‹ Traité de physiologie comparée des animaux considérée dans ses rapports avec les sciences naturelles, la médecine, la zootechnie et l'économie ruraleChapitre 181 sur 310 · DU SANG · texte numérisé non relu

DU SANG

Le fluide que nous venons d'étudier, d'une manière générale, éprouve des modifications nombreuses sous le rapport de sa quantité, de la i)roportion de ses éléments et de la constitution de ces derniers. Une partie de ces modilications tiennent à l'état des fonctions, notamment à celuide la digestion, des sécrétions, et sont compatibles avec l'entretien de la santé la plus parfaite; les autres deviennent le point de départ, plus ou moins éloigné, de divers états morbides, ou sont la conséquence de la maladie.

Lamasse du sang augmente aux dernières périodes d'une digestion qui fournit aux absorbants une grande quantité de principes nutritifs et de liquides; elle augmente de même chez les animaux qui passent d'un régime de privations à un régime abondant, com.me chez les herbivores sauvages au retour de la belle saison, les chevaux et les bœufs mis au pâturage au printemps, les moutons qui paissent sur les chaumes couverts d'épis, les oiseaux granivores vers la fin de l'été, etc. Il se développe alors ce qu'on appelle la pléthore ou la polyhémie. Sa masse diminue chez les animaux qui s'épuisent par le travail, l'insuffisance de l'alimentation, l'abstinence plus ou moins prolongée : cette réduction constitue une des formes de l'anémie. Toutefois l'abstinence ne produit pas constamment les mêmes effets. Chez certains animaux, elle diminue rapidement la masse du sang. D'après Collard de Martigny, elle la réduirait sur le lapin aux 6 dixièmes le troisième jour, aux 4 dixièmes le septième, et aux 2 dixièmes le onzième. J'ai noté souvent une réduction analogue, mais moins prononcée sur le chien et la chat, réduction qui se produit très lentement sur les animaux musclés et gras; car, après une abstinence de trois à quatre semaines, elle n'est pas toujours sensible; il n'y en avait aucune, par exemple, sur un cheval gras le trentième jour d'une abstinence complète, puisque la masse du liquide représentait à ce moment le douzième du poids du corps. Si, en général, l'abstinence diminue la quantité des globules et de l'albumine, elle peut quelquefois l'augmenter. Magendie a constaté ce dernier résultat sur un cheval après vingt-quatre jours d'abstinence, Prévost et Dumas sur une tortue, après une abstinence de cinq mois. Sur le cheval que j'ai fait jeûner pendant trente jours, la quantité d'eau a diminué et celle des matériaux organiques du sérum s'est notablement accrue. Mais ils faut remarquer qu'ici la soustraction de l'eau du sang donne lieu à une augmentation relative des matériaux solides.

Sous l'influence des émissions sanguines, la proportion des matériaux fixes du sang, surtout celle des globules, diminue rapidement. Dans les expériences de Prévost et Dumas, elle est tombée, sur le chat, de 118 à 93 millièmes après trois saignées faites dans l'espace de sept minutes. Sur un cheval, dans celles d'Andral, Gavarret et Delafond, elle est descendue de 104 à 38 milUèmes, après sept saignées faites à vingt-quatre heures d'intervalle ; celle de la fibrine, au contraire, est demeurée stationnaire ; elle a même augmenté sur la fin. Dans ces cas, suivant les observations de Vierordt, la mort survient, chez les lapins et

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les chiens, quand le chilîre des globules tombe à 52, même seulement à 68 pour 100 du cliinVc normal.

Immédiatement après la naissance, le sang des animaux est plus riche en globules qu'il ne le sera plus tard : le fait a été constaté par Denis et Poggiale, sur de jeunes chiens. Pendant l'allaitement, le jeune animal a moins de globules que l'adulte. Nasse en a trouvé 100 millièmes sur le veau et 120 sur le bœuf. De plus, le sang des jeunes sujets est, d'après mes observations, très riche en globules blancs, en tins granules graisseux, et presque constamment de teinte opaline. Dans la vieillesse, la proportion d'eau augmente, celles des globules et des autres matériaux fixes diminue.

Pendant la gestation, chez la femme, d'après Becquerel et Rodier, et chez les femelles domestiques, les brebis notamment, suivant M. Gavarret, la proportion des globules diminue, mais elle remonte à un chiffre très élevé quelques jours après le part. Le sang recueilli pendant la gestation se coagule avec lenteur et donne une couenne très épaisse.

Le sexe modifie plus ou moins l'état du sang. Chez la femme, le sang est moins dense, plus aqueux, plus pauvre en globules rouges. Andral, Gavarret et Delafond ont trouvé aussi plus de globules sur le taureau que sur la vache, plus sur les béliers que sur les brebis ; mais leurs observations comparatives ne sont pas assez niultipliées pour donner un rapport moyen suffisamment exact; d'ailleurs, ce rapport n'aurait toute sa -valeur que dans le cas où les animaux des deux sexes seraient entretenus dans des conditions semblables.

