Haies, Hœmastatique Exp., XXII, p
blisscnt entre elles. 11 l'est aussi d'une manière très remarquable sous l'inlluence des mouvements respiratoires.
Les valvules veineuses, découvertes en 1574 par Fabrice d'Aquapendente, jouent un rôle important dans la circulation du sang noir. Cependant elles ne sont point indispensables, car elles manquent en beaucoup de points du système veineux. On n'en trouve pas, en ell'et, dans le tronc des veines caves antérieure et postérieure, dans celui de la veine porte depuis l'anneau du pancréas, dans les veines sus et sous-bépatiques, dans les veines pulmonaires ^ Elles existent dans les veines sous-cutanées, dans celles du tronc, des membres et des viscères. Gbez le cbeval j'en ai compté sept rangs à la jugulaire, de deux cbacun, et non de trois, comme on le dit dans les traités sur l'anatomie des animaux domestiques, depuis le golfe jusqu'à la jonction de la faciale avec la glosso-faciale ; six rangs dans celle-ci, à partir de l'extrémité de l'épine maxillaire; buit rangs dans l'huméi'ale, dix dans la veine de l'ars, quatorze dans la radiale interne superficielle; dix-sept dans la sous-cutanée tboracique, dont l'extrémité antérieure est souvent comprimée entre l'épaule et les parois costales. On en trouve vingt-trois dans la saphène, six dans la fémorale; il y en a même dans le cheval à l'entrée de l'éraulgente, dans laquelle on a admis un reflux particulier, d'abord un large repli semi-lunaire libre en avant et placé sur le même plan que la paroi de la veine cave, puis, plus en dehors encore, une ou deux valvules assez larges. Elles sont fort nombreuses dans les veines sinueuses du fourreau, dans les veines abdominales, etc. ; beaucoup moins dans les cardiaques, les ovariennes, les utérines, les gastriques, la splénique, la grande et la petite mésaraïque.
Ces replis demi-circulaires de la membrane interne, disposés le plus souvent deux à deux et très rarement trois à trois, ont leur bord adhérent convexe tourné du côté des capillaires et inséré sur une partie qui devient saillante, sous forme de bourrelet, quand le vaisseau est très dilaté ; leur bord libre regarde vers le cœur. Dans les circonstances ordinaires, c'est-à-dire lorsque le cours du sang s'opère librement vers le cœur, dans la veine modérément remplie, les valvules sont très rapprochées de ses parois internes, ou même en contact avec elles. Au contraire, lorsque le sang éprouve quelque difficulté à progresser vers le centre et que la veine se distend, les valvules s'éloignent des parois, s'inclinent l'une vers l'autre, se rapprochent et forment ainsi des cloisons qui s'opposent, dans certaines limites, au reflux du sang des troncs vers les radicules. La rétrogradation n'est généralement pas empêchée d'une manière absolue, car les valvules d'une même paire viennent rarement se mettre en contact l'une avec l'autre par leur bord libre, au point de fermer entièrement la lumière du vaisseau elles laissent presque toujours au centre un léger écartement par lequel une petite quantité de sang peut refluer vers les radicules.
Il est à noter que les valvules sont très grandes au point où une branche s'abouche dans un tronc où à la jonction de deux ou d'un plus grand nombre de grosses veines. Souvent alors elles se présentent sous la forme de grandes lames
1. Haller en indique dans les veines pulmonaires du .ihien et du mouton, Mayer dans celles du bœuf, Lauth dans celles de l'homme. Je n'ai pu jusqu'ici en reconnaître l'existence.
semi-lunaires qui se détachent des éperons résultant de la jonction des deux veines, comme on en voit de très beaux exemples à la réunion des deux jugulaires et des humérales avec la veine cave antérieure. Ces lames se trouvent là si longues, chez le cheval, par exemple, que les liquides poussés dans la jugulaire ne passent pas immédiatement et avec facilité dans les brachiales ; ils n'y refluent qu'après une certaine distension de la veine cave antérieure.
