Veau dehuit jours, allaité par la mère
reins : sa quantilé y augmente dans les cas où la sécrétion urinaire devient incomplète par suite d'une dégénérescence. L'iioinme en produit, d'après Lehmann, en moyenne, 32 grammes en vingt-quatre heures. Sous l'inlluence d'un régime très azoté, sa quantité peut s'élever à 58 grammes; elle descend à 15 dans le cas où les aliments sont pauvres en azote. Néanmoins, pendant l'abstinence, elle est encore sécrétée en proportion très notable, comme Lassaigne l'a constaté sur un aliéné privé de tout aliment pendant dix-huit jours.
La quantité d'urée éliminée par l'urine est proportionnelle à la masse de ce liquide. On a constaté sur l'homme et quelques animaux que, dans le cas où la quantité d'urine est doublée, celle de l'urée est accrue d'environ un tiers en sus de la proportion normale, de sorte que l'animal qui donnait 33 grammes d'urée par litre d'urine en donnera 42 avec deux litres. Frerichs a trouvé que le chien au régime mixte donne en vingt-quatre heures quatre fois autant d'urée que pendant l'abstinence, et six fois autant sous l'influence de l'alimentation animale. L'urée se produit assez rarement dans les maladies en proportion supérieure à la normale, mais dans beaucoup de cas, comme dans la maladie de Bright, les hydropisics, les affections dérivées de l'anémie, sa quantité est plus ou moins réduite. Elle peut augmenter 'dans les cas où les animaux viennent à recevoir certaines matières, tel que la gélatine et le sel marin. La gélatine, qui ne paraît point assimilable, se convertit totalement en urée, et le sel marin se combine avec celle-ci pour sortir par les voies urinaires.
D'après M. Bouchard, dans le cas d'abstinence il y a chez l'homme, pour chaque kilogramme du poids du corps en vingt-quatre heures, élimination de 0='',20 d'urée. Avec la ration d'entretien l'élimination monte à0°'^,33, même à 0"%36. A un âge avancé il y a moins d'urée, d'après lui, qu'à l'âge adulte, moins chez les individus obèses que chez ceux d'un embonpoint moyen. En revanche chez les obèses la quantité d'acide urique augmente. Au-dessus de 26 grammes d'urée, en vingt-quatre heures, il y aurait azoturie.
Certains animaux ont l'urine très pauvre en urée. M. Yvon n'en a trouvé que 8 grammes par litre dans celle de la truie. Celle du chat, au contraire, en contient une proportion énorme, 82 grammes par litre. Sa quantité augmente dans la morve chronique, d'après les analyses de A. Robin. Très probablement il en est ainsi dans toutes les maladies avec amaigrissement ou dénutrition exagérée.
L'acide urique trouvé d'abord par Scheele dans les calculs vésicaux existe en grande quantité dans l'urine des carnivores, des animaux ovipares, et au contraire en proportion très faible dans celle des herbivores. A l'état de pureté, cet acide est blanc, pulvérulent, inaltérable à l'air, à peu près insoluble dans l'eau, décomposable par la chaleur, qui le convertit en carbonate d'ammoniaque, cyanhydrate de la même base et en divers produits analogues à ceux qui résultent de la décomposition des matières animales azotées. Il contient plus de carbone que l'urée, mais moins d'hydrogène et d'azote. Cet acide augmente dans les urines, d'autant plus que les animaux font un usage exclusif d'aliments azotés, et dans celles des animaux affectés de maladies inflammatoires; il apparaît en quantité notable dans les urines des herbivores soumis à l'abstinence ou nourris de substances animales, dans celle des veaux pendant le régime de la lactation. Au con-
traire, d'après les analyses de M. Chevreul, il disparaît totalement, de même que les phosphates, dans l'urine des carnassiers soumis à la diète exclusivement végétale. On le rencontre à l'état de pureté ou en combinaison avec l'ammoniaque dans les calculs urinaires de l'homme et des carnivores. C'est lui qui, à l'état d'urate de chaux ou de soude, concourt à former les concrétions arthritiques de
la goutte. L'acide urique se trouve habituellement combiné avec la soude et se précipite quand on fait agir l'acide azotique sur l'urine.
L'acide hippurique ou uro-benzoïque, dont la présence a été constatée à l'état normal dans le sang dubœuf parM. Verdeil, se trouve dans l'urine du cheval et des autres herbivores en combinaison avec la soude. Il est blanc, peu soluble dans l'eau, cristallisable en prismes quadrangulaires, fusible et facilement décomposable par l'action de la chaleur. 11 contient beaucoup plus de carbone que l'urée et l'acide urique, mais il ne renferme qu'une très faible proportion d'azote. Sa production éprouve des oscillations subordonnées au travail musculaire ou à
FiG
207. — Acide urique précipité par l'acide acétique (Ch. Robin).
