I. — Quantité de sang dans l'organisme
La détermination quantitative de la masse du sang n'est pas, à beaucoup près, aussi facile qu'elle le paraît au premier abord. Bien qu'elle ait été tentée, d'après des procédés assez divers et par d'habiles expérimentateurs, elle n'a pas encore été réalisée avec la précision désirable.
La première méthode, et la plus simple, pour arriver à ce résultat, consiste à faire périr l'animal par hémorrhagie, en recueillant le sang que donne la section des gros vaisseaux du cou, des membres ou de la poitrine. Mais, quoique alors le cadavre devienne exsangue en apparence, il retient, dans le système capillaire, une petite quantité de liquide. Ce qui, après la mort, revient au cœur et dans les gros troncs vasculaires, peut être encore recueilli et ajouté au sang versé. La masse ainsi obtenue est comparée au poids du corps pris pendant la vie.
A l'aide de ce moyen, que j'ai employé sur plusieurs centaines d'animaux, tous préalablement pesés, j'ai vu que la proportion de sang, comparée au poids du corps, varie dans des limites assez grandes suivant les animaux. Parmi les espèces domestiques, celui qui donne le plus de sang est le chien; puis le cheval, le bœuf, le mouton, le porc, le lapin, le chat et les oiseaux. Ainsi, pendant que le chien donne une quantité équivalente à 1/17 du poids du corps, le cheval en donne 1/18, le mouton 1/24, le porc 1/26, le bœuf 1/29, le lapin 1/31, le chat 1/33, les oiseaux souvent moins de 1/35*.
Herbst avait trouvé, par la même méthode, 1/12 de sang chez le bœuf, 1/16 chez le chien, 1/20 chez la chèvre. 1/22 chez le mouton, 1/23 chez Tàne, 1/24 chez le lapin, 1/29 chez le canard. Mais il n'a pas opéré sur un assez grand nombre de sujets pour que ses moyennes se rapprochent suffisamment de la vérité. Tout récemment, Lehmann et Weber, en pesant un supplicié avant et après la décapitation, ont obtenu exactement, par différence, la quantité de sang perdue par Thémorrhagie: elle a été de o o40 grammes pour un homme de 60 kilogrammes, soit 1/10,8 du poids du corps. Ce résultat s'éloigne beaucoup des estimations exagérées et sans bases sérieuses admises par la plupart des physiologistes, estimations d'après lesquelles l'homme aurait de 10 à \o kilogrammes de sang.
Un autre moyen de déterminer la masse du sang en circulation a été proposé et employé par Yalentin. Il consiste à saigner un animal et à déterminer la proportion, en centièmes, des parties solides contenues dans le sang recueilli, puis à injecter une quantité d'eau connue dans les veines, et à déterminer de nouveau la proportion de principes solides que le sang délayé contient peu après l'injection. Alors, d'après la différence quantitative observée entre les résultats des deux opérations, on calcule la somme du sang délayé par l'eau. Ce procédé, que Millier et Duvernoy trouvent ingénieux, me parait condamné par les évaluations mêmes auxquelles il a conduit son auteur. J'ai peine à croire, en présence des résultats obtenus par la section des gros vaisseaux, que la proportion entre la quantité de sang et le poids du corps soit comme 1 est à 4 1/2 dans le chien, et comme 1 est à o dans le mouton. Un mouton de 52 kilogrammes, donnant par une hémorrhagie mortelle 2 360 grammes de sang, devrait en avoir plus de 10 000 si les calculs de Yalentin étaient exacts. Or, à supposer que les tissus pâles et épuisés du ruminant aient conservé après la mort autant de sang qu'il s'en est échappé par les blessures des vaisseaux, on serait encore bien loin du chiffre obtenu par ce physiologiste. Un cheval du poids de ol8 kilogrammes, et donnant 31 kilogrammes de sang, en aurait plus de 100 kilogrammes, suivant les mêmes calculs I Quoi qu'il en soit, Yalentin trouve par son procédé, 1/4,5 de sang chez le chien, 1/5 chez le mouton, 1/6,2 chez le lapin, 1/7,7 chez le chat.
Blake a cru pouvoir arriver à cette détermination en dosant le sulfate d'alumine d'une certaine quantité de sang, recueillie après l'injection d'une quantité connue de ce sel dans les veines : ce procédé lui a indiqué chez le chien une masse de sang égale au 8^= ou au 9>= de la masse du corps.
En ce qui concerne les animaux domestiques, je n'ai pas cru devoir penser à
l'application de toutes les méthodes indiquées pour déterminer la quantité de sang de chacun d'eux. J'ai constamment employé la mélhode directe, celle de l'extraction du sang, tantôt par la carotide et la jugulaire, tantôt par l'artère et la veine fémorales, enfin par la lésion des gros vaisseaux à l'entrée de la poitrine. Les tableaux suivants (pages 587, 588, etc) renferment les résultats que j'ai obtenus sur des sujets dans des conditions variées et spécifiées. Ils me semblent devoir offrir, en dehors de leur intérêt physiologique, quelque intérêt au praticien qui veut régler convenablement les émissions sanguines dans chaque espèce, prise dans telle ou telle condition déterminée.
Les variations dans la qualité du sang sont extrêmement nombreuses. Les principales dépendent de la classe à laquelle appartiennent les animaux, de leur âge, de leur activité physiologique et des conditions où ils peuvent être placés.
