Cuvier, Leçons d'anal, comp., t. VI, 2e édit,, p
testin grêle l'ont rempli à peu près exactement ; mais l'injection n'est jamais allée au delà du point où les racines de'la petite mésaraïque traversent la tunique musculeuse du rectum pour constituer la veine du méso-rectum. Au delà de ce point, les racines sont ténues et forment un réseau entre la muqueuse et la membrane charnue; or, c'est seulement par les divisions de ces racines que la petite mésaraïque se met en continuité avec les veines anales appartenant au système des veines caves. Conséquemment, la communication est étroite, et impropre à donner passage, du moins à l'état normal, à une quantité considérable de sang; d'autant plus que de nombreuses valvules se trouvent précisément rassemblées dans les branches de la petite mésaraïque par lesquelles les deux systèmes veineux s'ouvrent l'un dans l'autre.
Une troisième espèci; de communication est établie entre la veine porte et le système vasculaire général à sang noir. Les ramifications antérieures des veines gastriques se continuent avec les branches postérieures de la veine œsophagienne qui côtoie le cardia, suit l'œsophage entre les deux lames du médiastin et vient s'ouvrir dans l'azygos, au point où celle-ci s'incurve pour se jeter dans l'oreillette droite.
A l'aide de ces anastomoses, qui peuvent se dilater à la longue sous l'influence de causes diverses et donner lieu à d'autres dilatations superficielles, le sang du système de la veine porte trouve des voies pour revenir au cœur, comme cela est nécessaire dans le cas de phlébite des parties centrales de cette veine avec obstruction du tronc, cas dont j'ai déjà parlé au sujet de l'absorption *. Toutefois, il importe de noter qu'à l'état normal elles sont insuffisantes pour donner issue à tout le sang que les artères cœliaques et mésentériques distribuent aux organes digestifs. En effet, j'ai constamment vu mourir, au bout de quelques heures, les chevaux et les chiens auxquels j'avais lié le tronc de la veine porte, immédiatement avant son entrée dans la scissure hépatique. Le sang apporté par les artères distendait énormément tous les vaisseaux, s'extravasait dans les mésentères, s'infiltrait entre les tuniques intestinales et venait s'exhaler à l'intérieur de l'intestin. Je n'ai pu, également, prolonger au delà de quelques heures la vie des chiens chez lesquels un tube fixé au tronc de la veine porte versait dans l'une des émulgentes, et de là dans le tronc de la veine cave, le sang des viscères digestifs.
Dans les cas de ligature ou d'obstruction de la veine cave postérieure, les anastomoses entre cette veine et la porte sont également insuffisantes pour renvoyer au cœur le sang qui ne peut plus y être ramené par la première. Les expériences que j'ai faites ne laissent aucun doute à cet égard. Après la ligature du tronc de la veine cave, en arrière des reins, pour ne pas entraver la sécrétion urinaire, l'animal peut vivre quelques jours, quelques semaines et même très longtemps, bien que la veine s'oblitère à partir de la ligature jusqu'aux troncs iliaques. Ainsi, sur un chien dont la veine cave demeura liée pendant quatre jours, l'oblitération se produisit des reins jusqu'au bassin. Il y eut infiltration
1. G. Colin, Recherches sw l'inflammation et roblitération de la veine porte chez les animaux. [Bulletin de la Société centrale de méd. vétérin., 8 novembre 1860.)
COURS nu SANG DANS LES VEINES. 567
des membres postérieurs et la mort n'arriva que le dix-neuvième jour. Sur un lapin, un mois après laligature, tous les effets de l'interruption du cours du sang dans la veine cave avaient disparu : il n'y avait ni inliltration des meml)res, ni ascite. La circulation s'était rétablie par la dilatation de branches collatérales formant une sorte de réseau admirable qui unissait le tronçon antérieur de la veine à son tronçon postérieur; en outre les veines mammaires avaient éprouvé une dilatation considérable. Sur d'autres, où les collatérales ne s'étaient pas beaucoup dilatées, la dérivation du sang de la veine cave s'opérait par les circonflexes iliaques, les asternales et l'azygos dont on connaît la disposition. Ces voies de dérivation, en se dilatant, suffisent pour conjurer des accidents en apparence inévitables, Tascite et Tcedème des membres postérieurs. L'oblitération de plusieurs affluents de la veine cave peut rendre la dérivation insuffisante et laisser, par conséquent, les inliltrations se produire dans une large mesure *.