FiG. 208. — Acide hippurique (Ch. Robin).
l'inaction. M. Roussin^ en a toujours trouvé beaucoup sur les chevaux qui travaillent, et peu ou point sur les sujets inactifs et bien nourris. Les premiers donnent en même temps que beaucoup d'acide hippurique peu d'urée. Les chevaux d'omnibus et de troupe après le travail et la course ont donné de 7 jusqu'à 14 grammes d'acide hippurique par litre d'urine; au contraire, il a manqué chez
1. Z. Roussin, Recueil de mémoires de médecine et de pharmacie miUlaires, 1856.
les chevaux de (loupe inoccupés, qui donnaient de 6 à 17 grammes d'urée par lilre. Aussi ce chimiste pense que l'activité respiratoire accrue par le travail transforme chez les solipèdes l'urée en acide hippurique.
Cet acide provient aussi de la transformation d'autres matières apportées normalement ou accidentellement dans Torganisme, notamment de l'acide benzoïque et des benzoates des fourrages. L'huile d'amandes amères administrée au lapin, l'éther benzoïque, le baume du Pérou, au chien, ont paru lui donner naissance. L'acide hippurique a été trouvé en petite quantité dans Turine de l'homme soumis à une alimentation végétale ou mixte.
La créatine et la créatinine, que l'on trouve dans le liquide des muscles et dans le sang, existent en faible proportion dans l'urine. Ces deux substances azotées, excrémentitielles, comme l'urée et ses dérivés, paraissent provenir principalement de la désassimilation du ti^^ll musculaire.
Diverses matières extractives, à composition inconnue et de provenance incertaine, se trouvent aussi dans l'urine, particulièrement dans le jeune âge, pendant les maladies et lors de l'abstinencf ou de l'inanition. Ce sont, à ce qu'il semble, des matières usées que la résorption a versées dans le sang.
Les matières minérales et salines de l'urine représentent une partie considérable de ce liquide. Les sels minéraux y figurent pour 12 à 18 grammes par litre, et les sels à acides organiques pour 4 à 6 grammes. Leur proportion varie suivant les animaux et les conditions physiologiques. D'après les données rassemblées jusqu'à ce jour, c'est l'urine de cheval qui en renferme le plus, soit en tout et en moyenne 40 grammes par litre, puis dans l'ordre décroissant celle du bœuf 31, — du mouton 213. — des carnivores 15, — de l'homme, du porc 13, de la chèvre 9, — du veau 3. De tous ces sels, le chlorure de sodium est le plus abondant, il existe dans la proportion de 3 à 8 grammes sur 1 000 chez l'homme, mais seulement de 1 à 2 grammes chez les herbivores. Le chlorure de potassium y est également en grande quantité. Ces deux sels représentent souvent pour vingt-quatre heures 40 à 60 grammes; mais leur quantité est subordonnée à la composition des eaux et des aliments. Dans tous les cas, ce qui en entre est éliminé surtout par l'urine. Parmi les sels organiques, les lactates alcalins sont très abondants et figurent souvent, chez les grands herbivores, dans la proportion de 20 grammes pour 1 000. L'hippurate de potasse peut s'y trouver dans la proportion de 4 à 16 grammes; enfin les urates de soude dans celle de 1/2 gramme chez l'homme.
Le bicarbonate de potasse est extrêmement abondant dans l'urine du cheval, de la vache et du porc, il s'y trouve dans la proportion de 10 à 16 grammes par litre, le carbonate de chauK peut chez les solipèdes arriver au chiffre de 10 grammes. Après lui se place le sulfate de potasse. Le phosphate de chaux, le phosphate de magnésie n'y sont qu'en faible proportion. Le biphosphate de soude donne au liquide sa réaction acide dans les conditions précédemment indiquées.
Lorsque l'urine dépose, après son émission, son sédiment est formé par le phosphate ammoniaco-magnésien, le phosphate de chaux, le carbonate calcique et magnésien, quelquefois par divers urates, notamment l'urate d'ammoniaque. Ces dépôts peuvent présenter de la cystine en tables hexagonales, de l'oxalate de chaux en cristaux octaédriques. Ces divers sels ou quelques-uns d'entre eux
constituent les calculs du rein, des uretères, de la vessie, dont j'ai décrit ailleurs les caractères et le mode de développement chez les animaux domestiques K
Divers gaz se trouvent en solution dans l'urine, en la proportion de 2 volumes 1/2 pour 100 volumes de liquide. Ces gaz sont formés de 65 centièmes d'acide carbonique, 31 d'azote et 2,7 d'oxygène. '
FiG. 209. — Oxalate de chaux.
