‹ Traité de physiologie comparée des animaux considérée dans ses rapports avec les sciences naturelles, la médecine, la zootechnie et l'économie ruraleChapitre 28 sur 310 · DE L'ABSORPTTON DANS LES VOIES AÉRIENNES · texte numérisé non relu

DE L'ABSORPTTON DANS LES VOIES AÉRIENNES

La muqueuse de l'appareil respiratoire est, de toutes les membranes muqueuses, celle qui jouit au plus haut degré de la faculté absorbante.

La première partie de cette muqueuse, qui tapisse les grands conduits aériens, cavités nasales, sinus, larynx et trachée, ne remplit guère qu'un rôle de sensibilité et de revêtement. C'est la seconde, étalée dans les bronches et les vésicules pulmonaires, qui jouit, grâce à sa finesse et à sa perméabilité, d'un incomparable pouvoir d'absorption.

La muqueuse broncho-pulmonaire, essentiellement affectée à l'absorption de l'oxygène qui vivifie le sang, à l'exhalation de l'acide carbonique et de la vapeur d'eau, peut prendre en même temps tout ce qui est associé à l'air : l'oxyde de carbone, l'hydrogène sulfuré, l'hydrogène arsénié, la vapeur d'eau et de divers liquides, les miasmes, les effluves, les virus volatils, les parties volatilisées d'une foule de corps, les corpuscules solubles qui se trouvent en suspension dans l'air, enfin les substances qui pénètrent accidentellement ou que l'on porte dans les voies respiratoires.

L'activité exceptionnelle et l'excessive rapidité de l'absorption dans les bronches et les vésicules pulmonaires reconnaissent quatre causes principales : 1° l'étendue immense de la muqueuse; 2° la minceur de cette membrane, dont les réseaux capillaires sont très superficiels ; 3° la disposition de l'épithélium

1. Lehmann, Précis de. cJtimie ph)jsiologique animale, p. 312.

G. COLIN. — f'hysiol. conip.. 3^ étlit. II. — 8

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réduit ù une seule couche de cellules cylindriques à cils vibratiles dans les petits tuyaux bronchiques, et à cellules polygonales aplaties dans les vésicules pulmonaires ; 4" enfin, le jeu de la pompe ihoracique qui appelle d'un seul coup, lors de l'inspiration, les gaz, les vapeurs et les liquides à abs(n'ber dans l'ensemble des ramifications bronchiques et de leurs vésicules terminales.

C'est sur les gaz que l'absorption pulmonaire paraît s'effectuer avec le plus de rapidité; car, outre l'inspiration qui tend aies amener d'emblée jusqu'aux parties terminales de l'arbre bronchique, la tendance à la dissémination de leurs molécules, favorisée par le calorique, les répartit en un instant sur toute l'étendue de la muqueuse. Aussi, en quelques secondes, l'oxygène change la teinte du sang de l'animal asphyxié ; en deux ou trois inspirations de vapeur d'acide cyanhydrique, un petit mammifère est foudroyé ; en quelques inspirations, le chimiste exposé à l'inhalation de l'hydrogène arsénié peut en absorber une dose toxique. On sait, par des accidents nombreux, avec quelle promptitude l'acide sull'hydrique, le sulfhydrate d'ammoniaque, les gaz méphitiques des puits et des égouts, tuent les personnes qui les respirent.

Toutes les vapeurs se comportent à peu près comme les gaz. Celles de l'éther, du chloroforme, produisent l'anesthésie en quelques minutes; celles des essences, des parfums de fleurs, témoignent, par la promptitude de leurs effets sur le système nerveux, de la rapidité de leur introduction dans le sang. Les vapeurs alcooliques dégagées du marc de raisin ou du vin transvasé peuvent produire une ivresse momentanée ; celles du sulfure de carbone déterminent des troubles digestifs et communiquent leur odeur aux déjections.

