‹ Traité de physiologie comparée des animaux considérée dans ses rapports avec les sciences naturelles, la médecine, la zootechnie et l'économie ruraleChapitre 214 sur 310 · Vulpian, Leçons sur Vappareil vaso-moteur, t. II · texte numérisé non relu

Vulpian, Leçons sur Vappareil vaso-moteur, t. II

graisseusesouprotéiques; à lalongue des faisceaux disparaissent et le tissu conjonctif

devient plus abondant ; les vésicules adipeuses s'accumulent dans les faisceaux et dans leurs interstices. Néanmoins ces modifications peuvent disparaitre si elles ne sont pas anciennes, dans le cas où l'influence nerveuse se rétablit par la réunion des bouts du nerf divisé.

C'est surtout lorsque la paralysie porte sur des nerfs volumineux, comme le sciatique, le fémoral antérieur que les lésions musculaires se produisent dans de grandes proportions et s'accompagnent de troubles nutritifs variés. S'il s'agit du sciatique, le membre traîne sur le sol, l'extension des plialanges est impossible, l'appui se fait sur les parties antérieures de la région digitée qui se blesse, saigne et s'ulcère, le membre entier s'œdématie. les ongles tombent quelquefois, même les phalanges et les métatarsiens. M. Brown-Séquard qui. l'un des premiers a constaté ces derniers effets, a montré qu'ils sont conjurés si le membre est soustrait à la pression, aux percussions, aux frottements sur le sol, pressions et frottements que l'animal ne cherche pas à éviter ou à amortir à cause de l'insensibilité du pied. J'ai vu, sur un cheval, dans un cas de paralysie du fémoral antérieur qui portait le membre postérieur fortement fléchi en avant, la hanche abaissée avec appui sur la pince, le boulet en avant, les muscles rotuliens affaissés, mous, flasques d'un jaune pâle. Ces muscles ne pesaient plus ensemble que 2 210 gr. pendant que ceux du côté opposé, demeurés parfaitement sains, pesaient 5 425 gr. : différence 3 213 gr. Les muscles paralysés avaient donc perdu plus de la moitié de leur poids, mais ils n'étaient pas tous atrophiés au même degré ; le muscle du fascia-lata l'était fort peu et il conservait sa consistance normale ; le long adducteur au contraire, l'était au plus haut degré, il se trouvait réduit à un tiers de son poids, car il ne pesait plus que 113 gr. au lieu de 380 comme son homologue de l'autre membre.

Ces atrophies musculaires peuvent dépendre de lésions plus éloignées. MM. Gharcot, Roger, etc. ont constaté que, dans la paralysie atrophique, les cornes antérieures de la substance grise de la moelle étaient lésées et qu'un certain nombre de leurs cellules se trouvaient atrophiées, même détruites. Dans l'atrophie musculaire progressive, on a également noté des lésions médullaires. M. BroAvn-Sequard a reproduit expérimentalement sur les petits animaux les ulcérations de la peau, les vastes eschares qu'on a observées dans l'espèce humaine, consécutivement à certaines lésions de la moelle.

Les troubles de la nutrition des muscles et, en fin de compte, l'atrophie de ces organes, paraissent bien résulter du défaut de l'influence nerveuse, car l'inertie fonctionnelle à laquelle ces troubles ont été attribués ne donne point les résultats de la section des nerfs : elle rend bien les muscles mous, ralentit leur accroissement, jamais elle ne les atrophie, au delà d'un certain degré, surtout dans les courts délais qui suffisent à la réalisation de l'atrophie pftir cause nerveuse.

L'influence du système nerveux sur la nutrition des divers tissus et des divers organes n'est pas toujours aussi évidente que sur celle de la nutrition des muscles, soit parce que le travail nutritif est souvent très lent, soit parce que les nerfs des organes ont un rôle complexe dont toutes les parties peuvent être à la fois troublées ou supprimées.

Quand il s'agit, par exemple, de voir si les nerfs vagues président à la nutrition du poumon, leur section, faite dans ce but, a des elfets multiples qui s'additionnent et réagissent les uns sur les autres : stase sanguine dans le poumon, œdème plus ou moins prononcé, emphysème, modification de la sécrétion muqueuse, chute des aliments et des liquides dans les bronches, paralysie des vaso-moteurs. L'attribution de chacun de ces effets à sa cause offre certaines difficultés.

Si on veut constater cette influence sur le rein, le testicule et quelques autres glandes, on n'arrive pas à des résultats aussi nets que pour les glandes salivaires. La section des nerfs rénaux entraînant des délabrements considérables, l'exposition de l'organe au contact de l'air, des froissements, la néphrite à un certain degré, il est fort probable que les modifications dans l'aspect, la couleur, la consistance du tissu rénal ne dérivent pas seulement d'un défaut d'excitation nerveuse nutritive. L'atrophie du testicule est un résultat beaucoup plus vraisemblablement dîi au défaut de stimulation nerveuse de l'organe.

Quelquefois les lésions nerveuses portent manifestement atteinte à la nutrition dans un ensemble de parties fort différentes. Dans ce qu'on appelle chez l'homme le mal perforant, l'insensibilité de la région inférieure du pied, le travail d'ulcération ont coïncidé avec des lésions nerveuses, et aussi des lésions artérielles. La section des nerfs plantaires, opérée des deux côtés sur le cheval, dans le but de faire cesser la douleur et la boiterie, détermine quelquefois le décollement et la chute du sabot, accidents imputables aussi à la violence des percussions que l'animal ne cherche plus à amortir, faute d'en avoir conscience. On sait, par des observations nombreuses sur les grands animaux, que la résection des nerfs des membres donne lieu à des atrophies multiples, qu'elle ralentit le travail de la cicatrisation des plaies et leur donne de la tendance à la gangrène.

Étant admise l'influence des nerfs sur la nutrition, il faut cherchera quelle partie des centres ils l'empruntent.

D'abord, il est certain que les nerfs tirent leur activité trophique des centres, puisque, en cela, comme en tout le reste de leurs fonctions, ils n'ont aucun pouvoir par eux-mêmes ; ils sont de simples conducteurs. Mais l'activité qu'ils empruntent à ces centres vient-elle de points déterminés, localisés ou est-elle empruntée, comme la sensibilité et la motricité des nerfs rachidiens, à un ensemble d'éléments comparables à ceux des cordons supérieurs et inférieurs de la moelle.

Les racines motrices et les fibres de même nature, qu'elles restent isolées ou qu'elles entrent dans la constitution des nerfs mixtes, empruntent leur activité nutritive à la moelle épinière puisque elles s'atrophient une fois qu'elles cessent d'être en communication avec elle. D'autre part, la racine sensitive et les fibres de même nom, semblent emprunter la leur aux ganglions, puisque après la section le bout qui tient au ganglion conserve son intégrité comme le reste du nerf jusqu'à sa terminaison, tandis que le segment attaché cà la moelle s'atrophie et perd ses propriétés physiologiques.

En ce qui concerne les paires nerveuses encéphaliques, d'après Waller, les fibres sensitives auraient aussi leurs centres dans les ganglions situés sur leur

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