II. ~ Propriétés physiques du sang
^Couleur, otleiir, saveur, densité. — Le sang est un liquide incolore ou faiblement coloré, dans un grand nombre d'espèces inférieures. Les naturalistes l'ont trouvé sans coloration sensible dans plusieurs groupes de mollusques et d'insectes, — lactescent et bleuâtre dans divers gastéropodes, — jaune orangé dans les échinodermes, le ver à soie, la chenille du saule, — verdâtre dans certains orthoptères, — brun chez la généralité des insectes coléoptères. Il est rouge déjà chez les annélides et les planorbes, et il conserve cette couleur dans tous les animaux vertébrés, avec quelques légères nuances.
Le sang des mammifères et des oiseaux est d'un rouge vif dans les cavités gauches du cœur, le système artériel aortique et les veines pulmonaires ; il est d'un rouge brun plus ou moins foncé dans les cavités droites du cœur, le système veineux général et Fartère pulmonaire. Cette couleur devient uniformément sombre pour le sang veineux et le sang artériel, lorsque la respiration cesse de s'opérer, même pendant un temps très court. Celle du sang artériel est plus vive dans les ruminants, et en particulier dans le bœuf que dans les solipèdes^ le porc et les carnassiers^ Elle devient plus vive dans l'anémie et d'un rouge vineux dans les cas où la proportion des globules blancs est très considérable. La graisse émulsionnée la modifie comme le ferait l'addition d'une petite quantité de lait. Cette teinte paraît quelquefois bleuâtre, irisée dans le sang un peu gras qui commence à se coaguler.
Le degré de coloration du sang a été généralement attribué aux proportions
relatives d'oxygène et d'acide carbonique dont les globules sont chargés. Le premier donnerait la riitilance, le second la leinle sombre. Dans ces derniers temps on a pensé que la teinte Ycrmeille pouvait tenir à une forte concavité des deux faces des globules et la teinte foncée à un gonflement qui rendrait ces faces convexes. La concavité produite par la contraction résulterait de l'action de l'oxygène, des sels alcalins, de l'eau sucrée ; elle rendrait les globules très aptes à réfléchir la lumière, tandis que la distension outrée par l'eau, l'acide carbonique, les acides étendus aurait pour conséquence de diffuser les rayons lumineux. Dans tous les cas, divers agents chimiques avivent la teinte du sang : le nitrate de potasse, le sulfate de magnésie, tandis que d'autres la rendent plus sombre.
Le sang a une odeur peu prononcée, qui rappelle celle de l'animal ou des produits delà transpiration, odeur bien sensible dans le sang du chien, du chat, du bouc, des bêtes bovines, soumis à l'ébullition ou mêlé à son volume d'acide sulfurique. Elle paraît due à des acides gras volatils. Sa saveur est légèrement salée, sa réaction alcaline. Il a une densité supérieure d'un vingtième à celle de l'eau, variant chez l'homme de 1 045 à 1 075. D'après Lehmann : terme moyen, elle est évaluée à 1 050. Suivant J. Davy, celle du sang du bœuf et du porc est 1 060, du mouton 1 050 à 1 058, du chien 1 050, de l'agneau 1 046 à 1 033, du veau 1 ,043. Elle est plus faible chez les poissons et les reptiles.
Coag'tilaliilité, — Le sang extrait de ses vaisseaux ne conserve pas longtemps sa fluidité; il se coagule assez rapidement et prend l'aspect d'une gelée très ferme, assez élastique. Ce changement d'état s'opère plus ou moins vite suivant les animaux et les conditions dans lesquelles il peuvent se trouver. Le sang des petits oiseaux, du pigeon, de la poule, se coagule en une ou deux minutes, celui du lapin, du mouton, du chien en quatre à cinq minutes, celui de l'homme en quatre à six minutes, du bœuf en huit minutes, du porc, du cheval en 15, 25, 30 minutes, etc. Elle s'achève cinq, dix minutes plus tard alors que toute la fibrine est constituée. Il y a à cet égard quelques variantes qui dépendent de l'état des animaux, des conditions extérieures et des quantités sur lesquelles on opère. Les observateurs ne donnent pas de chiffres concordants, parce que les uns notent la coagulation au moment où la masse du sang est prise en gelée, et les autres seulement à l'instant oii cette gelée est devenue très ferme. La distinction entre les divers degrés est d'ailleurs diftîcile. Ainsi, en recueillant une éprouvette de sang de mouton en quinze secondes, on voit qu'une minute et demie ou deux minutes au plus après l'extraction le caillot est formé et même assez ferme, car si, à ce moment, on renverse l'éprouvetteil ne s'en échappe point ni ne s'ébranle sensiblement.
