‹ Traité de physiologie comparée des animaux considérée dans ses rapports avec les sciences naturelles, la médecine, la zootechnie et l'économie ruraleChapitre 185 sur 310 · DISTRIBUTION DU SANG ET DF.S MATÉIUAUX NUTRITIFS · texte numérisé non relu

DISTRIBUTION DU SANG ET DF.S MATÉIUAUX NUTRITIFS

était à leur intérieur, et elle est encore, après sa sortie, ce qu'elle était auparavant ; de même la librine, en dissolution ou à l'état de plasniine, passe sous cette forme ù travers les parois des capillaires et la conserve encore pendant un certain temps. Rien n'autorise à admettre ces prétendus changements d'état que certains auteurs, qui se fondent sur des expériences endosmométriques grossières, croient nécessaires pour expliquer la transsudation de la liqueur du sang à travers les parois vasculaires.

Peut-être, dans tous les tissus, le plasma ne sort pas des vaisseaux sans avoir éprouvé certaines modilications ; peut-être, dans certains d'entre eux, est-ce l'albumine qui s'échappe, dans d'autres la plasmine, dans d'autres encore les matières grasses, les sels, etc., et cela en vertu d'afliuités inconnues exercées par les matériaux des tissus sur ceux du fluide nutritif?Dans tous les cas, l'excédent du plasma, qui s'est extravasé, et qui n'est pas employé à la nutrition ni aux sécrétions, rentre dans le torrent de la circulation ; il est repris par les lymphatiques au sein de la plupart des organes, et par les vaisseaux sanguins euxmêmes dans les parties qui n'ont pas de vaisseaux blancs, ou chez les animaux inférieurs qui en sont dépourvus. Les éléments plasmatiques sortent évidemment des parois capillaires, tant sous l'influence d'une pression assez considérable que par suite des attractions qui donnent lieu aux phénomènes osmotiques. Il s'établit entre les vaisseaux et les tissus des courants de diffusion dont nous avons déjà parlé en traitant du mécanisme de l'absorption.

La partie globulaire du sang qui, sous sa forme propre, ne peut sortir des vaisseaux, ne demeure pas pour cela étrangère au travail de la nutrition. Les globules qui se sont chargés d'oxygène dans le poumon le cèdent aux tissus dans les systèmes capillaires, en échange de l'acide carbonique résultant des actions chimiques, et par là ils remplissent un rôle des plus importants, puisque, par une insuffisante quantité d'oxygène et par un excès d"acide carbonique, la vie de certains éléments, des nerveux et des musculaires, s'éteint presque instantanément. En outre, comme les globules effectuent avec le plasma des échanges continuels de matières azotées, de matières grasses, salines ou minérales, ils participent ainsi très activement à la nutrition. En effet, cette fonction devient imparfaite et languissante chez les sujets dont le sang est pauvre en globules.

Une fois le plasma sanguin sorti des vaisseaux, il imprègne la trame organique, baigne chaque cellule, chaque libre, et en pénètre la substance; mais tous ses principes constituants ne sont point pourtant assimilés ; les éléments de chaque tissu choisissent dans ce fluide ce qui leur convient ; ils se l'approprient et abandonnent le reste.

L'affinité qui existe entre les éléments de chaque tissu et ceux du sang règle le choix que les solides organiques exercent sur les fluides dont ils sont baignés de toutes parts. Chaque cellule ou chaque fibre, dérivée elle-même d'une cellule, attire à elle et s'assimile les principes de même nature que celle de sa propre substance ou de son contenu, ou si ces principes ne se trouvent pas tout formés dans le sang, elle attire ceux qui peuvent leur donner naissance, par suite de métamorphoses plus ou moins compliquées. Ainsi, la fibre conjonctive s'empare des éléments constitutifs du tissu cellulaire, la fibre musculaire prend ceux des

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muscles, la libre nerveuse ceux des nerfs. Plus rarement la partie vivante attire à elle, pour se les assimiler, des matériaux qu'elle ne renlerme pas encore. L'os, à l'état cartilagineux, s'empare du phosphate et du carbonate calcaire avec autant d'activité au moment où il n'en est pas encore imprégné qu'il le fait plus tard : les parties fibreuses qui s'ossifient exercent sur les matières minérales une attraction analogue ; entln, certaines parties, comme les cellules adipeuses, se remplissent d'une matière tout à fait diiïérente de celle qui entre dans la composition de leurs propres parois.

En jetant un coup d'œil sur la constitution chimique propre aux divers tissus, on voit ce que chacun d'eux prend au fluide nutritif.

La substance nerveuse, disposée sous la forme de tubes creux, s'empare surtout de matières albuminoïdes, de graisse, de phosphore, de soufre, de sels. Le muscle prend de la plasmine en forte proportion, de l'albumine, plus une matière extractive vaguement déterminée, des chlorures, des phosphates et des lactates de soude , de potasse et de chaux; le tissu des glandes s'approprie l'albumine et une certaine quantité de graisse ; le tissu cellulaire, les membranes séreuses, le tissu iibreux blanc, le tissu fibreux jaune, la peau, les cartilages et les os, se nourrissent d'une matière qui s'obtient artificiellement sous forme de gélatine, de chondrine ; enfin les os s'emparent à la fois de cette matière dérivée de l'albumine et d'une grande masse de carbonate, de phosphate de chaux et de magnésie.

Ainsi, ce que chaque élément prend est destiné à se convertir en substance de même nature que la sienne; ce que saisit la fibre nerveuve se' transforme en substance nerveuse, ce qui est enlevé par le cartilage devient matière cartilagineuse. De la sorte, chaque tissu peut se développer avec plus ou moins de rapidité, et s'il prend d'autres matières ou s'il les transforme d'une façon insolite, il perd sa forme caractéristique et éprouve une véritable dégénérescence.

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