‹ Traité de physiologie comparée des animaux considérée dans ses rapports avec les sciences naturelles, la médecine, la zootechnie et l'économie ruraleChapitre 200 sur 310 · Varron. Livre III, art. V · texte numérisé non relu

Varron. Livre III, art. V

STATIQUE CniMIQUE DE LA NUTRITION. 681

VC'Vàl inver^o de la nul rit ion, c'est-îi-dire la prédominance du travail de destruction sur celui d'assimilation ; deuxième état qui dérive de l'abstinence prolongée, d'une alimentation insuffisante, de déperditions excessives, de diverses maladies, d'une extrême vieillesse, etc.

Si les pertes éprouvées par la combustion respiratoire, la transpiration et les excrétions diverses, ne sont pas réparées aux dépens des matières alimentaires, ou si elles ne le sont qu'en partie, l'organisme se détruit peu à peu, le corps diminue progressivement de poids jusqu'au moment où l'état des organes devient incompatible avec l'entretien de la vie. Alors la masse du sang se réduit, la graisse accumulée dans les tissus disparaît peu à peu, le système musculaire s'atrophie et la masse de la plupart des organes éprouve une réduction plus ou moins considérable. L'abstinence à laquelle on soumet les animaux permet de suivre, dans toutes ses phases, cette altération du travail nutritif.

Le travail de la nutrition est tellement réglé dans l'organisme animal que si l'alimentation n'apporte plus exactement, en quantité et qualitativement, ce qui est nécessaire pour combler le déficit qui se produit sans cesse, la masse du corps éprouve une réduction représentant très exactement la différence entre l'apport et la dépense. Si l'apport est nul, la réduction sera énorme, comme nous le verrons tout à l'heure.

Dans ces conditions, l'appoint des matériaux ou leur totalité, est empruntée, à l'organisme: l'animal dévore en réalité sa propre substance, l'emploie au même usage, et la détruit tinalement de la même manière que la substance alimentaire venue du dehors ; alors l'absorption interstitielle supplée l'absorption intestinale à laquelle les matériaux du dehors cessent d'être offerts ; elle réclame exactement à chaque partie une contribution proportionnée à sa masse : au système musculaire la fibrine et l'albumine destinées à réparer le plasma du sang ; aux tissus blancs l'albumine seulement ; au tissu adipeux ce qui doit entretenir la chaleur animale, aux viscères, aux glandes, à la peau, aux os eux-mêmes, des éléments très divers qu'elle rapporte ensemble et mêlés. En même temps l'oxygène opère sur place les diverses combustions qui maintiennent la température du corps à peu près à l'état normal. Conséquemment, les phénomènes de la nutrition pendant l'abstinence ne présentent rien d'exceptionnel et d'insolite. Ces phénomènes qui ont, dans les circonstances ordinaires, une faible activité et marchent de front avec ceux de l'alimentation, sont ici exagérés, isolés et les matériaux qui se détiuisent ne sont point remplacés. Au fond, la nutrition s'opère sur un plan imiforme. Si la matière vivante qui se détruit est plus que compensée par la matière extérieure, il y a accroissement ; si elle l'est exactement, il y a équilibre ou état stationnaire ; si elle est incomplètement remplacée, il y a amaigrissement et atrophie; enfin, lorsqu'elle ne l'est pas du tout, comme dans l'abstinence, l'usure arrive vite à son terme.

Bien qu'il y ait, en réalité, chez les animaux privés d'aliments, une véritable nutrition intérieure, celle-ci n'a plus exactement son cachet normal. Dans la nutrition ordinaire, il y a un double courant, l'un apportant à l'organisme les matières du dehors, l'autre entraînant à l'extérieur les matières que la vie a usées. Le premier est irrégulier et intermittent; il a des périodes de ralentisse-

