‹ Traité de physiologie comparée des animaux considérée dans ses rapports avec les sciences naturelles, la médecine, la zootechnie et l'économie ruraleChapitre 16 sur 310 · I. — Absoeptiûx de la ly.aiphe · texte numérisé non relu

I. — Absoeptiûx de la ly.aiphe

Les vaisseaux lymphatiques, découverts d'abord dans le foie par Veslingius, plus tard par Rudbeck et enfin par Bartholin dans les diverses parties de l'organisme, forment un vaste système propre à tous les vertébrés (mammifères, oiseaux, reptiles et poissons\ constitué par des réseaux fins ou des radicules d'origine, des collecteurs, des ganglions et enfin par un ou deux troncs pour le déversement des liquides dans les veines.

De ces diverses parties, les réseaux d'origine doivent seuls nous occuper ici. puisqu'ils sont les parties absorbantes du système, les autres demeurant affectées au transport et à l'élaboration des produits absorbés.

Les réseaux qui paraissent la forme initiale la pins commune des lymphatiques. considérés au point de vue fonctionnel, simulent un immense épervier déployé dans l'eau et s'imprégnant partout du liquide où il est baigné. Ils sont formés par de larges canaux anastomosés entre eux, de manière à circonscrire des mailles irrégulières, occupées par les vaisseaux sanguins et par les éléments des tissus. Presque partout ils paraissent avoir des parois distinctes, sauf peut-être chez les reptiles oîi ils semblent constituer des cavités lacunaires, au milieu du tissu conjonetif. Mais ces parois, qu'elles soient simplement épithéliales ou conjonctives, ont deux caractères importants. Elles sont closes de toutes parts et jouissent, en raison d& leur minceur, d'une très grande perméabilité.

En ce qui concerne le premier point, il y a bien quelques doutes, car divers anatomistes habiles. Briicke entre autres, prétendent qu'à l'origine les parois propres manquent à ces vaisseaux qui. par conséquent, ne seraient à leur point de départ que de simples trajets ; mai^ l'Jiyiiothèse de Briicke. par cela seul qu'elle implique l'entrée possible dans les vaisseaux blancs de toutes les matières extravasées et des substances simplement divisées, est peu admissible. L'occlusion oblige toutes les matières à entrer, d'après les lois physiques del'osniose et de la diffusion.

Quant au second, il n'y en a aucun ; la perméabilité des réseaux doit être très grande, que leur paroi soit amorphe, transparente, semée de noyaux, comme le dit Kôlliker. ou qu'elle résulte, ainsi que le soutient M. Robin % de la juxtaposition de cellules épithéliales déformées par leur pression réciprocfue. Dansles deux cas, la paroi a une minceur extrême qu'on évalue à un millième de millimètre, soit le quart ou le sixième du diamètre d'un globule blanc. Elles restent encore très minces dansles vaisseaux qui naissent des parties réticulées, vaisseaux où le tissu conjonetif, les fibres élastiques et musculaires s'ajoutent à la paroi primitive.

1. Ch. Robin. Dictionnaire eyicyclop. des sciences médicales, art. Lymphatique. Paris, 1870, 2^ série, t. III, p. 387.

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Enlin une troisième condition analomique donne aux réseaux une grande aptitude à l'absorption. Ils sont extrêmement rapprochés des surfaces où les matières à absorber leur sont offertes. D'après M. Robin, les plus nombreux, dans les muqueuses, se trouveraient à deux centièmes de millimètre de l'épithélium, et, suivant Bélajeff, ceux de la muqueuse uréthrale, dont le pouvoir absorbant est remarquable, arriveraient à peu près au contact des cellules épitliéliales.

D'où vient la lymphe, et comment entre-t-elle dans les vaisseaux lymphatiques?

Il y a à peine un siècle, les physiologistes pensaient que les artères se terminaient dans les tissus par deux espèces de branches : les unes assez larges pour admettre les globules rouges, formaient les capillaires sanguins et se continuaient avec les veines ; les autres plus étroites, ne laissant passer que le sérum, constituaient les vaisseaux séreux ou les origines du système lymphatique. Dans cette hypothèse, la lymphe était simplement le sérum du sang, et elle passait directement, par le fait de l'impulsion circulatoire, dans le système lymphatique. Il n'en est rien. La lymphe ou ses matériaux sortent bien en partie des vaisseaux sanguins, mais ces matériaux en sortent à travers les parois vasculaires, et c'est par absorption qu'ils rentrent dans les lymphatiques.

