Lassaigne, Abixgé élémentaire de chimie, l' édit., t. II
(*) a, 6, spermatozoïdes du testicule; c, speimatozoïdes du canal déféreul; d, spermatozoïdes des vésicules séminales.
SÉCRÉTION SPERMATIQUE. 8Sd
évidence. D'a[)rès le premier de ces micrograplies, le testicule des paresseux ne contient, pendant l'hiver, que des granulations assez petites qui, vers la saison des amours, se dilatent et montrent à l'intérieur un certain nombre de globules au milieu desqu<?ls se forme un faisceau de spermatozoïdes. Ceux-ci deviennent libres par la destruction ou la rupture de la vésicule qui les a renfermés pendant leur développement. Lallemand a vu chez les raies, à l'époque du frai, se dessiner dans le testicule des ampoules qui, d'abord transparentes, offraient bientôt un contenu granuleux, et plus tard des faisceaux d'animalcules spermatiques. Kolliker, qui a vérifié ces particularités en leur donnant une grande précision, a constaté le développement dans les cellules épithéliales des canaux séminifères d'autres vésicules qui ne tardent pas à devenir libres par la destruction de la cellule épithéliale. Dans ces vésicules apparaissent plusieurs globules, et à l'intérieur de chaque globule se développe un spermatozoïde roulé sur lui même. Ceux-ci, devenant libres h leur tour par la dissolution des parois des globules, se disséminent inégalement ou se rassemblent en faisceaux dans la cavité vésiculaire. Enfin, lorsque la vésicule vient à se rompre, elle met en liberté les spermatozoïdes encore rassemblés en faisceaux dont la dissociation s'opérera dans le trajet des voies séminales. Dès ce moment, les zoospermes ne subissent plus dans l'épididyme, le canal déférent et les vésicules, que des modifications de formes assez peu importantes, dont la figure ci-dessus donnera une idée, d'après Kolliker, en ce qui concerne le lapin.
Les spermatozoïdes, qu'il faut considérer comme l'élément essentiel et caractéristique du sperme, n'existent pas constamment dans ce fluide. On n'en trouve aucun avant l'époque à laquelle les animaux acquièrent la faculté de se reproduire, et ils disparaissent totalement lorsque les mâles perdent cette faculté par les progrès de l'âge, par le fait de la maladie, ou d'autres causes analogues. Chez les mâles qui sont constamment en chaleur, comme ceux de nos espèces domestiques, ils ne manquent jamais dans la liqueur séminale : au contraire, chez ceux dont le rut est, périodique, ils n'apparaissent qu'à l'époque de cette excitation. D'après Lallemand, on les voit en nombre variable, plus ou moins incomplètement développés, et même remplacés par des globules, chez les sujets malades ou affaiblis.
La nature et l'organisation de ces filaments si remarquables ne sont point encore déterminées. Les premiers observateurs qui les ont étudiés les regardaient comme des infusoires, surtout en raison des mouvements qu'ils exécutent. Butfon en faisait des molécules organiques. Ehrenberg les a classés parmi les infusoires. Aujourd'hui on ne croit plus guère à leur animalité, car ils ne paraissent ni absorber, ni digérer, ni se reproduire comme le font même les infusoires les plus simples.
La vitalité des zoopermes peut être maintenue pendant longtemps, soit dans l'organisme, soit à l'extérieur, à la condition que le sperme n'éprouve pas de décomposition. Les spermatozoïdes portés dans les voies génitales de la femelle y vivent plusieurs jours, qu'ils servent ou non à la fécondation, car Prévost Dumas, Bischoff, et après eux divers observateurs, les y ont trouvés vivants sept à huit jours après l'accouplement. Ils vivent des mois entiers dans les bourses
copulatives des ovipares, et j'ai vu dans mes recherches sur le développement de pentastomes, que ceux que la femelle reçoit à l'âge de deux mois environ, lors des premiers accouplements, vivent dans les poches copulatives une année entière et en sortent à mesure pour féconder les œufs qui passent dans la portion sinueuse de l'oviducte pendant cette longue période. J'en ai trouvé dans les renllements pelviens des canaux déférents du cheval huit jours après la castration, et de ce fait découle la possibilité de la fécondation par l'eunuque récemment opéré.
D'après les observations de R. Wagner, les mouvements des spermatozoïdes ne se conserveraient guère que pendant vingt-quatre heures. Mais, d'après les miennes, ils persistent bien au delà de ce terme dans le sperme du taureau recueilli au moment de l'éjaculation et laissé à l'air, au fond d'un verre à réactif. J'ai vu ainsi très souvent les spermatozoïdes conserver leur mobilité durant deux ou trois jours, à la température ordinaire. Plusieurs fois ils sont demeurés vivants jusqu'au sixième et au septième jour à une température de 10 à 1 2 degrés. Dans les cas où ils sont morts plus tôt, le liquide était en décomposition. Ils ont vécu seulement un ou deux jours dans les tubes fermés, et maintenus à la température du corps. Godard a constaté que les spermatozoïdes du sperme humain soumis à la congélation se trouvaient immobiles lors du dégel, puis reprenaient, en certain nombre, leurs mouvements dès que le liquide venait à être réchauffé.
La longue persistance delà vie des spermatozoïdes me paraît impliquer la possibilité de la fécondation médiate et à grandes distances, dans les cas où les rapprochements sexuels ne peuvent s'opérer.