Les valvules quand elles existent dans les anastomoses des veines, alîectent une disposition telle que le sang peut passer d'une veine dans l'autre, ou marcher dans une môme veine suivant deux directions opposées. Ainsi la mammaire, si volumineuse chez la vache, a le bord libre de ses valvules dirigé vers le thorax dans sa partie antérieure, et vers le bassin dans sa partie postérieure ; d'où il résulte que dans la moitié antérieure le sang marche d'arrière en avant pour se porter à la thoracique interne, tandis que dans sa moitié postérieure il va d'avant en arrière se joindre au courant de la veine crurale. La même chose se produit pour l'anastomose des abdominales antérieure et postérieure, pour les intercostales ouvertes en haut dans l'azygos, en bas dans la thoracique interne. Dans le mésentère du bœuf on voit, sur une longue arcade de la mésaraïque, les valvules de l'extrémité antérieure de l'arcade montrer leur bord libre en avant et les valvules de l'extrémité opposée présenter ce bord en arrière. Aussi le sang y suit-il deux directions inverses. Cette curieuse disposition se voit sur les petits ruminants comme sur le bœuf.
Les valvules, outre l'obstacle qu'elles opposent au reflux du sang vers les points d'oîi il vient, ont encore pour usage, dans certaines veines, notamment celles des membres, d'atténuer l'influence que la pesanteur exerce sur le cours du sang noir. En effet, il est évident que le sang des veines du pied, pour s'élever verticalement au niveau des veines de l'abdomen, doit vaincre la résistance produite par la pression de la colonne sanguine qui lui est supérieure, laquelle a, chez les grands quadrupèdes, souvent 1 mètre et demi de hauteur, c'est-à-dire une pression égale au septième de l'atmosphère. Or, dès que la circulation éprouve quelque gêne et qu'il y a tendance au reflux, la colonne totale se fractionne en petites colonnes secondaires dont chacune s'appuie sur un rang de valvules abaissées. L'impulsion si faible du sang veineux n'a donc, en bas, qu'à vaincre la résistance de la petite fraction qui lui est immédiatement supérieure, et ainsi successivement, au lieu d'avoir à lutter contre la résistance totale. Voilà pourquoi les valvules sont si nombreuses dans les veines des membres, notamment des grands animaux. Mais cet usage n'appartient pas essentiellement à celles d'autres veines, comme les jugulaires, où elles s'opposent surtout au reflux que tendent à y provoquer les mouvements respiratoires. Cependant elles soutiennent le sang et mettent obstacle à son retour vers la tête quand celle-ci est abaissée vers le sol pour y prendre des aliments.
Bien que les valvules mettent obstacle au reflux et à la rétrogradation du sang vers les radicules des veines, ce reflux peut se produire, dans certaines limites, d'abord aux veines caves qui n'ont pas de valvules, et de proche en proche sur les autres plus éloignées du centre où les replis valvulaires, en s'abaissant, ne ferment pas complètement la lumière des vaisseaux. Ce phénomène, sur
lequel il faut s'arrêter un instant, constitue ce qu'on appelli." le pouls veineux.
Le pouls veineux résulte du reflux qui s'opère dans les veines, du centre vers la circonférence, lorsque le sang éprouve de la difdculté à arriver au cœur. Il s'observe fréquemment sur les animaux couchés, dont la position rend la respiration pénible, sureaux qui ont les membres liés et sur lesquels on pratique des opérations chirurgicales ou des expériences, notamment s'ils font des efforts violents pour se soustraire à la torture. Il s'observe dans les maladies du cœur, tant pendant le décubitus que pendant la marche. Nous l'avons vu^ extrêmement prononcé, l'animal étant debout, dans un cas de dégénérescence graisseuse de cet organe. M. Delafond l'a observé dans la péricardite. Je l'ai également noté sur un cheval à pleurésie avec épanchement. Il m'a paru même très caractérisé sur plusieurs chevaux d'attelage arrêtés brusquement k la suite d'une course, J'ai constaté un autre pouls veineux, synchrone avec les battements du cœur, sur une vache qui ne présentait aucune lésion cardiaque ou pulmonaire apparente. On le voit encore dans les derniers moments de la vie sur les animaux expirants dont la circulation pulmonaire s'embaiTasse.
Il se fait remarquer principalement à la veine jugulaire, chez les grands animaux, depuis le point où elle se dégage de dessous l'épaule jusque vers la parotide; rarement il s'étend aux deux branches qui forment cette veine, c'est-à-dire à la faciale-ef à la glosso-faciale; Haller l'a vu quelquefois se propager jusqu'aux veines iliaques ; mais je ne l'ai jamais noté bien distinctement au tronc delà veine cave postérieure, à celui de la \eine porte, ni à leurs principales branches, sur les animaux dont l'abdomen était largement ouvert.
