‹ Traité de physiologie comparée des animaux considérée dans ses rapports avec les sciences naturelles, la médecine, la zootechnie et l'économie ruraleChapitre 205 sur 310 · S0OO · texte numérisé non relu

S0OO

Porc de 15 k. 370

Pertes

réduit à 6 k. 830.

en centièmes.

On a calculé le rapport entre ces deux animaux, en tenant compte de la différence de leur poids.

Lapin gras mort après absl. de 36 jours. Lapin gras. Poids initial 4220 Pertes

Poids 4200 gr. réduit à 1807. en centièmes.

Sang 137^'^

Peau 432

Estomac et intestins Aides 220

Lest de l'appareil digestif 430

Muscles et annexes 1745

Squelette 392

Graisse libre 510

Cerveau et moelle 18

Lapin gras.

Poids initial 1220

Perle:

Poids 4200 gr.

réduit

à 1807. en centièn

Lapin gras mort après abst. de 36 jonrs.

Yeux

Cœur

Poumons

Foie

Rate

Reins (ens.)

Utérus, vessie

Urine

Déchets, pertes

Total 4200 1807

Sur le lapin mort, on n'a pu prendre que le sang du cœur et des gros vaisseaux.

L'alimentation insuffisante, qui n'est en définitive qu'une abstinence partielle, fait éprouver au travail de la nutrition des modifications analogues à celles que la diète produit.

Pendant que les matériaux venus du dehors sont consommés, l'organisme prend en lui l'appoint de la nourriture. Gomme il faut, pour l'exercice des fonctions et l'entretien delà chaleur animale, une certaine somme de matières organiques, l'animal tire de lui-même ce qui manque à la ration. Si celle-ci est d'un tiers, d'une moitié inférieure à ce qu'elle devrait être, l'appoint pris dans l'économie est équivalent au chiffre du déficit. Aussi l'amaigrissement est il en raison directe du degré d'insuffisance de l'alimentation. Chez le bœuf, qui travaille dans ces conditions, le système musculaire éprouve des pertes énormes ; chez la vache laitière et toutes les femelles qui nourrissent des petits, les dépôts adipeux employés à la lactation réduisent d'un sixième, d'un quart même, le poids du corps en une période assez courte. Dans de toiles conditions, l'existence est menacée et la mort peut survenir à la longue, comme à la suite de Tabstinence. L'organisme est alors une place assiégée dont la résistance peut être calculée avec une rigueur mathématique : elle tient en raison directe de ce qu'elle peut fournir, et en raison inverse de ce qui est réclamé ; ou, en d'autres termes, elle résiste d'autant plus que son approvisionnement est considérablCj et que celui-ci est dépensé avec moins de rapidité. Il en a été déjà ainsi pour l'abstinence, et nous veiTons que les deux états peuvent être facilement ramenés à la même formule physiologique.

L'alimentation insuffisante tient à une foule de causes qui ont, en définitive, des effets de même nature. Il y a insuffisante alimentation lorsque l'appareil digestif ne peut plus tirer des aliments, même les plus riches, l'équivalent des pertes. Les affections de l'estomac et de l'intestin, l'entérite violente, la tuberculisation intestinale, ont souvent ce résultat, qui se traduit par un amaigrissement presque aussi rapide que celui de l'abstinence complète. Ainsi un lapin paraplégique, à tuberculisation intestinale, du poids de 5 kilogr. 20, tout en rece-

\'ant sa ration ordinaire, perdait en 16 jours presque le tiers de son poids initial. ,

Le le"- jour 86«'

Le 2e — 84

Le 3« — 200

Le 4e — 200

Le 5e — 80

Le 6e jour augm. de 230

Le 7* jour perd 260

Le 8e — 150

Le 9e — 120

Le lOe — 80

Le lie 6

Le 12e 85

Le 13e 75

Le 14e __ 90

Le 15e 85

Le 16e — 85

Perte totale ISIO^

Sur un porc de l'12kilogr., affecté de la maladie aphtheuse et mangeant à peine le quart de sa ration, à de longs intervalles, la perte de poids fut en 22 jours de 13 kilogr. ou de 590 gr. par 24 heures, ou la 189^ partie du poids initial du corps, soit 5 gr. 4 par kilogr., à peu près la perte minima diurne du cheval

Sur un jeune "taurillon du poids de 144 kilogr., souffrant de l'intestin, il y eut 26 kilogr. de perte en 15 jours, ou à peu près le sixième du poids initial, vSoit 12 grammes en 24 heures par kilogramme du poids du corps, par conséquent presque le chiffre de la perte due à l'abstinence.

