‹ Traité de physiologie comparée des animaux considérée dans ses rapports avec les sciences naturelles, la médecine, la zootechnie et l'économie ruraleChapitre 148 sur 310 · Vulpian, Leço7is sur l'app. vaso-moteur, t. I^^, p · texte numérisé non relu

Vulpian, Leço7is sur l'app. vaso-moteur, t. I^^, p

conséquent, jusqu'à réalisation de l'anémie des tissus, anémie qui entraînerait quelquefois la suspension de l'action ou la paralysie des tissus et, conséculivement, des organes, C'est de cette façon, dit-on, que serait déterminée parfois l'arrêt des mouvements du cœur et de certains autres organes contractiles. Souvent cette influence s'exerce par action réflexe. Les émotions, par exemple, font pâlir le visage de l'homme, quand elles donnent lieu ù une contraction des petits vaisseaux du derme; elles le font rougir, au contraire, si elles provoquent un relâchement. Peut-être les corps froids appliqués sur la région du cou arrêtent-ils l'épistaxis en donnant lieu à une action réflexe de ce genre.

La contraclilité des capillaires joue un rôle analogue à celle des artères. D'abord elle laisse les voies larges ou les restreint, suivant qu'il faut augmenter ou diminuer l'irrigation sanguine des tissus; puis elle ajoute une impulsion supplémentaire à celle que le sang a reçue dans le cœur et qui est déjà très affaiblie à l'entrée des petits vaisseaux. Elle donne au système capillaire la fonction d'un cœur périphérique. Étant resserré ou à l'état de systole, il entrave le passage du sang; dilaté, au contraire, il le rend plus facile. Ainsi il règle l'abondance et la vitesse de l'afflux sanguin dans les diverses parties, et, sous ce rapport, son rôle devient extrêmement important dans les actes de la nutrition et des sécrétions.

La contraction des petits vaisseaux n'augmente pas seulement l'impulsion du sang; elle modifie la rapidité de sa marche. Dans un capillaire isolé, le resserrement accroît peut-être la vitesse; les globules qui marchent avec lenteur, sur plusieurs rangs, semblent devoir progresser plus vite une fois qu'ils se placent à la file les uns des autres. Mais dans un petit système, celui d'un organe isolé, tel que le rein, le foie, le resserrement doit diminuer le débit des artères dans les veines, et la dilatation doit forcément l'accroître. En d'autres termes, la masse du sang qui, en un temps donné, passe à travers un petit système capillaire, se réduit dans le même rapport que le calibre des vaisseaux. La couche stagnante du plasma paraît devoir, en etlét, ralentir d'autant plus la marche du liquide que les canaux deviennent plus ténus. Ainsi, daprès Poiseuille, si un vaisseau de 1 centième de millimètre laisse, en un temps, donné passer 16 volumes de liquide, un vaisseau de 1 deux-centième n'en laissera plus passer dans le même temps qu'un seul volume. Pour les vaisseaux d'un calibre donné, le ralentissement croît avec la longueur, d'où il suit que l'écoulement est en raison inverse de l'étendue des canaux ^

Si le débit des capillaires est en partie subordonné au calibre de ces vaisseaux, ce débit, à son tour, contribue largement à régler celui des artères. Aussi la tension du sang artériel diminue et le pouls devient fréquent dès que le sang passe en grande quantité des capillaires dans le système veineux, ou, en d'autres termes, dès que le débit des petits vaisseaux approche de son maximum.

Le cours du sang dans les capillaires est encore influencé par une foule de causes extérieures dont l'action est beaucoup moins sensible ou nulle sur la circulation, soit artérielle, soit veineuse. Parmi ces causes, les unes resserrent, les autres dilatent les petits vaisseaux, et c'est par suite du resserrement, ou de la

1. Poiseuille, Recherches sur le mouv. des liq. dans les tubes de i^etit diam. {Mem. des sac. éfrcmg., t. IX).

dilatation plus ou moins prononcée et plus ou moins durable que la circulation capillaire est modifiée.