Le mouvement ondulatoire par lequel il se traduit s'étend avec une certaine lenteur de la partie centrale de la veine vers son extrémité périphérique, et il s'accompagne d'un léger soubresaut, d'une dilatation du vaisseau sensible à travers la peau et perceptible au toucher, dilatation qui n'a pas, comme Bichat en fait la remarque, la violence d'une pulsation artérielle. Ce mouvement s'effectue à chaque expiration; il est fort si elle est énergique, faible dans le cas contraire, brusque ou prolongé, régulier ou saccadé, suivant que la respiration présente ces caractères. Quoique toujours isochrone avec les mouvements respiratoires, on le voit cesser par moments, puis réapparaître, sans que la respiration éprouve des moditications appréciables.
Le mécanisme de ce phénomène est fort simple. Au moment de l'expiration, les parois thoraciques, revenant sur elles-mêmes, affaissent le poumon ; celui-ci à son tour exerce une compression sur les veines caves pleines de sang ; ces veines se dépriment et leur contenu reflue en partie dans celles qui se trouvent hors du thorax. D'abord c'est un véritable reflux qui s'opère aisément dans les gros troncs dépourvus de valvules : mais bientôt ce n'est plus qu'un simple ébranlement de la colonne liquide, qui est refoulée en masse vers les capillaires, comme peut l'être le contenu d'un tube incomplètement rempli que l'on incline brusquement. Alors, le sang, au lieu de marcher vers le cœur, est subitement
1. H. Bouley et G. Colin, Dégénérescence graisseuse du cœur du cheval, avec obstruction consécutive du canal thoraciqne et du système chylifère {Bulletin de la Société' centrale de médecine vétérinaire , 1863, p. 968].
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repoussé en bloc vers les radicules du système veineux. Aussitôt que l'expiration cesse, le liquide reprend plus rapidement son cours centripète. Ce reflux n'est donc pas une circulation inverse ou rétrograde analogue à celle qu'on a imaginée pour le système de la veine porte, et dont nous parlerons tout à l'heure.
Il est facile de se rendre compte de la possibilité d'un tel phénomène, en se rappelant, d'une part, que les gros troncs veineux, celui de la veine cave antérieure, du golfe des jugulaires jusqu'à l'oreillette, et celui de la postérieure, de cette oreillette jusqu'aux iliaques, sont dépourvus de valvules; d'autre part, que les valvules, dans les veines où elles existent, ne mettent pas un obstacle absolu au retour momentané du sang vers les points d'où il vient. Tous les jours, en poussant de l'injection dans la jugulaire, de la tête vers le cou, l'autre jugulaire, les veines du membre thoracique jusque vers le carpe, la veine cave postérieure, les iliaques etc., se remplissent souvent fort bien, soit sur les animaux tués par effusion de sang, soit même sur ceux dont le système veineux est plus ou moins gorgé.
La première cause du pouls veineux, c'est-à-dire la pression du poumon sur le cœur et les gros vaisseaux au moment de l'expiration, est donc toute mécanique. Ellen'est paslaseule. Le reflux dépend aussi des contractions des oreillettes, qui repoussent vers les veines une partie de leur contenu, et suspend, ainsi momentanément, l*abord de ce fluide dans leur cavité. Bichat, qui avait nettement reconnu, sous ce rapport, l'influence de la systole des oreillettes, croyait que, dans certaines circonstances, le pouls veineux pouvait être produit uniquement par l'action du cœur. J'ai observé, en effet, plusieurs fois sur le cheval, qu'après la section de la moelle, en arrière de l'occipital, et par conséquent après la suspension complète des mouvements respiratoires, le pouls veineux de la jugulaire restait fort sensible pendant quelques instants.
