Cours du sang dans le système veineux pulmonaire
L'absence de valvules sur le parcours et à l'orifice des veines pulmonaires permet au sang noir d'osciller facilement et de refluer jusqu'aux capillaires du poumon : aussi l'ensemble des vaisseaux pulmonaires doit-il être considéré comme un réservoir dans lequel les liquides peuvent se mouvoir en tous sens.
Quoique les veines pulmonaires n'aient pas de parois sensiblement plus épaisses
que les autres veines de m^'iiie calibre, elles paraissent très nettement contractiles et contractiles à un degré plus prononcé que les autres veines de diverses parties du corps. Sur le chat à poitrine ouverte, la respiration arlilicielle étant établie, j'ai vu, trois quarts d'heure après la mort la partie terminale des veines pulmonaires très gonflée éprouver une pulsation manifeste. Au premier abord cette pulsation semblait être due à un reflux du sang du ventricule gauche dans ces veines. En examinant attentivement ces pulsations j'ai constaté : 1° que le nombre des contractions de ces veines est égal à celui des contractions de l'oreillette gauche ; 2" que les pulsations des veines pulmonaires ne sont pas isochrones avec les systoles auriculaires; 3^ que les deux espèces de contractions se suivent de très près ; celle des veines précédant toujours celle de l'oreillette ; 4° que la systole de ces veines est limitée à la partie voisine de l'insertion, c'est-à-dire à la partie pourvue d'anneaux musculaires; 5° que les veines pulmonaires continuent à se contracter après l'extinction des mouvements de l'oreillette gauche. Trois quarts d'heure après la mort, il y avait 75 pulsations des veines pulmonaires et autant de l'oreillette. Dix minutes plus tard les contractions de l'oreillette étaient éteintes quoiqu'il y eut 48 contractions des veines pulmonaires. Vingtcinq minutes plus tard les contractions de l'oreillette étaient rétablies et elles devenaient isochrones à celles des veines pulmonaires, 16 à la minute.
Les veines pulmonaires paraissent avoir, dit-on, généralement, une moindre capacité que les artères du même nom. Il en résulte que, dans les premières, le sang doit circuler un peu plus rapidement que dans les secondes contrairement à ce qui a lieu dans le système de la grande circulation. D'ailleurs, elles sont alimentées par des vaisseaux capillaires d'une ampleur supérieure à celle de la plupart des autres parties de l'économie, capillaires, qu'on suppose, sans preuves suffisantes, imperméables, une fois la respiration suspendue.
L'ensemble de la circulation pulmonaire a quelque chose de particulier sous le rapport de la vitesse ou du temps que l'ondée sanguine met à passer du ventricule droit dans l'oreillette gauche. Gomme les deux ventricules doivent avoir un débit égal, puisque l'un alimente l'autre, et qu'en définitive le gauche ne peut recevoir que ce que le droit lui envoie, les ondées ne sauraient avoir dans la petite et dans la grande circulation une vitesse uniforme. Si l'ondée du système pulmonaire marchait aussi vite que celle du système aortique, elle serait de retour avant cette dernière. Il faut de toute nécessité que si le trajet de la petite circulation est trois à quatre fois plus court que le trajet de la grande, une ondée sanguine dans le poumon, mette trois à quatre fois autant de temps pour parcourir un espace de longueur donnée qu'une pareille ondée dans le système aortique. En d'autres termes, quoiqu'une ondée sanguine mette, pour parcourir les vaisseaux pulmonaires, le même temps qu'une semblable ondée pour parcourir le système aortique, la première marche trois à quatre fois moins vite que la seconde, puisque celle-là, dans l'unité de temps, a un espace à franchir trois à quatre fois plus court que celle-ci. C'est à tort que des physiologistes d'un grand mérite ont donné la circulation pulmonaire comme beaucoup plus rapide que la circulation générale.
La circulation pulmonaire est nécessairement très influencée par les mouve-
ments respiratoires, les ell'orts et les divers états du poumon. L'inspiration qui dilate les vaisseaux et diminue la tension du sang la ralentit ; l'expiration qui rétrécit ces vaisseaux et les efforts qui tendent à les rétrécir, tout en augmentant la tension artérielle, l'accélèrent. Ces modifications réagissent forcément sur la circulation générale.