‹ Traité de physiologie comparée des animaux considérée dans ses rapports avec les sciences naturelles, la médecine, la zootechnie et l'économie ruraleChapitre 287 sur 310 · Flourens, De la lonr/évité humaine. Paris · texte numérisé non relu

Flourens, De la lonr/évité humaine. Paris

A mesure que les jeunes animaux grandissent, leurs organes digestifs se préparent à élaborer une nourriture autre que le lait maternel dont la proportion n'est bientôt plus en harmonie avec les besoins de la nutrition ; ils cherchent à manger, tout en continuant à teter; et, pour obéira cette modification des instincts de conservation, ils commencent à s'éloigner de la mère à des intervalles de plus en plus prolongés. Celle-ci semble leur prodiguer moins de soins : sa sollicitude pour eux s'affaiblit; parfois, elle cherche à s'éloigner quand ses petits viennent s'attacher à ses mamelles ; plus tard, elle fuit à leur approche, murmure dès qu'ils saisissent les mamelons. La chienne semble alors les menacer de quelques coups de dents, et la vache de coups de pied. Enfin, arrive le moment où la sécrétion mammaire tarit, et oi!i les mamelons deviennent sensibles à la pression des mâchoires qui s'arment de dents aiguës, surtout chez les carnassiers. A compter de cette époque, l'animal est forcé de se sevrer : vers six semaines à deux mois chez le chien, le chat, et probablement chez d'autres carnassiers, vers cinq à six mois seulement chez les solipèdes et les ruminants que l'on ne sépare point de leur mère.

Dès lors, les relations entre la mère et ses petits changent considérablement. Aussitôt que ceux-ci cherchent à partager la proie qu'on jette à la première, elle les menace, les repousse même, et ne les laisse entrer en partage que de guerre lasse et pour ne pas perdre sa part. Enfin, les liens de famille se rompent par l'impérieuse nécessité de la conservation individuelle. La femelle, parmi les carnassiers, force sa progéniture à s'éloigner ; elle ne veut plus rien avoir de commun avec ses petits ; pas même la circonscription dans laquelle elle les a élevés. Ceux-ci ne voient plus en elle qu'une inconnue ; ils s'en séparent et se séparent les uns des autres. La séparation est le prélude de la lutte pour l'existence. Au contraire, parmi les herbivores, les liens de la famille ne se brisent point pour une pâture que chaque individu doit trouver en abondance et dont il peut jouir paisiblement. Loin de là, ces liens s'étendent à une espèce de société qui devient, pour tous une famille commune.

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