En combinant ces deux influences, on arrive à établir rationnellement qu'il y a deux pouls veineux, l'un, plus fort, dépendant des mouvements respiratoires et isochrone avec l'expiration, l'autre, plus faible, à peine sensible, dérivant des mouvements du cœur et coïncidant tantôt avec la systole des oreillettes, tantôt avec celle des ventricules. Ce pouls veineux cardiaque est, comme l'autre, plus appréciable sur l'animal couché que sur l'animal debout; il persiste même dans le cas où la circulation est très accélérée, comme dans les derniers moments de la vie. En l'étudiant sur le cheval, dont la jugulaire était à découvert, en même temps que la carotide, j'ai vu que les pulsations veineuses étaient exactement en même nombre que celles de l'artère. L'isochronisme des premières avec les secondes n'était point parfait : On voyait la jugulaire se soulever et son ondulation commencer avant de sentir le choc de la carotide. Suivant les cas j'ai compté de 4 à 8 pulsations veineuses cardiaques pour un mouvement respiratoire. Il en a été de même sur le bœuf dans des conditions semblables.
Un troisième pouls veineux peut s'observer sur le cheval et quelques autres animaux dans des conditions diverses, notamment pendant la mastication, lorsque la tête s'abaisse pour prendre des aliments sur le sol. On voit, dans ce cas, une ondulation descendante, par conséquent inverse de celle des pouls précédents, se produire sur le trajet de la veine, ondulation isochrone aux coups de
dents ou au rapprochement des mâchoires. L'ondulation se répète de 70 à 80 fois par minute et elle ne masque pas les ondulations du pouls veineux respiratoire, hien qu'elles soient liabituell(Miient Fort peu apparentes sur l'animal debout.
Le pouls veineux systolique peut s'observer sans difliculté dans un grand nombre de veines mises àdécouvert, je l'ai vu souvent, même dans celles du poumon, sur les animaux où la circulation persiste après l'ouverture du thorax, et l'arrêt complet des mouvements respiratoires, surtout chez ceux qui ont perdu peu de sang et chez lesquels, à cause de cela, il y a gêne de la circulation et stase du sang dans le système veineux. Ce pouls de reflux des veines pulmonaires ne doit pas être confondu avec un autre qui dérive de la contraction de leur partie terminale et dont il sera question tout à l'heure.
La stase et l'ébranlement qu'éprouve le sang des veines centrales au moment de l'expiration, en s'étendant de proche en proche, déterminent un gonflement sensible dans les sinus cérébraux et rachidiens. C'est à ce gonllement que sont dus l'un des mouvements du cerveau et un mouvement analogue que Magendie a observé dans la moelle épinière.
D'après ce que nous venons de voir sur la possibilité du reflux du sang dans les veines, il est facile de comprendre comment, dans certaines conditions où la circulation est gênée, ce liquide passe d'une partie du système dans une autre par les anastomoses. Celles-ci ont précisément pour but de faciliter le retour du sang au cœur, en le faisant accidentellement passer par d'autres voies, quand les plus directes sont interceptées. Les plus remarquables sont établies entre la veine cave supérieure et l'inférieure, entre les veines caves et la veine porte.
Si, par exemple, la veine cave postérieure est comprimée par des tumeurs, comme il s'en développe quelquefois dans la cavité abdominale, le sang peut en partie revenir au cœur i voy. la fig. de la page 060) : 1° par les veines des parois de l'abdomen, par l'abdominale postérieure, l'abdominale antérieure, la souscutanée thoracique, la mammaire, l'asternale; 2° par les veines du rachis et par l'azygos dérivée de celles-ci, veines qui prennent toutes, par suite de leur destination supplémentaire, un développement plus grand qu'à l'état normal.
Si c'est la veine porte qui est le siège de l'obstruction produite soit par des caillots, soit par une compression périphérique, le sang revient au cœur par diverses voies dont les principales sont : 1° les anastomoses du système de la porte avec les veines hémorrhoïdales ; parles anastomoses entre les veines gastriques de ce système et les œsophagiennes qui sont affluentes de la veine cave ; .3° par l'anastomose que j'ai signalée entre les veines du lobe droit du foie des solipèdes et l'asternale; 4" enlin peut-être par les communications capillaires que Retzius a trouvées dans le tissu cellulaire sous-péritonéal.
Dans la plupart des régions du corps, les communications établies entre les veines superficielles et les profondes, entre celles d'un côté et celles du côté opposé, atténuent les effets qui résultent de compressions et d'oblitérations partielles. Ce sont là des points que l'anatomie descriptive permet de bien éclaircir pour chaque espèce animale.
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