La coagulation du sang a lieu très vite à la température ordinaire ; elle s'accélère sous l'influence de la chaleur jusqu'à-}- 40 degrés centigrades. Le contact de l'air ou de l'oxygène la favorise, c'est pourquoi elle s'accélère si le sang s'étale en nappe ou s'il coule en mince lilet dans un vase très large. Néanmoins elle s'opère encore assez promptement dans le vide et dans divers gaz ou mélanges gazeux. Le sang artériel se coagule plus vite que le veineux : aussi, chez les solipèdes, le premier donne beaucdup moins de caillot blanc que le
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second ou même n'en donne pas. Le sang des sujets jeunes, pléthoriques, est aussi beaucoup plus coagulable que celui des animaux âgés. Celui des animaux atteints de maladies inllammatoires met quelquefois deux ou ti'ois fois autant de temps à se coaguler que le sang normal : aussi donne-t-il alors beaucoup de couenne dans l'homme et un caillot blanc énorme sur le cheval. Le sang des chevaux morveux se prend de même avec lenteur ; celui des animaux typhiques et charbonneux est peu coagulable et son caillot mou se résout vite en bouillie sur le cadavre.
Diverses circonstances extérieures la rendent plus difficile. Le froid la retarde. A quelques dixièmes de degré au-dessus de zéro, elle ne s'elfectue pas ; le sang demeure liquide, si, en sortant des vaisseaux, il peut descendre à cette température avant le moment où peut se faire sa coagulation. L'acide carbonique la ralentit et rend le caillot mou, les acides minéraux et organiques la retardent. Les alcalis, la potasse, la soude à la dose de 1 à 2 millièmes, le carbonate de soude rendent le sang incoagulable, probablement en mettant obstacle au dédoublement de la plasmine ; divers agents toxiques semblent agir d'une manière analogue.
Quelle que soit sa rapidité ou sa lenteur, la coagulation est progressive. Le sang est d'abord visqueux, puis il se prend en gelée molle, tremblante, qui devient de plus en plus ferme. Elle a lieu avec uniformité en môme temps au centre et dans tous les points de la périphérie ; mais le phénomène ne se produit pas de la même manière sur tous les animaux. Dans la plupart, comme l'homme, les ruminants, les carnivores, le caillot paraît homogène ; il est rouge dans toute son épaisseur ou il présente seulement, en haut, une légère couche jaunâtre, une couenne constituée par de la fibrine dépouillée presque entièrement de globules rouges. Le sang des solipèdes a un mode de coagulation exceptionnel. Son caillot se forme en deux parties très distinctes : l'une supérieure, jaunâtre, l'autre inférieure, d'un rouge plus ou moins foncé, représentant habituellement à peu près la moitié de la masse totale. Entre ces deux caillots, ou à la partie inférieure du jaune, il y a une couche blanche plus ou moins distincte constituée par les leucocytes.
La formation de la couenne ou la séparation des deux caillots n'est pas également facile ni également rapide dans toutes les conditions. Dans l'espèce humaine il ne se forme pas de couenne sur les individus pléthoriques. Mais dès que la quantité de globules diminue comme chez les anémiques, les femmes enceintes, les tuberculeux, il s'en produit une plus ou moins épaisse; elle devient plus abondante dans le sang d'une deuxième ou d'une troisième saignée et présente une grande épaisseur pendant le cours des maladies inflammatoires qui diminuent la coagulabilité du sang. Sur le cheval, la séparation des deuK caillots met en général de 18 à 25 minutes à s'achever. C'est à compter de la deuxième à la cinquième que les premières couches du caillot blanc se dessinent. A la cinquième ou sixième minute, l'épaisseur de la couche blanche a déjà un demi-centimètre d'épaisseur. Dans une éprouvette de 15 à 16 centimètres de hauteur, la séparation marche assez vite pour que la couche de caillot blanc augmente de 1 centimètre par minute. Sur la fin elle se ralentit de moitié. En
12 à 15 minulos elle est le plus souvent aclievée. Dans quelques cas la sépation marche avec plus ou moins de lenteur. Ainsi sur un cheval morveux, après 5 minutes, le caillot blanc avait 7 centièmes de la hauteur totale de la colonne sanguine — après 8 minutes, 17 centièmes ; — 10 minutes, 24 centièmes; — 12 minutes, 27 centièmes ; — 15 minutes, 32 centièmes ; — 18 minutes, 37 centièmes; — 20 minutes, 40 centièmes; — 25 minutes, 42 centièmes; — enfin après 30 minutes, 47 centièmes. Sur d'autres animaux, quelquefois sur les chevaux poussifs, la séparation ne commence qu'au bout d'un quart d'heure, une demi-heure et plus, et demeure si incomplète qu'cà peine y a-t-il un caillot blanc. Le sang artériel, du reste, en fait autant ; en général, il eh donne très peu, quelquefois pas.
Voici, au reste, un tableau qui indique pour 10 chevaux la marche de la séparation des deux caillots. La hauteur croissante du caillot blanc y est exprimée en millimètres, de minute en minute.
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