Les substances volatilisables s'absorbent aussi de la même manière par les voies aériennes. L'iode, employé sous forme de teinture, dans le traitement des plaies ou des tumeurs, entre autant avec l'air inspiré que par la peau des régions oîi il est appliqué. Panizza Ta retrouvé dans le sang et l'urine des chevreaux qui en respiraient les vapeurs. Le phosphore est souvent absorbé par les ouvriers qui le manipulent, au point de rendre leur haleine lumineuse dans l'obscurité. Le mercure, volatilisable à toutes les températures, détermine sur les mineurs qui le recueillent les accidents caractéristiques de l'intoxication mercurielle. On a vu les marins et les animaux (moutons, porcs, chats) d'un vaisseau anglais, chargé de mercure, qui s'échappa de ses barils, être atteints de ptyalisme, d'ulcérations buccales, de convulsions et de paralysies partielles. Les anciens, qui connaissaient une partie de ces faits, proposaient, comme moyen thérapeutique, l'inspiration des vapeurs de mercure projeté sur le charbon, ou de cinabre, dans les maladies vénériennes. Tous les jours on [emploie des fumigations diverses en vue d'indications variées.

Les liquides, quoiqu'ils ne doivent pas normalement pénétrer dans les voies pulmonaires, y sont aussi très promptement absorbés. Les mouvements respiratoires les soumettent à un flux et à un reflux favorables à leur dispersion et à leur mélange avec les produits de sécrétion de la muqueuse; d'ailleurs, leur volatilisation rapide et partielle dans l'ensemble des cavités aériennes en fait absorber une partie sous forme de vapeurs.

Goodwin a vu que deux onces d'eau injectées dans la trachée d'un chien y

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(■'taiuiil proui[>leinent absorbées. St'galas et Mayer ont l'ait des observations analogues, l'un sur le chien, l'autre sur des lapins. Les élèves vétérinaires de Lyon, au rapport de Goliier, ne purent tuer un cheval qu'en lui injectant trente litres d'eau par la trachée, et ils en versèrent quarante dans celle d'un autre animal de cette espèce avant de déterminer la mort par suffocation. Mais leur expérience était très défectueuse, car l'eau, versée rapidement et en grande quantité dans la trachée, est rejetée en forte proportion à mesure qu'elle arrive. S'il en était autrement, la respiration se suspendrait, une fois les canaux aériens pleins de liquide. Il faut, pour mesurer l'activité de l'absorption dans les voies respiratoires, proportionner l'injection de l'eau, en un temps donné, à la rapidité de son passage dans les vaisseaux absorbants, en ayant soin de laisser la respiration libre. C'est ce que j'ai fait dans les expériences suivantes :

Après avoir fixé à la trachée d'un cheval, par une ouverture au centre de l'un des cerceaux, un tube de 1 centimètre de diamètre, j'ai versé dans ce conduit de l'eau tiède (de 30 à 35 degrés) : il en arrivait six litres par heure. L'animal eut le liane agité, la respiration profonde pendant les trois heures et demie que dura l'expérience. Il fut tué alors; la trachée et les bronches étaient vides, tout le liquide injecté avait disparu.

Je versai de la même manière, dans les voies aériennes d'un second cheval, 25 litres d'eau en six heures, et je fis de deux en deux heures trois saignées qui enlevèrent 6 kilogrammes de sang. La muqueuse respiratoire absorba toute cette quantité de liquide sans que l'animal en parût très incommodé.

Lorsque l'introduction de l'eau se fait trop rapidement, il se produit des troubles respiratoires et des modifications dans l'état du sang qui ne tardent pas à déterminer la mort, Ainsi, sur un gros cheval vigoureux, debout, je versai directement dans la trachée, par une ouverture assez large pour admettre le goulot d'une bouteille, de l'eau froide sortant du puits. Les bouteilles de la capacité de 75 centilitres se succédèrent sans interruption. Jusqu'à la vingt-quatrième, il ne s'échappa rien, ni par la plaie, ni par les naseaux ou la bouche; le flanc était agité comme sur 'un cheval qui vient de courir : 55 à 60 respirations par minute. A la quarantième, l'animal commença à chanceler; à la quarantedeuxième, il tomba, laissant échapper par l'ouverture trachéale, la bouche et les naseaux, une grande quantité de liquide spumeux et roussàtre, et il mourut deux minutes après. A l'ouverture du thorax, le poumon ne subit aucune réduction de volume; mais il était emphysémateux à un extrême degré; il présentait un peu d'infilration seulement dans les parties les plus déclives ; les bronches ne contenaient plus que de l'écume roussàtre et pas de liquide libre. Les quarante-deux bouteilles représentaient trente et un litres et demi.

