‹ Traité de physiologie comparée des animaux considérée dans ses rapports avec les sciences naturelles, la médecine, la zootechnie et l'économie ruraleChapitre 145 sur 310 · CHAPITRE LYIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE LYIII

Le sang, pour passer des artères dans les veines, doit traverser des vaisseau \ extrêmement déliés formant ce qu'on appelle les capillaires. Avant de rechercher les caractères de son cours dans ces petits vaisseaux, il convient de rappeler leur disposition, leur structure et leurs propriétés.

Les artères, en se subdivisant à l'infini dans les tissus, donnent des ramifications qui deviennent invisibles à l'œil nu avant de former les très fins canalicules auxquels on réserve le nom de capillaires. Ceun-ci sont très déliés dans le tissu nerveux, dans les muscles et le poumon, oi!i leur diamètre a été évalué cà quelques millièmes de millimètre; ils sont un peu plus larges dans les muqueuses, où ils peuvent atteindre 1 centième de millimètre; leurs dimensions sont plus grandes encore dans le tissu des os et de quelques autres parties.

Tous ces petits vaisseaux forment dans les artérioles et les veinules, des réseaux à mailles serrées dans les parties qui consomment beaucoup de sang, soit pour leur nutrition, soit pour les sécrétions, et des réseaux à mailles larges dans celles dont la nutrition est peu active. Ainsi, des réseaux très serrés se trouvent, d'après Millier, au pancréas, à la choroïde, à l'iris, au rein, au foie, à

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la peau et aux muqueuses. Là, leurs mailles n'ont suuvont pas i)lus tlétendue que le diamètre d'un capillaire : elles sont très larges dans les cartilages, les os et les parties libreuses. L'aspect et les formes des réseaux varient, comme leurs dimensions, suivant les tissus. Dans le tissu conjonctif, les séreuses, les parties libreuses, les membranes tégumentaires, leurs mailles sont régulières, polygonales, d'une largeur de 3 à 5 Ibis celle du diamètre des vaisseaux. Dans le tissu adipeux, les mailles entourent les vésicules; dans les glandes elles circonscrivent les granulations; elles s'allongent dans les muscles suivant la direction des libres. Leur disposition est très variée à la choroïde, à la rate et à quelques autres organes et elle doitl'ètre pour faciliter la distribution régulière du [)lasma aux éléments anatomiques. Les injections fines montrent, en elîet, que ces vaisseaux forment des treillages arrondis autour des lobules, des acini glandulaires, des alvéoles du poumon, — des cônes autour des papilles cutanées ou muqueuses — des cylindres à l'extérieur des faisceaux musculaires, — des sortes d'arborisations, de guipures étalées, dans la peau, les muqueuses et les autres membranes. Dans tous les cas, les capillaires ne pénètrent jamais les éléments anatomiques, ni la libre, ni la cellule; ils les entourent simplement, les enlacent, les côtoient, sïnsinuent dans leurs interstices, et c'est là une particularité qu'il ne faut pas perdre de vue dans l'étude de la nutrition et des sécrétions.

Dans les,réseaux capillaires, quelle qu'en soit la forme, tous les canaux n'ont pas un diamètre uniforme. Les uns permettent à plusieurs séries de globules de marcher de front ; d'autres n'en laissent passer qu'une seule file ; quelques-uns même, d'après Krause, Doyère, de Quatrefages, seraient trop fins pour admettre des globules et ne laisseraient pénétrer que du plasma. Dans la cornée, ils auraient ce caractère ; mais Kolliker regarde ceux-ci comme des capillaires sanguins resserrés et presque oblitérés.

Les réseaux capillaires n'existent pas seulement dans les parties qui ont des vaisseaux visibles à l'œil nu ; ils se montrent même dans celles qui sont tout à fait transparentes, comme les séreuses, la conjonctive, la cornée lucide.

Indépendamment des capillaires proprement dits, il paraît y avoir entre les artères et les veines, des tubes plus larges, non réticulés, établissant des communications plus directes et plus faciles entre les deux ordres de vaisseaux; mais ceux-ci manquent dans les parties dont les systèmes capillaires sont très déliés. L'absence de ces communications directes, dans un grand nombre de tissus et d'organes, y rend plus faciles les obstructions dues aux embarras de la circulation.

Une des questions les plus controversées de l'histoire des capillaires est celle de leur structure. Dans les fines artérioles devenues invisibles à l'œil nu et déjà plus ténues que des cheveux, il existe une tunique à libres élastiques et à fibres contractiles, puis une membrane interne, toutes les deux fort distinctes; mais au delà et dans les canaux qui forment les réseaux ou les capillaires véritables l'artériole se dépouille de ses couches fibreuses et contractiles ; il ne reste au capillaire qu'une membrane hyaline, transparente, homogène, semée de granulations allongées, quelquefois saillantes à l'extérieur, ressemblant aux noyaux des faisceaux musculaires, noyaux peu nombreux dans les plus fins et multipliés dans les gros capillaires. En dedans de cette membrane, où à sa place se trouve,

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d'après les recherches les phis récentes d'Auerbach, Éberth, etc, une couche épithéliale formée de cellules, tantôt polygonales, tantôt à contours festonnés. Ces cellules sont pavimenteuses. pourvues d'un noyau, d'un contenu granuleux, protoplasmique; elles sont unies ensemble par une matière intercellulaire qui en fait une membrane regardée par les uns comme absolument continue et par les autres comme pourvue de pores ou d'ouvertures analogues aux stomates des épithéliums végétaux, aussi n'est-il plus permis d'admettre que les petits canaux sanguins soient des tubes sans parois ou de simples trajets creusés dans la trame des tissus. Bailleurs leur structure se moditie par l'addition de nouveaux éléments à mesure que les capillaires se rapprochent des artérioles et des veinules et c'est à cause de ces modifications même qu'on les a distingués en plusieurs ordres. Dans tous les cas les parois des capillaires sont rétractiles et élastiques, et leur élasticité tient lieu de la contractilité dans les points où celle-ci n'existe pas encore.

Il ne faut pas oublier, au point de vue physiologique, que si telle est la structure des capillaires dans les parties les plus éloignées des deux grands systèmes vasculaires, les dernières artérioles et les premières veinules, ou l'ensemble des petits vaisseaux qui circonscrivent les réseaux, possèdent plusieurs tuniques et des tuniques contractiles. Aussi, à cause de cela, ces petits vaisseaux, qui doivent être physiologiquement considérés comme des capillaires, jouent un rôle important dans les phénomènes de la circulation. Ce sont ces petits vaisseaux à plusieurs tuniques qui peuvent surtout imprimer de nombreuses modifications au mouvement du sang dans leur intérieur. Les réseaux à minces parois et à perméabilité extrême opèrent surtout l'irrigation sanguine , et facilitent les échanges entre le sang et les éléments des tissus.

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