L'air froid que Cullen regardait comme l'un des astringents les plus énergiques, l'eau froide, la glace rétrécissent très rapidement les petits vaisseaux, font pâlir les parties, y diminuent l'abord du sang et y rendent son mouvement plus lent et plus difficile. Parfois même ces agents arrêtent le cours du liquide dans un certain nombre de petits vaisseaux. Poiseuille pensait qu'ils augmentaient l'épaisseur de la couche de sérum et son adhérence avec les parois capillaires. Diverses excitations physiques, les piqûres notamment, les resserrent pour un instant ; les astringents, tels que l'alun, l'acétate de plomb, en diminuent le diamètre d'une manière plus ou moins durable. Mais une fois que ces agents cessent d'agir ou même après que leur action a un peu duré, il se pj-oduit une réaction caractérisée parle retour des vaisseaux à l'état normal, et souvent par une dilatation exagérée, car la contractilité s'épuise dès qu'elle a été un peu prolongée, et le relâchement est d'autant plus étendu et plus durable que la période de resserrement a été plus longue. On sait, en effet, que les phlegniasies des muqueuses des voies respiratoires sont d'autant plus violentes que Faction du froid sur elles a été plus soutenue.

D'autres causes produisent un effet inverse. La chaleur dilate considérablement les petits ^vaisseaux et diminue probablement l'adhérence de la couche de sérum avec les parois vasculaires. Aussi elle accélère beaucoup la circulation dans les capillaires. Les rubéfiants, les sinapismes, produisent un résultat analogue. Le chlorure de sodium les dilate promptement, mais comme il agit chimiquement sur les globules, il les fait adhérer aux parois et peut donner lieu à des embarras circulatoires. Le nitrate de potasse, l'iodure de potassium qui exagèrent, dit-on, la dilatation, rendent le cours du sang plus facile.

Divers agents chimiques associés au sang pourraient ralentir le cours de celiquide, sans modifier l'état des vaisseaux capillaires. Ainsi le chlorure de sodium, le sulfate de potasse, le sulfate de soude, les carbonates alcalins produisent cet effet dans les tubes très lins,' d'après Poiseuille. Mais il n'est pas sur qu'ils agissent de la même manière sur les vaisseaux.

Les différents états du sang doivent aussi, sans doute, exercer une influence sur la circulation capillaire. L'augmentation dans la quantité des globules, en rendant ce liquide plus dense et plus apte à adhérer à la couche immobile de plasma, ralentit quelque peu son cours dans les très petits vaisseaux. Les divers états chimiques du sérum exercent peut-être une action analogue, car Poiseuille a vu dans les tubes capillaires passer certaines solutions plus vite que d'autres.

Quelques conditions physiologiques ou morbides peuvent apporter encore de très notables changements dans l'état des systèmes capillaires. Ainsi, lors du frisson qui marque le début de la fièvre ou qui résulte de certaines émotions, le système capillaire périphérique semble resserré, et les artères doivent être très remplies. Au contraire, lors de la réaction, alors que la chaleur revient à la peau, le système capillaire des téguments se dilate et s'injecte fortement. Il est clair que la pâleur, le refroidissement des parties tient à l'affaissement des capillaires,

à la diminution de l'abord du sang, au ralentissement de son cours, tandis que le gonflement, l'expansion des tissus, la coloration du tégument, l'élévation de la température résultent d'un afflux sanguin plus considérable et, partant, d'une accélération dans le cours du liquide.

Ces alternatives de pâleur et d'injection des systèmes capillaires se reproduisent dans tous les organes sous l'influence du repos ou du travail fonctionnel. La muqueuse de l'estomac, le tissu des glandes salivaires, du pancréas, sont pâleg lors de l'inaction ; ils rougissent quand ces parties arrivent à la période de sécré' tion .

L'irritation qui aboutit à l'iiypérémie et à l'état inflammatoire dilate les vaisseaux capillaires. Dès le début de cet état, ces vaisseaux renferment une grande quantité de sang; mais on ne sait pas bien si l'afflux exagéré dont ils sont le siège est la simple conséquence de leur dilatation, ou si elle résulte d'un accroissement d'impulsion donnée au liquide par la contraction des artérioles voisines des capillaires. Dans tous les cas, après la période congestive, la marche du sang se ralentit, s'embarrrasse et finit par s'arrêter. Sous l'influence de ce qu'on appelle l'inflammation, l'état des capillaires, de leur contenu et les propriétés de leurs parois se modifient. Les globules tendent à adhérer entre eux, le plasma à se coaguler, les cellules épithéliales des parois à se désagréger; aussi, dit-on depuis les observations de Cohnheim, que les globules blancs s'échappent à travers ces parois, soit par des solutions de continuité, soit par le mécanisme sarcodique dont il sera question à propos de la nutrition et des sécrétions.

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