ment et des temps d'arrêt plus ou moins prolongés. Le second, au contraire, est continu et irrésistible ; diverses causes peuvent le ralentir, aucune n'est capable de l'arrêter. Dans la nutrition, lors de l'abstinence, le courant qui devrait apporter les matières du dehors est remplacé par un simulacre. La propre substance de l'organisme tient lieu d'aliments : elle est empruntée à toutes les parties ; puis elle leur est restituée sous une nouvelle forme avant d'être détruite et éliminée. Il en résulte que les organes se restaurent aux dépens de la masse commune. L'édifice menacé de ruine répare ses brèches avec ses matériaux mêmes. L'examen des résultats donnés par l'abstinence est nécessaire pour étayer ces propositions et caractériser toutes les particularités relatives à la dénutrition. Ces résultats ont été constatés dans mes expériences sur un grand nombre d'animaux solipèdes, bêtes bovines et ovines, porcs, chiens, chats, lapins, rats et oiseaux, (tels que coq, dindon, canard et moineaux), les uns jeunes, les autres, adultes placés dans des conditions, tantôt uniformes, tantôt variées, afin de rendre possible une appréciation comparative de l'influence de l'espèce, delà taille, de l'âge, de l'embonpoint, de la maigreur etc., sur le travail de désassimilation qui, à un certain moment, compromet l'existence et à un autre détermine fatalement la mort.

Toutes ces expériences, dont je citerai ici les principales, étaient nécessaires pour mettre en évidence les aspects divers de la dénutrition et montrer les dangers que cet état crée à des moments qu'il importe de connaître.

Tout d'abord, je ferai remarquer que la plupart des expériences dont on a tiré des conclusions générales, portent sur des animaux de petite taille et quelles sont très loin d'indiquer ce qui se passe sur les grands et dans l'espèce humaine. Pour trouver la grande loi des déperditions dues à l'abstinence il faut déterminer la proportion suivant laquelle elles s'effectuent dans les principaux groupes d'animaux et dans les espèces comprises entre les maxima et les minima de la taille, car, comme nous le verrons, il y a des différences énormes entre les pertes des grands animaux et celles des petits. Sous ce rapport j'examinerai successivement ce qui se passe sur le cheval, les grands ruminants, le mouton, le porc, le chien, le chat, le lapin, le rat, entin sur les oiseaux de basse-cour, et sur quelques autres.

Un premier cheval, du poids de 405 kilogrammes, bien musclé et assez gras, en expérience, par les fortes chaleurs de l'été, supporta la privation complète d'aliments pendant trente jours, en consommant seulement en moyenne chaque jour 1 400 grammes d'eau. Il perdit seulement, en tout, 80 kilogrammes, ou 2 666 grammes par chaque période de vingt-quatre heures, soit 6 grammes 1/2 par kilogramme de poids vif.

Sur le solipède dont il s'agit les déperditions étaient réduites au minimum, soit par jour à un 151" du poids du corps ou 6 grammes 1/2 par kilogramme. Il demeurait calme, n'était soumis à aucune excitation, ni extérieure, ni intérieure. La température de juillet ne rendait pas nécessaire une calorification active. Mais, sur les suivants, les pertes, par des causes diverses, ont pris de plus grandes proportions. Elles se sont élevées à mesure que la température baissait ou que l'animal se trouvait excité par l'exercice, la fièvre ou un état morbide un peu grave.

Un second cheval, poney de très petite taille, pesant 163 kilogrammes ou un tiers du poids moyen des animaux de celte espèce fut, en novembre, soumis à une abstinence de 19 jours. Il perdit en somme 39 kilogrammes ou à peu près le quart de son poids initial, au lieu d'un cinquième, et ()ar période de vingtquatre heures, 2 0o7 grammes ou la 79" partie du poids du corps. Sa perte diurne était donc sensiblement double de celle du premier ou, 12 grammes 1/2 par kilogramme, au lieu de 6 grammes 1/2. Ce cheval était morveux.

Un troisième, du poids de 3ol kilogrammes, un peu malade aussi, perdit en 18 jours d'abstinence, 89 kilogrammes, soit à peu près 5 kilogrammes par vingt-quatre heures ou la 70'^ partie du poids du corps. Il dépensait plus- que le poney, probablement parce qu'il était très maigre. Celui-ci encore perdait, comme on le voit, le double du cheval dont le jeune avait duré un mois.

Un quatrième cheval, énorme, morveux, avec fièvre, pesant 504 kilogrammes, perdait le premier jour 20 kil. 200, — le deuxième 13kil. 800, — le troisième It) kilogrammes, — le quatrième 15 kil. 500, en tout, pour ces quatre jours, 65 kd. 500. Sa perte absolue diurne de 16 kil. 375 était donc de 1/31® du poids du corps, ou de 32 gr. 49 par kilogramme. C'est la plus forte que j'aie constatée, et je pense quelle est rarement atteinte.