Dans beaucoup de cas analogues, la dénutrition ou la désassimilation acquiert même une intensité qui dépasse celle de la désassimilation pendant l'abstinence. II en est ainsi dans les paraplégies des petits animaux, qui s'accompagnent de fièvre et de diarrhée. La fièvre, en activant les combustions et l'état diarrhéique, en opérant une spoliation considérable, élève sensiblement le taux de la perte diurne. L'impulsion qu'ils donnent au travail destructeur le conduit bien audelà des limites de l'amaigrissement. Aussi la réduction du poids du corps, au lieu de s'arrêter aux 40 centièmes, tombe à 50, à 55, à 60 et même au delà. Le marasme général, l'atrophie de la plupart des organes, arrivent à un degré que ne peut atteindre l'abstinence seule. Pendant que l'animal meurt d'inanition en conservant la graisse infiltrée dans le tissu des os, et intacte dans le canal médullaire, l'animal, émacié sous l'influence de certaines maladies chroniques, a ses os et ses autres organes complètement dépouillés de tissu adipeux.

Dans le plan de la nature, l'alimentation insuffisante est, par moments, pour beaucoup d'animaux, un accident fort ordinaire. Tous les herbivores des régions tempérées, et surtout ceux des climats froids, souffrent de la disette pendant l'hiver, lorsque la végétation suspendue ne laisse plus sur le sol que de chétifs débris. Forcés de se contenter souvent de quelques touffes d'herbes, de plantes

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desséchées et fanées, d'écorces et de minces arbustes, ils usent pour compléter leur insuffisante ration, la provision de e^raisse qu'ils ont amassée pendant la Ix'llo saison ; ils maii,'rissent alors, et sans doute quelques-uns périssent avant le retour du i)riiilonips. Les carnassiers eux-mêmes passent par des périodes de l)énurie, dont ils ont plus ou moins à souffrir.

C'est pour se soustraire aux inconvénients de cette insuffisante alimentation qu'un grand nombre d'espèces de toutes les classes, mammifères, oiseaux, poissons, insectes même, éprouvent des migrations connues de tous les naturalistes. Les uns se contentent de descendre des montagnes dans les plaines, on la température plus douce n'a pas entièrement suspendu la végétation, et c'est à cela que se bornent ordinairement les déplacements des herbivores. Quelques antilopes africaines, chassées des plaines arides par la sécheresse, s'en vont en grandes troupes vers les régions où le sol est couvert de verdure. Les martes, les hermines, leslemmings, quittent à certains moments les froides montagnes de la Scandinavie pour se disperser dans les plaines voisines. Mais les oiseaux surtout effectuent des déplacements plus lointains. Il faut que les palmipèdes du Nord, les oies, les grues, marchent, à l'entrée de l'hiver, vers les régions tempérées, où les étangs, les marais et les cours d'eau ne sont point couverts de glace. Il faut que l'hirondelle, quand l'air se dépeuple d'insectes, s'en retourne dans les pays chauds-; que la bécasse fuie les hautes montagnes, de bonne heure couvertes de neige, pour se répandre dans nos forêts et nos plaines.

Il y a là une fatale nécessité à laquelle l'animal menacé de la famine ne peut se soustraire. Il doit partir, qu'il soit bon ou faible voilier, qu'il aime ou non les longs et rapides déplacements. Le rossignol, qui nous était arrivé à la floraison de l'aubépine, est contraint de partir sans bruit en septembre, bien qu'il y ait encore des larves dans nos bocages; la fauvette de nos buissons, le petit rougegorge, bien engraissé, s'expatrient à la même époque, au risque de devenir en route la proie des rapaces ; la caille, lourde et enveloppée dans son manteau de graisse, doit trouver la force de traverser la Méditerranée. Les mauvais voiliers s'en tireront de leur mieux. La poule d'eau et le râle feront une partie de leurs étapes à pied ; les pingouins, les manchots, aux courtes ailes, émigreront h la nage, tant qu'ils trouveront des cours d'eau pour les transporter. Mais si quelque faible, quelque malade, quelque produit d'une tardive couvée n'obéit point, malheur à lui; il voltigera isolé, de canton en canton, comme le font un petit nombre de cailles et de mésanges, en danger de mourir de faim. Le héron, qui aura voulu rester fidèle à ses marais, y passera de longues journées à se morfondre, en attendant que sa proie se dégage de la vase à demi-glacée, et ainsi de bien d'autres. Quant à ceux qui ne peuvent changer périodiquement de patrie, comme l'ours, le lent hérisson, la lourde marmotte, la taupe, les loirs et tant d'autres pour lesquels l'hiver est une saison de famine, il ne reste qu'une ressource : s'engourdir, afin de ralentir l'activité des pertes et de faire durer plusieurs mois une provision que la veille userait en quelques semaines.