FiG. 210. — Cai'honate de chaux.
FiG. 211. — Phosphate ammoniaco-map^nésien.
La composition de l'urine présente des différences remarquables, suivant les espèces animales, le mode d'alimentation et les diverses conditions normales ou morbides dans lesquelles les animaux peuvent se trouver. Celle des carnivores, qui est claire et acide, contient beaucoup d'urée, d'acide urique, de phosphates. L'urine des herbivores, trouble, chargée souvent, et en particulier sur les solipèdes, d'une grande quantité de mucus, ne contient pas ou ne renferme que des traces d'acide urique. Les phosphates y sont remplacés par des carbonates qui lui donnent la propriété de faire effervescence par les acides. Elle renferme de l'acide hippurique que Vauquelin et Fourcroy avaient déjà trouvé chez le cheval, le mouton, le rhinocéros, l'éléphant et le castor. Celle du veau à la mamelle ren-
1. G. Colin, Recherches sw les calcula et sur les maladies calculeuses des a7ii)naux. Mémoire couronné par la Société centrale d'agriculture, 1861.
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ferme de l'urée, de l'acide uii(|ue, de l'allantoïne et l)eaucuu|) de phosphate de magnésie.
L'urine du porc tient le milieu entre celle des carnassiers el celle des herbivores. Elle est alcaline, contient de l'urée, mais point d'acide urique ni d'acide hippurique.
Les analyses qui ont été données pour dillérents mammifères indiquent quelques variantes assez notables. John a trouvé de la silice et de l'oxyde de fer dans l'urine du cheval. Vogel a rencontré ces deux substances sur le rhinocéros, et M. Chevreul sur le chameau. Si l'on en croit Vogel, l'acide hippurique manquerait chez l'éléphant.
L'urine des oiseaux, généralement versée par les uretères dans le cloaque où elle se mêle aux matières fécales, est peu abondante et très riche en substances fixes, notamment en acide urique. Celle de l'autruche, reçue dans un réservoir particulier analogue à la vessie des autres animaux, est rendue sans se mélanger avec les matières excrémentitielles. Vauquelin a pu ainsi l'analyser séparément. Il y a trouvé de l'eau, de l'acide urique, de très grandes proportions de chlorhydrate d'ammoniaque, des sulfates de potasse et de chaux, du phosphate calcaire, du mucus et une matière grasse. D'après Coindet, l'urine des oiseaux herbivores, blanche, onctueuse, contient de l'acide urique, du phosphate de chaux, de l'ammoniaque, mais pas d'urée. Celle des oiseaux carnivores, plus fluide, susceptible même d'être rejetée à part, contient de l'urée, de l'acide urique, du phosphate calcaire, de l'ammoniaque, et, de plus, des sulfates, des phosphates de soude et de potasse. C'est à la forle proportion de ces matières fixes que les urines des oiseaux doivent la propriété de former des masses blanches faciles à réduire en poussière.
Chez les reptiles, l'urine est tantôt épaisse, demi-solide, rendue à de rares intervalles, comme chez les serpents et les lézards, tantôt fluide et très abondante, comme chez les tortues et les batraciens. Prout, qui a examiné celle d'un boa, y a trouvé : acide urique, 0,9016 ; — potasse, 0,0345 ; — sulfate de potasse et chlorure de potassium, 0,0095; — phosphate et carbonate de chaux et de magnésie, 0,0080 ; — mucus et matière colorante, 0,0294.
Enfin l'urine des mollusques et des insectes a donné de l'acide urique, de l'urate d'ammoniaque, une matière organique et divers sels.
Le régime auquel on soumet les animaux modifie d'une manière très remarquable les caractères et la composition de l'urine. Il suffit de donner à un herbivore l'alimentation du carnassier, pour que les urines du premier deviennent semblables à celles du second, et réciproquement. C'est ce que MM. Chevreul et Magendie ont constaté depuis longtemps sur des chiens, dont l'urine n'offrait plus d'acide urique ni de phosphates, lorsque ces animaux étaient entretenus avec des substances végétales ou avec des principes non azotés, comme le sucre, la gomme, les graisses. J'ai vu aussi des porcs, nourris de pommes de terre et de farine, donner une urine alcaline faisant effervescence par les acides, et d'autres porcs, vivant de chair, présenter des urines claii-es et acides.
L'urine éprouve des modifications remarquables sous l'influence des maladies. En général, elle devient alors moins abondante, plus chargée de sels et de muco-