En ce qui concerne les variations dépendant des classes et des groupes secondaires, on possède peu de documents. D'après Welcher, les poissons n'ont que 1 à 2 pour 100 de sang ; la grenouille, le lézard, parmi les reptiles, en auraient 5 à 6, les petits mammifères et les petits oiseaux, 8. Dans mes expériences, les oiseaux en ont donné 3 à 5 pour 100, et les mammifères domestiques 3 à 6, savoir : 3 sur le lapin et le chat, 4 sur le porc et le mouton, 3 sur le bœuf, 5 à 6 sur le chien et le cheval.
La masse du sang éprouve des variations quantitatives, chez un même animal, suivant diverses conditions physiologiques ou morbides. Les principales tiennent à l'alimentation et à l'abstinence, à l'obésité, etc. Burdach a dit, mais sans preuves suffisantes, que les animaux dont le corps est imprégné de sucs ont plus de sang que ceux dont la constitution est sèche ; que les bêtes à cornes vivant d'herbes humides en ont plus que les rongeurs qui vivent d'aliments secs et boivent peu, que les amphibies en ont une quantité plus grande que les mammifères ordinaires, ceux-ci que les oiseaux ; mais les faits ne confirment pas toutes ces propositions.
L'absorption digestive donne lieu, évidemment, à une augmentation périodique de la masse du sang ou à une légère pléthore qui se traduit par des signes non équivoques. Le jeûne et surtout l'abstinence un peu prolongée, produisent un effet inverse. La réduction a été constatée par divers observateurs et notamment par Chossat sur les pigeons ; elle a paru forte à Collard de Martigny sur les jeunes lapins ; mais si la réduction absolue n'est pas douteuse, puisque le sang perd une partie de sa masse comme tous les autres éléments de l'organisme, la diminution relative est contestable. Celle-ci, que Valentin, Heidenham et Panum n'admettent pas, m'a paru aussi à peine sensible ou tout à fait nulle sur les animaux d'un embonpoint considérable, dans toute la période de l'abstinence. Un cheval, même après trente jours d'abstinence, m'a donné une masse de sang égale au douzième du poids du corps, ou un chiffre qui est rarement atteint dans les conditions normales. Mais cette proportion doit être exceptionnelle.
L'engraissement, l'obésité diminue, dans une proportion considérable, la quantité de ce liquide. C'est sur les porcs, les moutons gras que la réduction m'a paru surtout sensible. M. Boussingault a trouvé 7 pour 100 de sang sur les
oies maigres et 4 pour 100 sur les grasses, soit 1/14« sur les premières, et 1/25^ sur les autres.
Les divers états de l'organisme, physiologiques ou morbides, font notablement varier la proportion de la masse sanguine. La pléthore l'exagère, les états qui se lient à l'anémie, à la chlorose la réduisent ; les maladies fébriles produisent aussi ce dernier eiïet, mais je n'ai pas trouvé, sur deux chevaux sacrifiés pour cause d'affections douloureuses du pied, un chiffre inférieur à la moyenne. Dans quelques cas on constate des différences énormes dont il est difficile d'entrevoir la cause. Ainsi, des chiens de taille presque semblable et dans les mêmes conditions essentielles, ont donné, l'un 1/14, l'autre 1/18, un troisième 1/21 de sang. De deux brebis de même âge et de même poids, à un kilogramme près, également grasses et à jeun depuis 12 heures, la première a donné 2337 grammes de sang, la seconde 3360. Des écarts de même genre et fort nombreux se remarquent dans les tableaux qui résument mes recherches.
Quoiqu'il ne soit pas possible de calculer exactement l'influence de toutes les conditions qui modifient la proportion du sang et de dire au juste, en présence d'un animal, qu'il doit avoir telle ou telle quantité de ce liquide, il faut se baser sur les données de l'expérimentation pour régler les émissions sanguines dans la pratique médicale. Si, par exemple, on saigne le cheval, il faut se rappeler que, en moyenne, ce solipède a 5 à 6 kilogrammes de sang pour 100 kilogrammes du poids du corps, soit un 18-, il peut en avoir jusqu'à un 13'^ ou n'en posséder qu'un 23e. D'après cela, la même saignée de 5 kilogrammes qui dans le premier cas enlève le cinquième de la masse du sang, en soustrait seulement le septième dans le second et en emporte plus du quart dans le dernier.
La quantité desangquipeut être extraite, toutd'un trait, sans que lamort s'ensuive est nécessairement subordonnée à celle que renferme le système vasculaire. Elle est considérable. Haies, dans ses expériences, a vu mourir un cheval après la soustraction d'une masse de sang égale au 25® du poids de l'animal. Dans les miennes, la mort est arrivée après une perte égale du 25* au 12^ du poids du corps sur le cheval et le chien; du 35° au 18" chez le mouton ; du 39® au 19" chez le porc ; du 46® au 15® chez le chat ; du 44® au 23® chez le lapin ; du 32^
t . — Grands ruminants.
Veau flamand. 50 j. . . .
Veau flamand, ob j . . . .
Veau cotentin, 3 mois.
Vache, maigre
Vachfi, maigre, 8 ans..
Bœuf durliam, 2 ans. . .
Bœuf breton, 5 ans. . . .
Bœuf limou in, 5 ans..
Bœuf cotentin,. 6 .m s...
Bœuf durli.-norm. 2 ans.
Moyennes,
Poids
Poids
du corps.
du sang.
Vaiss.ducou.
Id.
Jd.
Carotide.
Carotide.
M. de la poilr.
Id.
Id.
Id.
Id.
Rapport
Quantité de sang par kil.
du corps
Observa-
du sang au poids du corps.
tions.
^ -s-sê
Solipèdes.