Nos animaux domestiques, que la prévoyance de l'homme devrait soustraire aux inconvénients de la disette, eu souffrent néanmoins fort souvent, surtout dans les pays où l'agriculture est arriérée, dans ceux où la provision d'hiver est

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naturellement ou forcément restreinte. Ils se trouvent dans les mêmes conditions que les animaux sauvages qui n'émigrent point.

Si un bœuf pèse 500 kilogrammes au commencement de novembre, il est réduit à400àla lin d'avril. Des cinq paires de bœufs à l'clable, il n'en reste plus, en réalité que quatre au prinlemps. i es quatre paires restantes auront mangé la cinquième : c'est la reproduction vivante du songe de Pharaon. Sans doute, au printemps, les fourrages nouveaux répareront les pertes éprouvées pendant l'hiver; mais ce qui remplace les 100 kilogrammes perdus aurait été ajouté au poids initial, s'il n'avait pas éprouvé de réduction. La perte, au point de vue économique, n'est pas réparée.

L'alimentation insuffisante est préjudiciable à l'organisme, sous plusieurs rapports. Elle l'est aux sujets débiles, aux femelles qui allaitent; surtout aux jeunes animaux. C'est, en effet, dans le jeune âge, que l'alimentation exubérante devient le grand levier du développement de l'individu et le principal agent de l'amélioration des races. Tous les éleveurs savent que, pour produire des animaux de belle venue, il faut les laisser longtemps à la mamelle, et leur fournir en abondance, dès qu'ils peuvent manger, une nourriture substantielle et choisie. C'est en grande partie par elle qu'on réalise aujourd'hui ces merveilles dont le secret est demeuré inconnu des temps anciens. En nourrissant parcimonieusement le bétail, on ne façonne que des races chétives qui portent l'empreinte ineffaçable d'un travail organique incomplet, languissant, et souvent interrompu.

Voyez, en effet, ces jeunes ruminants qu'on sèvre au bout de quelques semaines, avant que leurs débiles organes aient acquis la force de digérer l'herbe et les fourrages grossiers. Tout en quittant la mamelle de leur mère, ils maigrissent, leurs flancs se creusent, leurs muscles s'amincissent, et la graisse à peine déposée se résorbe. A ce moment déjà, ils usent une partie de leur substance pour compléter une ration qui ne suffit pas, non comme quantité, mais faute d'être assez complètement élaborée. Chez eux, tout souffre d'une manière plus ou moins évidente, depuis la surface de l'être jusque dans la profondeur du plus caché des organes. Le poil se hérisse et devient terne, la peau sèche, les interstices musculaires se creusent ; tout ce qu'il y a de mou s'affaisse, se résorbe; le foie se rapetisse et noircit. Quelques organes semblent seuls continuer leur évolution à ce moment d'arrêt, de détérioration précoce. Le squelette, dont l'accroissement se fait en grande partie aux dépens des matières minérales, semble moins souffrir que le reste. Seuls, l'estomac et l'intestin se dilatent très sensiblement, car leur expansion mécanique est indépendante de l'activité du travail nutritif. Pour peu que cet état de choses se prolonge, l'équilibre qui devrait exister dans le développement relatif des ditférents systèmes organiques est bientôt rompu: le système cellulaire etle lymphatique prennent le dessus; les germes de la débilitation se développent; la faculté •de résistance aux causes morbifiques s'affaiblit, et souvent l'animal devient subitement la proie des parasites et des helminthes : ceux-ci achèvent ce que l'insuffisance de la nourriture avait préparé.