Quant aux communications très fines que Retzius a signalées dans l'espèce humaine entre les veines du côlon et des branches de la veine cave, elles ne paraissent pas exister chez nos animaux domestiques, du moins chez le cheval et le chien. L'habileté du savant anatomiste qui les a vues ne permet pas de douter de leur existence, bien qu'elles soient extrêmement déliées et injectables seulement cà l'aide de matières très pénétrantes. Toutefois, je dois faire observer qu'il peut s'oftrir aux yeux de l'observateur plusieurs causes d'illusion à cet égard. ■ Quand on pousse une injection ténue dans la porte, par l'une des branches intestinales, le système tout entier se remplit, le foie prend un aspect magnifique si l'injection a une couleur qui tranche sur la teinte hépatique, la matière traverse le système capillaire, où parfois elle se décolore, puis elle arrive dans la veine cave postérieure par les veines sus-hépatiques. De là, si la veine cave est liée en avant du diaphragme, elle reflue dans la partie abdominale, les émulgentes, les lombaires jusqu'aux sinus rachidiens, aux iliaques, etc.
Le cours du sang dans la veine porte peut-il être modifié par la rate que l'on a depuis longtemps considérée comme un diverticulum ? C'est là une question sur laquelle on a beaucoup disserté, sans avoir pu jusqu'ici lui donner une solution précise.
On sait, depuis longtemps, que le volume ou l'état de turgescence de la rate peut varier dans de très grandes limites. Haller a noté le gonflement de cet organe à la suite de la ligature du tronc de la veine porte ; Boyer, cité par Bérard, dit que la rate se distend rapidement si l'on comprime la veine splénique, et s'affaisse lorsque la compression cesse. Lieutaud a prétendu que cet organe diminue de volume pendant que l'estomac est plein d'aliments, et qu'il se gonfle dans les intervalles de la digestion, lors de la vacuité du réservoir gastrique; Home a avancé qu'il devenait plus volumineux par suite du passage dans son intérieur des fluides absorbés dans le réservoir gastrique. M. Goubaux a reproduit cette dernière opinion d'après des expériences faites sur le chien et le cheval. Enfin, on a signalé diverses conditions dans lesquelles le volume du viscère change très
1. G. Colin, Recherches expérimentales sur le mode de développement des infiltrations et des hijdropixies passives : Bulletin de l'Acad. de méd., t. VIII, 2e série, 1879, p. 1-283,
sensiblement. Ce volume augmente sous l'influence des courses rapides, des accès de fièvre intermittente ; il devient énorme chez les animaux ruminants qui meurent du sang de raie, etc.
Le fait des variations du volume de la rate s'explique aisément dans la plupart des circonstances où il a été observé. La rate se congestionne après la ligature de la veine porte, comme tous les autres organes digestifs qui, dans cette circonstance, ne peuvent plus se débarrasser du sang qu'ils reçoivent; elle se congestionne plus que les autres à cause de la dilatabilité de ses vaisseaux et des propriétés érectiles de son tissu; elle se gonfle lors de la compression de la veine splénique, pour la même raison; elle devient plus volumineuse sous l'influence de la course par suite de la difficulté que le sang veineux éprouve, de même que dans tous les autres efforts, à revenir aux cavités du cœur; enfin elle se tuméfie quand l'abdomen est ouvert, attendu que, dans cette circonstance, les vaisseaux des viscères, soustraits à la pression des parois abdominales, se distendent et ne réagissent plus avec leur énergie habituelle sur le sang qu'ils contiennent. La rate, d'un tissu mou, aréolaire, très expansible, se prête aisément à ces variations. Il suffit de pousser de l'air dans la veine splénique du cheval pour voir l'organe doubler et bientôt tripler de volume. Sa longueur peut être alors portée de 50 centimètres à 70, et son volume, de 1 à 5 décimètres cubes. Dès qu'on cesse l'insufflation, la rate s'affaisse et revient sur elle-même en vertu de son élasticité. Pendant la vie ou immédiatement après la mort, elle paraît jouir d'une contractilité spéciale que plusieurs observateurs ont mise en jeu à l'aide de l'électricité, contractilité due à des fibres musculaires signalées par divers micrographes.
Mais, quant aux changements de volume qui seraient en relation avec la plénitude ou la vacuité de l'estomac, la digestion ou l'abstinence, l'absorption des boissons, etc., ils ne sont nullement démontrés. On ne sait pas encore si la rate est plus volumineuse pendant le travail digestif que dans ses intervalles : si elle est plus gonflée quand l'absorption des liquides s'effectue que dans les circonstances opposées. Rien de précis ne se trouve à cet égard dans les auteurs, et, pour ma part, je n'ai, jusqu'à ce jour, saisi aucune relation entre le volume plus ou moins considérable de cet organe et l'état des animaux ouverts vivants ou immédiatement après la mort. Tout ce que j'ai pu voir, c'est que les variations dans le volume de la rate sont moins grandes qu'on ne le pense généralement pour des animaux de même espèce et de même taille ; elles sont même peu marquées entre les sujets tués par effusion de sang et ceux que l'on sacrifie sans hémorrhagie.