L'absorption de l'eau dans ces conditions se ralentit suivant une proportion que l'on peut déterminer.

Ainsi, sur un cheval du poids de 450 kilogrammes, un ajutage étant adapté à la trachée, je versai dans ce conduit 16 litres d'eau froide, qui furent absorbés pendant les vingt-deux premières minutes; mais il ne me fut possible, pendant les soixante-trois minutes suivantes, d'en faire absorber que 12 litres, total 28 litres en deux heures, y compris les cinq minutes d'intervalle entre l'admi-

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nistration de la première fracliou et celle de la seconde. A la suite de cette opération, qui donne lieu à une a;,qtation considérable du liane et à une exagération du murmure respiratoire, il se développe une hydrohémie traduite })ar l'extrême pâleur des muqueuses.

La facile absorption de l'eau par les voies respiratoires pourrait être mise à profit dans les cas où les liquides ne peuvent être adressés aux voies digestives. Aussi M. Duboué, en s'appuyant sur les faits dont je viens de parler, a-t-il proposé les injections aqueuses dans la trachée, pour délayer le sang épaissi des cholériques.

Les autres liquides, tels que l'alcool faible, l'éther, l'essence de térébenthine, le vinaigre, disparaissent très vite des voies respiratoires. J'ai injecté deux litres d'alcool à 50 degrés centésimaux dans la trachée d'un cheval. Aussitôt l'animal eut des battements de flancs, sa marche devirit chancelante, et il tomba sur le sol. L'essence de térébenthine, injectée en petite quantité par la trachée, donne rapidement aux urines l'odeur qui caractérise l'élimination de cette substance.

Il y a une exception pour les huiles grasses dont l'absorption n'est, comme on le sait, guère possible que dans l'intestin. J'ai vu une vache tomber subitement et comme prise d'accidents asphyxiques à la suite de la chute dans les voies aériennes par le larynx d'une très notable quantité d'huile, et j'ai pensé que cet effet tenait à ce que le liquide, en s'étalant sur la muqueuse, mettait obstacle à l'absorption de l'oxygène. Depuis, des élèves ayant répété sous mes yeux la même expérience, mais en introduisant l'huile dans une ouverture de la trachée et jusqu'à la dose de 500 grammes, n'ont pas reproduit le résultat observé sur la vache : aussi je suis maintenant porté à l'attribuer au resserrement spasmodique de la glotte dû à la chute de l'huile dans cette cavité. Sur les chevaux, aucune gêne de la respiration ne s'est produite, et l'huile a été rejetée lentement, tant par l'ouverture trachéale que par le nez.

Les matières en dissolution et les sels solubles s'absorbent aussi avec rapidité dans la trachée et les bronches. Magendie a constaté le fait depuis longtemps pour la strychnine, et d'autres physiologistes pour plusieurs sels en dissolution.

Nous avons injecté, dans la trachée d'un cheval, et par une toute petite ouverture, 12 grammes d'extrait alcoolique de noix vomique en dissolution dans 200 grammes d'eau. En moins de six minutes l'animal tomba sur le sol, et il mourut dix minutes après l'injection.

Nous avons injecté de même, dans la trachée d'un second cheval, 12 grammes de la substance vénéneuse en dissolution. L'animal fut pris de convulsions et tomba lorsque les dernières portions du liquide arrivaient dans les voies aériennes : il mourut cinq minutes et demie après le commencement de l'injection.

Enfin un troisième cheval, dont la trachée était ouverte et les nerfs vagues réséqués depuis quarante-huit heures, reçut la dose de poison précédemment employée; il ne tomba qu'au bout d'un quart d'heure, et mourut à la vingtième minute qui suivit l'injection. Le ralentissement que l'action du poison a éprouvé dans ce dernier cas doit être attribué, en grande partie, à l'engouement du poumon et à l'accumulation de mucosités dans les bronches, à la suite delà section des nerfs pneumogastriques.

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