Mais, dans les conditions les plus communes, ces périodes de pénurie, si

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préjudiciables aux jeunes sujets, ne sont pas de longue durée; elles sont suivies dr inoincnts d'abondance, pendant lesquels le dommage éprouvé par l'économie se répare dans certaines limites. L'accroissement se fait ici, chez les animaux domestiques, comme chez les animaux sauvages, par intermittences, par saccades. En été, l'herbivore prend de la taille et de l'embonpoint; il engraisse; puis riiiver venu, il use une partie de sa substance musculaire, de sa graisse, pour compléter son insuffisante ration, en attendant des temps meilleurs. L'évolution est, en somme, entravée d'une manière plus ou moins considérable, car dans les temps d'arrêt et même de dépérissement le travail de l'ossification continue et, une fois les épiphyses soudées, l'élévation de la taille devient impossible. Si, dans ces conditions, le travail excessif, la maladie contribuent à la détérioration de la machine, l'atrophie fait des progrès effrayants, et bientôt arrive le moment où l'organisme ne peut plus rien céder : il n'y a plus, dès lors, de réparation possible. Cette extrême atrophie s'observe sur les animaux employés aux dissections, comme dans les amphithéâtres où s'étalent les derniers restes des misères physiques de l'humanité.

Voilà comment s'opère, d'une manière générale, la nutrition lorsque le travail de désassimilation n"est pas exactement compensé par le travail d'assimilation. Dans ce cas, comme dans tous les autres, les produits des mutations éprouvées par les tissus, c'est-à-dire l'eau, l'acide carbonique, l'urée, l'acide urique, l'acide choléique, sont éliminés par les voies respiratoires, par la peau, les reins, le foie, qui sont autant de portes ouvertes aux produits de la dissolution des parties organisées. Tous dérivent de l'action fatale de l'oxygène qui a pénétré dans l'économie, où il esta la fois l'élément de la vie et celui de la destruction.

Ainsi s'opère le travail de la nutrition, considéré dans son ensemble, sorte de lutte perpétuelle entre l'assimilation et la destruction, la composition et la décomposition, comme si la vie devait résulter d'un antagonisme incessant et réglé entre les forces qui édifient et celles qui détruisent. Aussi le corps animal est-il bien réellement comparable au vaisseau des Argonautes, dont les avaries continuelles étaient réparées à mesure. Mais, il est impossible de savoir quel est le temps nécessaire à la rénovation complète de toutes les parties de l'économie, c'est-à-dire le temps au bout duquel l'admirable vaisseau de l'organisme ne conserve plus aucune des pièces qui le constituaient primitivement. Tout ce qu'on a dit à cet égard ne repose sur aucun fondement réel, et très probablement les bases manqueront toujours à une pareille détermination qui, du reste, n'a pas une grande importance. Mais, on peut, jusqu'à un certain point, déterminer la part d'usure éprouvée par les diverses parties de l'organisme, dans un temps donné,

Il est clair, comme il a été dit plus haut, qu'elle doit porter sur les matériaux liquides, aussi bien que sur les tissus. Le sang se détruit en bloc et dans chacun de ses éléments, et si au terme de l'inanition il représente encore un dix-huitième du poids du corps, réduit de moitié, il a dû éprouver lui-même une réduction de oO pour 100, réduction en masse, inégalement répartie sur les matières plasmatiques et les globules.

708 UE LA NUTIIITION.

En somme, ce qui se passe pendant l'abstinence et lors deralimenlation iiisullisante nous montre l'un des côtés de la nutrition, celui de l'usure ou de la désassimilation : usure par la combustion, le dédoublement des matériaux, leur conversion en produits qui seront éliminés avec l'air, la transpiration et l'urine. Comme nous avons antérieurement cherché à reconnaître les mutations que subit la matière pour s'organiser, se transformer en sang, en cellules, en libres et en divers tissus, nous devons nous demander maintenant comment elle perd sa forme, comment elle change d'état et finalement se détruit.

Cette désassimilation se fait plus ou moins rapidement suivant les espèces, suivant l'âge des animaux, les conditions de repos ou d'activité dans lesquelles on les place.

Chez les jeunes animaux oi!i l'assimilation est très rapide, l'usure l'est dans la même proportion. Déjà Chossat avait noté, sur les tourterelles, que la perte diurne était dé 81 millièmes dans le jeune âge, de 59 à l'âge adulte et de 85 plus tard : aussi, tandis que les premières mouraient au bout de trois jours, les vieilles résistaient jusqu'au treizième jour. J'ai vu plusieurs lapins privés de leur mère au moment de la naissance, résister seulement trois jours, des chats dans les mêmes conditions quatre jours, un chien d'une semaine est allé jusqu'au neuvième jour, et des chats à la veille du sevrage ont supporté une abstinence de douze jours. Les adultes seuls vont jusqu'au vingt-cinquième, au trentième jour et plus. L'animal maigre, anémique, affaibli, résiste très peu; le gras peut supporter, comme je l'ai noté pour l'oie, une abstinence de plus de quarante jours, car sa graisse préserve de l'usure les matières azotées du muscle et des autres tissus.