Les mouvements des spermatozoïdes peuvent s'éteindre par l'action d'une foule de causes. On a noté depuis longtemps que les décharges électriques, le froid, la chaleur très élevée, l'acide cyanhydrique, les acides étendus, l'opium, la strychnine, divers poisons, l'alcool, l'ammoniaque, produisent ce résultat. J'ai constaté que les liquides les moins irritants, l'éther, la glycérine, déterminent cet effet presque instantanément. J'ai vu aussi chez les animaux dont le sperme a peu de viscosité, comme les solipèdes, les ruminants, les carnassiers, que l'eau ordinaire ou l'eau légèrement acidulée, et en quantité suffisante, tue rapidement les zoospermes. Aussi, d'après les résultats obtenus sur les animaux, je ne doute pas qu'une injection d'eau dans le vagin, assez abondante pour délayer ce qui est projeté sur le col utérin et à son orifice, ne rende le coït infécond. Un tel moyen, s'il était employé, conduirait à l'extinction de l'espèce.
Il est probable que chez les animaux aquatiques le sperme est associé à des matières qui le rendent moins miscible à l'eau. Néanmoins, Goste a constaté que les spermatozoïdes des poissons osseux cessent de se mouvoir après quelques minutes de contact avec le liquide.
Il est à noter que diverses modifications éprouvées par les produits de sécrétion du vagin et de l'utérus rendent ces liquides toxiques pour les spermatozoïdes. Suivant Donné, l'acidité trop prononcée du mucus vaginal et la trop forte alcalinité du liquide de l'utérus amènent ce résultat qui explique l'infécondité dans une foule de cas. Néanmoins, le sang, pour eux, n'est pas délétère ; en grande proportion même, il laisse persister leurs mouvements.
SÉCRÉTION SPEKMATIQUE. 887
Dans le cas de cryptorchidie, qui toujours coïncide avec un arrêt de développement du testicule, cet organe, s'il est dans l'abdomen, ne donne pas de sperme ou du sperme sans spermatozoïdes. Le l'ait signalé par .M. Goubaux ', dabord sur le cheval, puis parFollin et Godard, sur l'homme, est Ir^s exact dans la plupart des cas, mais il ne l'est pas toujours, car l'absence de spermatozoïdes dépend non de ce que le testicule est retenu dans l'abdomen ou dans le trajet inguinal, mais de l'atrophie concomitante de cette glande. Or, cette atrophie ne va pas toujours au point d'annuler la sécrétion du sperme. J'ai vu, en effet, sur un porc dont les deux testicules retenus près des reins pesaient ensemble 130 grammes, le sperme présenter dans les canaux séminifères et dans les dçférents, outre des cellules en voie d'évolution et des spermatozoïdes avortés, quelques spermatozoïdes complètement formés. Sur un cheval disséqué en 1860, dont les deux testicules non apparents étaient retenus dans les trajets inguinaux, j'ai trouvé les épididymes et les canaux déférents pleins de sperme très blanc, avec une quantité prodigieuse de spermatozoïdes parfaits. En conséquence, sauf quelques exceptions, les cryptorchides sont de véritables castrats, glabres, faibles et timides dans l'espèce humaine; mais ordinairement ardents et aptes à l'accouplement, quoique stériles dans l'espèce du cheval. Les cryptorchides féconds par l'un ou par les deux testicules doivent être rares.
A la suiie de maladies graves de longue durée qui conduisent les animaux au marasme et à la mort, j'ai trouvé des spermatozoïdes vivants dans l'épididyrae et les canaux déférents. E. Godard avait fait déjà sur l'homme, dans diverses affections chroniques, les même observations.
Les diverses sécrétions dont les produits s'associent au sperme sont, jusqu'à un certain point, indépendantes les unes des autres, puisque, suivant laremarque de Galien, les eunuques peuvent éjaculer du tluide prostatique; elles s'opèrent simultanément, et l'excrétion de leurs produits est réglée d'après des sympathies spéciales. Cette excrétion se fait de telle sorte que le fluide prostatique, extrêmement abondant chez les sqlipèdes, les ruminants et le chien, précède le sperme, et peut pendant longtemps couler seul ou à peu près. C'est seulement sur la 6n de l'éjaculation et au moment où le spasme génital est très vif, que le sperme proprement dit coule en forte proportion. Mais comme celui-ci ne se régénère qu'avec lenteur, le produit de l'éjaculation, au bout d'un certain nombre d'accouplements, dans une même journée, finit par n'être plus que du fluide prostatique avec peu de spermatozoïdes. Aussi les saillies qui se répètent cinq à six fois par jour chez les étalons et les taureaux sont-elles souvent infécondes. 11 faut en excepter cependant celles de certains animaux lascifs et très prolitiques. comme le bouc.
Chez les hybrides ou les mulets, quoique les testicules soient volumineux et de conformation normale, le produit de la sécrétion testiculaire ne renferme pas de spermatozoïdes. Au moins Bonnet, Gleichen, Prévost et Dumas, E. Godard, dont l'attention a été fixée sur ce point, n'en ont pas trouvé sur le mulet même pendant les chaleurs ; seulement Wagner a vu chez les oiseaux hvbrides
1. A. Goubaux, Recueil de médecine vétérinaire, 1847, p. 131.
des filaments ludimentaires, indiquant des spermatozoïdes arrêtés dans leur développement, c'est là la règle; mais comme les hybrides sont quelquefois féconds, ils doivent présenter alors des spermatozoïdes. M. Arloing en a vu dans le léporide, qui passe pour un hybride authentique.