longues périodes suivant le caractère ei la durée des efforts. Voyez, page suivante, un exemple de ce dernier cas que je mets en regard des oscillations du sang artériel, sur un cheval très vigoureux.

En résumé, la pression du sang dans le système artériel pulmonaire est, en moyenne, à peu près égale au cinquième de celle du sang des artères aortiques.Elle est extrêmement influencée par les mouvements du thorax et par les causes diverses qui modifient le rhythme de la respiration. Ainsi, elle diminue au moment de l'inspiration et augmente lors de l'expiration d'une manière très marquée. Par le fait des efforts, elle peut atteindre et même dépasser un chiffre double de celui qui représente son intensité normale : dans ces conditions, elle égale le tiers et jusqu'à la moitié de celle du sang aortique. Au delà de ces limites, elle ne serait plus compatible avec le degré de résistance des minces parois artérielles du poumon, surtout au niveau de leurs petites divisions, dans

les lobules et les dernières ramifications bronchiques. C'est là qu'a lieu, en effet, la rupture des artérioles sous l'inlluence des efforts qui élèvent la pression du sang à son maximum.

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