Le travail de désassimilation qui réduit la masse de toutes les parties solides et liquides de l'organisme est surtout digne d'étude dans le système musculaire où il donne des produits très variés, aussi bien sous l'influence du travail que par le fait de l'alimentation insuffisante et de l'inanition. Là, il trouve, sauf la graisse, peu de matières hydro-carbonées susceptibles, par leur combustion complète, de donner de l'eau et de l'acide carbonique, mais il peut s'exercer sur une masse énorme de matières azotées ou d'albuminates qui s'oxydent incomplètement ou se dédoublent pour former la créatine, la créatinine, la leucine, l'acide urique, l'urée, etc. Il le fait pendant longtemps, puisque, d'une part, les muscles représentent près des 2/5°^ du poids du corps, souvent davantage, et que. d'autre part, le tissu musculaire peut céder la moitié, même jusqu'aux 70 centièmes de sa substance.

L'usure du muscle, sous l'influence de l'inanition, a-t-elle lieu comme par le fait de la contraction et en donnant des produits identiques? Gela est probable. Les corps albumineux en dissolution dans le suc qui imprègne les faisceaux primitifs, la syntonine, la myosine, doivent peu à peu s'y convertir en créatine, créatinine et acide urique, cependant avec une moindre activité, puisque ces dérivés sont en moindre proportion pendant le repos que lors de la contraction du muscle. La xanthine, l'hypoxanthine, dont la composition diffère peu de celle de l'acide urique, ont probablement la même source; l'inosite, ce sucre non fermentescible et sans action sur les liqueurs cuivriques, est encore un

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produit probable du dôdoubloment des matières azotées du tissu musculaire; l'acide lactique à son tour s'engendre aux dépens de l'inosite ou de la matière glycogène, par suite d'une fermentation spéciale.

L'usure des muscles, quoiqu'elle soit très active pendant l'abstinence, est bien moindre que par suite de l'exercice. Aussi la quantité d'urée éliminée par les reins diminue-t-elle alors dans une proportion considérable. Déjà sur l'homme, après vingt-quatre heures d'abstinence, la quantité d'urée est réduite presque de moitié; chez le chien, elle se réduit au quart, à la fin de la première semaine, et au quinzième à la fin de la troisième.

Les produits ultimes des oxydations et des dédoublements opérés dans les muscles sont donc l'acide carbonique et l'urée que le sang emporte pour exhaler le premier à la peau ou dans le poumon et verser le second dans le parenchyme des reins. La quantité de ces produits baisse chaque jour, h mesure que les matériaux de l'organisme s'épuisent. Dans tous les cas, l'abstinence ne porte pas cette usure aussi loin que certaines maladies accompagnées de fièvre hectique.

Les pertes de l'organisme pendant l'abstinence, telles que nous venons de les voir, ne représentent évidemment que le minimum de la dépense. Les pertes normales et habituelles sont exprimées par la somme d'acide carbonique et d'urée qui s'éliminent chez l'animal dont la ration maintient stationnaire le poids du corps. Comme un homme de taille moyenne élimine en vingt-quatre heures 21 grammes d'azote sous forme d'urée et 230 grammes de carbone, il doit trouver au moins l'équivalent dans l'aliment consommé pendant cette période. Les pertes faites par un cheval de 400 kilogrammes au repos peuvent être compensées par une ration de 7 kilogr. 2o0 de foin. Si l'animal travaille, il lui en faut davantage, soit d'après les estimations de M. de Gasparin, 47 grammes d'azote pour 100 kilogrammes du poids du corps. Suivant M. Boussingault, l'azote nécessaire à l'entretien de 100 kilogrammes de cheval ou de bœuf se trouvent dans 200 à 225 grammes de matières albuminoïdes ; conséquemment il faut 1 kilogramme de ces matières à un cheval de 500 kilogrammes et 1200 grammes à une vache du poids de 600 kilogrammes.

On voit, d'après cela, qu'au point de vue de l'application, la question de la nutrition est une question d'analyse et de balance qui doit tenir une grande place parmi celles dont s'occupent l'éleveur et le zootechnicien.

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