‹ Traité de physiologie comparée des animaux considérée dans ses rapports avec les sciences naturelles, la médecine, la zootechnie et l'économie ruraleChapitre 184 sur 310 · DISTRIBUTION DU SANG ET DES MATERIAUX NUTRITIFS · texte numérisé non relu

DISTRIBUTION DU SANG ET DES MATERIAUX NUTRITIFS

vent se distribuer aux éléments ou aux parties de tissus dépourvus de vaisseaux sanguins.

Dans le tissu coiijonctif, où des groupes considérables de cellules et de substance intermédiaire amorphe manquent de vaisseaux, les sucs nutritifs paraissent se disperser au moyen des prolongements des cellules anastomosés entre eux, prolongements fms que beaucoup de micrographes, Virchow entre autres, considèrent comme tubuleux. Dans les tendons, oi'i la gaine générale cellulo-lîbreuse et les gaines des faisceaux secondaires sont seules vasculaires, la substance propre du tendon, dépourvue de capillaires, n'a encore, pour la distribution des sucs, que les prolongements creux des corpuscules tendineux analogues à ceux des cellules conjonctives. Dans les fibro-cartilages, tels que les ménisques de Tarticulation fémoro-tibiale où les vaisseaux manquent, ceux ci sont remplacés encore par un ensemble de canaux réticulés et anastomosés entre eux. Dans la cornée recevant seulement des vaisseaux sanguins à la périphérie, il existe des

FiG. 185. — Réseau des cellules d'un fibro-cartilage (*).

FiG. 186. — Canalicules et corpuscules osseux (**).

canalicules spéciaux pour tout le reste de la membrane. De même dans les os, les prolongements des corpuscules dits étoiles , dans les dents les tubes de l'ivoire, dans la corne les tubes de réception des papilles, comme le canal médullaire dans la plume, dans le poil, sont, à ce qu'il semble, autant de conduits do sucs nutritifs, conduits qui remplissent le rôle de vaisseaux sans communica-

(*) a, fibres avec cellules fusiformes anastomosées entre elles; b, réseau de cellules avec canaux plus larges.

(*') canal vasculaire d'un os de uouvelle formation recevant les canalicules qui ,eniauent des corpuscules étoiles (Vircliow).

tions avec ceux qui transportent le sang ; ils paraissent charrier des sucs dérivés du plasma et jouant le même rôle que le plasma filtrant directement à travers les parois capillaires. Enfin, lorsque ces voies supplémentaires manquent, la dissémination des sucs s'effectue encore par infiltration diffuse. Elle s'opère de la sorte dans le tissu épithélique du corps muqueux de Malpiglii, ou par osmose, de cellule à cellule, comme chez les plantes non vasculaires.

Ainsi, quoique les vaisseaux ne puissent aboutir à tous les éléments individuels de l'organisme, cellules ou fibres, ils fournissent néanmoins à tous, d'une manière médiate, les matières nutritives. Par leur contractilité, ils règlent l'apport de ces matériaux, et s'ils viennent à s'oblitérer en quelques points par le fait de l'embolie, des troubles nutritifs se produisent, caractérisés par des modifications anatomiques et fonctionnelles du tissu dans une région plus ou moins étendue.

Il est hors de doute que le sang distribué aux parties ne sort point de ses vaisseaux sous la forme de sang, c'est-à-dire avec ses éléments figurés. Le système capillaire est constitué par des voies délimitées et closes ; ses divisions les plus ténues ont des parois propres sans ouvertures visibles aux grossissements ordinaires. L'étude microscopique de la circulation capillaire démontre, de la manière la plus évidente, que les globules sanguins restent toujours distincts les uns des autres, et qu'ils passent constamment des artères dans les veines, sans jamais sortir de leurs canaux. La partie fluide qui sert de véhicule à ces corpuscules, ou le plasma, peut seul s'échapper des vaisseaux, à travers les porosités invisibles de leurs parois, s'infiltrer dans l'épaisseur des tissus et baigner chacun de leurs éléments. C'est, en effet, cette solution d'albumine, de fibrine et de sels, qui va donner aux solides organiques les matériaux de leur nutrition. Et avant de les distribuer au dehors, cette solution a fourni aux éléments figurés ceux qui leur conviennent. Le plasma est le milieu nutritif intravasculaire par toute sa masse, avant de devenir milieu extravasculaire par une partie de cette masse. Il cons titueunbain, une atmosphère liquide dans laquelle nagent tous les éléments solides. Sa densité sert d'abord à maintenir les globules dans leur forme et leur volume, et à restreindre la diffusion de leur substance.

Ce plasma, d'une fluidité parfaite, réunit d'une part toutes les conditions qui le rendent apte à sortir des vaisseaux, et d'autre part il contient tous les matériaux que peut réclamer le travail nutritif des parties. Il renferme, ainsi que nous l'avons déjà vu, d'abord l'albumine et la fibrine, les deux principes protéiques par excellence, qui servent à la nutrition de la plupart des solides de l'organisme, et cela étant associées à des sels neutres sous forme d'albuniinates ; il contient les graisses, et enfin les matières salines et minérales solubles ; en un mot, c'est le sang lui-même moins les globules. Les tissus albumineux, comme le cerveau, la moelle épinière, les nerfs ; les tissus fibrineux, tels que les muscles ; les parties gélatineuses, comme les ligaments, les tendons, y trouvent les éléments essentiels de leur formation ; les os, leur phosphate calcaire; les vésicules adipeuses, leur graisse, etc. Très probablement, les matériaux du plasma ne changent ni de constitution moléculaire ni de propriétés pour sortir des capillaires sanguins : l'albumine est, au moment où elle traverse les parois des vaisseaux, ce qu'elle

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