Un autre, eniin, de 193 kilogrammes, souffrant d'une légère opération chirurgicale perdait 8 kil. 350 par vingt-quatre heures, dans les deux premiers jours ou trois fois autant que deux des précédents et six fois 1/2, autant que le premier ou 43 grammes par kilogramme au lieu de 6 gr. 5, mais cette perte des deux premiers jours est constamment de beaucoup plus élevée que celle des jours suivants et elle ne doit pas être comparée à la moyenne obtenue dans les cas d'abstinence de longue durée.

Les grands ruminants peuvent perdre dans la même proportion. Une génisse d'un an pesant 146 kilogrammes, diminuait dans les premiers jours de 4 kil. 250 en vingt-quatre heures, 1/34^ du poids du corps, soit 29 grammes par kilogramme.

Entre la perte diurne de 6 gr. 1/2 et celle de 43 grammes par kilogramme, c'est-à-dire entre une perte comme 1 et une perte comme 6 1/2 qu'éprouvent les solipèdes et les grands ruminants, tous les intermédiaires doivent se trouver pour les animaux de grande taille. Les pertes du mouton m'ont paru tenir presque exactement le milieu entre les pertes minima et maxima de ces premiers herbivores. En voici un exemple donné par un mouton du poids de 30 kilogrammes qui vécut 22 jours sans aliments ni boissons à une température constante de 15 à 16 degrés. Sa perte totale a été de 12 kil. 850 ou de 42 centièmes et sa perte moyenne diurne de 1/51'^ du poids du corps ou de 19 grammes 1/2 par kilogramme près de 3 fois celle de notre premier cheval.

Teftes d'un mouton de 30 kil. jicndant une abstinence de 22 jours.

Jours

de

l'abstinence.

Poids

chaque jour

de l'abstinence.

Pertes moyennes.

Pei-te diurne absolue.

Mort.

Perte diurne parkil

du poids

de chaque jour.

Perle diurne

par kil.

du poids initial.

Le porc qui, en raison de l'abondance de sa graisse est dans d'excellentes conditions pour vivre à ses dépens pendant l'abstinence, la supporte très bien, même dans le jeune âge et assez longtemps pour employer à sa nutrition non seulement les 40 centièmes de sa masse, mais même plus de la moitié de cette masse. Celui qui fait le sujet du tableau suivant l'a soufferte 32 jours (abstinence sans boissons), à une température à peu près constante de 15 à 16 degrés, en perdant par jour l/o8' du poids du corps. Sa perte totale excédant la moitié fut de 53 centièmes.

Pertes d'un porc pendant un jeûne de 32 jours.

Jours

Poids du corps

Perte absolue

Perte diurne par kil.

Perte diurne

de

par chaque jour

de

du poids

par kil.

jeûne.

déjeune.

chaque jour.

de chaque jour.

du poids initial.

STATIQUE CniMIOUE DE LA NUTRITION. 685

Jours

Poids du corps

Perte absolue

Perte diurne par kil.

Perte diurne

de

par chaque jour

de

du poids

par kil.

jeuue.

déjeune.

chaque jour.

(ie chaque jour.

du poids initial

8 ,r,oo

L'activité de la dénutrition chez les chiens et les autres carnassiers est comparable à ce quelle est chez les herbivores et les omnivores, tous soumis, au même régime par Tautophagie. Le chien ne change pas en réalité de régime par le jeune qui doit lui être, ce semble, plus supportable qu'aux solipèdes et aux ruminants. Néanmoins, contrairement à l'opinion accréditée, il ne vit guère plus sans aliments que les animaux dont il vient d'être question et quelquefois il ne vit même pas autant, dans des conditions qui paraissent identiques des deux côtés. Voici quelques exemples des résultats du jeune chez les animaux de cette espèce.

Un chien épagneul, en bon état est privé d'aliments, mais avec de l'eau à sa disposition, pendant 9 jours, après lesquels il est tué.

Il pèse au début, 18 ooO grammes. Ses pertes sont :

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