‹ Traité de physiologie comparée des animaux considérée dans ses rapports avec les sciences naturelles, la médecine, la zootechnie et l'économie ruraleChapitre 147 sur 310 · IL — FORCES MOTRICES DU SANG DANS LES CAPILLAIRES · texte numérisé non relu

IL — FORCES MOTRICES DU SANG DANS LES CAPILLAIRES

Le mouvement du sang dans les capillaires résulte de l'impulsion du cœur, de la réaction élastique des artères, delà contractilité des artérioles voisines des réseaux et peut-être aussi de la contractilité propre des capillaires. De ces diverses forces, celle du cœur est certainement la principale; les autres sont additionnelles et destinées à imprimer aux courants sanguins de très nombreuses moditications.

L'impulsion du cœur, que Harvey et Spallanzani regardaient comme la seule force motrice du sang dans les vaisseaux, est bien évidemment la puissance capitale de la progression de ce fluide dans les capillaires. La circulation capillaire est active^ rapide, lorsque les contractions du cœur sont énergiques; elle est saccadée, intermittente, lorsque ces contractions, affaiblies, ne s'eiTectuent qu'à de rares intervalles ; elle devient oscillante sur les animaux très affaiblis ou mourants ; enfin, elle se suspend presque immédiatement après la mort. Il est vrai» cependant, que la circulation capillaire continue encore quelques instants, chez les batraciens, après l'interruption du cours du sang dans l'artère principale d'un membre , et qu'enfin elle a lieu chez les animaux inférieurs dépourvus de cœur. Mais ces particularités ne nous permettent pas d'admettre que la circulation capillaire est indépendante de l'impulsion du cœur. En effet, si le mouvement du sang persiste pendant un certain temps dans la membrane interdigitale de grenouilles auxquelles on vient d'enlever le cœur ou de lier toutes les artères du membre postérieur vers le bassin, ce mouvement, lent, irrégulier, bientôt éteint, dérive de ce que les artères, pleines de sang au moment de leur ligature ou de l'ablation du cœur, reviennent sur elles-mêmes en vertu de leur élasticité et se vident de la plus grande partie de leur contenu, qu'elles poussent dans les capillaires et dans les veines, comme cela arrive, du reste, au moment de la mort et quelque temps après sur tous les animaux. Enfin, si la circulation des animaux inférieurs s'opère sans l'intervention du cœur, il y a certaines parties du système vasculaire qui, par la contractilité dont elles jouissent, impriment aux liquides une impulsion équivalente à celle du cœur.

A l'impulsion énergique développée par le cœur s'ajoute incontestablement celle qui résulte de l'élasticité et de la contractilité des artères. La réaction élastique qui s'opère à la suite de la systole du cœur, en augmentant la tension du sang artériel, le pousse uniformément vers les capillaires ; de plus, la contraction plus ou moins forte des petites artères dont les parois présentent beaucoup de fibres musculaires accroît l'impulsion à divers degrés, suivant les circonstances.

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L'élasticité artérielle régularise le déversement du fluide sanguin dans les capillaires, fait perdre au courant le caractère saccadé et intermittent qu'il a encore dans les artères. La contractilité, à son tour, en donnant à la poussée du sang vers les petits vaisseaux une énergie subordonnée aux besoins de la circulation, contribue, pourune large part, à rendre les divers départements vasculaires, jusqu'à un certain point, indépendants les uns des autres.

Ces trois causes additionnées : impulsion cardiaque, élasticité et contractilité artérielle, en soumettant le sang à une pression considérable dont nous avons vu précédemment le degré et les variations, suffisent à le faire progresser dans les capillaires. C'est par la pression à laquelle ce liquide est soumis qu'il entre dans le système capillaire, ne pouvant rétrograder dans les artères, à cause de l'occlusion des valvules sigmoïdes et des poussées successives vers la périphérie résultant des systoles cardiaques. C'est par cette même pression qu'il parcourt toute l'étendue des petits vaisseaux et qu'il pénètre dans les veines chargées de le ramener à son point de départ.

Évidemment, la pression du sang, à son entrée dans les capillaires, est encore à peu près celle qu'il supporte dans le système artériel ; mais elle doit rapidement décroître en raison de l'excès de capacité des petits vaisseaux par rapport aux grosses artères. Aussi l'impulsion qui en dérive s'atténue d'une manière progressive. Elle s'affaiblit encore par le fait des frottements des petites colonnes sanguines sur les parois vasculaires, de l'adhésion de ces colonnes de globules avec le sérum plus ou moins visqueux qui enduit l'épithélium sous forme de couche immobile. D'ailleurs cette pression éprouve des fluctuations incessantes. Elle augmente par l'action de toutes les causes qui compriment les vaisseaux ou qui les resserrent, par la contraction du muscle, par le froid, etc. Elle diminue par le fait de la chaleur qui les relâche etles dilate, sous l'influence des agents qui provoquent l'atonie de tous les tissus contractiles à un degré quelconque, etc.