Des deux parties du sang, celle qui est représentée par les éléments figurés ou parles globules demeure constamment intravasculaire; l'autre s'échappe en partie par diffusion, à travers les parois vasculaires, dans la trame des tissus, comme on le voit lors du développement de l'œdème ou de l'anasarque ; cette partie plasmatique s'échappe d'autant plus abondamment que la quantité de sang est plus grande, sa tension plus forte et sa fluidité plus prononcée. Aussi, dans les expériences de Herbst, la quantité de lymphe s'accroissait en raison de l'augmentation de la masse liquide résultant de la transfusion du sang ou de l'injection de l'eau dans les veines. Le même effet s'est produit dans les miennes par suite de l'injection de grandes masses d'eau dans la trachée. Il se manifeste localement dans les organes sécréteurs qui appellent une grande quantité de sang, dans l'utérus pendant la gestation, autour des œdèmes, dans l'infiltration des membres, dans les engorgements farcineux de ces parties, dans celui du testicule, etc. Partout la quantité de lymphe est proportionnelle à la masse plasmatique extravasée.

L'augmentation delà lymphe a lieu alors dans des proportions qu'on ne saurait calculer sans donnéesexpérimentales, mais elle est grande si onenjugepar la turgescence des ganglions où arrivent les] vaisseaux lymphatiques des régions malades et par la distension de ces vaisseaux. Elle est si abondante lors de l'infdtration d'un membre postérieur, qu'on la voit couler en jet par la piqûre faite à leurs parois vers le milieu de la hauteur de la jambe.

Les matériaux plasmatiques qui s'échappent par transsudation des vaisseaux sont destinés, en rentrant par osmose dans les vaisseaux blancs, à constituer la lymphe. Les deux actes de sortie et d'entrée sont corrélatifs, et ils peuvent être simulés sur le cadavre par l'injection hydrotomique du système sanguin qu'on voit suivie d'une extrême réplétion des lymphatiques. Sur un organe isolé, cette injection d'eau par les artères, après avoir rempli les lymphatiques, fait couler la lymphe par les extrémités ouvertes des vaisseaux, absolument comme s'ils portaient des fistules.

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Si, dans les conditions physiologiques, il ne sort dos vaisseaux sanguins que des éléments plasmatiques non ligures, on ne voit entrer dans les lymphatiques que des éléments dissous, de même que, sur le cadavre, les injections colorées poussées dans les vaisseaux sanguins reviennent décolorées parles lymphatiques. ÎMais si. par le fait d'une pression capable de dilacérer les vaisseaux sanguins, les globules rouges en sortent, ils rentrent aussi en certaine proportion dans les vaisseaux blancs. KoUiker les a vus passer dans les lymphatiques de la queue des têtards de grenouille, lorsque la circulation s'embarrassait, et Ilerbst a produit cet effet à un certain degré, en augmentant la pression sanguine par la transfusion. La congestion intestinale, l'hémorrhagie, le froissement de la rate produisent le même effet partiel.

Le plasma sanguin ne sortant pas de ses vaisseaux avec les proportions de ses divers éléments, la lymphe ne doit pas lui être chimiquement identique. Ce qui s'échappe des capillaires est moins chargé d'albumine que ce qui y reste, aussi la lymphe est-elle moins coagulable que le plasma.

A ce plasma s'ajoutent des matériaux pris dans les tissus, dans les organes sécréteurs, dans les produits de sécrétion, ou des matières étrangères recueillies sur la peau, sur certaines muqueuses, etc.

Tout cela est moditié en entrant dans les réseaux. Des globules s'y forment comme dans le chyle que la villosité pompe. La plasmine acquiert la propriété de se dédoubler en donmint de la fibrine, etc.

Dès que les matériaux plasmatiques sont entrés par osmose dans les réseaux lymphatiques, la lymphe est constituée à leurs dépens, elle a, à compter de ce moment, sa fibrine qui la rend coagulable, son albumine, ses graisses saponifiées et enfin ses globules blancs de trois espèces qui. seront décrits plus loin ; car si on la recueille, comme je l'ai fait sur le cheval, au-dessous des ganglions inguinaux, elle est déjà coagulable et chargée de globules.

