FORMATION DES RACES
race locale, on obtient, si les alliances entre les deux types sont suffisamment continuées, un type nouveau intermédiaire aux deux facteurs, et en même temps on modifie, on altère, on détruit, à proprement parler, la race locale. En introduisant le cheval arabe ou le cheval anglais dans le Limousin, la Normandie, on a produit le demi-sang, et dans ce demi-sang la race limousine, la race normande ancienne, ont été absorbées et se sont éteintes. Ce résultat a été obtenu une fois que le croisement s'est suflisamment prolongé et efl'ectué sur Tenserable de la population animale du pays. On a donc pu dire avec raison que le croisement avait détruit nos anciennes races locales. Il les a détruites, en effet, en les absorbant et en les remplaçant par des races mixtes plus ou moins caractérisées.
D'autre part, dans les pays où les croisements ont été opérés sur une fraction très restreinte de la population, trop peu de temps, sans suite, avec des animaux de diverses races, on n'a ni créé une race nouvelle et mixte, ni absorbé ou détruit la race locale ancienne ; on a produit des individus métis isolés ; ils ne sont pas devenus souche de race. S'il va eu amélioration, elle a été imprimée aux individus et non à la race. Celle-ci s'est abâtardie en recevant les éléments étrangers, et elle donne des produits variés, comme la chienne de race en qui l'atavisme fait revivre les types anciens à côté des types nouveaux.
Le croisement ne peut substituer à la race ancienne une race nouvelle qu'autant qu'il est assez prolongé [lour donner de la tixiti' aux caractères des nouveaux produits.
Au point de vue purement physiologique, les ell'ets du croisement sont essentiellement variables, mais l'un d'eux est d'oter à la race croisée sa hxité. et par conséquent d'en tirer des variétés individuelles plus ou moins nombreuses. Le croisement introduit, avec le sang nouveau, un nouvel élément de variabilité ; il ajoute la variabilité de la race qui intervient à celle de la race que l'on croise. Des produits mixtes se forment où l'atavisme tend à faire reparaître les caractères de celle dont le sang prédomine. Aussi, faut-il. si un tvpe est suffisamment parfait, se garder de le mêler à un autre. L'Arabe craint la mésalliance de ses chevaux; elle est non moins redoutée de l'Anglais pour le cheval de course, le durham, le dishley, et des chasseurs pour les meutes de chiens, etc. Un sang étranger quelconque altère la fixité de la reproduction du type de la race. Un autre modèle est offert dont la nature copie quelques traits qu'elle associe à ceux du type ancien. L'observation, depuis les temps antiques, montre que les races seules qui ne sont point mêlées donnent des individus qui se ressemblent, tels les Scythes, dont parle Hippocrate. Les castes mêmes, chez les nations où les institutions sociales les ont conservées, comme dans l'Inde, se comportent à un certain degré comme les races proprement dites. Le croisement ou l'alliance entre des reproducteurs de races différentes est un moyen très expéditif, à l'aide duquel on communique à une race des qualités ou des aptitudes qu'elle n'a pas. Par son secours, celle que l'on se propose de modifier est, ou simplement améliorée, ou transformée en une race mixte plus ou moins rapprochée de l'une des deux composantes.
Les règles du croisement, quoiqu'elles se déduisent des lois de l'hérédité et des résultats constatés par Texpérience, se réduisent à un très petit nombre de
formulos qui doivent, dans certaines limites, servir de guides aux éleveurs.
Lorsqu'on veut modifier une race commune et lui imprimer de nouveaux caractères, il faut toujours, et d'une manière absolue, choisir pour la régénérer une race aussi ancienne que possible, vigoureuse, bien conformée; puis rechercher dans cette race les qualités et les aptitudes que l'on veut communiquer à lapi-emiôre. Ainsi, il convient d'exiger de la race régénératrice une taille élevée, des des formes élégantes, de la légèreté, de la vitesse dans les allures, une constitution énergique, une belle toison, une aptitude à l'engraissement et à la production du lait quand on veut augmenter le volume, régulariser la conformation, modilier la constitution molle de la race commune, rendre celle-ci, et. suivant les espèces, apte h la course ou au travail, etc. Mais, en cela, il importe de bien se fixer sur les caractères à donner au produit du croisement, car on ne saurait, par des combinaisons identiques, obtenir l'un et l'autre de ces deux résultats, savoir des produits se rapprochant autant que possible de la race type, ou des produits réunissant certaines qualités de l'une des races avec des qualités différentes appartenant à l'autre. Dans tous les cas, on doit se rappeler qu'une race choisie pour un croisement ne {)eut réunir toutes les qualités propres à l'espèce, car on ne voit jamais associées sur le même animal les beautés disséminées sur plusieurs, pas plus qu'on ne trouve rassemblés sur un seul tous ces défauts, dont l'imagination des anciens hippiatres s'est plu à représenter, dans les livres, le monstrueux assemblage.
En second lieu, il faut, dans le croisement, déterminer la convenance réciproque des races que l'on allie entre elles, donner à une race déjà Une et légère la race la plus distinguée, mêler à celle qui doit rester massive une race plus ou moins étotïée. Il est évident que, dans l'espèce du cheval ce qu'on appelle le pur sang ne convient point indifférenniient à la régénération de toutes nos races et surtout des races communes de trait. L'expérience a démontré, au grand détriment des millions de l'Etat, que cette panacée universelle, si \antée par les haras, n'a donné souvent que de tristes résultats, quand elle n'a pas eu pour effet de dégrader nos bonnes races de travail.
Il ne suffit pas, sous ce rapport, de choisir des races qui se conviennent réciproquement, il importe de rechercher dans ces races les types les plus propres à conduire aux résultats attendus, et, pour cela, il convient de prendre à la fois en considération les formes, la constitution, les diverses qualités : on s'exposerait à se tromper souvent si l'on se servait exclusivement, comme pierre de touche, d'une seule de ces qualités, la vitesse des allures, par exemple. Ainsi, on a peine à concevoir comment un cheval de course amaigri, taré et souvent d'une défectueuse conformation, puisse être un reproducteur précieux, parce que, sur un hippodrome, il a parcouru un espace de 4 à 5 kilomètres en quatre ou cinq minutes.
Enfin, il faut, dans l'emploi et le choix des croisements, prendre en grande considération le but quel'on se propose d'atteindreet les conditions dans lesquelles on se trouve. Il faut se rappeler que tous les genres de perfectionnements ne peuvent être obtenus à la fois ; que les combinaisons les plus habiles sont impuissantes à réunir des qualités qui s'excluent; que les mêmes sortes de croisements