La contractilité dont on suppose doués les capillaires a été considérée comme une cause du mouvement du sang dans les vaisseaux; mais cette contractilité estelle réelle? Et dans l'affirmative, quelle part peut-elle prendre à la circulation?

Bichat, qui soutenait que le sang, une fois parvenu dans les capillaires, était soustrait à l'action impulsive du cœur, faisait jouer un grand rôle à la contractilité organique insensible de ces vaisseaux. Pour lui, cette contractilité était l'unique cause du mouvement du fluide sanguin dans les vaisseaux intermédiaires aux artères et aux veines ; l'impulsion unique et uniforme du cœur s'arrêtait aux systèmes capillaires. D'après ses idées, la contractilité, mise en jeu avec plus ou moins d'intensité, imprimerait une foule de modifications au cours du sang dans les diverses parties ; elle rendrait à elle seule la circulation plus rapide à la peau lors d'une transpiration abondante, d'une irritation vive, dans les glandes, au moment de l'hypersécrétion, et enfin plus accélérée dans tels tissus que dans tels autres pour les besoins de la nutrition. Bichat, sans avoir suffisamment prouvé la contractilité des capillaires, en fait donc une force motrice puissante; mais sa grande erreur est d'atti'ibuer à elle seule le mouvement du sang dans les petits vaisseaux.

Les modernes s'accordent peu sur l'existence de la contractilité des capillaires.

Magendie et Poiseuille la nient formellement, en s'appiiyant sur des expériences peu concluantes; d'autres l'admettent sans pouvoir s'entendre sur ses caractères. L'observation microscopique fait voir clairement que les capillaires sont susceptibles d'éprouver tour à tour un resserrement et une expansion plus ou moins considérables, de manière à devenir, à certains moments, assez larges pour laisser passer plusieurs globules de cliamp, et à d'autres assez étroits pour n'en admettre qu'un seule fdc. Ainsi le froid et les irritations mécaniques déterminent un resserrement lent, qui, à la vérité, porte principalement sur les fines artérioles et les premières veinules fonctionnant d'ailleurs comme les véritables capillaires. Elle se comprend dans ces petits vaisseaux, parce qu'ils ont plusieurs tuniques et des fibres musculaires lisses, mais elle s'explique plus difficilement dans les autres. En effet, on ne voit pas bien comment les parties centrales du système capillaire , réduites à des parois simplement épithéliales , pourraient éprouver des alternatives de contraction activeet de relâchement, à moins que le contenu protoplasmique des cellules épithéliales, que la paroi même de ces cellules ne jouisse d'une contractilité sarcodique tenant, à un certain degré, lieu de la contractilité musculaire. En tout cas, les contractions que Éberth, Stricker et d'autres ont cru observer sur les animaux inférieurs, sur les larves de batraciens, doivent être peu marquées, si elles sont réelles. M. Vulpian ne les a jamais vues dans ses nombreuses recherches sur les grenouilles ; mais elles ont pour équivalents, ou à peu près, les resserrements dus à des causes diverses et qui se lient à ceux des autres parties du système vasculaire. Quoi qu'il en soit, à cet égard, comme les artérioles et les veinules les plus ténues qui confinent les véritables capillaireSj'sont manifestement Contractiles, elles semblent dispenser ceux-ci de l'être, et le résultat définitif est sensiblement le même.

La contraction des petits vaisseaux n'est ni péristaltique, ni rhythmique; elle peut s'opérer sur une grande étendue à la fois, sur une région entière ou sur un point circonscrit, donner lieu à un rétrécissement à la suite duquel est une dilatation. Cette contraction peut être mise en jeu très rapidement, au point de faire pâlir les tissus, de les rendre presque exsangues en un instant, comme cela arrive à la peau sous l'impression brusque du froid ou par le fait d'une émotion un peu vive. Elle s'affaiblit et s'épuise également très vite : aussi à la contraction succède un relâchement d'autant plus considérable et plus prolongé que le resserrement a été porté plus près de ses limites.

La contractilité des capillaires du plus grand diamètre ou de ceux qu'on pouri-ait appeler les capillaires artériels et veineux, est sous la dépendance du système nerveux et elle peut, comme celle des artères, ressentir manifestement l'influence de ce système. Il a été prouvé, il y a long-temps, que la galvanisation des filets du sympathique qui se rendent à la sous maxillaire fait resserrer, sinon les capillaires, au moins les petits vaisseaux de cette glande. La galvanisation du filet cervical fait contracter aussi très visiblement les vaisseaux de l'oreille du lapin, et en restreint l'hémorrhagie s'ils sont blessés. On admet que les vaso-moteurs peuvent faire resserrer les petits vaisseaux jusqu'à effacement de leur cavité, par

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