Les maladies inflammatoires, notamment les pneumonies, les pleurésies, modiiient considérablement l'état du sang. Elles donnent lieu surtout à une augmentation du chiffre de la fdjrine qui monte de 3 à 4 millièmes, proportion normale, à 6, 8 et même 10 millièmes ; l'augmentation est faiule sur le chien et très forte sur les ruminants. En même temps, il se produit une diminution dans la quantité de l'albumine. Le sang, quoique plus fd^rineux alors, se coagule avec moins de rapidité que dans les conditions ordinaires; aussi donne-t-il, chez l'homme, une couenne très épaisse, et chez les solipèdes un cadlot blanc très volumineux. Dans ce cas aussi, il peut présenter des globules blancs en quantité énorme.

Dans lespyrexies, dans les fièvres putrides, typhoïdes, la quantité de fibrine diminue et les propriétés de ce principe semblent modifiées de telle sorte que les caillots sanguins deviennent mous et peu rétractdes ; celle de l'albumine diminue alors aussi presque toujours, mais la proportion des globules demeure normale ou à peu près.

La leucémie, due à des états morbides de la rate, desglanglionslymphatiques, est caractérisée par une énorme quantité de globules blancs, sans que les proportions de la plupart des autres éléments du sang soient modifiées. On dit avoir trouvé, dans le sang des leucémiques, de l'hypoxanthine, des acides formique, acétique et lactique.

Dans les divers états diathésiques, tels que ceux des chiens qui éprouvent des épistaxis, la plasticité du sang est diminuée plutôt par suite d'une modification dans les propriétés de la fibrine que par le fait d'une réduction dans la quantité de ce principe. Dans le cas de morve, la coagulation est diminuée aussi, et il y a

presque toujours liypergenèse de globules blancs. Sous rinfluence du charbon, le sang, vers la fui delà maladie et sur le cadavre, est à peine coagulable, et son caillot ne tarde pas à se réduire en bouillie. Il en est de même sur les animaux surmenés, pris de chaleur pendant l'été. Hunier avait déjà noté cette particularité sur les daims forcés à la course et morts de fatigue.

Dans l'albuminurie, les maladies du cœur, les hydropisies, la proportion d'albumine baisse constamment, et cela doit être, puisque ce principe s'échappe en abondance avec la sérosité ou avec l'urine.

Le sang, sous l'influence du choléra, qui paraît avoir son analogue chez les oiseaux, perd une forte proportion d'eau ; ses globules s'agglutinent entre eux, adhèrent aux parois des capillaires, perdent en partie la faculté de se charger d'oxygène et d'abandonner l'acide carbonique.

Dans la mélanémie, le sang se charge de corpuscules rouilles ou brunâtres plus petits que les globules rouges. Ils sont différents des corpuscules pigmentaires, et semblent être, d'après M. Robin, des granules de graisse associés à la matière colorante jaune du plasma.

Le sang, dans l'infection purulente que l'on observe à la suite des maux de garrot, d'encolure, des vieilles pneumonies avec foyers purulents, se coagule souvent avec lenteur, et se montre chargé d'une forte quantité de globules blancs. Ceux-ci forment alors, d'après mes observations, entre le caillot fibrineux et le caillot noir une nappe blanche, opaque, visible à l'œil nu, et constituée par des leucocytes.

Dans le cas de morve, soit latente, soit confirmée, la couche à leucocytes qui surmonte le caillot rouge, au lieu d'être égale au 80'' ou au 70^ de celui-ci, comme à l'état normal, représente en épaisseur le 35', le 18s le 12^ même le dixième de ce caillot rouge.

Chez l'homme, dans des maladies assez diverses, le rhumatisme articulaire, la goutte, l'urémie, on a trouvé beaucoup d'urée, de l'urate de soude, de l'acide urique, des produits ammoniacaux.

Enfin, dans diverses affections contagieuses, ce liquide se charge d'organismes microscopiques^ vibrions septiques, bactéries, bactéridies, micrococcus, granules mouvants, organismes qui se trouvent notamment dans les maladies septicémiques, charbonneuses.

Toutes ces modifications et une foule d'autres éprouvées par le sang dans les conditions pathologiques ont leur raison dans le mode de renouvellement de ce liquide. Le sang est l'intermédiaire entre les matières du dehors et les matières constituantes de l'organisme; il se charge d'importer tous les produits de la digestion et des diverses absorptions, ceux qu'il recueille lui-même et ceux que lui amène le système lymphatique; d'autre part, il prend, pour les déposer ou les exporter, une foule de produits normaux ou morbides nés dans les tissus, dans les glandes, sous l'influence des actions nutritives, sécrétoires, etc. Ce qu'il a d'essentiel et de propre se trouve donc éventuellement mêlé à une foule de matériaux inutiles.

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