De ce que la lymphe a des sources multiples, savoir : le plasma extravasé, les produits de sécrétion, les produits de désassimilation, les matières du dehors, il s'ensuit qu'elle ne doit pas .offrir partout exactement la même composition. Celle de la séreuse ne doit pas être en tout semblable à celle de la muqueuse, celle du muscle à celle du foie, etc. ; c'est un produit dont les variations sont subordonnées aux variations de ses facteurs. Mais elles sont si peu considérables qu'elles ne frappent pas, et l'homogénéité apparente se maintient en raison de l'uniformité du plasma qui est le facteur essentiel.

Les ganglions que la lymphe doit, suivant la remarque de Mascagni, traverser au moins une fois avant d'arriver au canal, sont des organes à rôle très complexe, qui reçoivent la totalité de la lymphe, la filtrent, en ralentissent le cours, et lui permettent, par de nouveaux échanges entre ses éléments et ceux du sang, de se modifier à la fois dans sa constitution physique et ses propriétés chimiques.

D'abord les afférents la répartissent dans toute l'étendue de la glande, soit qu'ils aillent la verser directement dans les efférents nés sur la limite des deux substances, soit qu'ils l'épanchentdans les alvéoles de la corticale servant de corps caverneux intermédiaire aux vaisseaux de Timportation et à ceux de l'exportation. Là elle peut se modifier en raison de trois conditions nouvelles : i° par

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suite de sa (lis[K'rs.ioii un milieu (riinc luiilc de raii;iii\ lins. \i'rilaljle< lilières où ses éléments sont en rapport avec (rimnienses sm-faces; 2' par le fait de son contact avec les éléments propres des alvéoles qui sont ou des noyaux épithéliaux fixes capables de modilier la lymphe, comme le lonl les éléments analogues dans les glandes, ou des globules dont la lymphe s'empare peu à peu en les entraînant dans ses courants ; 3° enfin elle peut s'élaborer en empruntant au sang, dont elle est si rapprochée, des éléments qu'elle ne possède pas encore, éléments qui doivent sortir des capillaires sanguins avec une grande facilité et rentrer non moins aisément dans les lymphatiques ; car, comme nous l'avons vu, ces deux ordres de vaisseaux se touchent, le lymphatique même engaine souvent le sanguin, et dans leurs points de contact leurs parois sont réduites à une extrême minceur.

On conçoit qu'il est fort difficile, sur un point si délicat, de présenter des formules à l'abri de toute contestation; cependant il en est un certain nombre qui me paraissent actuellement incontestables.

En premier lieu, les ganglions ajoutent à la lymphe des principes fixes, un peu de fibrine, d'albumine et des sels, et ils lui enlèvent de son eau, car elle est plus char-^ée des premiers éléments en sortant de ces organes qu'elle ne l'était en y

entrant.

En second lieu, ils lui donnent une certaine quantité de globules, car elle en contient un peu plus au delà de ces glandes qu'elle n'en avait en deçà. Les dissidences, à cet égard, ne peuvent porter que sur la question de savoir si les globules sont formés dans les vaisseaux de la lymphe, comme ils le sont sans aucun doute dans les réseaux d'origine, ou s'ils naissent dans les alvéoles, et en sont simplement détachés et entraînés par les courants lymphatiques, à moins cependant qu'on n'admette les deux modes en même temps, ce à quoi je suis, pour mon compte, très disposé.

Il est facile, dans les conditions physiologiques, devoir que la turgescence des ganglions est en rapport avec l'activité des lymphatiques, et que l'état du sang de la circulation générale se ressent de la surexcitation des ganglions. Toutes les fois en effet, que les parties d'où viennent les lymphatiques, tributaires d'un groupe de ganglions, fonctionnent très activement et fournissent une grande somme de matériaux, le groupe ganglionnaire se tuméfie, et, s'il est considérable, la quantité de globules ajoutés au sang devient très sensible. Ainsi, cela arrive, dit-on, sur la femme, vers la fin de la gestation, pour les ganglions pelviens et lombaires. De cette excitation physiologique qui résulte d'un apport plus considérable de Ivmphe à une véritable irritation, il n'y a pas loin ; et des effets de la première à ceux de la seconde il n'y a que des degrés dans la quantité de globules blancs produits et entraînés par la lymphe. Aussi, quand l'irritation ganglionnaire est vive, elle donne lieu à la leucocytose, comme Virchovv ' l'a très bien établi.

Dans les maladies, et au moment où il y a simple tuméfaction des ganglions, comme dans les affections farcino-morveuses, la leucocytose se produit vite et persiste à un degré variable, mai^ elle dépend autant de l'hypergenèse globulaire

1. Virchuw, Pfl//K//. ralluliiin^. l'-rililiuii. l*aiis, l«7-i.

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